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Pourquoi la guerre de Trump contre l’Iran pousse l’UE à se tourner vers les renouvelables
BRUXELLES — Si Donald Trump avait voulu que les Européens achètent plus de pétrole et de gaz, il n’aurait peut-être pas dû bombarder l’Iran. Bien que l’approvisionnement énergétique du Vieux Continent reste sûr, les prix du carburant et de l’électricité ont grimpé en flèche depuis que les Etats-Unis et Israël ont lancé des frappes sur Téhéran à la fin du mois de février. Dans leur empressement à freiner cette hausse soudaine, certains gouvernements ont vu une opportunité d’attaquer la législation environnementale de l’Union européenne, tandis que d’autres ont saisi l’occasion de la hausse des prix des énergies fossiles pour affirmer que l’UE doit redoubler d’efforts en matière de lutte contre le changement climatique. Mais le choc de coûts provoqué par la guerre a rappelé aux sceptiques et aux partisans de l’écologie en Europe que leur continent pauvre en ressources est vulnérable à la volatilité des prix à l’importation tant que le pétrole et le gaz constituent une part essentielle de son mix énergétique. De l’Espagne à la Pologne, les gouvernements se sont unis cette semaine autour d’un même message : l’Europe doit accélérer sa transition en abandonnant les énergies fossiles étrangères au profit d’une énergie propre domestique. “Nous vivons dans un environnement géopolitiquement instable. Nous devons donc réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés”, défend auprès de POLITICO le ministre bulgare de l’Environnement, Julian Popov, qui fait actuellement partie du gouvernement intérimaire du pays. “Je veux dire, voulons-nous être un pétro-Etat, une pétro-Union ou un pétro-continent sans ressources pétrolières ?” lance-t-il. “C’est totalement ridicule. Nous devons accélérer notre électrification.” La flambée des prix de l’énergie qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a entraîné une baisse systémique de la consommation de gaz en Europe, et la situation actuelle pourrait bien avoir un effet similaire, a anticipé la ministre néerlandaise du Climat, Stientje van Veldhoven, lors d’une interview mardi. La crise iranienne “crée une forte incitation pour tous les pays à évaluer soigneusement leur utilisation du pétrole et du gaz et à voir comment ils peuvent réduire non seulement leur dépendance géopolitique, mais aussi l’impact qu’elle a sur leur économie et leur stabilité sociale”, a-t-elle estimé. Pour les Etats-Unis, cela signifie que l’un de leurs meilleurs clients perd de l’intérêt pour ses produits. Le Vieux Continent est en effet le principal destinataire du gaz naturel liquéfié américain, et Donald Trump a cherché à s’assurer que les Européens achètent encore plus de ses énergies fossiles. Pourtant, par inadvertance, son attaque contre l’Iran a renforcé les appels à ce que l’Europe prenne la direction opposée. LE PRIX DE LA DÉPENDANCE Le choc actuel est de bien plus faible magnitude que la crise énergétique de 2022, qui avait fait grimper les prix du gaz en Europe au-dessus de 300 euros le mégawattheure. Cette semaine, le prix a oscillé autour de 50 euros, alors qu’il était d’environ 30 euros avant la guerre en Iran. La ministre du Climat et de la Croissance verte, Stientje van Veldhoven-van der Meer, lors d’un débat sur le Conseil Energie de l’UE au Parlement néerlandais, le 5 mars 2026 à La Haye. | John Beckmann/DeFodi Images/DeFodi via Getty Images Pourtant, comme l’a écrit la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans une lettre adressée lundi aux dirigeants de l’UE, “l’augmentation des prix des combustibles fossiles pèse déjà sur notre économie”. Depuis que les Etats-Unis et Israël ont commencé à bombarder l’Iran, ce qui a incité Téhéran à bloquer la navigation dans le golfe Persique, l’Union a “déjà dépensé 6 milliards d’euros supplémentaires en importations de combustibles fossiles, ce qui nous rappelle directement le prix que nous payons pour