PARIS — C’est un petit séisme rue de Montpensier, siège du Conseil
constitutionnel. Sa secrétaire générale, Aurélie Bretonneau, a été remerciée par
Richard Ferrand, a appris POLITICO auprès de quatre sources internes.
Dans un courriel envoyé en interne lundi 23 mars en fin de journée — et que
POLITICO a pu consulter — Aurélie Bretonneau indique : “Le président Ferrand m’a
annoncé avoir proposé au président de la République de mettre fin à mes
fonctions en raison de divergences de vues sur la conduite de l’institution.”
Ce limogeage inattendu doit désormais être officialisé par un décret en Conseil
des ministres.
Si les relations entre le président et sa secrétaire générale n’étaient pas au
beau fixe d’après deux sources internes, aucun signe avant-coureur ne laissait
présager une telle décision.
Celle-ci surprend d’autant plus que la nomination d’Aurélie Bretonneau, fin mars
2025, avait été validée par Richard Ferrand, tout juste installé à la tête du
Conseil constitutionnel.
DES TENSIONS SUR LES ORDONNANCES
Entre les deux, des “divergences” ont toutefois émergé ces derniers mois,
notamment “sur la place du droit”, d’après deux sources internes.
Selon l’une d’elles, des tensions sont apparues à la fin de l’année dernière. Le
gouvernement envisageait alors de recourir aux ordonnances pour faire adopter
son budget. Un débat entre spécialistes a rapidement émergé sur la compétence de
la Rue de Montpensier dans pareil cas. La secrétaire générale a détaillé sa
position dans une note, estimant d’une part que le contrôle du texte reviendrait
au Conseil d’Etat et non au Conseil constitutionnel et d’autre part que ces
ordonnances devaient se borner à la copie initiale présentée par le
gouvernement, et donc sans la possibilité de conserver des amendements. Deux
points dont le sens a déplu à Richard Ferrand.
“Aurélie Bretonneau n’est pas du genre à transiger sur la défense de l’Etat de
droit, ni sur la rigueur du raisonnement juridique, ni sur l’indépendance de
l’institution. Si c’est cela qui a dérangé, c’est un problème majeur”, confie
une haute fonctionnaire, qui dit son “immense perplexité”.
Après trois années comme numéro deux du Secrétariat général du gouvernement,
cette conseillère d’Etat avait succédé à Jean Maïa, qui avait épaulé Laurent
Fabius pendant près de huit ans comme secrétaire général. A ce poste
stratégique, elle pilotait le travail juridique de l’institution, supervisait
l’instruction des dossiers et veillait à la solidité des décisions rendues rue
de Montpensier.
Contacté lundi soir, Richard Ferrand n’a pas répondu à l’heure où nous publions
ces lignes. Aurélie Bretonneau n’a pas non plus souhaité commenter.
Tag - Actualité
PARIS — Paris reste à gauche. Dimanche soir, Emmanuel Grégoire a filé en Vélib’
jusqu’à l’hôtel de ville une fois sa victoire proclamée. Anne Hidalgo l’y
attendait pour lui remettre les clefs de la ville.
UNE FRACTURE TOUJOURS VIVE ENTRE L’OUEST ET L’EST
Le candidat de la gauche unie (hors LFI) l’a emporté largement face à ses deux
adversaires avec 428 143 voix, soit un peu plus de la moitié des suffrages
exprimés. Il capitalise sur sa large avance au premier tour (309 693 voix contre
207 613 pour la candidate LR), gagnant plus de 118 000 voix au second tour.
Rachida Dati, malgré une fusion avec la liste Horizons-Renaissance de
Pierre-Yves Bournazel, ne parvient pas à remonter son écart, malgré 144 000
nouvelles voix.
L’Insoumise Sophia Chikirou régresse sur une semaine, perdant plus de 28 000
voix.
C’est dans les quartiers de l’est de la capitale qu’Emmanuel Grégoire enregistre
ses meilleurs scores, recevant plus de 75% des voix dans certains bureaux.
Les bureaux de vote où Pierre-Yves Bournazel a fait ses meilleurs scores au
premier tour se répartissent entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, en
fonction de ce même découpage géographique. Le nord du 17e arrondissement fait
la jonction entre les deux électorats.
Le candidat Horizons avait dépassé les 20% dans trois bureaux de vote du 18e
arrondissement, qui placent Emmanuel Grégoire largement en tête au second tour.
A contrario, dans les 6e, 8e et 15e arrondissements, Rachida Dati semble en
récolter les fruits.
103 CONSEILLERS DE PARIS POUR GRÉGOIRE
Grâce à son score important, l’équipe d’Emmanuel Grégoire comptera 103 sièges au
Conseil de Paris, soit un peu plus que la majorité de gauche sortante. Le
dernier élu de sa liste est Yvain Bourgeat-Lami, le collaborateur du député
socialiste Laurent Baumel.
Rachida Dati sauve 51 conseillers de Paris. Sylvain Maillard (Renaissance),
deuxième sur sa liste et artisan de la réforme du scrutin qui n’a finalement pas
fait son bonheur, arrive pour la première fois au conseil de Paris. Tout comme
le ministre chargé de l’Europe Benjamin Haddad (Renaissance) ou l’ancienne
ministre Marlène Schiappa, qui figurait initialement sur la liste de Pierre-Yves
Bournazel (Horizons).
Sophia Chikirou comptera 9 insoumis dans son groupe. Elle sera notamment
accompagnée par Rodrigo Arenas, député Insoumis parisien, ou Céline Verzeletti,
syndicaliste à la tête de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat, qui avait
échoué face à Danielle Simonnet (ex-LFI) lors des élections législatives en
2024.
3 NOUVEAUX MAIRES D’ARRONDISSEMENT
Dans une déclaration teintée d’amertume, sans féliciter son adversaire ni même
prononcer son nom, Rachida Dati a reconnu ne pas avoir “réussi à convaincre que
le changement [était] non seulement possible mais nécessaire”. “Le poison de la
division a produit ses effets”, a ajouté la candidate LR, en se gardant de
désigner qui que ce soit.
Rachida Dati pourra se consoler avec la mairie du 7e, qu’elle avait remportée
dès le premier tour. Malgré le changement de scrutin, les arrondissements ne
basculent pas.
Trois arrondissements comptent cependant un nouveau maire à leur tête. Tête de
liste sur le fil, en remplacement de l’Ecologiste Emmanuelle Pierre-Marie,
accusée de “management toxique”, Lucie Castets est élue dans le 12e. David
Belliard, chef de file des écologistes dans la capitale, devient maire du 11e
arrondissement. Catherine Lécuyer (LR) l’emporte dans le 8e — elle remplace
Jeanne d’Hauteserre, candidate dissidente qui a défrayé la chronique pour ses
frais de représentation somptuaires.
