CES 5 FOIS OÙ LES JO D’HIVER SONT DEVENUS TRÈS POLITIQUES
Entre invasions, menaces d’emploi de l’arme nucléaire et propagande nazie, les
Jeux olympiques ont tout vu.
Par SEBASTIAN STARCEVIC
Illustration par Natália Delgado /POLITICO
Les Jeux olympiques d’hiver font leur retour en Europe cette semaine. Milan et
Cortina d’Ampezzo s’apprêtent à accueillir les plus grands athlètes du monde
dans les Alpes italiennes.
Mais au-delà des patinoires et des pistes de ski, les Jeux sont depuis longtemps
le théâtre d’alliances mondiales, de rivalités politiques exacerbées et de
crises diplomatiques.
“Un événement comme les Jeux olympiques est intrinsèquement politique, parce que
c’est en réalité une compétition entre nations”, décrypte Andrew Bertoli, maître
de conférences à l’IE de Madrid, qui étudie les liens entre sport et politique.
“Les Jeux peuvent donc devenir une arène où les nations rivalisent pour le
prestige, le respect et le soft power.”
Si l’on se fie à l’histoire, l’édition italienne ne devrait pas déroger à la
règle. Des guerres aux nazis en passant par les crises nucléaires, voici cinq
fois où la politique et les Jeux olympiques d’hiver se sont entrechoqués.
1980 : LE “MIRACLE SUR GLACE” AMÉRICAIN
L’un des moments les plus emblématiques de l’histoire olympique s’est déroulé
dans un contexte de résurgence des tensions entre les Etats-Unis et l’Union
soviétique, en pleine guerre froide. L’URSS avait envahi l’Afghanistan quelques
mois auparavant et le ton de Washington vis-à-vis de Moscou s’était durci,
Ronald Reagan ayant été élu un mois plus tôt à la présidence sur un programme
très antisoviétique.
Lors des Jeux d’hiver de 1980 à Lake Placid, dans l’Etat de New York, cette
rivalité entre superpuissances s’est matérialisée sur la patinoire. L’équipe de
hockey sur glace masculin des Etats-Unis — composée en grande partie de joueurs
universitaires et d’amateurs — affrontait l’équipe soviétique, une machine
aguerrie aux multiples médailles d’or. Sur le papier, les Américains n’avaient
pas la moindre chance.
C’est alors que l’impossible se produisit.
Les Etats-Unis remportèrent la finale 4-3, décrochant ainsi la médaille d’or.
Alors que les dernières secondes s’écoulaient, Al Michaels, le présentateur
d’ABC, s’écria : “Croyez-vous aux miracles ? Oui !”
Les conséquences de cette victoire se sont fait sentir bien au-delà de la
patinoire. Pour beaucoup d’Américains, ce fut une bouffée d’oxygène dans une
période marquée par des tensions et des divisions géopolitiques. Reagan déclara
plus tard que c’était la preuve que “les gentils dans un monde dur peuvent finir
premiers”. L’héritage du miracle s’est perpétué au XXIe siècle, l’actuel
président américain Donald Trump ayant décerné aux membres de l’équipe de hockey
la médaille d’or du Congrès en décembre dernier.
2014 : LA RUSSIE ENVAHIT LA CRIMÉE APRÈS SOCHI
Quatre jours.
C’est le temps qu’a attendu Moscou, après avoir accueilli les Jeux olympiques
d’hiver dans la station balnéaire russe de Sotchi, pour envoyer des troupes en
Crimée, afin d’occuper et d’annexer la péninsule ukrainienne.
Quelques jours auparavant, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch s’était
réfugié à Moscou, chassé par des manifestants qui réclamaient la démocratie et
une intégration plus étroite avec l’Union européenne. Alors que les manifestants
remplissaient la place de l’Indépendance de Kiev, leurs affrontements avec les
forces de l’ordre étaient retransmis sur les écrans télé du monde entier, qui au
même moment rediffusaient les temps forts de ces Jeux dont la Russie avait
dominé le tableau des médailles.
Vladimir Poutine pose avec des athlètes russes lors d’une visite du village
olympique Coastal Cluster avant les Jeux olympiques d’hiver de Sochi 2014. |
Pascal Le Segretain/Getty Images
A peine la flamme olympique s’était-elle éteinte à Sotchi le 23 février que, le
27, des camions et des chars entraient en Crimée. Des soldats en uniforme
banalisé dressèrent des barrages routiers, prirent d’assaut les bâtiments du
gouvernement local et hissèrent le drapeau russe.
Plus tard la même année, Moscou fut accusé d’avoir mis en plus un programme de
dopage soutenu par l’Etat et nombre de ses athlètes furent privés de leurs
médailles d’or.
2022 : LA RUSSIE ENVAHIT L’UKRAINE… À NOUVEAU
Un air de déjà-vu ?
Le président russe Vladimir Poutine fit une apparition lors de la cérémonie
d’ouverture des Jeux d’hiver de Pékin en 2022, rencontrant en marge de
l’événement son homologue chinois Xi Jinping et annonçant un partenariat “sans
limites”.
Quatre jours après la fin des Jeux, le 24 février, Vladimir Poutine lança une
“opération militaire spéciale”, déclarant la guerre à l’Ukraine. En l’espace de
quelques minutes, les troupes russes envahirent le pays et des missiles
s’abattirent sur Kiev, Kharkiv et d’autres villes.
Selon le New York Times, les autorités chinoises avaient demandé au Kremlin
d’attendre la fin des Jeux avant de lancer l’attaque. Depuis, Pékin a nié avoir
eu connaissance à l’avance de l’opération.
2018 : L’UNITÉ CORÉENNE À L’HONNEUR
Alors que la Corée du Sud se préparait à accueillir les Jeux d’hiver dans sa
région montagneuse de Pyeongchang, à quelques centaines de kilomètres de la
frontière, les Nord-Coréens procédaient à des essais de missiles nucléaires,
suscitant l’inquiétude du monde entier et conduisant le président américain
Donald Trump à menacer de lancer des frappes sur le pays. Le Comité
international olympique assurait “surveiller de près” la situation, en réponse
aux inquiétudes sur la possibilité d’organiser les Jeux en toute sécurité sur la
péninsule.
Le vice-ministre sud-coréen de l’Unification, Chun Hae-Sung, serre la main du
chef de la délégation nord-coréenne, Jon Jong-Su, après leur rencontre le 17
janvier 2018 à Panmunjom, en Corée du Sud. | Ministère de l’Unification de la
Corée du Sud via Getty Images
Mais dans son discours du Nouvel An, le dictateur nord-coréen Kim Jong Un
s’était montré ouvert à une participation aux Jeux olympiques d’hiver.
Finalement, les athlètes nord-coréens non seulement participèrent aux Jeux, mais
lors de la cérémonie d’ouverture, ils défilèrent avec leurs homologues
sud-coréens sous un seul et même drapeau, celui d’une Corée unifiée.
Pyongyang et Séoul unirent également leurs forces dans le hockey sur glace
féminin, en envoyant une seule équipe en compétition — une autre démonstration
rare d’unité qui avait contribué à relancer les pourparlers diplomatiques entre
les gouvernements, bien que les tensions aient repris après les Jeux et se
poursuivent encore aujourd’hui.