notre dépendance”, a-t-elle ajouté. Lors d’un sommet qui se tiendra jeudi à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement européens débattront de la meilleure façon de lutter contre les prix de l’énergie à court terme. En ce qui concerne la politique à long terme, les gouvernements sont largement d’accord. “Devenir indépendant du pétrole et du gaz est l’une des questions clés, comme le montre une fois de plus la crise à laquelle nous sommes confrontés […] en raison du conflit au Moyen-Orient”, a considéré le ministre allemand de l’Environnement, Carsten Schneider, mardi, appelant à un développement plus rapide des énergies renouvelables et des réseaux électriques. Lundi, son collègue homologue Kaspars Melnis a avancé devant la presse : “Si vous parlez des prix de l’énergie, ce que nous pouvons faire, c’est [produire] de plus en plus notre propre énergie renouvelable.” LEÇON RETENUE Les efforts déployés par l’Europe pour développer les énergies renouvelables — et, dans certains pays, l’énergie nucléaire — s’inspirent des leçons tirées de la crise de 2022. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’adresse aux médias au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, le 18 mars 2026 à Bruxelles. | Thierry Monasse/Getty Images “Il est important pour moi de souligner que la situation de l’UE est bien meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était en 22. Pourquoi ? Parce que nous avons plus de renouvelables dans notre système, parce que nous avons diversifié notre approvisionnement en général de notre système énergétique, parce qu’il y a moins d’heures où c’est le gaz qui fixe le prix de l’électricité”, a énuméré Dan Jørgensen, le commissaire européen à l’Energie, lundi. Dans sa lettre de lundi, Ursula von der Leyen note que la part des renouvelables dans le mix électrique de l’UE est passée de 36% en 2021 à près de 50% aujourd’hui. Alors que le gaz coûteux tend à fixer le prix global de l’électricité dans le système européen, plus la part d’électricité propre d’un pays est élevée, plus ses coûts sont bas. Les recherches ont montré que les prix de l’énergie ont beaucoup moins augmenté en Espagne, pays alimenté par les énergies renouvelables, qu’en Italie, pays dépendant du gaz. Mais l’Espagne et d’autres pays soucieux de l’environnement ne sont pas les seuls à voir dans la guerre en Iran une raison de renoncer aux importations de combustibles fossiles. “Je constate que même des collègues qui, disons, lorsque le climat était la raison d’aborder ce sujet, avaient des inquiétudes […] mais ils voient aussi que le poids de ces conséquences [de la guerre en Iran] est une raison très importante d’agir, parce que cela réduit ces coûts”, a déclaré Stientje van Veldhoven, la ministre néerlandaise. Même à Varsovie, où le climat a tendance à être un sujet politiquement inflammable, le bond des coûts de l’énergie incite à développer les renouvelables. “Je tiens à préciser à tous les sceptiques que les sources d’énergie renouvelables sont avant tout la source d’énergie la plus souveraine pour la Pologne”, a souligné mardi le Premier ministre polonais Donald Tusk. “La guerre en Iran montre clairement à quel point la dépendance à l’égard des sources d’énergie externes peut être dangereuse.” Cet article qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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La guerre en Iran et la crise énergétique bousculent le programme du sommet européen
