Tag - Energie et Climat France

Thérapie de groupe : Ursula von der Leyen tente d’apaiser les tensions au sein de la Commission
BRUXELLES — Ursula von der Leyen a convoqué ses commissaires européens à une réunion pour tenter de désamorcer les tensions croissantes au sein de l’équipe et d’améliorer leur façon de travailler. Elle est prévue pour le 4 février à Louvain et est ouverte à tous les membres du collège des commissaires, bien que la participation ne soit pas obligatoire, selon un responsable de l’exécutif européen impliqué dans son organisation. L’événement se concentrera sur la compétitivité et accueillera une invitée de marque — la directrice générale du FMI et ancienne vice-présidente de la Commission, Kristalina Georgieva —, mais seront aussi abordées “la géopolitique dans le contexte actuel et les méthodes de travail de la Commission européenne”, détaille Arianna Podestà, porte-parole adjointe de l’institution, à POLITICO. Le dernier point a été motivé par ce que les membres du personnel du Berlaymont, le siège de la Commission à Bruxelles, décrivent comme une atmosphère inhabituellement tendue. POLITICO s’est entretenu avec huit membres de plusieurs cabinets de commissaires, qui ont tous été autorisés à garder l’anonymat pour parler franchement de la situation interne. ECHANGES TENDUS ENTRE JØRGENSEN ET RIBERA Selon quatre responsables de l’exécutif européen, l’idée d’un tel événement a émergé à la suite d’échanges tendus entre le commissaire à l’Energie, Dan Jørgensen, et la vice-présidente exécutive à la Transition propre, Teresa Ribera, lors d’une réunion du collègue des commissaires début décembre, comme l’a révélé Brussels Playbook. Dan Jørgensen assistera à la réunion du 4 février, a indiqué son équipe. Celle de Teresa Ribera ne nous a pas répondu. | Thierry Monasse/Getty Images Les deux commissaires ont refusé de commenter l’incident, mais un responsable public relate que Dan Jørgensen a haussé le ton face à Teresa Ribera ; un autre raconte que le Danois “a fait une remarque à Ribera qui était inhabituellement énergique par rapport aux coutumes du collège”, alors qu’ils discutaient d’un dossier environnemental clé. Dan Jørgensen assistera à la réunion du 4 février, indique son équipe. Celle de Teresa Ribera ne nous a pas répondu. Les réunions de l’ensemble du collège en début d’année ne sont pas exceptionnelles, au contraire, il s’agit d’une pratique régulière depuis 2010, rappelle Arianna Podestà à POLITICO. Toutefois, cette fois-ci, une session est explicitement consacrée à la recherche de meilleures méthodes de travail et à prévenir que les divergences de points de vue entre les commissaires ne dérapent. Et tous ne la décrivent pas de la même façon : un responsable la qualifie de “discussions” plutôt que d’un exercice formel de team bulding ; un autre de “groupe de travail sur les méthodes de travail”. DES DOSSIERS TRANSMIS TROP TARDIVEMENT Autre source de tensions : plusieurs cabinets sont de plus en plus agacés par les dossiers qui arrivent sur leur bureau quelques heures avant les réunions du collège, ou tard dans la nuit, le week-end ou à la veille de la présentation de propositions législatives. “Cela nous empêche de travailler de manière professionnelle”, pointe un responsable public. “Bien sûr, les urgences, ça arrive, mais ça ne peut pas être la norme.” L’exaspération a atteint son paroxysme lors de la présentation de la proposition de budget à long terme de l’UE en juillet dernier, quand les chiffres officiels ont été communiqués aux commissaires seulement quelques heures avant. Selon des responsables proches du cabinet d’Ursula von der Leyen, la transmission tardive des chiffres du budget a été présentée comme une tactique pour éviter les fuites. Mais cette stratégie n’a fait qu’aggraver l’irritation au sein du collège. D’après un responsable public, l’“altercation” entre Dan Jørgensen et Teresa Ribera concernait également le traitement accéléré des dossiers. Pour qu’un dossier soit présenté au collège, un vice-président exécutif doit “appuyer sur le bouton” (le jargon du Berlaymont pour mettre quelque chose à l’ordre du jour). Confrontée à un délai serré pour examiner les détails d’un dossier — l’omnibus environnemental, conçu pour simplifier les règles écologiques —, Teresa Ribera a décidé d’attendre avant d’appuyer sur le bouton, comme elle en a le droit, selon son équipe. Cela a provoqué des tensions avec Dan Jørgensen, issu comme elle des rangs socialistes. Un responsable de l’exécutif européen note que les deux commissaires dirigent des équipes “avec des opinions bien arrêtées”, rendant probables les frictions. “Les conflits internes au sein du collège sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense”, soulève un responsable de Bruxelles. Certaines de ces frictions reflètent de véritables divergences d’opinions, mais elles sont amplifiées par un système très centralisé, dans lequel de nombreuses décisions doivent être approuvées au 13e étage du Berlaymont, où se trouve le cabinet d’Ursula von der Leyen. “Le mode de fonctionnement actuel crée des situations qui pourraient être évitées et des problèmes là où il n’y en a pas”, estime un autre responsable public. SÉJOURNÉ ET VÁRHELYI AUSSI Dan Jørgensen et Teresa Ribera ne sont pas les seuls à être dans ce cas. Par exemple, des tensions sont apparues entre le vice-président exécutif à la Stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, et le commissaire à la Santé, Olivér Várhelyi, notamment au sujet de la loi sur les biotechnologies. Le Hongrois s’oppose depuis longtemps aux dispositions du texte qui ne concernent pas la santé, et les insiders disent que sa résistance n’a fait que se durcir à mesure que le Français met en avant une stratégie industrielle plus large. Deux responsables publics pointent aussi que le comportement d’Olivér Várhelyi est parfois interprété comme une provocation : il laisse la sonnerie de son téléphone allumée ou s’affale sur sa chaise. D’après ces mêmes sources, le Hongrois a même insisté pour qu’Ursula von der Leyen, et non ses collègues commissaires, soit la seule à pouvoir le remplacer lors d’événements. Ni Stéphane Séjourné ni Olivér Várhelyi n’ont répondu aux demandes de commentaires. Le premier ne sera pas présent au séminaire, car il participe à des discussions ministérielles à Washington sur les matières premières critiques, mais il soumettra des contributions écrites, précise son équipe. Le second n’a pas confirmé s’il participait à la réunion du 4 février. Les responsables de la Commission affirment que les frictions entre les vice-présidents exécutifs et les autres commissaires sont presque intégrées dans le système. Les premiers doivent coordonner et superviser le travail des seconds, alors qu’en vertu de la législation européenne, tous les commissaires sont censés être égaux. Cette ambiguïté, selon un responsable public, est parfois gérable, mais n’aide pas lorsque les esprits s’échauffent. Ursula von der Leyen n’a pas répondu aux demandes de commentaires. La réunion du 4 février précède une autre entre les dirigeants de l’UE sur la compétitivité prévue le 12. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Actualité