1936 : HITLER ENVAHIT LA RHÉNANIE
On a beaucoup parlé des Jeux olympiques d’été de 1936 à Berlin, au cours
desquels le régime nazi interdit aux athlètes juifs de participer et utilisa les
Jeux pour faire de la propagande.
Mais quelques mois plus tôt, l’Allemagne accueillait également les Jeux
olympiques d’hiver dans la ville de Garmisch-Partenkirchen, permettant ainsi aux
nazis de projeter l’image d’une Allemagne pacifique et prospère, et de restaurer
sa position mondiale près de vingt ans après la Première Guerre mondiale. Une
célèbre photographie de l’événement montre même Adolf Hitler et Joseph Goebbels
signant des autographes pour l’équipe canadienne de patinage artistique.
Quelques semaines après la fin des Jeux, Hitler envoya des troupes en Rhénanie,
une violation majeure du traité de Versailles qui ne suscita que peu de
réactions de la France et de la Grande-Bretagne et qui, selon certains
historiens, enhardit les nazis à envahir la Pologne, déclenchant ainsi la
Seconde Guerre mondiale.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Actualité
BRUXELLES — Ursula von der Leyen a convoqué ses commissaires européens à une
réunion pour tenter de désamorcer les tensions croissantes au sein de l’équipe
et d’améliorer leur façon de travailler.
Elle est prévue pour le 4 février à Louvain et est ouverte à tous les membres du
collège des commissaires, bien que la participation ne soit pas obligatoire,
selon un responsable de l’exécutif européen impliqué dans son organisation.
L’événement se concentrera sur la compétitivité et accueillera une invitée de
marque — la directrice générale du FMI et ancienne vice-présidente de la
Commission, Kristalina Georgieva —, mais seront aussi abordées “la géopolitique
dans le contexte actuel et les méthodes de travail de la Commission européenne”,
détaille Arianna Podestà, porte-parole adjointe de l’institution, à POLITICO.
Le dernier point a été motivé par ce que les membres du personnel du Berlaymont,
le siège de la Commission à Bruxelles, décrivent comme une atmosphère
inhabituellement tendue.
POLITICO s’est entretenu avec huit membres de plusieurs cabinets de
commissaires, qui ont tous été autorisés à garder l’anonymat pour parler
franchement de la situation interne.
ECHANGES TENDUS ENTRE JØRGENSEN ET RIBERA
Selon quatre responsables de l’exécutif européen, l’idée d’un tel événement a
émergé à la suite d’échanges tendus entre le commissaire à l’Energie, Dan
Jørgensen, et la vice-présidente exécutive à la Transition propre, Teresa
Ribera, lors d’une réunion du collègue des commissaires début décembre, comme
l’a révélé Brussels Playbook.
Dan Jørgensen assistera à la réunion du 4 février, a indiqué son équipe. Celle
de Teresa Ribera ne nous a pas répondu. | Thierry Monasse/Getty Images
Les deux commissaires ont refusé de commenter l’incident, mais un responsable
public relate que Dan Jørgensen a haussé le ton face à Teresa Ribera ; un autre
raconte que le Danois “a fait une remarque à Ribera qui était inhabituellement
énergique par rapport aux coutumes du collège”, alors qu’ils discutaient d’un
dossier environnemental clé.
Dan Jørgensen assistera à la réunion du 4 février, indique son équipe. Celle de
Teresa Ribera ne nous a pas répondu.
Les réunions de l’ensemble du collège en début d’année ne sont pas
exceptionnelles, au contraire, il s’agit d’une pratique régulière depuis 2010,
rappelle Arianna Podestà à POLITICO. Toutefois, cette fois-ci, une session est
explicitement consacrée à la recherche de meilleures méthodes de travail et à
prévenir que les divergences de points de vue entre les commissaires ne
dérapent.
Et tous ne la décrivent pas de la même façon : un responsable la qualifie de
“discussions” plutôt que d’un exercice formel de team bulding ; un autre de
“groupe de travail sur les méthodes de travail”.
DES DOSSIERS TRANSMIS TROP TARDIVEMENT
Autre source de tensions : plusieurs cabinets sont de plus en plus agacés par
les dossiers qui arrivent sur leur bureau quelques heures avant les réunions du
collège, ou tard dans la nuit, le week-end ou à la veille de la présentation de
propositions législatives.
“Cela nous empêche de travailler de manière professionnelle”, pointe un
responsable public. “Bien sûr, les urgences, ça arrive, mais ça ne peut pas être
la norme.”
L’exaspération a atteint son paroxysme lors de la présentation de la proposition
de budget à long terme de l’UE en juillet dernier, quand les chiffres officiels
ont été communiqués aux commissaires seulement quelques heures avant.
Selon des responsables proches du cabinet d’Ursula von der Leyen, la
transmission tardive des chiffres du budget a été présentée comme une tactique
pour éviter les fuites. Mais cette stratégie n’a fait qu’aggraver l’irritation
au sein du collège.
D’après un responsable public, l’“altercation” entre Dan Jørgensen et Teresa
Ribera concernait également le traitement accéléré des dossiers. Pour qu’un
dossier soit présenté au collège, un vice-président exécutif doit “appuyer sur
le bouton” (le jargon du Berlaymont pour mettre quelque chose à l’ordre du
jour).
Confrontée à un délai serré pour examiner les détails d’un dossier — l’omnibus
environnemental, conçu pour simplifier les règles écologiques —, Teresa Ribera a
décidé d’attendre avant d’appuyer sur le bouton, comme elle en a le droit, selon
son équipe. Cela a provoqué des tensions avec Dan Jørgensen, issu comme elle des
rangs socialistes.
Un responsable de l’exécutif européen note que les deux commissaires dirigent
des équipes “avec des opinions bien arrêtées”, rendant probables les frictions.
“Les conflits internes au sein du collège sont beaucoup plus nombreux qu’on ne
le pense”, soulève un responsable de Bruxelles.
Certaines de ces frictions reflètent de véritables divergences d’opinions, mais
elles sont amplifiées par un système très centralisé, dans lequel de nombreuses
décisions doivent être approuvées au 13e étage du Berlaymont, où se trouve le
cabinet d’Ursula von der Leyen. “Le mode de fonctionnement actuel crée des
situations qui pourraient être évitées et des problèmes là où il n’y en a pas”,
estime un autre responsable public.
SÉJOURNÉ ET VÁRHELYI AUSSI
Dan Jørgensen et Teresa Ribera ne sont pas les seuls à être dans ce cas. Par
exemple, des tensions sont apparues entre le vice-président exécutif à la
Stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, et le commissaire à la Santé, Olivér
Várhelyi, notamment au sujet de la loi sur les biotechnologies.
Le Hongrois s’oppose depuis longtemps aux dispositions du texte qui ne
concernent pas la santé, et les insiders disent que sa résistance n’a fait que
se durcir à mesure que le Français met en avant une stratégie industrielle plus
large.
Deux responsables publics pointent aussi que le comportement d’Olivér Várhelyi
est parfois interprété comme une provocation : il laisse la sonnerie de son
téléphone allumée ou s’affale sur sa chaise.
D’après ces mêmes sources, le Hongrois a même insisté pour qu’Ursula von der
Leyen, et non ses collègues commissaires, soit la seule à pouvoir le remplacer
lors d’événements. Ni Stéphane Séjourné ni Olivér Várhelyi n’ont répondu aux
demandes de commentaires.