LA GUERRE EN IRAN ET LA CRISE ÉNERGÉTIQUE BOUSCULENT LE PROGRAMME DU SOMMET EUROPÉEN Les dirigeants européens espéraient se concentrer sur les problèmes de compétitivité à long terme de l’Union. Au lieu de cela, ils devront trouver des solutions aux crises en cours. Par NICHOLAS VINOCUR  à Brussels Illustration par Natália Delgado/POLITICO Les dirigeants européens s’étaient enfin mis d’accord sur la manière de relancer l’économie chancelante du Vieux Continent et de tracer la voie de son indépendance vis-à-vis de puissances comme la Chine et les Etats-Unis. Mais Donald Trump avait d’autres projets. Tout comme les menaces du président américain de s’emparer du Groenland avaient dominé la réunion de janvier (et ses droits de douane avaient fait de l’ombre à une précédente), la guerre américano-israélienne contre l’Iran a bousculé l’ordre du jour du Conseil européen qui s’ouvrira jeudi, forçant les chefs d’Etat et de gouvernement à se concentrer sur la crise énergétique à traiter à court terme, alors que leur objectif initial était de parler de la compétitivité à long terme. “Il est essentiel de réduire l’impact sur les prix” de la guerre, a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à l’approche du sommet. “Nous devons apporter une aide dès maintenant […]. [Nous devons] examiner de manière approfondie les moyens de réduire les factures d’énergie des citoyens.” Les prix du pétrole avoisinant les 100 dollars le baril, les dirigeants de l’UE passeront une grande partie de leur réunion de jeudi à réfléchir à la manière de compenser l’impact de la flambée des prix de l’énergie sur les entreprises et les ménages européens, selon plusieurs diplomates à qui, comme d’autres personnes dans cet article, l’anonymat a été accordé afin d’évoquer les préparatifs du sommet. Les prix élevés de l’énergie sont depuis des mois un thème récurrent des discussions entre dirigeants européens, à l’image de leur rassemblement au château d’Alden Biesen en Belgique le mois dernier. Mais la volatilité du cours de l’or noir, résultant des attaques de drones et de missiles iraniens au Moyen-Orient, a transformé une préoccupation en une urgence pour les chefs d’Etat et de gouvernement, qui craignent qu’une inflation galopante n’alimente à nouveau une poussée dans l’opinion des partis populistes et hostiles à l’Union. “L’accent sera mis très fortement sur les prix de l’énergie ; nous attendons des propositions de la part de la Commission européenne”, confie un haut diplomate de l’UE. “La situation des prix de l’énergie existait déjà à Alden Biesen, mais elle est aujourd’hui très préoccupante.” Et puis il y a la guerre elle-même : l’Europe reste divisée sur la manière de répondre à Donald Trump. Un camp mené par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez fait pression pour que l’Union européenne utilise les conclusions du Conseil (un texte, souvent aride, livrant la position politique convenue par les 27 dirigeants à la fin du sommet) pour appeler au respect du droit international, ce qui équivaudrait à une réprimande indirecte de Donald Trump et du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Mais un autre groupe de pays, dont l’Allemagne, hésite à franchir cette étape susceptible d’irriter le président américain et de mettre en péril l’accord commercial entre l’UE et les Etats-Unis actuellement examiné par les parlementaires européens. Les risques de froisser Donald Trump sont tout simplement trop importants, pointe un deuxième diplomate européen d’un grand pays. “Nous ne voulons pas d’escalade sur le plan commercial. Nous voulons que les Etats-Unis s’impliquent en Ukraine. Nous voulons qu’ils soient impliqués dans l’Otan. Cela vaut-il la peine de risquer ces objectifs pour s’exprimer sur l’Iran ? Jusqu’à présent, pas vraiment.” “Cela vaut-il la peine de dire : ‘Bande d’imbéciles, pourquoi avez-vous fait ça ?’ Non, parce que nous en paierons le prix fort”, ajoute le diplomate. Il est peu probable que ce sommet soit une occasion manquée pour autant. Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient se mettre d’accord sur des échéances ambitieuses pour alléger la bureaucratie de l’UE et jeter les bases d’un marché financier européen plus intégré. Mais leur agenda est, une fois de plus, dicté principalement par un dirigeant qui réside à Washington, et non en Europe. ORBÁN, ENCORE La récente envolée du cours du baril de pétrole a replongé l’Europe dans les jours sombres de 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait provoqué une augmentation massive des prix de l’énergie dans toute l’Union. Ces hausses, bien que compensées par une injection massive de fonds européens, ont néanmoins profité à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Viktor Orbán a d’ailleurs axé sa campagne actuelle pour sa réélection sur l’idée que la guerre en Ukraine a été trop coûteuse. Viktor Orbán lui-même s’est montré ouvert à un accord, qui pourrait également inclure le déblocage d’un 20e paquet de sanctions contre la Russie. | Attila Kisbenedek/AFP via Getty Images L’attitude du Premier ministre hongrois devrait à nouveau être au cœur de la réunion de cette semaine : sa menace d’opposer son veto à un prêt européen de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine risque d’être le grand dossier non résolu de ce sommet, ce qui hérisse ses homologues. Leur exaspération est à son paroxysme, selon le diplomate de haut rang précité, qui relate que les autres dirigeants usent d’un ton “beaucoup plus direct, voire conflictuel” avec Budapest en coulisses. Viktor Orbán n’ayant pas tenu sa promesse de soutenir le prêt à Kiev, d’autres pays ont pu l’attaquer devant la Cour européenne de justice pour violation du principe de “coopération sincère” de l’UE, évoquent les deux diplomates. Toutefois, ces derniers ont reconnu que toute procédure judiciaire prendrait des mois, voire des années, avant d’aboutir, ce qui est beaucoup trop long pour l’Ukraine, qui a besoin du prêt des Européens dans les mois à venir. L’alternative serait de parvenir à un accord jeudi. Les deux mêmes diplomates apparaissent optimistes, indiquant que Viktor Orbán lui-même s’est montré ouvert à un accord, qui pourrait également inclure le déblocage d’un 20e paquet de sanctions contre la Russie, actuellement bloqué par Budapest et Bratislava. Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient également s’affronter sur l’orientation à long terme des politiques énergétiques de l’Europe. Avant le sommet, un groupe de pays nordiques et l’Espagne ont écrit à la Commission pour défendre le marché carbone européen (de son nom, le système d’échange de quotas d’émission, SEQE ou ETS en anglais), arguant qu’une plus grande utilisation des énergies renouvelables rendrait l’UE plus autonome. Mais ils se heurtent à l’Italienne Giorgia Meloni et au Polonais Donald Tusk, qui poussent pour modifier le marché carbone afin de compenser les éventuelles hausses de prix — leurs deux pays étant de grands consommateurs d’énergies fossiles. “Je ne sais pas si nous allons jusqu’à supprimer complètement l’ETS”, répond le second diplomate de l’UE, interrogé sur les demandes de son pays pour le sommet européen. Avant de compléter : “Si vous avez une flambée [des prix] causée par un choc externe, il doit y avoir un mécanisme par lequel l’ETS n’en rajoute pas par-dessus ce choc.” IRAN ET UKRAINE Une autre préoccupation majeure est l’impact de la guerre en Iran sur l’Ukraine, étant donné que la flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Moscou au moment même où son armée perd le contrôle de la région de Dnipropetrovsk, dans l’est de l’Ukraine. Les dirigeants européens craignent également que la demande d’armes américaines pour la guerre contre l’Iran ne prive Kiev des armes dont il a tant besoin et qui, dans de nombreux cas, sont achetées avec l’argent de l’UE. Les diplomates estiment que ce pourrait être l’occasion pour l’industrie européenne de la défense d’intervenir, tout en fournissant à l’Ukraine les revenus dont elle a tant besoin, compte tenu de sa capacité de production. En effet, Kiev a annoncé envoyer des opérateurs et des technologies antidrones pour aider les Etats du Golfe. La volonté de prendre l’avantage se reflète dans un projet de conclusions, daté du 9 mars et vu par POLITICO, dans lequel les chefs d’Etat et de gouvernement appellent à un “changement radical” dans le renforcement de l’industrie de la défense de l’UE. Une version précédente n’incluait pas une formulation aussi forte. Mais il n’est pas certain que