Anthony Lattier et Jason Wiels ont contribué à cet article.
Avertissement : le sondage dont nous vous dévoilons les résultats est une photo
des rapports de forces à un instant T et ne présage pas des possibles évolutions
lors des dernières heures de campagne.
PARIS — Quelques soupirs de soulagement vont peut-être se faire entendre sur la
Canebière à la lecture du sondage Cluster 17* dévoilé en exclusivité par
POLITICO. Selon cette étude, le Rassemblement national n’est pas en mesure de
remporter Marseille. Donné à 39% des intentions de vote, le candidat d’extrême
droite Franck Allisio accuserait un retard de 14 points sur le maire de gauche,
Benoît Payan, crédité pour sa part de 53% des suffrages. Loin derrière, Martine
Vassal, des Républicains, n’attirerait que 8% des voix pour ce second tour.
Le sortant, s’il l’emporte, pourra remercier les électeurs Insoumis. Si un tiers
de ceux ayant voté pour Sébastien Delogu au premier tour des municipales (11,94%
des Marseillais) compte s’abstenir, selon Jean-Yves Dormagen, le président de
Cluster 17, la quasi totalité de ceux qui voteront sont prêts à choisir un
bulletin Benoît Payan (à 98%). De quoi aider l’élu à creuser l’écart avec le RN,
alors que moins de deux points les séparait il y a une semaine (36,70% contre
35,02%).
L’électorat de Martine Vassal est plus divisé. Elle en conserve presque la
moitié, mais 32% lui préféreront le maire sortant ; 22% opteraient pour le
candidat du RN. Difficile, si ces chiffres sont confirmés dans les urnes, de
dire avec certitude ce qu’aurait changé le retrait de la présidente de la
métropole, si Martine Vassal avait fait ce choix, explique Jean-Yves Dormagen :
“Il aurait bénéficié aux deux, peut-être un tout petit plus à Benoît Payan, mais
pas dans des proportions très fortes. Il y aurait sans doute eu plus
d’abstention”.
(*) Sondage Cluster 17 pour POLITICO réalisé par questionnaire autoadministré en
ligne, entre le 18 et le 19 mars 2026, auprès de 738 personnes représentatives
de la population de Marseille âgée de 18 ans et plus, dont 643 inscrites sur les
listes électorales. L’échantillon est réalisé selon la méthode des quotas
(genre, âge, catégorie socioprofessionnelle). L’enquête a fait l’objet d’un
redressement sociodémographique (données Insee) et d’un redressement politique
sur la base du premier tour des municipales 2026. Pour 643 personnes, la marge
d’erreur est comprise entre 2,3 et 3,9 points.
Avertissement : le sondage dont nous vous dévoilons les résultats est une photo
des rapports de forces à un instant T et ne présage pas des possibles évolutions
lors des dernières heures de campagne.
PARIS — Après avoir pris l’avantage lors du premier tour, en recueillant 37,98%
des voix, Emmanuel Grégoire semble en bonne position pour transformer l’essai
dimanche. Le candidat socialiste est crédité de 48% des intentions de vote pour
le second tour, en progression de 10 points, dans le sondage Cluster 17* dévoilé
en exclusivité par POLITICO ce vendredi.
L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo devancerait ainsi de 7 points sa
principale adversaire, Rachida Dati (41%), à la tête d’une liste d’union de la
droite et du centre — elle progresserait toutefois d’environ 15 points par
rapport au premier tour, où elle a obtenu 25,46% des voix. Presque stable, en
troisième position avec 11% des intentions de vote, la candidate Insoumise
Sophia Chikirou n’est pas en capacité de jouer les arbitres.
BALLE AU CENTRE
Grégoire parviendrait donc à creuser l’écart avec Dati, bien que celle-ci ait
fusionné sa liste avec une partie de celle du candidat Horizons et Renaissance,
Pierre-Yves Bournazel, et qu’elle bénéficie du retrait de Sarah Knafo
(Reconquête), qui avait recueilli 10% des voix. Cela s’explique notamment parce
qu’une majorité (57%) des électeurs de “PYB” se reporterait sur le candidat de
l’union de la gauche plutôt que sur sa rivale (42%).
“A ce stade, le centre gauche et une bonne partie du centre votent plutôt
Grégoire, ce qui fait la différence dans une ville comme Paris, qui vote plutôt
à gauche”, analyse Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17.
C’est ce que prouve l’analyse des clusters (la méthodologie de l’institut). Chez
les “modérés”, l’ancienne ministre de la Culture est largement distancée (21%
contre 78% pour Grégoire). Même constat chez les électeurs se disant
“socio-démocrates” et “socio-républicains”, où le député de Paris est
hégémonique (85% contre 14%).
Dati profite en revanche du report quasi complet (99%) de l’électorat de Knafo,
et surperforme dans les clusters traditionnels de la droite et de l’extrême
droite, comme les “conservateurs” (95%), “identitaires” et “autoritaires” (97%).
Mais ce pourrait être insuffisant pour conquérir la mairie. “Mécaniquement, elle
ne peut pas gagner si elle n’a pas le centre avec elle”, souligne Dormagen, qui
considère que “l’électorat de Bournazel est l’arbitre de l’élection”.
A l’autre bout de l’échiquier politique, Sophia Chikirou conforte son résultat
grâce à un électorat fidèle : près de 89% des Parisiens qui ont voté pour elle
au premier tour récidiveraient au second.
(*) Sondage Cluster 17 pour POLITICO réalisé par questionnaire autoadministré en
ligne, entre le 17 et le 19 mars 2026, auprès de 1 616 personnes représentatives
de la population de Paris âgée de 18 ans et plus, dont 1 437 inscrits sur les
listes électorales. L’échantillon est réalisé selon la méthode des quotas
(genre, âge, catégorie socioprofessionnelle). L’enquête a fait l’objet d’un
redressement sociodémographique (données Insee) et d’un redressement politique
sur la base du premier tour des municipales 2026. Pour 1 437 personnes, la marge
d’erreur est comprise entre 1,6 et 2,6 points.
Edouard Philippe est en passe de réussir son pari : se faire réélire maire du
Havre à 14 mois de la présidentielle. Le président d’Horizons est en effet
crédité de 47% des intentions de vote dans un sondage Cluster 17 dévoilé en
exclusivité par POLITICO jeudi. L’ancien Premier ministre bénéficie d’une avance
de 8 points sur son adversaire principal, Jean-Paul Lecoq, candidat du Parti
communiste (39%).