Le premier ne sera pas présent au séminaire, car il participe à des discussions
ministérielles à Washington sur les matières premières critiques, mais il
soumettra des contributions écrites, précise son équipe. Le second n’a pas
confirmé s’il participait à la réunion du 4 février.
Les responsables de la Commission affirment que les frictions entre les
vice-présidents exécutifs et les autres commissaires sont presque intégrées dans
le système. Les premiers doivent coordonner et superviser le travail des
seconds, alors qu’en vertu de la législation européenne, tous les commissaires
sont censés être égaux. Cette ambiguïté, selon un responsable public, est
parfois gérable, mais n’aide pas lorsque les esprits s’échauffent.
Ursula von der Leyen n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
La réunion du 4 février précède une autre entre les dirigeants de l’UE sur la
compétitivité prévue le 12.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
BERLIN — L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est de retour à la Conférence de
Munich sur la sécurité (MSC), retrouvant une place dans l’un des plus
prestigieux forums sur la sécurité au monde après en avoir été bannie trois
années de suite.
Cette décision marque un revirement important pour la MSC et une victoire
symbolique pour le parti d’extrême droite, désireux de se débarrasser de son
statut de paria en se frottant aux leaders mondiaux.
L’AfD a mis en place une campagne agressive depuis la fin de l’année dernière
pour retrouver l’accès à cette conférence. Elle a notamment mené des actions en
justice contre les organisateurs et a tenté de capitaliser sur ses relations
avec l’administration Trump.
Ces efforts semblent avoir porté leurs fruits, du moins en partie. Les
organisateurs de la MSC ont invité trois parlementaires de l’AfD à l’édition de
cette année, qui se tiendra mi-février. Toutefois, le parti poussait pour que
davantage de figures de premier plan — dont sa coprésidente nationale Alice
Weidel — soient conviées.
“Les invitations ont été lancées parce que nos contacts avec les Américains ont
fait de l’effet”, s’est réjoui auprès de POLITICO Heinrich Koch, l’un des trois
élus de l’AfD qui ont reçu une invitation.
Heinrich Koch, selon ses propres dires et ceux de l’un des représentants légaux
de l’AfD, a été missionné par le parti pour obtenir l’accès à la conférence.
Wolfgang Ischinger, le diplomate allemand qui préside la MSC cette année, réfute
que l’invitation de l’AfD résulte des pressions exercées par le parti ; il
estime qu’elle est plutôt le reflet d’une simple réalité politique : la
formation d’extrême droite est la plus grande force d’opposition en Allemagne.
“C’est une décision que nous avons prise en notre âme et conscience, si vous
voulez, en essayant de faire ce qu’il fallait pour être sûrs de pouvoir refléter
la réalité actuelle”, a-t-il justifié auprès de POLITICO. “Il serait très
difficile pour la Conférence de Munich sur la sécurité — qui rassemble tant de
points de vue opposés, d’adversaires, de personnes qui s’accusent mutuellement
[d’être] des meurtriers ou des génocidaires — de justifier l’exclusion
catégorique du plus grand parti d’opposition allemand.”
L’HÉRITAGE DE LA RÉSISTANCE CONTRE LES NAZIS
Cette année, ce ne sera pas la première fois que des responsables politiques de
l’AfD participeront à la conférence munichoise. Lors du précédent mandat de
Wolfgang Ischinger à la tête de la MSC, de 2008 à 2022, des membres du parti
spécialisés dans la défense y ont été invités.
Mais depuis, l’AfD fait l’objet d’une surveillance accrue de la part des
services de renseignement nationaux et régionaux allemands — chargés de suivre
les groupes jugés anticonstitutionnels —, qui ont classé le parti comme
mouvement extrémiste de droite.
Le successeur de Wolfgang Ischinger, Christoph Heusgen, lui aussi diplomate, a
refusé d’inviter les dirigeants de l’AfD lors des trois dernières conférences,
arguant qu’un parti considéré à l’époque comme étant au moins partiellement
extrémiste de droite par les services de renseignement n’y avait pas sa place.
Après tout, a-t-il fait valoir, la conférence a été fondée après la Seconde
Guerre mondiale par Ewald von Kleist, l’un des officiers de la Wehrmacht,
aujourd’hui admiré en Allemagne pour avoir participé au complot manqué de 1944
visant à assassiner Adolf Hitler.
“Je peux tout à fait imaginer qu’Ewald von Kleist aurait soutenu ma décision
contre l’AfD”, a-t-il défendu dans le journal allemand Tagesspiegel.
Wolfgang Ischinger s’exprimant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité
de 2023. Il a nié que les organisateurs de la conférence aient invité l’AfD
cette année à la suite d’une campagne de lobbying. | Johannes Simon/EPA
Christoph Heusgen s’est retiré après la conférence de l’année dernière, et cette
année Wolfgang Ischinger est de nouveau à la barre. Mais c’est en réponse au
refus du premier que l’AfD a intenté une action en justice à la fin de l’année
dernière pour pouvoir participer à la conférence de ce mois de février. Le parti
s’est dit victime d’une “exclusion ciblée”, selon des documents du tribunal
régional de Munich vus par POLITICO.
“Le plaignant souhaite être impliqué dans les questions de politique étrangère
et de sécurité afin d’avoir son mot à dire en tant que groupe d’opposition”, a
indiqué le tribunal. Mais ce dernier a finalement rejeté la demande de l’AfD,
jugeant en décembre dernier que la MSC, en tant qu’organisation privée, était
libre de choisir ses invités.
Heinrich Koch, qui était présent au tribunal au nom du groupe parlementaire de
l’AfD, a affirmé avoir fait pression sur la MSC pendant la procédure pour
qu’elle convie des membres de son parti en menaçant de venir quand même à la
conférence en tant qu’invités de la délégation américaine. Peu après, son parti
a reçu trois invitations, a-t-il relaté.
Dans un e-mail envoyé à POLITICO, la MSC a nié que de telles menaces aient
conduit à l’envoi des invitations.
DES MENACES EN L’AIR ?
Les menaces de l’AfD n’étaient semble-t-il pas des plus consistantes. Heinrich
Koch a dit avoir contacté le bureau du sénateur américain Lindsey Graham, qui
doit participer à la conférence, mais n’avoir jamais eu de réponse. Contacté,
l’élu républicain n’a pas répondu à trois demandes de commentaires.
Elles illustrent néanmoins la manière dont l’AfD a cherché à utiliser le soutien
passé de l’administration Trump pour faire pression sur la MSC et, plus
largement, pour mettre fin à son ostracisation politique en Allemagne. Les
efforts de la formation d’extrême droite pour se rendre à la conférence peuvent
être considérés comme faisant partie d’une initiative plus large visant à
abattre le fameux “pare-feu” que les partis traditionnels ont érigé autour
d’elle, empêchant une coopération étroite en dépit de sa popularité croissante.
Dans ce combat, l’AfD a reçu le soutien des plus hautes sphères de
l’administration Trump. Lors de la conférence de l’année dernière, le
vice-président américain JD Vance a vivement critiqué les centristes européens
pour avoir exclu l’extrême droite, déclarant : “Il n’y a pas de place pour les
pare-feu.” Après son discours, JD Vance a rencontré Alice Weidel, codirigeante
nationale de l’AfD, dans un hôtel de Munich.
