L’UE compte réduire sa dépendance au gaz américain après les menaces de Trump sur le Groenland

POLITICO - Wednesday, January 28, 2026

BRUXELLES — L’Union européenne va intensifier ses efforts pour diversifier ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) et se tourner vers d’autres fournisseurs que les Etats-Unis, à la suite des menaces de Donald Trump sur le Groenland, a déclaré mercredi le commissaire européen à l’Energie, Dan Jørgensen.

Les événements de la semaine dernière ont été un “signal d’alarme clair”, a estimé le Danois, pour qui l’instabilité géopolitique croissante — de la guerre en Ukraine aux tensions grandissantes avec Washington — implique que l’UE ne peut plus partir du principe que son approvisionnement énergétique est immunisé contre les crises.

“Nous vivons une période très agitée”, a exposé Dan Jørgensen devant les journalistes lors d’un briefing à Bruxelles. “Ce qui a rendu la situation plus grave et plus complexe, c’est la relation tendue avec les Etats-Unis et le fait que nous avons un président américain qui n’exclut pas de recourir à la force contre le Groenland”, a-t-il poursuivi.

Les Etats-Unis fournissent déjà plus d’un quart du gaz de l’UE, contre seulement 5% il y a cinq ans, et cette dépendance devrait encore s’accroître avec l’entrée en vigueur de l’interdiction totale du gaz russe.

Mais, Dan Jørgensen a indiqué que la Commission recherchait activement d’autres fournisseurs que les Etats-Unis et qu’elle prévoyait de renforcer les approvisionnements venant d’autres pays dans les mois à venir, notamment le Canada, le Qatar et l’Algérie.

“Le Canada, bien sûr, le Qatar, les pays d’Afrique du Nord”, a-t-il énuméré, ajoutant que Bruxelles s’efforçait également de garantir des sources non russes de combustible nucléaire pour les Etats membres qui dépendent encore de Moscou.

Les Etats-Unis restent “essentiels” pour se passer du gaz russe

Tout en soulignant que Bruxelles ne souhaitait pas une guerre commerciale avec Washington, Dan Jørgensen a reconnu que l’UE s’inquiétait de plus en plus du risque de “remplacer une dépendance par une autre” après avoir rapidement abandonné le gaz russe au profit du GNL américain à la suite de l’invasion de l’Ukraine par Moscou.

“Nous n’avons jamais eu pour politique de réduire nos échanges avec les Etats-Unis et nous ne voulons pas de conflits commerciaux”, a-t-il assuré. “Mais il est également évident que les bouleversements géopolitiques […] ont été un signal d’alarme. Nous devons être capables de prendre soin de nous-mêmes.”

Le commissaire a indiqué qu’il n’avait pas encore parlé avec son homologue américain depuis les sorties de Donald Trump sur le Groenland, et que l’UE n’avait pas fixé de seuil formel à partir de laquelle la quantité de GNL américain importée serait considérée comme trop importante. Pour l’instant, le gaz américain reste “essentiel” pour remplacer celui provenant de Russie, a-t-il souligné.

Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.