En recueillant 43,76% des voix au premier tour, le maire sortant a déjoué les
pronostics — et rassuré ses troupes chez Horizons — en se plaçant dans une
position plus confortable qu’attendu, 10 points devant son poursuivant
communiste.
Soucieux de maintenir la mobilisation de ses partisans lors du second tour,
Edouard Philippe s’est gardé de tout triomphalisme, dimanche dernier.
Il faut dire qu’il est engagé dans une triangulaire inédite depuis 1995 dans la
préfecture de Seine-Maritime après la qualification de Franck Keller (15,3%),
candidat de l’Union des droites pour la République (UDR), soutenu par le
Rassemblement national. Parachuté au Havre, ce conseiller municipal de
Neuilly-sur-Seine est crédité de 14% des intentions de vote pour le second tour.
2027 EN LIGNE DE MIRE
“Ce serait une surprise qu’Edouard Philippe perde l’élection”, commente
Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. “L’enjeu symbolique” étant de
savoir si Philippe parvient à être “majoritaire ou pas dans sa propre ville”,
ajoute-t-il.
La plus grande prudence s’impose néanmoins dans l’analyse des sondages de second
tour, de manière générale, et surtout en cas de triangulaire. “Il y a beaucoup
plus d’hésitation [des électeurs] et les reports de voix évoluent tous les
jours”, explique Dormagen, soulignant que les “dynamiques” sont souvent fortes
dans les entre-deux-tours, alors que les instituts captent l’opinion “à un
instant T”.
D’après son étude, 90% des électeurs de la candidate Insoumise Charlotte
Boulogne (qui avait recueilli 4% des suffrages au premier tour) se reporteraient
sur le député communiste de Seine-Maritime, quand les 10% restants choisiraient
Edouard Philippe. Le maire sortant récupérerait aussi une faible part (14%) des
électeurs au premier tour de Franck Keller.
La candidature à la présidentielle d’Edouard Philippe a été l’un des thèmes de
la campagne, ses deux adversaires estimant que le maire sortant délaissera sa
ville dès lors qu’il sera reconduit dans ses fonctions. “Je suis entouré, j’ai
dans mon équipe des gens capables d’endosser ce rôle de maire, mais nous n’en
sommes pas là”, s’est défendu l’intéressé, lors du débat d’entre-deux-tours
mercredi sur France 3 Normandie.
(*) Sondage Cluster 17 pour POLITICO réalisé par questionnaire autoadministré en
ligne, entre le 16 et le 18 mars, auprès de 630 personnes représentatives de la
population du Havre âgée de 18 ans et plus, dont 538 inscrits sur les listes
électorales. L’échantillon est réalisé selon la méthode des quotas (genre, âge,
catégorie socioprofessionnelle). L’enquête a fait l’objet d’un redressement
sociodémographique (données Insee) et d’un redressement politique sur la base du
premier tour de la présidentielle 2022, des élections municipales 2020 et
européennes 2024. Pour 538 personnes, la marge d’erreur est comprise entre 1,9
et 4,5 points.
BRUXELLES — Si Donald Trump avait voulu que les Européens achètent plus de
pétrole et de gaz, il n’aurait peut-être pas dû bombarder l’Iran.
Bien que l’approvisionnement énergétique du Vieux Continent reste sûr, les prix
du carburant et de l’électricité ont grimpé en flèche depuis que les Etats-Unis
et Israël ont lancé des frappes sur Téhéran à la fin du mois de février.
Dans leur empressement à freiner cette hausse soudaine, certains gouvernements
ont vu une opportunité d’attaquer la législation environnementale de l’Union
européenne, tandis que d’autres ont saisi l’occasion de la hausse des prix des
énergies fossiles pour affirmer que l’UE doit redoubler d’efforts en matière de
lutte contre le changement climatique.
Mais le choc de coûts provoqué par la guerre a rappelé aux sceptiques et aux
partisans de l’écologie en Europe que leur continent pauvre en ressources est
vulnérable à la volatilité des prix à l’importation tant que le pétrole et le
gaz constituent une part essentielle de son mix énergétique.
De l’Espagne à la Pologne, les gouvernements se sont unis cette semaine autour
d’un même message : l’Europe doit accélérer sa transition en abandonnant les
énergies fossiles étrangères au profit d’une énergie propre domestique.
“Nous vivons dans un environnement géopolitiquement instable. Nous devons donc
réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés”, défend
auprès de POLITICO le ministre bulgare de l’Environnement, Julian Popov, qui
fait actuellement partie du gouvernement intérimaire du pays.
“Je veux dire, voulons-nous être un pétro-Etat, une pétro-Union ou un
pétro-continent sans ressources pétrolières ?” lance-t-il. “C’est totalement
ridicule. Nous devons accélérer notre électrification.”
La flambée des prix de l’énergie qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la
Russie en 2022 a entraîné une baisse systémique de la consommation de gaz en
Europe, et la situation actuelle pourrait bien avoir un effet similaire, a
anticipé la ministre néerlandaise du Climat, Stientje van Veldhoven, lors d’une
interview mardi.
La crise iranienne “crée une forte incitation pour tous les pays à évaluer
soigneusement leur utilisation du pétrole et du gaz et à voir comment ils
peuvent réduire non seulement leur dépendance géopolitique, mais aussi l’impact
qu’elle a sur leur économie et leur stabilité sociale”, a-t-elle estimé.
Pour les Etats-Unis, cela signifie que l’un de leurs meilleurs clients perd de
l’intérêt pour ses produits. Le Vieux Continent est en effet le principal
destinataire du gaz naturel liquéfié américain, et Donald Trump a cherché à
s’assurer que les Européens achètent encore plus de ses énergies fossiles.
Pourtant, par inadvertance, son attaque contre l’Iran a renforcé les appels à ce
que l’Europe prenne la direction opposée.
LE PRIX DE LA DÉPENDANCE
Le choc actuel est de bien plus faible magnitude que la crise énergétique de
2022, qui avait fait grimper les prix du gaz en Europe au-dessus de 300 euros le
mégawattheure. Cette semaine, le prix a oscillé autour de 50 euros, alors qu’il
était d’environ 30 euros avant la guerre en Iran.