Heinrich Koch a fait savoir que l’AfD tenterait d’organiser une réunion de haut
niveau similaire cette année, bien que la participation de JD Vance à la
conférence ne soit pas certaine à ce stade. Le même a également indiqué qu’il
avait demandé une invitation pour Alice Weidel, mais que les organisateurs
avaient refusé. Wolfgang Ischinger, le président de la MSC, a précisé que son
équipe et lui-même n’enverraient plus d’invitations aux responsables politiques
de l’AfD.
Le porte-parole d’Alice Weidel, Daniel Tapp, a démenti que son parti ait utilisé
la perspective d’une nouvelle rencontre avec un haut responsable de
l’administration Trump pour faire pression et obtenir des invitations à la
conférence, mais il a déclaré qu’une “certaine pression” avait conduit à
l’invitation des trois parlementaires.
Les projets d’Alice Weidel pour la conférence demeurent flous. “Nous attendrons
de voir dans les prochains jours si cette affaire évolue”, a déclaré Daniel Tapp
à la fin du mois dernier. Vendredi, aucune réunion entre Alice Weidel et des
représentants des Etats-Unis n’avait été prévue dans le cadre du MSC, selon le
porte-parole.
Wolfgang Ischinger a souligné que les événements organisés par l’AfD en dehors
de la MSC n’avaient rien à voir avec la conférence.
“Ils peuvent organiser une grande conférence, vous savez, si vous voulez mon
avis”, a-t-il lancé. “Et ce n’est pas à moi de les en empêcher ou d’en discuter
avec eux. C’est leur affaire, mais cela n’a rien à voir avec la Conférence de
Munich sur la sécurité.”
POLITICO est un partenaire média officiel de la conférence de Munich sur la
sécurité de cette année.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo
atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux
municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second
tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en
exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible
quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats.
“Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national
aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate
Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête
progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois
de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille.
Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui
perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida
Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point
(26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de
campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen.
L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters”
types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée
sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo
capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa
gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie
importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard
Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote.
“Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois]
d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il
faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur
RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle
n’avait pas ménagé jusqu’à présent.
LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE
En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste
David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la
course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que
Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en
situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des
électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024.
“Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat
‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ;
c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen —
cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est
notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de
l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert
: “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à
l’union.”
(*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier
2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes
électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge,
genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes
antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge
d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau
exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis
virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de
l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent,
concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de
carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps
“d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les
autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke,
homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son
tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.”
Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à
fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que
trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux
olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse
d’enchaîner les accrocs.
Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la
communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de
“désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice
des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a
excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la
ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce
même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une
clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de
l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée
et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des
mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur
discret mais présent dans ce dossier délicat.
Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du
bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques
semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler
un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony
Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de
l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur
les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion :
l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une
organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.
“FAIRE UN TRUC SÉRIEUX”
Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron,
préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son
“ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant
les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est
limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les
“moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1
milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des
ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin
en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou
financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue
de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent
vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient
la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore
un acteur du dossier.
Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan
démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs
citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de
débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes
auxquelles la justice a pour l’instant accédé.
Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés
sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur
plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont
monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
“Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et
pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient,
sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des
étapes.
Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui,
toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc
sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à
Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent
Wauquiez.
L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite
quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a
un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un
élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune
dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par
exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la
communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien
porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron.
Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux
régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il
estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud
Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”,
affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais
elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après
plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ;
au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait
moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire,
chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois
qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.
Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un
autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été
identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le
Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou
plutôt en Savoie.
SYMBOLE
Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en
Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales
du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves
des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la
première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son
meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a
passé une partie de son enfance.
Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la
carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget
serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent
sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était
déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique)
qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour
que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors
considéré comme un cinquième pôle.
D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce
serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il,
sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des
principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur
ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les
équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.
Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure
pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même
conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel
Barnier.
L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée
à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de
garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire,
arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la
dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir
financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit
attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il
participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs
avec qui POLITICO a échangé.
C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin
Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain.
L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des
montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent
Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview
dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant
même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la
motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade,
c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et
qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de
s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.
Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il
présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids
politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet,
quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel.
Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée
l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est
devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les
valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de
temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026.
“Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a
tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier.
Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du
Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre,
de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en
interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de
“ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le
fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février
prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des
Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke
et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la
scène.
Et le plus dur, alors, commencera.
Le géant français de l’énergie TotalEnergies a annoncé jeudi qu’il redémarrait
son projet controversé d’exploitation de gaz naturel au Mozambique. Le projet
avait été arrêté en 2021 après une attaque djihadiste à proximité, qui a conduit
la major a être poursuivie pour homicide involontaire en novembre.
“Je suis heureux d’annoncer le redémarrage complet du projet Mozambique LNG (…)
Le cas de force majeure est levé”, a déclaré Patrick Pouyanné, PDG de
TotalEnergies, lors d’une cérémonie à laquelle assistait le président
mozambicain Daniel Chapo.
Le projet, présenté comme la plus grande exploitation de gaz naturel liquéfié
d’Afrique, a été suspendu en 2021 à la suite d’une attaque meurtrière de
rebelles liés à l’Etat islamique. Une enquête menée par POLITICO en 2024 a
révélé que des soldats mozambicains établis sur la concession de TotalEnergies,
juste au sud de la frontière tanzanienne, ont ensuite brutalisé, affamé,
étouffé, exécuté ou fait disparaître environ 200 hommes dans sa guérite entre
juin et septembre 2021.
En décembre 2025, les gouvernements britannique et néerlandais ont retiré leur
soutien au projet, à hauteur de 2,2 milliards de dollars, les Néerlandais
publiant un rapport qui corrobore de nombreux éléments de l’enquête de POLITICO.
TotalEnergies a nié ces allégations, déclarant que ses propres “recherches
approfondies” n’ont pas permis d’identifier “d’informations ou de preuves qui
pourraient corroborer les allégations d’abus graves et de torture”. Le
gouvernement mozambicain a également rejeté les accusations de crimes de guerre
contre ses forces armées.
Ces révélations ont néanmoins interrogé plusieurs parlementaires français et
déclenché des critiques à l’égard des mesures de sécurité prises par
TotalEnergies dans les zones de conflit. Le site du Mozambique est en proie à
une insurrection islamiste.
“Les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsqu’ils
opèrent dans des zones de conflit”, a déclaré Clara Gonzales, codirectrice du
programme sur les entreprises et les droits humains pour l’ECCHR, une
association berlinoise d’avocats, spécialisée en droit international. “S’ils
permettent ou alimentent des crimes, ils peuvent être complices et doivent être
tenus pour responsables.”
S’exprimant ce jeudi au Mozambique, Patrick Pouyanné a déclaré que l’activité
autour du site allait maintenant s’accélérer. “Vous verrez une augmentation
massive de l’activité dans les mois à venir (…) Un premier navire offshore a
déjà été mobilisé”, s’est-il réjouit.