l’industrie européenne de la défense puisse répondre à la demande. La flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Moscou, dirigé par le président Vladimir Poutine, au moment même où son armée perd le contrôle de la région de Dnipropetrovsk, dans l’est de l’Ukraine. | Gavriil Grigorov/AFP via Getty Images Après la guerre en Ukraine, il s’agit d’un nouveau défi pour l’industrie : les conflits militaires prolifèrent si rapidement que le secteur ne peut pas répondre à la demande de production, selon le PDG du géant italien de la défense Leonardo, Roberto Cingolani. “Un effort important est en cours” pour aider les pays du Golfe attaqués par l’Iran, a déclaré Roberto Cingolani lors de la présentation du plan stratégique de l’entreprise à Rome la semaine dernière. Mais “pour être honnête”, a-t-il ajouté, “le nombre de guerres […] augmente encore plus vite que notre programme Capacity Boost”, en référence à une initiative de Leonardo visant à augmenter la capacité de production en réponse à une demande croissante. Jacopo Barigazzi a contribué à cet article, qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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L’UE compte réduire sa dépendance au gaz américain après les menaces de Trump sur le Groenland
BRUXELLES — L’Union européenne va intensifier ses efforts pour diversifier ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) et se tourner vers d’autres fournisseurs que les Etats-Unis, à la suite des menaces de Donald Trump sur le Groenland, a déclaré mercredi le commissaire européen à l’Energie, Dan Jørgensen. Les événements de la semaine dernière ont été un “signal d’alarme clair”, a estimé le Danois, pour qui l’instabilité géopolitique croissante — de la guerre en Ukraine aux tensions grandissantes avec Washington — implique que l’UE ne peut plus partir du principe que son approvisionnement énergétique est immunisé contre les crises. “Nous vivons une période très agitée”, a exposé Dan Jørgensen devant les journalistes lors d’un briefing à Bruxelles. “Ce qui a rendu la situation plus grave et plus complexe, c’est la relation tendue avec les Etats-Unis et le fait que nous avons un président américain qui n’exclut pas de recourir à la force contre le Groenland”, a-t-il poursuivi. Les Etats-Unis fournissent déjà plus d’un quart du gaz de l’UE, contre seulement 5% il y a cinq ans, et cette dépendance devrait encore s’accroître avec l’entrée en vigueur de l’interdiction totale du gaz russe. Mais, Dan Jørgensen a indiqué que la Commission recherchait activement d’autres fournisseurs que les Etats-Unis et qu’elle prévoyait de renforcer les approvisionnements venant d’autres pays dans les mois à venir, notamment le Canada, le Qatar et l’Algérie. “Le Canada, bien sûr, le Qatar, les pays d’Afrique du Nord”, a-t-il énuméré, ajoutant que Bruxelles s’efforçait également de garantir des sources non russes de combustible nucléaire pour les Etats membres qui dépendent encore de Moscou. LES ETATS-UNIS RESTENT “ESSENTIELS” POUR SE PASSER DU GAZ RUSSE Tout en soulignant que Bruxelles ne souhaitait pas une guerre commerciale avec Washington, Dan Jørgensen a reconnu que l’UE s’inquiétait de plus en plus du risque de “remplacer une dépendance par une autre” après avoir rapidement abandonné le gaz russe au profit du GNL américain à la suite de l’invasion de l’Ukraine par Moscou. “Nous n’avons jamais eu pour politique de réduire nos échanges avec les Etats-Unis et nous ne voulons pas de conflits commerciaux”, a-t-il assuré. “Mais il est également évident que les bouleversements géopolitiques […] ont été un signal d’alarme. Nous devons être capables de prendre soin de nous-mêmes.” Le commissaire a indiqué qu’il n’avait pas encore parlé avec son homologue américain depuis les sorties de Donald Trump sur le Groenland, et que l’UE n’avait pas fixé de seuil formel à partir de laquelle la quantité de GNL américain importée serait considérée comme trop importante. Pour l’instant, le gaz américain reste “essentiel” pour remplacer celui provenant de Russie, a-t-il souligné. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Un rapport néerlandais confirme le massacre perpétré par les soldats protégeant le site de TotalEnergies au Mozambique