La ministre du Climat et de la Croissance verte, Stientje van Veldhoven-van der
Meer, lors d’un débat sur le Conseil Energie de l’UE au Parlement néerlandais,
le 5 mars 2026 à La Haye. | John Beckmann/DeFodi Images/DeFodi via Getty Images
Pourtant, comme l’a écrit la présidente de la Commission européenne, Ursula von
der Leyen, dans une lettre adressée lundi aux dirigeants de l’UE,
“l’augmentation des prix des combustibles fossiles pèse déjà sur notre
économie”.
Depuis que les Etats-Unis et Israël ont commencé à bombarder l’Iran, ce qui a
incité Téhéran à bloquer la navigation dans le golfe Persique, l’Union a “déjà
dépensé 6 milliards d’euros supplémentaires en importations de combustibles
fossiles, ce qui nous rappelle directement le prix que nous payons pour notre
dépendance”, a-t-elle ajouté.
Lors d’un sommet qui se tiendra jeudi à Bruxelles, les chefs d’Etat et de
gouvernement européens débattront de la meilleure façon de lutter contre les
prix de l’énergie à court terme. En ce qui concerne la politique à long terme,
les gouvernements sont largement d’accord.
“Devenir indépendant du pétrole et du gaz est l’une des questions clés, comme le
montre une fois de plus la crise à laquelle nous sommes confrontés […] en raison
du conflit au Moyen-Orient”, a considéré le ministre allemand de
l’Environnement, Carsten Schneider, mardi, appelant à un développement plus
rapide des énergies renouvelables et des réseaux électriques.
Lundi, son collègue homologue Kaspars Melnis a avancé devant la presse : “Si
vous parlez des prix de l’énergie, ce que nous pouvons faire, c’est [produire]
de plus en plus notre propre énergie renouvelable.”
LEÇON RETENUE
Les efforts déployés par l’Europe pour développer les énergies renouvelables —
et, dans certains pays, l’énergie nucléaire — s’inspirent des leçons tirées de
la crise de 2022.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’adresse aux
médias au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, le 18 mars 2026 à
Bruxelles. | Thierry Monasse/Getty Images
“Il est important pour moi de souligner que la situation de l’UE est bien
meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était en 22. Pourquoi ? Parce que nous avons
plus de renouvelables dans notre système, parce que nous avons diversifié notre
approvisionnement en général de notre système énergétique, parce qu’il y a moins
d’heures où c’est le gaz qui fixe le prix de l’électricité”, a énuméré Dan
Jørgensen, le commissaire européen à l’Energie, lundi.
Dans sa lettre de lundi, Ursula von der Leyen note que la part des renouvelables
dans le mix électrique de l’UE est passée de 36% en 2021 à près de 50%
aujourd’hui.
Alors que le gaz coûteux tend à fixer le prix global de l’électricité dans le
système européen, plus la part d’électricité propre d’un pays est élevée, plus
ses coûts sont bas. Les recherches ont montré que les prix de l’énergie ont
beaucoup moins augmenté en Espagne, pays alimenté par les énergies
renouvelables, qu’en Italie, pays dépendant du gaz.
Mais l’Espagne et d’autres pays soucieux de l’environnement ne sont pas les
seuls à voir dans la guerre en Iran une raison de renoncer aux importations de
combustibles fossiles.
“Je constate que même des collègues qui, disons, lorsque le climat était la
raison d’aborder ce sujet, avaient des inquiétudes […] mais ils voient aussi que
le poids de ces conséquences [de la guerre en Iran] est une raison très
importante d’agir, parce que cela réduit ces coûts”, a déclaré Stientje van
Veldhoven, la ministre néerlandaise.
Même à Varsovie, où le climat a tendance à être un sujet politiquement
inflammable, le bond des coûts de l’énergie incite à développer les
renouvelables.
“Je tiens à préciser à tous les sceptiques que les sources d’énergie
renouvelables sont avant tout la source d’énergie la plus souveraine pour la
Pologne”, a souligné mardi le Premier ministre polonais Donald Tusk. “La guerre
en Iran montre clairement à quel point la dépendance à l’égard des sources
d’énergie externes peut être dangereuse.”
Cet article qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité
en français par Jean-Christophe Catalon.
LA GUERRE EN IRAN ET LA CRISE ÉNERGÉTIQUE BOUSCULENT LE PROGRAMME DU SOMMET
EUROPÉEN
Les dirigeants européens espéraient se concentrer sur les problèmes de
compétitivité à long terme de l’Union. Au lieu de cela, ils devront trouver des
solutions aux crises en cours.
Par NICHOLAS VINOCUR
à Brussels
Illustration par Natália Delgado/POLITICO
Les dirigeants européens s’étaient enfin mis d’accord sur la manière de relancer
l’économie chancelante du Vieux Continent et de tracer la voie de son
indépendance vis-à-vis de puissances comme la Chine et les Etats-Unis.
Mais Donald Trump avait d’autres projets.
Tout comme les menaces du président américain de s’emparer du Groenland avaient
dominé la réunion de janvier (et ses droits de douane avaient fait de l’ombre à
une précédente), la guerre américano-israélienne contre l’Iran a bousculé
l’ordre du jour du Conseil européen qui s’ouvrira jeudi, forçant les chefs
d’Etat et de gouvernement à se concentrer sur la crise énergétique à traiter à
court terme, alors que leur objectif initial était de parler de la compétitivité
à long terme.
“Il est essentiel de réduire l’impact sur les prix” de la guerre, a déclaré la
présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à l’approche du
sommet. “Nous devons apporter une aide dès maintenant […]. [Nous devons]
examiner de manière approfondie les moyens de réduire les factures d’énergie des
citoyens.”
Les prix du pétrole avoisinant les 100 dollars le baril, les dirigeants de l’UE
passeront une grande partie de leur réunion de jeudi à réfléchir à la manière de
compenser l’impact de la flambée des prix de l’énergie sur les entreprises et
les ménages européens, selon plusieurs diplomates à qui, comme d’autres
personnes dans cet article, l’anonymat a été accordé afin d’évoquer les
préparatifs du sommet.
Les prix élevés de l’énergie sont depuis des mois un thème récurrent des
discussions entre dirigeants européens, à l’image de leur rassemblement au
château d’Alden Biesen en Belgique le mois dernier. Mais la volatilité du cours
de l’or noir, résultant des attaques de drones et de missiles iraniens au
Moyen-Orient, a transformé une préoccupation en une urgence pour les chefs
d’Etat et de gouvernement, qui craignent qu’une inflation galopante n’alimente à
nouveau une poussée dans l’opinion des partis populistes et hostiles à l’Union.
“L’accent sera mis très fortement sur les prix de l’énergie ; nous attendons des
propositions de la part de la Commission européenne”, confie un haut diplomate
de l’UE. “La situation des prix de l’énergie existait déjà à Alden Biesen, mais
elle est aujourd’hui très préoccupante.”