Selon un communiqué de l’entreprise, la construction a repris sur terre et en
mer, avec environ 4 000 travailleurs actuellement mobilisés. Le projet est
achevé à environ 40% et la première production de GNL est prévue pour 2029.
Les Amis de la Terre et Reclaim Finance ont dénoncé dans un communiqué “une
décision irresponsable et dangereuse” et appellent les banques françaises
soutenant le projet à retirer leur financement.
TotalEnergies détient une participation de 26,5% dans le consortium Mozambique
LNG. Une relance ouvre la voie à des milliards de dollars d’exportations de gaz.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été adapté en
français par Alexandre Léchenet.
Alors que les négociateurs se préparent à une nouvelle série de pourparlers sous
l’égide des Etats-Unis pour mettre fin à la guerre en Ukraine, Moscou et Kiev
demeurent en désaccord sur des sujets au centre même du conflit.
Lundi, Volodymyr Zelensky a déclaré que son équipe pour les négociations
pourrait rencontrer les Russes et les Américains dès dimanche. Le président
ukrainien est prêt à s’asseoir à la table des négociations avec son homologue
russe Vladimir Poutine, selon son ministre des Affaires étrangères, Andrii
Sybiha, reconnaissant que “les questions les plus sensibles ne sont pas encore
résolues”.
Avant les discussions du week-end dernier aux Emirats arabes unis, l’envoyé
américain Steve Witkoff avait affirmé que les divergences ne se résumaient plus
qu’à une seule question et qu’elle était “soluble”. A Davos, le président
américain Donald Trump a assuré aux journalistes qu’il pensait qu’un accord sur
l’Ukraine était “raisonnablement proche”.
Pourtant, au sortir des négociations aux Emirats arabes unis, Moscou et Kiev
restent bloqués sur trois dossiers au cœur du conflit : les prétentions de la
Russie sur le territoire ukrainien, l’avenir des garanties de sécurité de
l’Ukraine et la question de savoir si les combats doivent cesser avant ou après
la conclusion d’un accord.
LA “QUESTION TERRITORIALE”
Le sujet restant auquel Steve Witkoff faisait probablement référence est le sort
de la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, que les insiders appellent la
“question territoriale”.
Bien que la Russie ne puisse plus raisonnablement espérer s’emparer de
l’ensemble de l’Ukraine dans un avenir proche, le président russe vise toujours
à acquérir, au minimum, l’ensemble du Donbass, en plus de la péninsule de Crimée
déjà annexée.
Le Kremlin propose un cadre qu’il appelle la “formule d’Anchorage”, dans lequel
l’Ukraine devrait céder tout le Donbass, y compris les zones que la Russie n’a
pas été en mesure de conquérir. Moscou affirme que c’est ce que Vladimir Poutine
et Donald Trump ont convenu lors de leur rencontre en Alaska l’année dernière.
Mais pour Kiev, abandonner un territoire serait à la fois illégal et extrêmement
impopulaire.
Alors que Volodymyr Zelensky s’est dit prêt à envisager un scénario dans lequel
la région serait démilitarisée et désignée comme “zone économique libre”, tout
en continuant à faire officiellement partie de l’Ukraine, le Kremlin a
clairement fait savoir que cela n’était pas suffisant.
Après la dernière visite de Steve Witkoff à Moscou, le conseiller de Vladimir
Poutine, Iouri Ouchakov, a réitéré la position du Kremlin selon laquelle “on ne
peut s’attendre à un règlement de long terme sans résoudre la question
territoriale”, insistant une fois de plus sur le fait que les progrès dans les
négociations dépendent de l’obtention par Moscou de l’intégralité du Donbass.
Mercredi, le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a reconnu une impasse sur
la question du Donbass. “C’est encore un pont que nous devons franchir”, a-t-il
concédé devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères. “Il y a
toujours un écart, mais nous avons au moins réussi à réduire l’ensemble des
questions à une seule, centrale, qui sera probablement très difficile.”
Une autre divergence porte sur la gestion de la centrale nucléaire de Zaporijia,
la plus grande d’Europe, qui est proche de la ligne de front et actuellement
sous contrôle russe.
Les propositions de Volodymyr Zelensky sur la question territoriale ont déjà été
rejetées par la Russie. | Ozan Kose/AFP via Getty Images
Volodymyr Zelensky souhaite que la centrale soit contrôlée conjointement par
l’Ukraine et les Etats-Unis, tandis que Moscou veut participer à tout accord,
proposant plutôt de partager le contrôle de la centrale avec Washington ou,
éventuellement, avec Kiev.
LES GARANTIES DE SÉCURITÉ
Vient ensuite la question des garanties de sécurité, c’est-à-dire le soutien
promis à l’Ukraine par d’autres pays au cas où la Russie essayerait à nouveau de
l’envahir.
Ce mois de janvier, le Royaume-Uni et la France ont accepté de déployer des
troupes en Ukraine une fois qu’un accord serait conclu. Steve Witkoff a salué le
plan de sécurité comme étant “le plus solide que l’on ait jamais vu”, mais il
est resté vague sur à quel point les Etats-Unis eux-mêmes défendraient
l’Ukraine. D’après un article du Financial Times publié mardi, l’administration
Trump a conditionné les garanties de sécurité d’après-guerre à l’abandon du
Donbass par l’Ukraine. (Ce que la Maison-Blanche a démenti.)
Le plan en 20 points proposé par les Etats-Unis prévoit l’adhésion de l’Ukraine
à l’Union européenne en 2027. L’adhésion à l’UE comprend une disposition
appelant les pays à se défendre mutuellement en cas d’invasion. L’Union a entamé
des discussions avec l’Ukraine au sujet de son adhésion, mais n’a pas fixé de
date.
Le Kremlin, pour sa part, a insisté sur le fait qu’il n’accepterait pas la
présence de troupes des pays de l’Otan en Ukraine. Au contraire, il a exigé ses
propres “garanties de sécurité”.
La Russie affirme qu’elle ne se sentira en sécurité que lorsque la question de
l’adhésion de l’Ukraine à l’Otan sera définitivement écartée, l’armée
ukrainienne plafonnée à 600 000 hommes — contre 800 000 actuellement —, et
lorsque Moscou se verra accorder un droit de veto effectif sur toute décision
future concernant la défense de l’Ukraine.
LE CESSEZ-LE-FEU
Pour le peuple ukrainien, cependant, la préoccupation la plus immédiate est
probablement la question du cessez-le-feu. Kiev veut une cessation immédiate des
hostilités. Moscou insiste sur le fait qu’un accord doit être conclu avant
d’envisager une pause dans les combats.
Jusqu’à ce qu’un tel accord soit finalement conclu, “la Russie continuera à
poursuivre de manière cohérente les objectifs de l’opération militaire
spéciale”, a déclaré Iouri Ouchakov, après la visite de Steve Witkoff à Moscou —
“l’opération militaire spéciale”, étant l’euphémisme par lequel le Kremlin
désigne la guerre en Ukraine.
Les missiles russes continuent de frapper l’Ukraine chaque jour, paralysant son
réseau électrique et plongeant des centaines de milliers de personnes dans
l’obscurité et dans le froid, alors que les températures hivernales sont
inférieures à zéro. Mercredi, Volodymyr Zelensky a accusé Moscou de “terrorisme”
après qu’un drone russe a frappé un train de passagers, tuant cinq personnes.