Energie et Climat France
SONDAGE EXCLUSIF : à Paris, Grégoire en hausse, Dati stagne, Knafo qualifiée
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats. “Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille. Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point (26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen. L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters” types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote. “Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois] d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle n’avait pas ménagé jusqu’à présent. LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024. “Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat ‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ; c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen — cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert : “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à l’union.” (*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier 2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge, genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
Actualité
Energie et Climat France
Exclusive
Paris Influence
Tech France
TotalEnergies relance son projet gazier de 20 milliards de dollars au Mozambique
Le géant français de l’énergie TotalEnergies a annoncé jeudi qu’il redémarrait son projet controversé d’exploitation de gaz naturel au Mozambique. Le projet avait été arrêté en 2021 après une attaque djihadiste à proximité, qui a conduit la major a être poursuivie pour homicide involontaire en novembre. “Je suis heureux d’annoncer le redémarrage complet du projet Mozambique LNG (…) Le cas de force majeure est levé”, a déclaré Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, lors d’une cérémonie à laquelle assistait le président mozambicain Daniel Chapo. Le projet, présenté comme la plus grande exploitation de gaz naturel liquéfié d’Afrique, a été suspendu en 2021 à la suite d’une attaque meurtrière de rebelles liés à l’Etat islamique. Une enquête menée par POLITICO en 2024 a révélé que des soldats mozambicains établis sur la concession de TotalEnergies, juste au sud de la frontière tanzanienne, ont ensuite brutalisé, affamé, étouffé, exécuté ou fait disparaître environ 200 hommes dans sa guérite entre juin et septembre 2021. En décembre 2025, les gouvernements britannique et néerlandais ont retiré leur soutien au projet, à hauteur de 2,2 milliards de dollars, les Néerlandais publiant un rapport qui corrobore de nombreux éléments de l’enquête de POLITICO. TotalEnergies a nié ces allégations, déclarant que ses propres “recherches approfondies” n’ont pas permis d’identifier “d’informations ou de preuves qui pourraient corroborer les allégations d’abus graves et de torture”. Le gouvernement mozambicain a également rejeté les accusations de crimes de guerre contre ses forces armées. Ces révélations ont néanmoins interrogé plusieurs parlementaires français et déclenché des critiques à l’égard des mesures de sécurité prises par TotalEnergies dans les zones de conflit. Le site du Mozambique est en proie à une insurrection islamiste. “Les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsqu’ils opèrent dans des zones de conflit”, a déclaré Clara Gonzales, codirectrice du programme sur les entreprises et les droits humains pour l’ECCHR, une association berlinoise d’avocats, spécialisée en droit international. “S’ils permettent ou alimentent des crimes, ils peuvent être complices et doivent être tenus pour responsables.” S’exprimant ce jeudi au Mozambique, Patrick Pouyanné a déclaré que l’activité autour du site allait maintenant s’accélérer. “Vous verrez une augmentation massive de l’activité dans les mois à venir (…) Un premier navire offshore a déjà été mobilisé”, s’est-il réjouit. Selon un communiqué de l’entreprise, la construction a repris sur terre et en mer, avec environ 4 000 travailleurs actuellement mobilisés. Le projet est achevé à environ 40% et la première production de GNL est prévue pour 2029. Les Amis de la Terre et Reclaim Finance ont dénoncé dans un communiqué “une décision irresponsable et dangereuse” et appellent les banques françaises soutenant le projet à retirer leur financement. TotalEnergies détient une participation de 26,5% dans le consortium Mozambique LNG. Une relance ouvre la voie à des milliards de dollars d’exportations de gaz. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été adapté en français par Alexandre Léchenet.
Actualité
Energie et Climat France
Pétrole
GNL
Le Sénat vote l’autorisation de forages pétrogaziers dans les outre-mer
PARIS — Dans la dernière saison de la série danoise Borgen, l’ancienne Première ministre Birgitte Nyborg, de retour au gouvernement en tant que ministre des Affaires étrangères, est confrontée à un dilemme après la découverte d’une vaste réserve de pétrole au Groenland. Tentée, un temps, de soutenir un “pétrole vert” made in Danemark, elle finit par convaincre les Groenlandais de garder leurs ambitions climatiques intactes. C’est un exercice similaire auquel s’est essayé aujourd’hui le gouvernement français, en s’opposant à une proposition de loi visant à réautoriser les forages pétrogaziers dans les territoires ultramarins — sans toutefois parvenir à convaincre les sénateurs, qui l’ont adopté d’une large majorité de 227 voix pour et 105 contre. Presque dix ans après la loi Hulot mettant fin à l’exploration d’hydrocarbures, une première dans le monde, les élus de la Chambre haute ont donc voté en faveur d’un texte proposant une dérogation, porté par le sénateur macroniste de Guyane, Georges Patient. ESPOIRS EN GUYANE Le plateau des Guyanes, qui s’étend, outre le territoire français, sur le Suriname, le Guyana, une partie du Brésil, de la Colombie et du Venezuela, voit son activité pétrolière prospérer ces derniers temps. L’intervention américaine dans ce dernier pays est d’ailleurs en partie liée aux enjeux énergétiques. De nombreux Guyanais, dont le territoire figure parmi les plus défavorisés de France, avec un taux de pauvreté atteignant 53%, regrettent de ne pas profiter de cette manne pétrolière contrairement à leurs voisins. Et tous les parlementaires, quel que soit leur parti, soutiennent une recherche d’hydrocarbures. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, soutenait les ambitions guyanaises. Elle jugeait possible une exploitation “avec nos normes environnementales” et appelait à “ne pas tout décider depuis Paris”. D’autant que le gouvernement a récemment mis en avant la notion de souveraineté économique et le besoin de se libérer des hydrocarbures russes ou américains, plutôt que la question climatique, pour justifier la décarbonation du pays. Un ressort sur lequel joue Georges Patient, en appelant à la production de pétrole made in France. “ECOCOLONIALISME” Pour le sénateur, la France fait preuve d’hypocrisie en refusant d’exploiter des ressources nationales tout en achetant du pétrole au Guyana. Il a aussi mis en avant les promesses de développement non tenues pour les outre-mer : “Comment refuser que ces territoires utilisent leurs ressources naturelles comme moteur de leur développement économique ? L’Etat a-t-il un plan B ?” a-t-il interrogé à la tribune. “Le ministère de la Transition écologique voit la Guyane comme un sanctuaire figé à maintenir sous cloche à tout prix, et ce prix, ce sont les Guyanais qui le paient”, a-t-il accusé, évoquant un “écocolonialisme”. Mais c’est finalement le respect des obligations climatiques de la France qui l’a emporté. Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, s’est fortement opposée au texte, au nom de la protection des écosystèmes et de la lutte contre le dérèglement climatique, l’exploitation de nouveaux champs pétroliers n’étant pas compatible avec l’Accord de Paris sur le climat. “Cette proposition de loi n’offre pas un avenir à la Guyane, elle offre des illusions à court terme et des risques bien réels pour sa biodiversité et son développement économique”, a estimé la ministre dans une déclaration transmise par son cabinet mercredi 28 janvier. “Ce serait engager des coûts importants, pour des résultats très incertains, au prix de risques environnementaux majeurs”, et tout cela pour une exploitation qui, au mieux, “ne pourrait voir le jour avant vingt ans”, a développé le ministre de l’Economie, Roland Lescure, à la tribune. Il a préféré mettre en avant les emplois que pourraient créer les énergies renouvelables. UN PÉTROLE TROP CHER À FORER Ce texte cible essentiellement la Guyane, les autres territoires ultramarins français n’affichant qu’un potentiel limité en matière d’hydrocarbures. Et, bien que l’existence de ressources pétrolières dans le territoire sud-américain soit établie, la possibilité d’exploiter un gisement reste incertaine. La géologie y est différente du Suriname et du Guyana voisins. Après avoir mené plusieurs forages infructueux dans les années 2010, le groupe TotalEnergies a jeté l’éponge. De quoi faire dire à son PDG, Patrick Pouyanné, qu’“il n’y a pas d’hydrocarbures en France”. Il n’est “pas acquis qu’une entreprise pétrolière sollicite la délivrance d’un permis pour explorer les eaux guyanaises”, évalue le rapporteur du texte dans son compte-rendu. Ce, “en raison du coût élevé d’une exploration dans cette zone — dû à la profondeur — et des risques économiques qu’une telle campagne suppose dans un contexte de prix du baril bas”. Pour les partisans du texte, si aucun gisement viable n’a été trouvé, c’est par manque de recherche. L’adoption définitive de la proposition de loi est encore loin d’être acquise. Il faudrait pour cela que le texte soit inscrit à l’ordre du jour et recueille une majorité des votes à l’Assemblée nationale, qui est plus attachée à la loi Hulot que le Sénat. Georges Patient mise sur les deux députés de Guyane pour prendre le relais.
Actualité
Energie et Climat France
Pétrole
L’UE compte réduire sa dépendance au gaz américain après les menaces de Trump sur le Groenland
BRUXELLES — L’Union européenne va intensifier ses efforts pour diversifier ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) et se tourner vers d’autres fournisseurs que les Etats-Unis, à la suite des menaces de Donald Trump sur le Groenland, a déclaré mercredi le commissaire européen à l’Energie, Dan Jørgensen. Les événements de la semaine dernière ont été un “signal d’alarme clair”, a estimé le Danois, pour qui l’instabilité géopolitique croissante — de la guerre en Ukraine aux tensions grandissantes avec Washington — implique que l’UE ne peut plus partir du principe que son approvisionnement énergétique est immunisé contre les crises. “Nous vivons une période très agitée”, a exposé Dan Jørgensen devant les journalistes lors d’un briefing à Bruxelles. “Ce qui a rendu la situation plus grave et plus complexe, c’est la relation tendue avec les Etats-Unis et le fait que nous avons un président américain qui n’exclut pas de recourir à la force contre le Groenland”, a-t-il poursuivi. Les Etats-Unis fournissent déjà plus d’un quart du gaz de l’UE, contre seulement 5% il y a cinq ans, et cette dépendance devrait encore s’accroître avec l’entrée en vigueur de l’interdiction totale du gaz russe. Mais, Dan Jørgensen a indiqué que la Commission recherchait activement d’autres fournisseurs que les Etats-Unis et qu’elle prévoyait de renforcer les approvisionnements venant d’autres pays dans les mois à venir, notamment le Canada, le Qatar et l’Algérie. “Le Canada, bien sûr, le Qatar, les pays d’Afrique du Nord”, a-t-il énuméré, ajoutant que Bruxelles s’efforçait également de garantir des sources non russes de combustible nucléaire pour les Etats membres qui dépendent encore de Moscou. LES ETATS-UNIS RESTENT “ESSENTIELS” POUR SE PASSER DU GAZ RUSSE Tout en soulignant que Bruxelles ne souhaitait pas une guerre commerciale avec Washington, Dan Jørgensen a reconnu que l’UE s’inquiétait de plus en plus du risque de “remplacer une dépendance par une autre” après avoir rapidement abandonné le gaz russe au profit du GNL américain à la suite de l’invasion de l’Ukraine par Moscou. “Nous n’avons jamais eu pour politique de réduire nos échanges avec les Etats-Unis et nous ne voulons pas de conflits commerciaux”, a-t-il assuré. “Mais il est également évident que les bouleversements géopolitiques […] ont été un signal d’alarme. Nous devons être capables de prendre soin de nous-mêmes.” Le commissaire a indiqué qu’il n’avait pas encore parlé avec son homologue américain depuis les sorties de Donald Trump sur le Groenland, et que l’UE n’avait pas fixé de seuil formel à partir de laquelle la quantité de GNL américain importée serait considérée comme trop importante. Pour l’instant, le gaz américain reste “essentiel” pour remplacer celui provenant de Russie, a-t-il souligné. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Actualité
Energie et Climat France
Gaz
Les bâtiments publics britanniques vont-ils continuer à se chauffer avec le gaz de TotalEnergies ?