Et puis il y a la guerre elle-même : l’Europe reste divisée sur la manière de
répondre à Donald Trump.
Un camp mené par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez fait pression pour
que l’Union européenne utilise les conclusions du Conseil (un texte, souvent
aride, livrant la position politique convenue par les 27 dirigeants à la fin du
sommet) pour appeler au respect du droit international, ce qui équivaudrait à
une réprimande indirecte de Donald Trump et du Premier ministre israélien
Benyamin Netanyahou.
Mais un autre groupe de pays, dont l’Allemagne, hésite à franchir cette étape
susceptible d’irriter le président américain et de mettre en péril l’accord
commercial entre l’UE et les Etats-Unis actuellement examiné par les
parlementaires européens.
Les risques de froisser Donald Trump sont tout simplement trop importants,
pointe un deuxième diplomate européen d’un grand pays. “Nous ne voulons pas
d’escalade sur le plan commercial. Nous voulons que les Etats-Unis s’impliquent
en Ukraine. Nous voulons qu’ils soient impliqués dans l’Otan. Cela vaut-il la
peine de risquer ces objectifs pour s’exprimer sur l’Iran ? Jusqu’à présent, pas
vraiment.”
“Cela vaut-il la peine de dire : ‘Bande d’imbéciles, pourquoi avez-vous fait ça
?’ Non, parce que nous en paierons le prix fort”, ajoute le diplomate.
Il est peu probable que ce sommet soit une occasion manquée pour autant. Les
chefs d’Etat et de gouvernement devraient se mettre d’accord sur des échéances
ambitieuses pour alléger la bureaucratie de l’UE et jeter les bases d’un marché
financier européen plus intégré. Mais leur agenda est, une fois de plus, dicté
principalement par un dirigeant qui réside à Washington, et non en Europe.
ORBÁN, ENCORE
La récente envolée du cours du baril de pétrole a replongé l’Europe dans les
jours sombres de 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait
provoqué une augmentation massive des prix de l’énergie dans toute l’Union.
Ces hausses, bien que compensées par une injection massive de fonds européens,
ont néanmoins profité à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Viktor Orbán a
d’ailleurs axé sa campagne actuelle pour sa réélection sur l’idée que la guerre
en Ukraine a été trop coûteuse.
Viktor Orbán lui-même s’est montré ouvert à un accord, qui pourrait également
inclure le déblocage d’un 20e paquet de sanctions contre la Russie. | Attila
Kisbenedek/AFP via Getty Images
L’attitude du Premier ministre hongrois devrait à nouveau être au cœur de la
réunion de cette semaine : sa menace d’opposer son veto à un prêt européen de 90
milliards d’euros pour l’Ukraine risque d’être le grand dossier non résolu de ce
sommet, ce qui hérisse ses homologues. Leur exaspération est à son paroxysme,
selon le diplomate de haut rang précité, qui relate que les autres dirigeants
usent d’un ton “beaucoup plus direct, voire conflictuel” avec Budapest en
coulisses.
Viktor Orbán n’ayant pas tenu sa promesse de soutenir le prêt à Kiev, d’autres
pays ont pu l’attaquer devant la Cour européenne de justice pour violation du
principe de “coopération sincère” de l’UE, évoquent les deux diplomates.
Toutefois, ces derniers ont reconnu que toute procédure judiciaire prendrait des
mois, voire des années, avant d’aboutir, ce qui est beaucoup trop long pour
l’Ukraine, qui a besoin du prêt des Européens dans les mois à venir.
L’alternative serait de parvenir à un accord jeudi. Les deux mêmes diplomates
apparaissent optimistes, indiquant que Viktor Orbán lui-même s’est montré ouvert
à un accord, qui pourrait également inclure le déblocage d’un 20e paquet de
sanctions contre la Russie, actuellement bloqué par Budapest et Bratislava.
Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient également s’affronter sur
l’orientation à long terme des politiques énergétiques de l’Europe. Avant le
sommet, un groupe de pays nordiques et l’Espagne ont écrit à la Commission pour
défendre le marché carbone européen (de son nom, le système d’échange de quotas
d’émission, SEQE ou ETS en anglais), arguant qu’une plus grande utilisation des
énergies renouvelables rendrait l’UE plus autonome.
Mais ils se heurtent à l’Italienne Giorgia Meloni et au Polonais Donald Tusk,
qui poussent pour modifier le marché carbone afin de compenser les éventuelles
hausses de prix — leurs deux pays étant de grands consommateurs d’énergies
fossiles.
“Je ne sais pas si nous allons jusqu’à supprimer complètement l’ETS”, répond le
second diplomate de l’UE, interrogé sur les demandes de son pays pour le sommet
européen.
Avant de compléter : “Si vous avez une flambée [des prix] causée par un choc
externe, il doit y avoir un mécanisme par lequel l’ETS n’en rajoute pas
par-dessus ce choc.”
IRAN ET UKRAINE
Une autre préoccupation majeure est l’impact de la guerre en Iran sur l’Ukraine,
étant donné que la flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Moscou au
moment même où son armée perd le contrôle de la région de Dnipropetrovsk, dans
l’est de l’Ukraine. Les dirigeants européens craignent également que la demande
d’armes américaines pour la guerre contre l’Iran ne prive Kiev des armes dont il
a tant besoin et qui, dans de nombreux cas, sont achetées avec l’argent de l’UE.
Les diplomates estiment que ce pourrait être l’occasion pour l’industrie
européenne de la défense d’intervenir, tout en fournissant à l’Ukraine les
revenus dont elle a tant besoin, compte tenu de sa capacité de production. En
effet, Kiev a annoncé envoyer des opérateurs et des technologies antidrones pour
aider les Etats du Golfe.
La volonté de prendre l’avantage se reflète dans un projet de conclusions, daté
du 9 mars et vu par POLITICO, dans lequel les chefs d’Etat et de gouvernement
appellent à un “changement radical” dans le renforcement de l’industrie de la
défense de l’UE. Une version précédente n’incluait pas une formulation aussi
forte.
Mais il n’est pas certain que l’industrie européenne de la défense puisse
répondre à la demande.
La flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Moscou, dirigé par le
président Vladimir Poutine, au moment même où son armée perd le contrôle de la
région de Dnipropetrovsk, dans l’est de l’Ukraine. | Gavriil Grigorov/AFP via
Getty Images
Après la guerre en Ukraine, il s’agit d’un nouveau défi pour l’industrie : les
conflits militaires prolifèrent si rapidement que le secteur ne peut pas
répondre à la demande de production, selon le PDG du géant italien de la défense
Leonardo, Roberto Cingolani.