Le gouvernement du président russe Vladimir Poutine souhaite que des accords
soient conclus avant d’envisager un cessez-le-feu en Ukraine. | Alexander
Nemenov/AFP via Getty Images
DIFFÉRENCES CLÉS
La Russie et l’Ukraine semblent vouloir montrer au président américain qu’elles
coopèrent.
“Le fait que toute une série de questions complexes soient discutées au niveau
des experts peut déjà être considéré comme un progrès et le début d’un
dialogue”, a déclaré mercredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, aux
journalistes.
Pas plus tard qu’en décembre, la Russie a menacé de revoir sa participation au
processus de paix après avoir affirmé que l’Ukraine avait attaqué l’une des
résidences de Vladimir Poutine avec plusieurs drones (Kiev a rapidement démenti
cette accusation, qui a été largement discréditée, y compris par les services de
renseignement américains).
Volodymyr Fesenko, politologue ukrainien, a exprimé un optimisme prudent. “Le
fait que divers aspects techniques soient discutés est déjà un développement
positif”, a-t-il relevé.
Toutefois, les analystes soulignent qu’il existe une différence cruciale entre
les deux parties en conflit : alors que l’Ukraine fait preuve d’une volonté de
compromis, la Russie se contente de suivre le mouvement, tout en s’en tenant à
son objectif initial, qui est de soumettre l’Ukraine.
Vladimir Poutine est “obsédé par cette guerre et par son besoin urgent de briser
l’Ukraine”, pointe Tatiana Stanovaya, fondatrice de R.Politik, une société de
conseil politique spécialisée dans la Russie. “Il pense que c’est sacré,
existentiel, et que s’il commence à céder, la Russie sera ruinée.”
Elle a ajouté que l’insistance de la Russie à obtenir la totalité du Donbass
n’est qu’une tactique dilatoire.
“C’est une sorte de jeu de la part des Russes, qui acceptent de parler d’un
prétendu accord de paix, tout en voulant dire quelque chose de complètement
différent”, a décrypté Tatiana Stanovaya. “Ils peuvent parler de ce sujet
pendant des heures, mais cela n’a rien à voir avec la réalité.”
Parallèlement, du côté ukrainien, il n’est pas certain que, même si Volodymyr
Zelensky était prêt à renoncer au Donbass, il puisse faire passer un tel accord
par le processus politique. Le président ukrainien a évoqué l’idée d’organiser
un référendum sur la question, voire des élections nationales, mais il a insisté
pour qu’il y ait d’abord un cessez-le-feu.
Les sondages montrent que les Ukrainiens sont prêts à accepter un accord
équitable, mais qu’ils n’ont guère confiance dans les négociations menées par
les Etats-Unis.
“L’année dernière, il y avait encore de grands espoirs que Trump puisse aider à
mettre fin à la guerre”, a rappelé Volodymyr Fesenko. “Aujourd’hui, ce n’est
plus le cas.”
Il y a également une limite à ce que le président ukrainien est prêt à concéder,
a-t-il poursuivi.
“Volodymyr Zelensky veut entrer dans l’histoire comme le président qui a sauvé
l’Ukraine”, a-t-il soulevé. “Pas comme celui qui a perdu la guerre.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — Dans la dernière saison de la série danoise Borgen, l’ancienne Première
ministre Birgitte Nyborg, de retour au gouvernement en tant que ministre des
Affaires étrangères, est confrontée à un dilemme après la découverte d’une vaste
réserve de pétrole au Groenland. Tentée, un temps, de soutenir un “pétrole vert”
made in Danemark, elle finit par convaincre les Groenlandais de garder leurs
ambitions climatiques intactes.
C’est un exercice similaire auquel s’est essayé aujourd’hui le gouvernement
français, en s’opposant à une proposition de loi visant à réautoriser les
forages pétrogaziers dans les territoires ultramarins — sans toutefois parvenir
à convaincre les sénateurs, qui l’ont adopté d’une large majorité de 227 voix
pour et 105 contre.
Presque dix ans après la loi Hulot mettant fin à l’exploration d’hydrocarbures,
une première dans le monde, les élus de la Chambre haute ont donc voté en faveur
d’un texte proposant une dérogation, porté par le sénateur macroniste de Guyane,
Georges Patient.
ESPOIRS EN GUYANE
Le plateau des Guyanes, qui s’étend, outre le territoire français, sur le
Suriname, le Guyana, une partie du Brésil, de la Colombie et du Venezuela, voit
son activité pétrolière prospérer ces derniers temps. L’intervention américaine
dans ce dernier pays est d’ailleurs en partie liée aux enjeux énergétiques.
De nombreux Guyanais, dont le territoire figure parmi les plus défavorisés de
France, avec un taux de pauvreté atteignant 53%, regrettent de ne pas profiter
de cette manne pétrolière contrairement à leurs voisins. Et tous les
parlementaires, quel que soit leur parti, soutiennent une recherche
d’hydrocarbures.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, soutenait les ambitions guyanaises.
Elle jugeait possible une exploitation “avec nos normes environnementales” et
appelait à “ne pas tout décider depuis Paris”.
D’autant que le gouvernement a récemment mis en avant la notion de souveraineté
économique et le besoin de se libérer des hydrocarbures russes ou américains,
plutôt que la question climatique, pour justifier la décarbonation du pays. Un
ressort sur lequel joue Georges Patient, en appelant à la production de pétrole
made in France.
“ECOCOLONIALISME”
Pour le sénateur, la France fait preuve d’hypocrisie en refusant d’exploiter des
ressources nationales tout en achetant du pétrole au Guyana.
Il a aussi mis en avant les promesses de développement non tenues pour les
outre-mer : “Comment refuser que ces territoires utilisent leurs ressources
naturelles comme moteur de leur développement économique ? L’Etat a-t-il un plan
B ?” a-t-il interrogé à la tribune.
“Le ministère de la Transition écologique voit la Guyane comme un sanctuaire
figé à maintenir sous cloche à tout prix, et ce prix, ce sont les Guyanais qui
le paient”, a-t-il accusé, évoquant un “écocolonialisme”.
Mais c’est finalement le respect des obligations climatiques de la France qui
l’a emporté. Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, s’est
fortement opposée au texte, au nom de la protection des écosystèmes et de la
lutte contre le dérèglement climatique, l’exploitation de nouveaux champs
pétroliers n’étant pas compatible avec l’Accord de Paris sur le climat.
“Cette proposition de loi n’offre pas un avenir à la Guyane, elle offre des
illusions à court terme et des risques bien réels pour sa biodiversité et son
développement économique”, a estimé la ministre dans une déclaration transmise
par son cabinet mercredi 28 janvier.
“Ce serait engager des coûts importants, pour des résultats très incertains, au
prix de risques environnementaux majeurs”, et tout cela pour une exploitation
qui, au mieux, “ne pourrait voir le jour avant vingt ans”, a développé le
ministre de l’Economie, Roland Lescure, à la tribune. Il a préféré mettre en
avant les emplois que pourraient créer les énergies renouvelables.