LONDRES — Le gouvernement britannique de Keir Starmer a une décision à prendre : faut-il ou non continuer à chauffer une grande partie des bâtiments publics britanniques via TotalEnergies, qui continue à opérer en Russie. Dans le cadre d’un contrat existant avec le secteur public, TotalEnergies Gas & Power, filiale du groupe pétrogazier français, fournit le gaz utilisé pour chauffer la résidence du Premier ministre, le ministère des Finances et d’autres bâtiments accueillant le gouvernement britannique. Ce contrat, d’une valeur de 8 milliards de livres sterling (9,2 milliards d’euros), expire au début de l’année prochaine. Les autorités préparent un appel d’offres public pour son remplacement, qui sera attribué dans le courant de l’année et portera sur la période de 2027 à 2030. Mais TotalEnergies reste lié au commerce des combustibles fossiles avec la Russie de Vladimir Poutine. Aujourd’hui, des militants et des parlementaires pro-ukrainiens — dont le président travailliste du groupe parlementaire informel et transpartisan sur l’Ukraine — veulent que les ministres empêchent sa filiale de remporter le nouveau contrat. Dans une lettre adressée à Nick Thomas-Symonds, le ministre qui supervise l’organisme chargé des marchés publics, le Service commercial de la Couronne, ils avertissent que “la poursuite d’un contrat avec des entreprises impliquées dans le secteur énergétique russe est incompatible” avec l’objectif maintes fois annoncé par le Royaume-Uni de saper les revenus tirés des combustibles fossiles de la Russie, qui sont utilisés pour financer sa guerre contre l’Ukraine. “Compte tenu de l’escalade des attaques hybrides russes contre le Royaume-Uni et des attaques brutales en cours en Ukraine, les marchés publics doivent s’aligner non seulement sur les sanctions, mais aussi sur la politique étrangère du gouvernement, y compris les efforts visant à dissuader et à perturber l’agression russe”, écrivent-ils. La lettre, coordonnée par les groupes de campagne Razom We Stand et B4 Ukraine, est cosignée par le député travailliste Alex Sobel, qui préside le groupe parlementaire informel sur l’Ukraine, ainsi que par des députées écologistes Carla Denyer et Siân Berry, toutes deux anciennes codirectrices du parti. Alex Sobel, qui s’est rendu sept fois en Ukraine depuis l’invasion totale, a appelé le mois dernier à “exercer une pression maximale sur la Russie”. DANS LE FROID Svitlana Romanko, directrice exécutive de Razom We Stand, a rappelé que “les attaques brutales de la Russie contre les systèmes énergétiques” ukrainiens avaient mis hors service “les systèmes d’énergie et de chauffage dans toute l’Ukraine par une température de -20°C”. “Nous implorons le gouvernement britannique de mettre fin à son contrat avec TotalEnergies”, a-t-elle déclaré. Dans le cadre du contrat actuel, les bâtiments publics de Whitehall et d’autres bâtiments du secteur public au Royaume-Uni, y compris les hôpitaux du NHS, sont approvisionnés en gaz pour le chauffage et la cuisine par TotalEnergies Gas & Power. Bien que le contrat lui-même soit conforme à l’interdiction des importations de gaz russe imposée par le Royaume-Uni, il a été condamné par des ONG soutenant l’Ukraine et des députés travaillistes en raison de l’approvisionnement continu de TotalEnergies en combustibles fossiles russes. L’entreprise détient une participation de 20% dans l’installation de gaz naturel liquéfié Yamal en Sibérie, d’où elle continue d’importer du gaz russe vers l’Europe dans le cadre de contrats à long terme qu’elle affirme ne pas pouvoir rompre. Un porte-parole de TotalEnergies a déclaré que la société “condamnait l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine [et qu’elle] opérait légalement dans le cadre de la politique énergétique et de sanctions définie par les autorités de l’Union européenne et de ses Etats membres”. TotalEnergies est le fournisseur de gaz privilégié du secteur public britannique depuis 2019, dans le cadre des deux contrats d’approvisionnement successifs passés avec le Service commercial de la Couronne. Le nouveau contrat — connu sous le nom de Supply of Energy 3 — est en cours de préparation. Un avis d’appel d’offres devrait être publié en juin et le contrat attribué en décembre. Un porte-parole du bureau du Cabinet a refusé de commenter une procédure de passation de marché en cours. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
Actualité
Energie et Climat France
Pétrole
GNL
Un pétrolier suspecté d’appartenir à la flotte fantôme russe arraisonné
PARIS — La marine française a arraisonné jeudi au large de la Méditerranée un navire qu’elle soupçonne d’appartenir à la flotte fantôme russe qui défie l’embargo européen sur le pétrole et le gaz russes. “La Marine nationale a arraisonné ce matin un navire pétrolier en provenance de Russie, sous sanctions internationales et suspecté d’arborer un faux pavillon”, a écrit le président Emmanuel Macron sur X. Précédemment, en octobre dernier, les forces françaises ont arrêté deux membres d’équipage d’un pétrolier soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme au large de la côte atlantique. Depuis 2022, des centaines de navires russes naviguent dans les eaux internationales, en violation des sanctions internationales, pour vendre du pétrole afin de financer la guerre contre l’Ukraine ou pour transporter du matériel militaire. Ils arborent généralement des pavillons trompeurs et leurs transpondeurs sont éteints pour éviter d’être détectés. Plus de 600 d’entre eux font actuellement l’objet d’une sanction de la part de l’UE. Le navire intercepté, le Grinch, venait du port de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, a indiqué la préfecture maritime de la Méditerrannée dans un communiqué. Il a été arraisonné lors d’une opération conjointe avec le Royaume-Uni près du détroit de Gibraltar. “L’opération a été menée en haute mer, en Méditerranée, avec le soutien de plusieurs de nos alliés. Elle a été menée dans le strict respect de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer”, a ajouté Emmanuel Macron, précisant qu’une enquête judiciaire a été ouverte. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en français par Alexandre Léchenet.