“Un effort important est en cours” pour aider les pays du Golfe attaqués par
l’Iran, a déclaré Roberto Cingolani lors de la présentation du plan stratégique
de l’entreprise à Rome la semaine dernière.
Mais “pour être honnête”, a-t-il ajouté, “le nombre de guerres […] augmente
encore plus vite que notre programme Capacity Boost”, en référence à une
initiative de Leonardo visant à augmenter la capacité de production en réponse à
une demande croissante.
Jacopo Barigazzi a contribué à cet article, qui a d’abord été publié par
POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
CES VILLES QUE LES INSOUMIS VISAIENT
Elle était leur cible prioritaire ; elle ne les a pas déçus. Roubaix s’est
affichée très, très majoritairement Insoumise au premier tour, en plaçant le
député David Guiraud largement en tête, avec 46,64% des suffrages. Les trois
autres listes qualifiées sont loin derrière : celle du maire sortant divers
droite, Alexandre Garcin (20,09%) en poste depuis décembre seulement ; celle de
la gauche unie hors LFI, de Karim Amrouni (16,76%) et celle du Rassemblement
national de Céline Sayah (11,87%).
Même jackpot, quoique plus surprenant, de Bally Bagayoko, qui, fort du soutien
des communistes et du collectif La Seine-Saint-Denis au cœur, a renversé, , avec
50,77% des voix, le socialiste Mathieu Hanotin (32,7%) à Saint-Denis. Celle-ci
devient ainsi la plus grande ville Insoumise à ce jour, puisqu’elle compte 148
000 habitants environ.
Les cadres Insoumis se félicitaient aussi hier soir d’être arrivés “en tête de
la gauche”, à Toulouse, où ils ont en effet créé la surprise : avec 27,56% des
voix, leur candidat François Piquemal devance le socialiste François Briançon
(24,99%), alors que les sondages prédisaient l’inverse. Le prétendant PS est
d’ailleurs resté silencieux hier.
L’Insoumis Damien Maudet est aussi bien placé à Limoges (24,86%) où il suit de
près le président LR de la métropole, Guillaume Guérin (27,34%). En troisième
position, Thierry Miguel, soutenu par le PS, le PCF et Place publique, a récolté
16,92 % de suffrages. A Lille, LFI s’est placée en deuxième position (23,36%)
derrière le sortant socialiste Arnaud Deslandes (26,26%), plaçant les
Ecologistes, troisièmes (17,75%), en position d’arbitres des gauches. Les listes
Renaissance (11,14%) et RN (10,92%) sont aussi qualifiées pour le second tour.
Les Insoumis sont encore arrivés en tête à La Courneuve (avec Aly Diouara, à
38%) ; à Saint-Fons, dans le Rhône (37,61%), devant trois autres listes.
A Evry-Courcouronnes, Farida Amrani (29,80%) a été largement distancée par le
maire sortant ex-LR Stéphane Beaudet (57,21%).
CELLES QUE CIBLAIT LE RASSEMBLEMENT NATIONAL
Louis Aliot a pu aller au lit le sourire aux lèvres : le maire RN de Perpignan a
été réélu dès le premier tour, avec 50,61%. D’autres sortants RN l’ont aussi
déjà emporté : Steeve Briois à Hénin-Beaumont, qui a récolté pas moins de 77,71%
des suffrages ; Fabien Engelmann à Hayange (72,96%) ; Nelson Chaudon à Beaucaire
(60,37%) ; David Rachline à Fréjus (51,33%). La palme revient peut-être à
Ludovic Pajot à Bruay-la-Buissière, et ses 81,44 %.
Moins attendus, au moins deux députés lepénistes l’ont aussi emporté dès hier :
Nicolas Meizonnet à Vauvert, dans le Gard (57,50%) et Bryan Masson à
Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes (50,21%).
Ils et elles sont aussi en tête : l’allié Eric Ciotti, et très largement, à
Nice, avec 43,43% contre 30,92% pour le sortant (Horizons) Christian Estrosi —
la liste Ecolo, à 11,93%, est aussi qualifiée … la députée Alexandra Masson à
Menton (36,25%), reléguant Louis Sarkozy à la troisième place (18,01%) derrière
Sandra Paire (19,74%) … Laure Lavalette à Toulon (42,05%), qui affrontera deux
listes ayant atteint respectivement 29,54% et 15,71% des suffrages … Thierry
Tesson (29,72%) à Douai.
A Nîmes, Julien Sanchez termine en tête d’un cheveu, moins d’un point le
séparant du communiste Vincent Bouget (30,39% contre 30,05%). Le candidat LR
Franck Proust s’est qualifié (19,55%) comme Julien Plantier, soutenu par
Renaissance et le MoDem (15,55%).
Franck Allisio a tenu sa promesse de sacrément faire trembler le sortant Benoît
Payan à Marseille, atteignant 35,02%, soit 15 points de plus qu’en 2020
(Stéphane Ravier avait alors récolté 19,44% des suffrages). Le maire phocéen est
tout proche, à 36,69% des suffrages.
Le RN a en revanche échoué à Lens, et à Denain, toutes deux reconquises dès le
premier tour par les maires PS. Les candidats lepénistes, arrivés deuxièmes
voire troisièmes, auront sûrement des difficultés à s’imposer à Liévin, à Laon,
à Cambrai…
CE QU’IL ADVIENT DES SORTANTS ECOLOS
C’était l’une des plus grosses surprises de ce premier tour : le maire sortant
de Lyon, Grégory Doucet, pourtant largement distancé dans les sondages jusqu’à
présent, termine, avec 37,36% des voix, de peu devant l’ancien patron du club de
foot de la ville, Jean-Michel Aulas (36,78%) plombé par une fin de campagne
calamiteuse. Une “remontada historique”, selon Marine Tondelier, la patronne des
Ecolos, qui était de tous les plateaux de télévision hier soir. Qualifiée pour
le second tour, l’Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi a proposé une “fusion
technique” à Doucet.
Pour le reste, la “vague verte” de 2020 reflue sensiblement, comme il fallait
s’y attendre. Dans les six autres métropoles conquises par les Ecologistes en
2020, seuls trois sortants font la course en tête après le premier tour : A
Tours, Emmanuel Denis (33,82%) distance de dix points l’ancien maire et candidat
du “socle commun” Christophe Bouchet ; Léonore Moncond’huy, à Poitiers, avec
26,41% de voix, quoiqu’elle pourrait se retrouver à affronter cinq autres
listes, toutes en capacité de se maintenir ; et Pierre Hurmic, à Bordeaux
(27,68%), qui est talonné par l’ancien ministre macroniste Thomas Cazenave
(25,58%), suivi par l’économiste Philippe Dessertine (20,16%).