Les soldats ont séparé les villageois selon leur sexe et les ont dépouillés de leur argent et de leurs téléphones. Environ 180 personnes, en majorité des hommes, ont été entassées dans deux conteneurs. Une femme a accouché à côté des portes. Personne n’a reçu de nourriture ou d’eau. Puis, pendant trois mois, les soldats ont emmené la plupart des hommes et les ont exécutés. Ces scènes, décrites dans un rapport sur les droits de l’homme commandé par les Pays-Bas, apportent de nouvelles preuves que des soldats du gouvernement mozambicain assurant la sécurité du site de TotalEnergies sont responsables d’un massacre perpétré en 2021 et révélé pour la première fois par POLITICO. Elles sont basées sur les témoignages de quatre personnes ayant assisté à un massacre perpétré entre juillet et septembre 2021 dans la guérite de fortune d’un vaste site gazier construit par le géant français de l’énergie dans le nord du Mozambique. Seuls 26 des hommes emprisonnés auraient survécu. Publiés cette semaine, alors que les gouvernements britannique et néerlandais ont annoncé retirer quelque 2,2 milliards de dollars de soutien au projet gazier, les témoignages recueillis recoupent fortement ceux d’une enquête menée en 2024 par POLITICO. Ils accentuent la pression sur un projet déjà mis à mal par une insurrection locale et deux affaires criminelles. Mardi, après la publication du rapport, TotalEnergies a déclaré que sa position sur le massacre restait inchangée. L’entreprise avait déjà affirmé que ses propres “recherches approfondies” n’avaient “pas permis d’identifier d’informations ou de preuves susceptibles de corroborer les accusations de maltraitances graves et de torture”. “TotalEnergies regrette que les auteurs […] ne se soient pas déplacés au Mozambique et n’aient pas mené d’investigation sur le terrain par eux-mêmes, mais aient produit un rapport fondé principalement sur des informations collectées par des tiers”, a réagi l’entreprise dans un communiqué. Les quatre récits — d’un survivant, d’une personne qui connaissait l’un des détenus et de deux témoins oculaires — ont été recueillis indépendamment les uns des autres et de POLITICO, qui n’a pas été informé que le think tank Clingendael, financé par le gouvernement, menait une nouvelle enquête sur le massacre. Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. | Gallo Images/Getty Images Ils fourniront des éléments supplémentaires à une plainte pénale accusant TotalEnergies de complicité de crimes de guerre en ayant “directement financé et matériellement soutenu” les soldats mozambicains qui protégeaient son site d’une insurrection par des assaillants liés à l’Etat islamique. La société a déclaré “rejeter fermement toutes ces accusations”. Dans un message envoyé après la publication de cet article, un porte-parole de TotalEnergies a ajouté que l’accusation était fausse, car Total avait évacué son personnel et n’était pas sur le terrain au moment du massacre. En mars, le parquet de Nanterre a ouvert une information judiciaire contre TotalEnergies pour homicide involontaire sur son site mozambicain. Au cœur de cette enquête : la société est accusée, trois mois avant les meurtres des personnes détenues dans les conteneurs, d’avoir abandonné les prestataires qui construisaient son site gazier lors d’une attaque de l’Etat islamique en mars 2021 sur la ville voisine de Palma. Une enquête menée de maison en maison par POLITICO a révélé que 1 354 civils ont été tués lors de cette attaque, dont 330 ont été décapités. D’autres enquêtes ont établi que 55 de ces morts faisaient partie du personnel de TotalEnergies. L’entreprise, qui a affirmé n’avoir perdu aucun de ses employés lors de l’attaque, nie ces accusations. VIOLENCES GÉNÉRALISÉES Le rapport néerlandais indique