Actualité
Energie et Climat France
Pétrole
GNL
Budget : dans la fabrique du 49.3, entre ajouts de “dernière minute” et risque de bourdes
PARIS — “Le 49.3 est un chemin assez périlleux”, remarquait Amélie de Montchalin lundi matin, quelques heures avant que Sébastien Lecornu ne se décide à l’enclencher. Au delà-du risque de censure, la ministre des Comptes publics n’est pas sans savoir qu’avant d’accoucher de la copie finale du projet de loi de finances, un vrai ballet politico-technique a lieu en coulisses. Et il n’est pas sans risque. Avant que le Premier ministre engage sa responsabilité à la tribune de l’Assemblée nationale mardi après-midi, ses services auront travaillé d’arrache-pied en tandem avec Bercy pour rédiger les documents recensant l’intégralité des amendements retenus dans la version finale du budget. D’abord un tableau sur la partie consacrée aux recettes, puis un autre, en fin de semaine, sur la partie dépenses. Grâce à l’alinéa 3 de l’article 49 – le fameux outil constitutionnel qu’il avait promis de ne pas utiliser – l’exécutif aura la liberté de choisir ou d’écarter les amendements de son choix, quel qu’ait été leur sort dans l’hémicycle. Dans un cadre toutefois contraint, Sébastien Lecornu s’étant à nouveau engagé à ce que l’objectif de 5% de déficit soit tenu à la fin. “Les tableaux vont être dévoilés au fur et à mesure dans la semaine”, a indiqué le Premier ministre. Un exercice compliqué, réalisé par une palanquée de hauts fonctionnaires chargés de rendre, en quelques heures, de nombreux arbitrages, dictés par des considérations politiques et des impératifs techniques pas toujours conciliables.  TRI SÉLECTIF SOUS HAUTE PRESSION En pratique, ce document, qui n’est ni plus ni moins qu’un tableau Excel rempli de numéros (comme dans cet exemple), doit être ficelé et transmis à l’Assemblée avant que le chef du gouvernement ne monte à la tribune du Palais-Bourbon. Avant cela, les équipes de la Direction du budget (DB) et de la Direction de la législation fiscale (DLF), en tandem avec le cabinet d’Amélie de Montchalin et les conseillers de Matignon, devront intégrer ligne à ligne des dizaines voire des centaines d’amendements, et parfois en rédiger de nouveaux. Ce travail préparatoire a déjà démarré à Bercy, avant même que le gouvernement tranche entre les ordonnances et le 49.3. Ces derniers jours, le cabinet de la ministre des Comptes publics a consigné dans les futurs tableaux les avancées et les compromis ébauchés lors des plusieurs réunions de négociations avec les députés. Les conseillers ministériels chargés de la négociation avec les groupes politiques sont épaulés par les hauts fonctionnaires de la DB, en particulier du bureau de la synthèse budgétaire et du bureau lois de finances. Pour les mesures fiscales, la DLF est à la manœuvre. A Matignon, les chefs des pôles comptes publics et entreprises de Matignon supervisent ce travail de fourmi et affinent le document, en lien avec le pôle parlementaire. Dans ce ping-pong infernal, le tableau passe de main en main, et celui qui en a le contrôle reçoit alors un torrent de sollicitations pour ajouter ou retirer une disposition. “On recevait à peu près un mail toutes les dix secondes”, se souvient un agent de Bercy impliqué dans la construction du tableau lors du budget 2024, sous Elisabeth Borne.  “C’est un énorme travail parce qu’il y a tout un texte où il faut passer des modifications dans tous les sens”, raconte un autre artisan du budget à cette époque. A ce tri s’ajoute un travail d’écriture, puisque les ajouts des parlementaires, parfois bancals, nécessitent souvent d’être rectifiés à la dernière minute. Car, outre les aspects techniques, l’élaboration du tableau doit intégrer des considérations politiques. Question de signal, l’exécutif donne “des victoires” aux différents groupes politiques en reprenant leurs amendements. “Il faut signifier que vous faites plaisir, par exemple à tel gars de chez LR ou que vous faites un geste envers Liot,  tout ça nécessite énormément de coordination”, se remémore un autre ancien artisan du budget. Ce qui n’est pas sans engendrer des tensions entre les conseillers techniques et les conseillers politiques. Sans oublier que chaque disposition, qu’elle engendre un coût ou génère une recette supplémentaire, fait mécaniquement bouger les compteurs, et requiert donc des ajustements du solde budgétaire pour éviter toute insincérité des comptes. GARE AUX BOURDES  Le processus est jugé particulièrement accidentogène par de nombreux acteurs de la procédure. “C’est un truc un peu bordélique de dernière minute”, résume un haut fonctionnaire. A Bercy, tout le monde garde un souvenir amer de la préparation chaotique du 49.3 déclenché par Elisabeth Borne sur le budget 2024. Si bien qu’à son issue Laurent Martel et Mélanie Joder, respectivement à la tête de la DLF et de la DB, avaient co-signé fin 2023, une note aux ministres visant à “alerter sur les conditions d’élaboration” et les “multiples défaillances”, qui avaient entaché “la procédure interministérielle”.  A l’époque, travaillant dans l’urgence, les conseillers avaient laissé passer des erreurs ayant conduit à l’adoption de quelques mesures dont le gouvernement ne voulait pourtant pas.  Par exemple, la suppression d’une niche fiscale pour les locations meublées de type Airbnb, alors que le gouvernement souhaitait simplement la réduire, avait engendré un mini psychodrame. Le Conseil d’Etat avait dû ensuite se pencher sur le sujet et une plainte avait même été déposée par une députée écologiste contre Bercy. Un autre plantage, dont le gouvernement n’a jamais fait état, avait particulièrement fait suer le gouvernement. S’emmêlant les pinceaux, Matignon et Bercy avaient omis de faire disparaître un amendement sénatorial auquel il était farouchement opposé. Celui-ci permettait d’allouer une partie du produit de la taxe sur les infrastructures de transport longue distance, créée cette année-là budget 2024. Une erreur à 100 millions d’euros qui n’a jamais été gommée.
Energie et Climat France
Paris Influence
Tech France
Nos 12 Cesar de l’année politique 2025