Ceux et celles qui sont distancé(e)s : à Strasbourg, Jeanne Barseghian et ses
19,72% des suffrages, derrière l’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann
(25,93%) et le LR Jean-Philippe Vetter (24,23%) … non encarté, l’héritier de
François Astorg à Annecy, Alexandre Mulatier-Gachet (24,70%) qui devra courir
après le candidat Renaissance Antoine Armand (34,78%) … Anne Vignot (33,37%),
par le candidat LR Ludovic Fagaut (40,13 %) à Besançon, où l’Insoumise Séverine
Véziès peut se maintenir (10,90%).
La pente semble moins raide pour Laurence Ruffin, adoubée par Eric Piolle pour
lui succéder à Grenoble : la sœur du député François Ruffin est deuxième
(26,33%), toute proche d’Alain Carignon (27,04%), l’ancien maire LR condamné en
1996 à cinq ans de prison dont quatre ferme et cinq ans d’inéligibilité pour
corruption et abus de biens sociaux. Deux autres listes de gauche (dont une LFI
à 14,48%, l’autre à 10,23%) sont qualifiées.
LE SORT DES BASTIONS SOCIALISTES
Commençons par le commencement : à Paris, Emmanuel Grégoire est arrivé en tête,
et bien en tête, avec 38,04% des suffrages (avec deux bureaux de vote manquants)
; Rachida Dati est à 25,41%. Seule mauvaise nouvelle pour lui : l’Insoumise
Sophia Chikirou est-elle aussi qualifiée pour le second tour, avec 11,74%.
“J’attends son appel”, a-t-elle lancé, à propos de son camarade socialiste. Son
adversaire de droite doit aussi composer avec deux listes passant la barre des
10%, celles de Pierre-Yves Bournazel (11,33%) et de Sarah Knafo (10,38%).
Quelques maires PS ont été réélus dès le premier tour, comme celui de Lens,
Sylvain Robert (50,72%) ou celui de Boulogne-sur-Mer, Frédéric Cuvillier
(53,94%), ou encore Ericka Bareigts à Saint-Denis de La Réunion (62,22%).
Les sortants socialistes sont aussi en tête à Rennes (Nathalie Appéré, 34,53%,
suivie du candidat Horizons Charles Compagnon à 22,47% et de l’Insoumise Marie
Mesmeur à 18,61%) … à Rouen (Nicolas Mayer-Rossignol, 45,13%, devant Marine
Caron, d’Horizons, à 24,76%, l’Insoumis Maxime da Silva et ses 14,04% et
Grégoire Houdan du RN à 13,30%) … à Montpellier (Michaël Delafosse, 33,41%,
devant la liste Insoumise à 15,36% et le président du Montpellier Hérault Rugby,
Mohed Altrad, à 11,31%).
A Nantes, Johanna Rolland, avec 35,24%, est suivie de très, très près par le
candidat LR Foulques Chombart de Lauwe (33,77%). L’Insoumis William Aucant s’est
aussi qualifié (11,20%).
C’est encore plus compliqué dans plusieurs autres places fortes du socialisme
municipal, où les maires ont été doublés par la droite : à Brest, François
Cuillandre (23,80%) est distancé par Stéphane Roudaut (30,24%), où LFI (15,39%)
et le RN (11,12%) sont aussi en mesure de se maintenir … à Clermont-Ferrand,
Julien Bony, des Républicains, est arrivé en tête (33,93%) devant le maire PS
Olivier Bianchi (29,99%), LFI (17,01%) et le RN (11,29%).
LES QUELQUES RAISONS DE SE RÉJOUIR DU BLOC CENTRAL
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a été réélu dès le premier tour à Vernon,
son fief eurois, où il candidatait sur la liste du maire sortant, François
Ouzilleau (59,54%). L’ancien ministre Franck Riester a aussi déjà retrouvé son
fauteuil à Coulommiers (66,22%).
Edouard Philippe est arrivé en tête au Havre, à 43,76%, devant le communiste
Jean-Paul Lecoq (33,25%) et le candidat d’extrême droite Franck Keller (15,30%).
Comme l’ancien ministre Antoine Armand, à Annecy.
ET CELLES DONT ON VOULAIT AUSSI VOUS PARLER
Ces autres personnalités élues dès le premier tour : le communiste Fabien
Roussel à Saint-Amand-les-Eaux (51,06%) … Jean-François Copé (LR) à Meaux
(63,45%) … Natacha Bouchart à Calais (60,06%) … Nicolas Dupont-Aignan à Yerres
(79,95%) … Jean-Christophe Lagarde à Drancy (63,76%).
C’est en revanche rapé pour Philippe Gustin, le directeur de cabinet de
Sébastien Lecornu : son adversaire Alain Grillot l’a emporté dès le premier tour
à Fougerolles-Saint-Valbert, en Haute-Saône.
A Troyes, le sortant LR François Baroin devra se fendre d’un second tour pour la
première fois depuis 30 ans. Arrivé en tête (48,55%), il affrontera une liste RN
(16,52%) et une autre d’union de la gauche (11,27%).
François Bayrou, à Pau, a récolté 33,83% des suffrages. L’ancien Premier
ministre devra affronter la liste socialiste de Jérôme Marbot (26,31%) et celle
de la RN Margaux Taillefer (16,26%).
Comme à Poitiers, une sexangulaire pourrait se jouer à Mulhouse, où la maire
sortante divers droite Michèle Lutz est arrivée en tête (17,60%).
BRUXELLES — Les systèmes d’intelligence artificielle capables de générer des
deepfakes sexualisés de personnes réelles seraient interdits dans l’UE, selon
des propositions vues par POLITICO.
Cette initiative intervient après que Grok, l’outil d’intelligence artificielle
de X, a permis aux utilisateurs de générer des millions d’images de personnes
réelles en bikini ou entièrement nues, y compris des images d’enfants.
Une proposition, qui devrait être approuvée par les ambassadeurs de l’UE
vendredi, rendrait illégale la commercialisation en Europe de tout système
d’intelligence artificielle capable de générer des vidéos, des images ou des
fichiers audio sexualisés non consentis impliquant des personnes réelles.
Des députés européens ont soutenu l’interdiction lors de discussions distinctes
mercredi.