UN PÉTROLE TROP CHER À FORER
Ce texte cible essentiellement la Guyane, les autres territoires ultramarins
français n’affichant qu’un potentiel limité en matière d’hydrocarbures. Et, bien
que l’existence de ressources pétrolières dans le territoire sud-américain soit
établie, la possibilité d’exploiter un gisement reste incertaine.
La géologie y est différente du Suriname et du Guyana voisins. Après avoir mené
plusieurs forages infructueux dans les années 2010, le groupe TotalEnergies a
jeté l’éponge. De quoi faire dire à son PDG, Patrick Pouyanné, qu’“il n’y a pas
d’hydrocarbures en France”.
Il n’est “pas acquis qu’une entreprise pétrolière sollicite la délivrance d’un
permis pour explorer les eaux guyanaises”, évalue le rapporteur du texte dans
son compte-rendu. Ce, “en raison du coût élevé d’une exploration dans cette zone
— dû à la profondeur — et des risques économiques qu’une telle campagne suppose
dans un contexte de prix du baril bas”.
Pour les partisans du texte, si aucun gisement viable n’a été trouvé, c’est par
manque de recherche.
L’adoption définitive de la proposition de loi est encore loin d’être acquise.
Il faudrait pour cela que le texte soit inscrit à l’ordre du jour et recueille
une majorité des votes à l’Assemblée nationale, qui est plus attachée à la loi
Hulot que le Sénat. Georges Patient mise sur les deux députés de Guyane pour
prendre le relais.
BRUXELLES — L’Union européenne va intensifier ses efforts pour diversifier ses
approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL) et se tourner vers d’autres
fournisseurs que les Etats-Unis, à la suite des menaces de Donald Trump sur le
Groenland, a déclaré mercredi le commissaire européen à l’Energie, Dan
Jørgensen.
Les événements de la semaine dernière ont été un “signal d’alarme clair”, a
estimé le Danois, pour qui l’instabilité géopolitique croissante — de la guerre
en Ukraine aux tensions grandissantes avec Washington — implique que l’UE ne
peut plus partir du principe que son approvisionnement énergétique est immunisé
contre les crises.
“Nous vivons une période très agitée”, a exposé Dan Jørgensen devant les
journalistes lors d’un briefing à Bruxelles. “Ce qui a rendu la situation plus
grave et plus complexe, c’est la relation tendue avec les Etats-Unis et le fait
que nous avons un président américain qui n’exclut pas de recourir à la force
contre le Groenland”, a-t-il poursuivi.
Les Etats-Unis fournissent déjà plus d’un quart du gaz de l’UE, contre seulement
5% il y a cinq ans, et cette dépendance devrait encore s’accroître avec l’entrée
en vigueur de l’interdiction totale du gaz russe.
Mais, Dan Jørgensen a indiqué que la Commission recherchait activement d’autres
fournisseurs que les Etats-Unis et qu’elle prévoyait de renforcer les
approvisionnements venant d’autres pays dans les mois à venir, notamment le
Canada, le Qatar et l’Algérie.
“Le Canada, bien sûr, le Qatar, les pays d’Afrique du Nord”, a-t-il énuméré,
ajoutant que Bruxelles s’efforçait également de garantir des sources non russes
de combustible nucléaire pour les Etats membres qui dépendent encore de Moscou.
LES ETATS-UNIS RESTENT “ESSENTIELS” POUR SE PASSER DU GAZ RUSSE
Tout en soulignant que Bruxelles ne souhaitait pas une guerre commerciale avec
Washington, Dan Jørgensen a reconnu que l’UE s’inquiétait de plus en plus du
risque de “remplacer une dépendance par une autre” après avoir rapidement
abandonné le gaz russe au profit du GNL américain à la suite de l’invasion de
l’Ukraine par Moscou.
“Nous n’avons jamais eu pour politique de réduire nos échanges avec les
Etats-Unis et nous ne voulons pas de conflits commerciaux”, a-t-il assuré. “Mais
il est également évident que les bouleversements géopolitiques […] ont été un
signal d’alarme. Nous devons être capables de prendre soin de nous-mêmes.”
Le commissaire a indiqué qu’il n’avait pas encore parlé avec son homologue
américain depuis les sorties de Donald Trump sur le Groenland, et que l’UE
n’avait pas fixé de seuil formel à partir de laquelle la quantité de GNL
américain importée serait considérée comme trop importante. Pour l’instant, le
gaz américain reste “essentiel” pour remplacer celui provenant de Russie, a-t-il
souligné.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
“A Bruxelles, personne ne vous entend crier” — Kasper Juul, spin doctor, dans la
série danoise Borgen.
Pour certains responsables politiques, Bruxelles est l’endroit où l’on est
envoyé quand on dérange dans son pays ou qu’on a fait son temps.
Pour d’autres, c’est la possibilité d’obtenir un poste prestigieux, au-delà de
leur rang ou de leur expérience.
On trouve aussi des bureaucrates qui se présentent chaque jour devant les
caméras en tant que porte-parole de la Commission européenne, bien qu’ils aient
peu ou pas d’expérience des médias. Ou encore des diplomates de carrière, qui se
retrouvent à gérer des dossiers ayant des conséquences majeures sur la politique
intérieure.
Toutes ces personnes sont unies par une croyance, dans une certaine mesure, dans
le projet européen. Mais travailler dans la capitale de l’UE peut virer au
cauchemar (malgré la visibilité, le salaire élevé et d’autres avantages).
Voici les cinq personnes dont nous pensons qu’elles ont les métiers les plus
difficiles à Bruxelles, et pourquoi.
MARK RUTTE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OTAN
Certes, on le surnomme “Teflon” — parce que tout glisse sur lui — aux Pays-Bas
ou au sein de l’Otan, mais avec Donald Trump à la Maison-Blanche, la tâche de
Mark Rutte est de toute évidence la plus difficile à Bruxelles.
A l’heure actuelle, il semble que son rôle consiste moins à diriger l’alliance
militaire qu’à essayer d’empêcher un homme — Donald Trump — de la démanteler
entièrement. Et l’ancien Premier ministre néerlandais apparaît plutôt doué pour
murmurer à l’oreille du président américain. Peu de temps après en avoir remis
une couche sur le Groenland dans son discours à Davos la semaine dernière, le
locataire de la Maison-Blanche a rencontré Mark Rutte et a annoncé à la surprise
générale qu’ils avaient établi “le cadre d’un futur accord”.
Reste que cela met le Néerlandais dans une situation étrange. En mars dernier,
lorsque les deux hommes se sont rencontrés dans le Bureau ovale, Donald Trump a
déclaré qu’il voulait annexer le Groenland, ce à quoi Mark Rutte n’a pu que
répondre : “Je ne veux pas entraîner l’Otan” dans cette affaire, irritant les
Danois. Aucune disposition du traité fondateur de l’Alliance de 1949 n’envisage
qu’un allié en attaque un autre, et la Première ministre danoise, Mette
Frederiksen, comme d’autres, a averti qu’une invasion signifierait la fin de
l’Otan. Mi-janvier, Mark Rutte assurait que l’Alliance n’était “pas du tout” en
crise.
Le secrétaire général en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé Donald Trump
“daddy”, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir.
Le cabinet de Mark Rutte n’a pas répondu à une demande de commentaire pour cet
article.