Après une très jolie promotion 2024, la rédaction de POLITICO à Paris a dressé son palmarès des grands moments de l’année qui vient de s’écouler. Voici, sans plus tarder, nos Cesar politiques 2025 — un cru qui fut, comme le précédent, épatant à bien des égards.  1. PRIX SPÉCIAL DU JURY, CATÉGORIE MEILLEUR PLOT TWIST : LE HARA-KIRI DE FRANÇOIS BAYROU Il nous a pris de cours, le Premier ministre, ce 25 août. Alors que les uns et les autres rentraient tranquillement d’une pause estivale bien méritée, le Béarnais convoquait subitement les journalistes pour une conférence de presse. François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. La raison : après la présentation des grandes lignes de son plan budgétaire (un “effort” de 40 milliards d’euros, tout de même), le 15 juillet, et alors qu’une journée “Bloquons tout” était annoncée le 10 septembre, Bayrou estimait ses chances de survie trop faibles. Il fit le choix du “panache”, dans les mots de l’un de ses proches, en obligeant les parlementaires à dire si, oui ou non, ils étaient favorables à ce que le maire de Pau aide la France à reprendre son destin en main, en tout cas dans sa conception des choses. Las, il n’y eu pas l’ombre d’un début de suspense, tant la réponse de Marine Le Pen fut rapide. Le jour même, la présidente du groupe RN tweetait : “Nous voterons évidemment contre la confiance au gouvernement de François Bayrou.” L’affaire était donc pliée. Les quelques jours d’omniprésence médiatique du Premier ministre qui suivirent n’eurent aucun effet sur le vote. Ainsi se termina, sous nos yeux ébahis, le mandat de François Bayrou à Matignon. On avait aussi pensé à : la nomination-dénomination-renomination des gouvernements Lecornu I et II, ou au tweet fatidique de Bruno Retailleau (dans la même semaine). 2. MEILLEUR SCÉNARIO : LE BUDGET 2026 La critique est unanime : l’examen des textes budgétaires pour 2026 a encore repoussé un peu plus le champ des possibles de la politique française. Seule vraie obsession de François Bayrou, dès le printemps, puis de Sébastien Lecornu à la rentrée, ce moment décisif aura donné du fil à retordre aux législateurs comme aux observateurs dont nous sommes. Le gouvernement a eu beau renoncer à l’article 49-3 de la Constitution, et donc faire miroiter un vote aux députés, voilà une idée neuve… qui n’aura pas suffi. Qui aurait pu prédire que le gouvernement et les parlementaires finissent ainsi l’année, le séant entre deux chaises ? D’un côté, la loi de financement de la Sécurité sociale a été ficelée et adoptée, le 16 décembre, grâce notamment à une mise sur pause de la réforme des retraites pour plaire à la gauche — forçant les bancs macronistes à manger leur chapeau. De l’autre, le projet de loi de finances, qui donne les moyens à l’Etat et aux collectivités de fonctionner, a échoué sur la ligne d’arrivée, trois jours plus tard, faute d’un “en même temps” convaincant sur les deniers publics, pourtant spécialité revendiquée du pouvoir en place. Avant la probable relance des débats début janvier, un budget de poche (la loi spéciale), va permettre au pays de marchoter au 1er janvier. Le marathon budgétaire n’aura donc jamais été aussi long et tortueux. Vous n’en pouvez plus ? Vivement le budget 2027 !  François Bayrou annonçait alors avoir reçu le feu vert d’Emmanuel Macron pour l’ouverture d’une session extraordinaire à l’Assemblée nationale… et son intention de se soumettre à un vote de confiance des députés deux semaines plus tard, le 8 septembre. | Photo pool par Ian Langsdon/EPA On avait aussi pensé à : Richard Ferrand. Le 19 février, l’ancien président de l’Assemblée nationale fut propulsé à la tête du Conseil constitutionnel, sur proposition d’Emmanuel Macron. Mais sa désignation ne se fit qu’à une voix près au Parlement, les représentants du Rassemblement national n’ayant pas pris part au vote. Au point de faire dire à ses détracteurs qu’il doit sa place aux lepénistes. Ce que le principal intéressé, qui a multiplié les coups de fil pour mener campagne, dément catégoriquement. 3. MEILLEUR PLACEMENT DE PRODUIT : BURGER KING François Bayrou a offert une très belle pub à la chaîne de restauration rapide Burger King, cette année, avec son à jamais inimitable “Hmm, Bourguer King“, marmonné à la tribune lors d’un conseil municipal à Pau, alors qu’il était encore Premier ministre. A noter que la marque a décidément la cote avec nos politiques puisque Xavier Bertrand, lui aussi, s’est fendu d’une publication sur ses réseaux sociaux lors d’un récent passage au “BK”. 4. MEILLEUR COSTUME : LA PETITE LAINE DE LECORNU Le chandail vert bouteille de Sébastien Lecornu : le lainage est apparu un samedi après-midi de la mi-octobre sur le site de Paris Match, qui suivait le Premier ministre fraîchement renommé par Emmanuel Macron “loin du tumulte”, sur le marché de Vernon, son fief de l’Eure. Ainsi que, ça n’est pas un détail, sur les réseaux sociaux du chef du gouvernement. Laissant dépasser au passage un joli poireau de son cabas — gageons que le Vernonais commençait tout juste ses courses, sans quoi ses repas de la semaine furent pour le moins spartiates —, le Premier ministre travaillait là, à l’évidence, son style antiparisien, modeste et banal, de “moine-soldat”, selon sa propre expression. Abondamment commentée, l’image est restée gravée dans la rétine des commentateurs. Bonus : à noter que l’amaryllidacée aurait aussi sa place dans notre catégorie “meilleure révélation” (voir plus bas), ayant fait une entrée remarquée en politique dès janvier, lors de la déclaration de politique générale de François Bayrou. Qui remettait en question Parcoursup (la plateforme d’orientation postbac des lycéens) en déclarant : “Les enfants ne sont pas comme les poireaux, ils ne poussent pas tous à la même vitesse et vouloir sélectionner précocement, sans qu’aient mûri l’esprit et les attentes, je pense que c’est une erreur, en tout cas une faiblesse.”  5. MEILLEUR ACTEUR : GÉRALD DARMANIN Le ministre de la Justice s’est illustré cette année dans un rôle où, on ne va pas vous mentir, on ne l’attendait pas : celui du politique qui “ne fait plus de politique”. Tout juste renommé dans le gouvernement Lecornu II, le nordiste a en effet annoncé qu’il se mettait en retrait de ses activités partisanes et renonçait à briguer la mairie de Tourcoing — sa mairie, celle qu’il avait ravie à la gauche en 2014 (rassurez-vous, en principe, il devrait tout de même figurer sur la liste de Doriane Bécue, qui lui a succédé en 2020). Il faut dire que Sébastien Lecornu, son ami, tenait à compter dans son gouvernement des ministres entièrement dédiés à leurs dossiers, et pas tournés vers 2027. Ahem. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. Fini donc la “politique partisane” pour l’un des ministres les plus politiques de l’ère Macron, priorité à sa vie de famille et ses fonctions de garde des Sceaux. Vous êtes libres, comme nous et nombre de nos sources, de ne pas y croire. Signe de sa bonne foi, Gérald Darmanin a mis son mouvement “Populaires” sur pause et quitté Renaissance. | Mohammed Badra/EPA On avait aussi pensé à : Sébastien Lecornu, dans le rôle de celui qui “n’est pas candidat à Matignon”. 6. MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : JORDAN BARDELLA Très belle performance également cette année pour Jordan Bardella, avec son interprétation du “plan B” pour 2027. Condamnée fin mars à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (entre autres), Marine Le Pen s’est retrouvée privée d’une quatrième candidature à la présidentielle — sauf si son procès en appel, prévu du 13 janvier au 12 février, changeait la donne. Son dauphin a ainsi naturellement été propulsé candidat à sa place, mais pas encore officiellement. Ainsi se prépare-t-il à l’échéance, au point que les sondeurs oublient quelques fois de tester Marine Le Pen, qui, c’est promis, en est “ravie”. Le président du RN, dans le même temps, tâche comme il peut de ne pas donner l’air d’enterrer trop vite la patronne… se qualifiant récemment de “numéro 1 ou numéro 1 bis”, ou se retrouvant contraint d‘expliquer pourquoi il ne cite qu’une seule fois Marine Le Pen dans son dernier livre Ce que veulent les Français (Fayard). 7. MEILLEUR COME-BACK : LES SOCIALISTES À L’ASSEMBLÉE Certes, ils auraient voulu obtenir plus en matière de “justice fiscale”, histoire de moins prêter le flanc aux attaques des Insoumis, notamment. Mais après une année 2024 qui les avait vus revenir en plus grand nombre à l’Assemblée (ils sont désormais 69), les députés socialistes, représentés par leur premier secrétaire Olivier Faure, le président du groupe au Palais-Bourbon, Boris Vallaud, et leurs spécialistes des finances, les médiatiques Jérôme Guedj ou Philippe Brun, ont été au cœur de toutes les discussions, cette année, et d’abord lors des négociations budgétaires. Jusqu’à faire dire aux détracteurs de Sébastien Lecornu dans son camp que le Premier ministre était à ça de faire adopter un “budget de gauche” (diantre). Ce rôle “d’opposition constructive” commence pourtant à leur donner des bouffées d’angoisse à l’approche des municipales. Parmi leurs plus belles victoires ? Parmi leurs plus belles victoires ? Le “bougé” de l’exécutif sur la réforme des retraites — une “suspension”, dans leurs mots, quand certains macronistes, dont le premier d’entre eux, comme les Insoumis et les Ecologistes, préfèrent parler d’un simple “décalage” (la réforme reprendra de fait son entrée en application progressive après l’élection présidentielle, à moins d’une remise à plat des règles du jeu, comme expliqué ici). Mais aussi :  la hausse de la CSG sur une partie des revenus du capital, le dégel des minima sociaux (toutefois réclamé par la quasi totalité de l’hémicycle). On avait aussi pensé à : Bruno Le Maire, qui fut ministre des Armées du 5 au 6 octobre 2025, comme sa fiche Wikipédia en témoigne désormais. Soit à peine 7 ans, 4 mois et 3 jours de moins que la durée de son mandat comme ministre de l’Economie, qui s’était achevé en septembre 2024. 8. MEILLEUR ACCESSOIRE : LA BONNETTE DE MEDIAPART Après l’annonce de la condamnation de son mari, Nicolas Sarkozy, en première instance, dans l’affaire du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007, Carla Bruni passe devant les journalistes présents au tribunal judiciaire de Paris, puis retire et jette du bout des doigts la bonnette du micro de Mediapart, le média à l’origine de la plupart des révélations de l’affaire, dans un sourire crispé. Un scandale de plus, pour certains. Un geste “iconique”, pour d’autres, quand France Inter allait plutôt recueillir le témoignage de la pauvre bonnette.  9. MEILLEUR DOCUMENTAIRE : LA NOMINATION DE MICHEL FOURNIER Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. Une surprise, y compris pour le premier concerné, qui a appris sa nomination… devant sa télé, avait-il raconté à nos confrères de BFMTV. Pas de quoi ébranler son épouse qui, selon le récit du néoministre, “était très intéressée, puisqu’elle regardait un film sur une autre télé” en même temps que l’annonce de la composition du gouvernement.  Le 12 octobre, toute la France (sauf peut-être le petit village de Voivres, dont il était maire) découvrait Michel Fournier, nommé ministre de la Ruralité. | Teresa Suarez/EPA 10. MEILLEURE RÉVÉLATION : GABRIEL ZUCMAN Gabriel Zucman, vous connaissez ? Cet automne, on n’a parlé que de lui. Le nom de cet économiste prof à Berkeley et à l’ENS, auteur du livre Les milliardaires ne paient pas d’impôts sur le revenu et nous allons y mettre fin (Seuil), était sur toutes les lèvres et en particulier celles des socialistes, à l’heure où tous se préparaient à entrer dans la mêlée budgétaire. Sa proposition phare ? Instaurer un taux plancher d’imposition de 2% sur les revenus des ménages détenant au moins 100 millions d’euros de patrimoine, vite rebaptisée taxe Zucman. Las, le PS n’a pas réussi à la faire adopter, pas plus que sa contre-proposition d’une version allégée. En attendant, l’économiste a engrangé des points de notoriété. Jusqu’à faire son entrée, début juillet, dans notre classement des 40 personnalités les plus influentes de l’Hexagone ; et se retrouver, début décembre, parmi les quelques Français qui comptent en Europe dans notre classement P28.  11. MEILLEUR SOUFFLEUR : BRUNO RETAILLEAU L’image paraît déjà vintage : il fallait le voir, Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur et aux côtés de son N+1, François Bayrou, lors de la conférence de presse du “comité interministériel de contrôle de l’immigration”, le 26 février dernier. La scène du Premier ministre cherchant péniblement ses mots, ses papiers, puis son verre d’eau, au côté de son ministre de l’Intérieur impassible (ou presque), a fait les délices des réseaux sociaux et des détracteurs du patron du MoDem. 12. MEILLEURE ADAPTATION : LE JOURNAL D’UN PRISONNIER Nicolas Sarkozy dans Le Comte de Monte-Cristo : vingt jours d’incarcération à la prison de la Santé ; ressenti quatorze ans. Plus de deux siècles après Edmond Dantès, l’ex-président de la République endosse dans son Journal d’un prisonnier (Fayard) les habits du héros d’Alexandre Dumas. Rien ne nous sera épargné : son régime alimentaire (il ne s’est nourri que de laitages et de barres de céréales) ; les conditions dans lesquelles il l’a écrit, “au Bic sur une petite table en contreplaqué” ; ses conversations avec l’aumônier de la prison et le rôle de la prière qui lui a donné “la force de porter la croix de cette injustice”. Bonus : si vous voulez l’entendre de vos oreilles, il y a aussi le passage de Nicolas Sarkozy dans le podcast Legend, avec quelques séquences déjà cultes  : “Je me suis senti faible, et je me sens faible à chaque instant, et c’est pour ça que je suis fort. Parce que si vous vous sentez pas faible, vous êtes pas fort”, y confesse l’ancien président. Et son livre fait un tabac en librairies : l’ancien président se classe deuxième des ventes derrière Astérix et Obélix (eux aussi très très forts, mais pour les raisons que vous savez). Elisa Bertholomey, Jason Wiels, Sarah Paillou, Kenza Pacenza,Jean-Christophe Catalon et Pauline de Saint Remy ont notamment contribué à la rédaction de cet article.