Ces projets, qui pourraient entrer en vigueur dès cet été après des négociations
entre les Etats membres et le Parlement européen, soulèvent des questions sur
l’avenir d’une multitude d’applications qui permettent aux utilisateurs de créer
de fausses images de personnes nues à partir de vraies photos, y compris l’outil
d’Elon Musk.
L’UE examine déjà si X a correctement atténué les risques liés à l’intégration
de Grok dans sa plateforme afin de prévenir des préjudices causés par des images
sexuellement explicites.
“Il ne s’agit pas seulement de Grok”, a souligné Sergey Lagodinsky, eurodéputé
allemand des Verts, l’un des nombreux parlementaires qui ont soutenu
l’interdiction. “Il s’agit de savoir quel pouvoir nous sommes prêts à donner à
l’IA pour porter atteinte à la dignité des gens.”
UN AJOUT RÉCENT
Les capacités de Grok à générer des images sont devenues virales à la fin de
l’année 2025.
Selon une estimation du Center for Countering Digital Hate, le chatbot pourrait
avoir généré jusqu’à 3 millions d’images sexuelles non consenties et 20 000
images pédopornographiques au cours des onze jours qui ont précédé les
changements apportés pour mettre un terme à la diffusion de ces photos.
La plateforme a pris des mesures pour restreindre l’outils le 9 janvier, puis le
14 janvier. En annonçant ces changements, X a déclaré : “Nous restons déterminés
à faire de X une plateforme sûre pour tous et continuons à avoir une tolérance
zéro pour toute forme d’exploitation sexuelle des enfants, de nudité non
consentie et de contenu sexuel non désiré.”
L’UE enquête pour savoir si ces mesures étaient suffisantes.
A la mi-janvier, des dizaines de parlementaires ont demandé l’interdiction des
applications et outils d’IA permettant de dénuder. Des eurodéputés ont désormais
l’intention de faire de cette interdiction une réalité grâce à un projet de
modification des règles de l’UE sur l’IA.
La proposition a été présentée par la Commission européenne en novembre. |
Thierry Monasse/Getty Images
Présentée par la Commission européenne en novembre, la proposition visait
initialement à réduire les restrictions imposées aux entreprises spécialisées
dans l’intelligence artificielle et à alléger le fardeau réglementaire.
La situation a changé après la découverte que les utilisateurs de Grok
déshabillaient des femmes et des enfants : la question est passée en tête des
préoccupations des députés européens, dépassant des sujets initialement
considérés comme sensibles, notamment les projets visant à retarder les
restrictions sur l’intelligence artificielle à haut risque.
Pendant des semaines, Chypre, qui assure la présidence tournante du Conseil de
l’UE et qui est chargée de finaliser une position commune entre les Etats
membres, n’a pas inclus l’interdiction des outils d’IA permettant de dénuder
lors de plusieurs cycles de rédaction.
Les choses ont changé mardi, lorsque les Chypriotes ont présenté un texte quasi
définitif qui soutient l’interdiction des systèmes d’intelligence artificielle
capables de générer des images, des vidéos ou des sons “des parties intimes
d’une personne physique identifiable ou d’une personne physique identifiable se
livrant à des activités sexuellement explicites”.
L’inclusion d’une interdiction est une victoire pour des pays tels que
l’Espagne, qui avaient fortement insisté sur ce point. Les ambassadeurs de l’UE
devraient donner leur feu vert sur ce texte vendredi.
Des députés européens se sont mis d’accord mercredi pour inclure l’interdiction
de “tout système d’IA qui modifie, manipule ou génère artificiellement des
images ou des vidéos réalistes de manière à représenter des activités
sexuellement explicites ou les parties intimes d’une personne physique
identifiable, sans le consentement de cette personne”.
Toutefois, l’accord conclu lors d’une réunion politique mercredi indique qu’une
interdiction ne s’appliquerait pas aux entreprises “qui ont mis [en place] des
mesures de sécurité efficaces pour empêcher la production de telles
représentations et éviter leur utilisation abusive”.
Le texte n’est pas encore définitif, les principales commissions du Parlement
européen devant se prononcer le 18 mars.
Le Parlement et le Conseil se réuniront ensuite pour approuver une version
finale avant que l’interdiction ne devienne une loi.
Mardi, le Parlement a également demandé à la Commission “d’étudier des mesures
visant à protéger les individus contre la diffusion d’images numériques, de
contenus audio ou vidéo manipulés et générés par l’IA” dans le cadre d’un
rapport distinct sur l’IA et le droit d’auteur.
“Ce qui est peut-être une blague pour une personne pendant dix secondes peut
causer des dommages durables à la victime”, a pointé Kim van Sparrentak,
eurodéputée néerlandaise des Verts, lundi. “Il est grand temps d’interdire
toutes ces applications.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — L’Etat et EDF ont finalisé les modalités de financement des six nouveaux
réacteurs nucléaires voulus par Emmanuel Macron, a annoncé l’Elysée dans un
communiqué à l’issue d’un conseil de politique nucléaire qui s’est tenu
aujourd’hui à Penly.
L’Etat s’est engagé à financer 60% du “montant total” des réacteurs —
actuellement estimé à 72,8 milliards d’euros de 2020 — via un prêt à taux zéro
“financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts”.
Ce fonds est alimenté par les fonds du livret A, consacrés jusqu’ici au
financement du logement social, mais dont les dirigeants de la banque publique
laissaient régulièrement entendre depuis plusieurs mois qu’ils pourraient aussi
être utilisés pour financer le nucléaire. Pour l’Etat, ce montage financier a
l’avantage de ne pas peser sur les finances publiques.
“Le Livret A, et les autres livrets de la Caisse des dépôts, permettront de
financer, en partie, le nouveau nucléaire”, a confirmé une conseillère de Bercy
dans un message envoyé à la presse.
En échange, EDF a promis de respecter le calendrier et le devis des six
réacteurs et que l’énergéticien a déjà revu à la hausse plusieurs fois. Il s’est
aussi engagé à mettre en oeuvre les conclusions de l’audit mené par la
délégation interministérielle au nouveau nucléaire (Dinn), dont l’Elysée n’a pas
détaillé les conclusions.
Le montage financier de cette aide d’Etat doit encore être validé par la
Commission européenne, avec laquelle l’exécutif français a engagé des
discussions fin 2025 qu’il espère conclure d’ici la fin de cette année.
“Ce financement sera contracté à l’issue de la procédure de notification en
cours avec la Commission européenne”, précise la Banque des territoires, qui
appartient au groupe Caisse des dépôts, dans un communiqué.