“Je comprends parfaitement la difficulté de sa tâche [maintenir l’unité de
l’Otan], mais c’est tellement pénible de le regarder”, confie un diplomate
chevronné de l’UE, sous couvert de l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement,
comme d’autres personnes dans cet article.
Le secrétaire général, Mark Rutte, en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé
Donald Trump “daddy“, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir. | Mandel
Ngan/AFP via Getty Images
“Marcher sur une corde raide avec un vent contraire est plus facile que le
travail du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte”, compare Nicolás Pascual de
la Parte, ancien ambassadeur espagnol auprès de l’Alliance, aujourd’hui
eurodéputé du Parti populaire européen et membre de la commission de la Sécurité
et de la Défense. “Garder l’Alliance atlantique unie dans les circonstances
actuelles exige un sens politique sans pareil pour tempérer la stratégie de
l’abîme de Trump.”
PAULA PINHO, PORTE-PAROLE EN CHEF DE LA COMMISSION
Sous l’ère von der Leyen, la fonction de porte-parole en chef est devenue très
difficile. Les responsables publics affirment que la présidente de la Commission
travaille dans un bunker — au sens figuré —, avec seulement son chef de cabinet,
Björn Seibert, dans la boucle, tandis que tous les autres sont soit laissés dans
l’ignorance, soit au courant uniquement des informations strictement nécessaires
— ce qui est très différent du style plus collégial de son prédécesseur,
Jean-Claude Juncker.
Cela fait du travail de la Portugaise Paula Pinho, nommée porte-parole en chef
de la Commission en novembre 2024 et avocate de formation, l’un des plus
difficiles à Bruxelles, puisqu’elle doit tous les jours faire face aux questions
des journalistes devant les caméras. Mais souvent, Paula Pinho — une
germanophone proche de Michael Hager, le chef de cabinet du commissaire Valdis
Dombrovskis et considéré comme un allié de Björn Seibert — ne peut pas répondre,
soit parce qu’elle n’y est pas autorisée, soit parce qu’elle n’a pas reçu la
réponse, relatent des responsables publics et des diplomates.
La Commission est ainsi plus fermée que jamais. En janvier dernier,
lorsqu’Ursula von der Leyen a été hospitalisée pour une pneumonie, c’est
l’agence de presse allemande DPA qui a annoncé la nouvelle. Alors que le mois
suivant, même le Vatican, réputé pour son manque de transparence, n’a pas caché
que le pape François avait été hospitalisé.
Lors du départ d’Eric Mamer, le prédécesseur de Paula Pinho, les responsables
européens ont plaisanté sur le nombre de bouteilles de champagne qu’il avait
ouvertes pour fêter sa liberté. Au moins, le sacrifice d’Eric Mamer a été
récompensé : il a ensuite été nommé directeur général de la DG Environnement.
Paula Pinho a déclaré à POLITICO : “Je suis honoré d’occuper ce qui est l’un des
emplois uniques à Bruxelles. Cela ne se mesure certainement pas au confort ou à
la facilité des tâches, mais à la responsabilité et à la sobriété.”
Elle a ajouté qu’une partie de son travail “consiste à faire la différence entre
ce que le public a besoin de savoir et ce que certains médias aimeraient bien
savoir”.
KAJA KALLAS, LA CHEFFE DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE L’UE
Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe diplomatique de
l’Union européenne, a été créé en 2010 et la tâche du haut représentant qui le
dirige a toujours été difficile, car les Etats membres, en particulier les plus
grandes puissances, veulent garder la politique étrangère entre leurs mains.
Les relations entre Ursula von der Leyen et l’ancien titulaire du poste, Josep
Borrell, étaient très mauvaises, selon des responsables européens. C’est encore
pire avec Kaja Kallas.
La région méditerranéenne a été retirée du portefeuille de l’Estonienne, la
Commission ayant créé l’année dernière un service consacré au Moyen-Orient, à
l’Afrique du Nord et aux pays du Golfe (DG MENA). Dans le même temps, l’exécutif
européen a travaillé activement sur des plans visant à réduire la taille du
SEAE.
Kajas Kallas a tenté de réagir en voulant nommer un secrétaire général adjoint
puissant en la personne de Martin Selmayr, l’ancien chef de cabinet redouté de
Jean-Claude Juncker, mais cette initiative a été bloquée par le cabinet d’Ursula
von der Leyen.
Kaja Kallas “se plaint en privé qu’elle [von der Leyen] est une dictatrice, mais
elle ne peut rien y faire ou presque”, pointe un responsable européen chevronné.
De plus, la haute représentante est originaire d’Estonie, un petit Etat, et son
parti, les libéraux, n’est pas très puissant, ce qui rend sa position encore
plus faible que celle de Josep Borrell (un socialiste espagnol).
Le cabinet de Kaja Kallas n’a pas répondu à une demande de commentaire.
BÁLINT ÓDOR, AMBASSADEUR DE HONGRIE
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán aime jouer les méchants avec sa ligne
prorusse et pro-Trump, rendant le travail de l’ambassadeur du pays auprès de
l’UE difficile. L’actuel occupant du poste, Bálint Ódor, est considéré comme
proche du parti Fidesz de Viktor Orbán, contrairement à son prédécesseur, Tibor
Stelbaczky, qui travaille désormais pour l’organe diplomatique de l’UE.
Bálint Ódor est considéré comme proche du parti Fidesz de Viktor Orbán. |
Thierry Monasse/Getty Images
Lorsque les ambassadeurs hongrois tentent d’adoucir certaines lignes dures de
leur gouvernement, cela crée des soupçons à Budapest quant à leur loyauté,
relate un diplomate hongrois. Un responsable public a décrit l’ambassadeur
hongrois comme “l’éléphant dans la pièce”, en raison des liens étroits du pays
avec le Kremlin.
Au cours de la présidence hongroise du Conseil de l’UE l’année dernière, des
diplomates ont exprimé des inquiétudes quant au partage de certaines
informations avec les Hongrois en raison de la proximité de leur Premier
ministre avec la Russie (le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter
Szijjártó, rencontre régulièrement son homologue russe, Sergey Lavrov, qui est
sous sanctions européennes). “C’est un privilège de servir mon pays et de
représenter les intérêts hongrois”, a répondu Bálint Ódor à POLITICO.
MAROŠ ŠEFČOVIČ, COMMISSAIRE AU COMMERCE
Lorsqu’un dossier est difficile à résoudre, il faut faire appel au commissaire
slovaque formé à Moscou et surnommé “Mister Fix It“ pour sa capacité à résoudre
les problèmes.
Cet ex-membre du Parti communiste slovaque est commissaire depuis octobre 2009,
ce qui fait de lui le plus ancien commissaire en exercice, ayant servi sous José
Manuel Barroso, Jean-Claud Juncker et Ursula von der Leyen.
Maroš Šefčovič a été appelé à superviser la réponse de l’UE à des défis
extraordinaires (et compliqués) comme le Brexit et le Pacte vert européen, et
maintenant, à l’ère Trump, il est chargé du commerce. Mais il fait plus que
cela. Par exemple, lorsqu’Ursula von der Leyen n’a pas voulu se rendre au
Parlement européen à Strasbourg pour un débat sur l’opportunité de la censurer,
elle et son collège de commissaires (et donc lui), elle l’a envoyé à sa place.
Le cabinet de Maroš Šefčovič n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.