Actualité
Energie et Climat France
Paris Influence
Tech France
La “sécurité climatique” : un nouveau concept pour contrer le backlash écologique par la droite
PARIS — Comment faire de l’écologie sans les écologistes ? Contre le recul, ces derniers mois, de la classe politique en matière de lutte contre le réchauffement climatique — ledit “backlash” écolo — et la montée d’un prétendu ras-le-bol dans l’opinion en la matière, partis et décideurs économiques cherchent le bon discours afin de séduire plus largement, notamment à droite. En présentant ces mesures comme régaliennes, en particulier sur l’insécurité, ou en sensibilisant les gens via des sujets connexes, comme la protection du patrimoine, le catholicisme ou la souveraineté économique, plusieurs acteurs tentent de faire une écologie sans les écolos. Ainsi de Veolia, qui tâche de changer de perspective. Un porte-parole de l’entreprise explique s’appuyer sur des travaux commandés à l’institut de sondage Elabe pour défendre le concept de “sécurité climatique” et se démarquer des écolos, qui ne leur sont guère favorables — ceux-ci préférant régulièrement faire revenir le type d’activité réalisée par le groupe dans le giron public. Veolia, qui opère pour le compte de collectivités dans la gestion de l’eau ou des déchets, déplore un “discours écolo” jugé “très idéologique”, inadapté aux besoins des élus et des citoyens, “insécurisant” et “déconnecté du quotidien”, toujours selon son porte-parole. L’entreprise souhaite donc “faire reconnaître l’insécurité écologique comme un sujet régalien à part entière” et promet de lutter contre “grâce à des réponses concrètes”, détaille le même. “Le terme de sécurité climatique permet d’étendre le champ de la sécurité, ou ce qu’on perçoit comme tel, et de ramener ce champ vers les sphères ‘progressistes’”, explique à la newsletter Trois degrés, Alexandre Florentin, conseiller de Paris engagé dans la prochaine élection municipale avec Génération écologie. Pour l’élu, c’est un simple changement de termes qui permet de continuer à parler d’adaptation au changement climatique en convainquant plus largement. Le sénateur Ronan Dantec, issu de l’aile droite d’EELV qu’il a quitté en 2019, se focalise aussi sur le thème de l’adaptation, défendant auprès de POLITICO il y a quelques mois le besoin d’“abandonner le discours catastrophiste et être dans la protection”. Bien que le Réseau action climat n’utilise pas ce terme, sa directrice des programmes Anne Bringault concède volontiers qu’il y a “un enjeu de protection des Français” à lutter contre le changement climatique, alors que celui-ci a des effets de plus en plus meurtriers. “Il faut tester de nouveaux angles”, abonde Lucas Francou, de Parlons climat, citant la sécurité mais aussi la santé, la convivialité ou l’autonomie des territoires. Son association s’appuie sur des études d’opinion pour “éclairer les acteurs”, notamment les ONG, et essayer de varier les discours pour “faire rentrer plus de gens dans la danse”. Il se félicite, au passage, que l’armée ou l’Eglise catholique s’emparent de ces sujets, pour faire émerger de nouveaux “émetteurs”. VERS LA DROITE ET LE CENTRE Pour embarquer les électeurs et les responsables politiques à droite, plusieurs associations travaillent de concert. Parlons climat a ainsi réalisé avec Ecologie responsable et Nuances d’avenir une étude sur l’adhésion des électeurs de la droite et du centre à certaines propositions écolos, publiée par POLITICO. “Il y a eu une perte en ligne sur les réponses à apporter à cette préoccupation”, observe Anne Bringault, qui regrette que “plusieurs partis [n’aient] rien à dire sur le sujet”, sans que cela ne soit justifié par “un recul dans l’opinion publique”. “La droite a laissé la gauche préempter le sujet, sans travailler le fond”, constate de son côté Ferréol Delmas, fondateur d’Ecologie responsable, au Point. Il veut fédérer des politiques autour de la notion d’enracinement, forgée par la philosophe Simone Weil. Louis Dumoulin, de Nuances d’avenir — une association qui entend faire émerger de “nouvelles voix” en faveur de la protection de la planète, notamment à droite et au centre —, veut de son côté que tous les partis “crédibles” proposent leur vision propre de ce que veut dire protéger la planète lors de la prochaine élection présidentielle. Ce qui implique de ne pas laisser le monopole de ce sujet à la gauche, selon lui. Pour ce faire, il soutient des associations de protection du patrimoine ou explore le postlibéralisme — qui se recentre sur le bien commun et les communautés locales, voire la doctrine sociale de l’Eglise —, à même de convaincre, selon lui, des sympathisants de la droite et du centre. L’important est de s’appuyer sur leurs valeurs, “ce en quoi ils croient et veulent protéger”, souligne Louis Dumoulin. Nuances d’avenir a aussi soutenu un tour de France, réalisé avec Ecologie responsable, en amont des élections municipales aux côtés d’élus et candidats de la droite et du centre pour constituer une boîte à outils de mesures et d’idées. La restitution est prévue le 13 janvier prochain, en présence de Michel Barnier — aujourd’hui député DR et qui, lorsqu’il était Premier ministre, disait vouloir réduire les dettes financières et écologiques —, et d’autres élus de droite mobilisés sur l’environnement, comme Antoine Vermorel-Marques, l’un de ses proches, qui a constitué un groupe de parlementaires écolos Les Républicains. Le principal défi pour ces responsables politiques et acteurs associatifs est de convaincre des leaders tentés d’emboîter le pas de l’extrême droite en contestant les principales mesures écologiques. L’exécutif, quoiqu’embourbé depuis des semaines dans les discussions budgétaires, n’est pas tout à fait en reste. A l’occasion d’une cérémonie pour les 10 ans de l’Accord de Paris, Sébastien Lecornu a invité à prendre les sujets climatiques et énergétiques “par un autre bout”, en en faisant un enjeu de “patriotisme” pour défendre “et son pays, et sa population” — critiquant à mots couverts le Rassemblement national pour son opposition aux énergies renouvelables. “On ne peut pas faire du bien à la planète sans embarquer l’ensemble de la population”, a considéré le Premier ministre, promettant de nouvelles mesures de décentralisation, notamment un “régalien environnemental” pour accompagner les décisions locales. Il a également critiqué la tentation des discours “élitistes” et idéologiques, tentés de faire une transition sans le peuple, et a appelé à ne pas laisser s’installer un “point de clivage” sur le climat. UN REJET DU “MOUVEMENT CLIMAT” Le système politique “hystérisé par les réseaux sociaux [encourage] une société de plus en plus polarisée qui alimente les discours outranciers”, déplore Antoine Buéno, essayiste et conseiller pour le groupe Union centriste au Sénat, qui estime nécessaire pour réussir la transition écologique de la sortir des logiques électorales. “Tout discours sur l’écologie ou le climat est voué à l’échec”, analysait de son côté un haut fonctionnaire du ministère de la Transition écologique début décembre, face aux nombreux reculs de ces derniers mois, qui résultent aussi de l’instabilité politique : “Il faut changer de discours et se camoufler.” Il y a un “plafond de verre idéologique sur le climat”, constate Louis Dumoulin de Nuances d’avenir, accusant une partie du “mouvement climat” d’aliéner ces sujets. “Les collapso-décroissancistes ont le quasi-monopole de la théorie écologique”, renchérit Antoine Buéno, considérant que l’économiste Timothée Parrique, la journaliste Salomé Saqué ou encore l’activiste Camille Etienne trustent les médias pour porter un discours promouvant la décroissance ou une vision supposément catastrophiste du réchauffement climatique — ce qu’il déplore. Pour le Réseau action climat, qui fédère plusieurs ONG environnementales, cette vision est un peu réductrice. A droite, “les têtes de parti ont complètement abandonné ces sujets-là”, pointe Anne Bringault, qui rappelle que Nicolas Sarkozy avait été moteur sur le climat lorsqu’il était président, avec des figures comme Nathalie Kosciusko-Morizet ou Chantal Jouanno. Old times, comme on dit.
Actualité
Climat
Energie et Climat France
Planification écologique