que le massacre des personnes détenues dans les conteneurs s’inscrit dans un schéma systématique de viols et d’exécutions de masse, en représailles à l’attaque de l’Etat islamique, appliqué par l’armée contre les villageois vivant autour du site de TotalEnergies. Les assaillants de l’Etat islamique ayant sillonné la région pendant des semaines après leur attaque sur Palma, 25 000 à 30 000 personnes ont cherché refuge devant les portes de Total, ce qui a “exacerbé la situation humanitaire déjà désastreuse”, peut-on lire dans le rapport. “En juin 2021, la situation était devenue catastrophique, des personnes (dont de nombreux enfants) mourant quotidiennement de faim, de maladie ou d’absence de traitement médical”, écrivent les auteurs. La réaction de l’armée a été de voler l’aide et de vendre la nourriture pillée à des prix exorbitants. C’est également à ce moment-là qu’une armée “incapable de distinguer les ‘villageois’ des ‘terroristes’” s’est vengée sur la population civile. “Les villageois ont déclaré avoir découvert des corps dans les terres agricoles environnantes, dont on pense généralement qu’il s’agit de victimes de la violence [de l’armée]”, peut-on lire dans le rapport, qui précise que “des témoins oculaires ont également fait état de cas de violences sexuelles. Dans [un village], des habitants ont raconté que des soldats ivres étaient entrés dans les maisons sans permission et avaient violé des femmes.” Dans un autre village, une enquête aléatoire menée auprès de 60 ménages a révélé que 57% d’entre eux comptaient au moins un membre qui avait été tué. Les personnes entassées par les soldats dans les conteneurs ont subi trois mois de maltraitances physiques, selon le rapport. D’après le survivant qui s’est exprimé auprès des auteurs, un jour, un grand groupe a été emmené. “D’autres ont été emmenés en plus petits groupes, pour ne plus jamais revenir. Le survivant pense qu’ils ont été interrogés et exécutés.” Les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies humaines et des violences. | Luisa Nhantumbo/EPA Après leur libération, un survivant a relaté qu’un soldat leur avait dit de ne jamais parler des tueries. “Ceux qui sont morts sont morts ; c’était la guerre”, avait lancé le soldat. “Si quelqu’un demande, dites que les autres étaient dans d’autres conteneurs et qu’ils sont encore en route.” En mai, une enquête menée par l’agence britannique de crédit à l’export, UK Export Finance, qui s’était engagée à prêter 1,15 milliard de dollars au projet de Total, a entendu directement deux des 26 survivants du massacre par le biais d’appels vidéo depuis le Mozambique. UK Export Finance n’a pas encore rendu publiques ses conclusions. Le projet de Total au Mozambique est estimé à 20,5 milliards de dollars. Il fait partie d’un projet plus vaste de développement du gaz naturel qui, avec 50 milliards de dollars, a été présenté comme l’investissement privé le plus important jamais réalisé en Afrique. LE PROJET SE POURSUIT COMME PRÉVU A la suite du rapport néerlandais, les défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement ont demandé à TotalEnergies de reconsidérer son projet à la lumière des pertes de vies humaines et des violences. “Cela fait des années qu’il est flagrant que ce projet est un désastre pour les communautés locales et pour le climat”, a affirmé Antoine Bouhey de Reclaim Finance. Adam McGibbon, d’Oil Change International, a appelé les autres prêteurs à “se retirer eux aussi et à mettre un terme définitif à ce projet cauchemardesque”. Mardi, TotalEnergies a déclaré que son projet gazier se déroulait comme prévu et que ses autres prêteurs avaient “décidé à l’unanimité d’apporter des fonds propres supplémentaires” pour compenser le retrait des Britanniques et des Néerlandais. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, mis à jour avec des commentaires supplémentaires de TotalEnergies, puis édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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