
La guerre en Iran entraîne le plus important déblocage des réserves mondiales de pétrole
POLITICO - Wednesday, March 11, 2026PARIS — Des pays, comptant parmi les plus grandes économies du monde, se sont mis d’accord pour débloquer 400 millions de barils de pétrole, afin de contrer la flambée des prix et le risque d’un choc d’offre dû à la guerre en Iran.
L’accord a été conclu mardi à la suite d’une réunion des 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dont les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France.
Il s’agit de la plus importante utilisation des réserves de l’histoire de l’AIE ; plus du double des 182 millions de barils de pétrole débloqués par les pays membres de l’agence après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Cette décision historique reflète les craintes croissantes que les attaques américaines et israéliennes contre cette région riche en pétrole ne dégénèrent en une profonde crise énergétique mondiale.
“Les défis auxquels nous sommes confrontés sur le marché du pétrole sont d’une ampleur sans précédent, et je suis donc très heureux que les pays membres de l’AIE aient réagi par une action collective d’urgence d’une ampleur sans précédent”, a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.
Le pétrole sera mis à disposition “dans un délai adapté à la situation nationale de chaque pays membre”, précise un communiqué de l’AIE publié mercredi.
“On envoie un signal”
En début de semaine, les pays du G7 avaient déjà manifesté leur soutien à cette mesure, qui vise à maîtriser les prix du pétrole en augmentant l’offre.
Juste après l’annonce de l’AIE, Emmanuel Macron a présidé une réunion en visioconférence des dirigeants du G7 pour discuter des conséquences économiques de la guerre en Iran.
“Le G7 représente 70% de cette annonce”, a-t-il mis en avant en ouvrant la réunion. Le président français a également exhorté les pays du G7 à examiner “tout ce que nous pouvons faire pour augmenter notre production mondiale”.
“On envoie un signal de marché pour que les prix baissent”, a-t-il souligné à l’issue de la réunion du G7.
Basée à Paris et créée après l’embargo pétrolier de 1973 pour permettre aux pays riches de coordonner leurs approvisionnements en pétrole et en gaz, l’AIE avait proposé cette mesure pour la première fois mardi en fin de journée, lors d’une réunion extraordinaire de tous ses membres tenue après celle des ministres de l’Energie du G7.
Ces derniers jours, les prix du pétrole avaient grimpé à plus de 100 dollars le baril, l’Iran ayant tiré sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe en réponse aux frappes aériennes américano-israéliennes, et fermé le détroit d’Ormuz, l’étroite voie maritime par laquelle transite un cinquième du commerce mondial de pétrole. Le prix du baril était ensuite retombé à environ 90 dollars quand les pays du G7 indiquèrent leur soutien de principe au déblocage des réserves de pétrole.
Au départ, ces Etats espéraient que le conflit serait de courte durée et n’aurait qu’un impact limité sur l’approvisionnement en énergie. Mais les craintes d’une crise prolongée s’accentuèrent, puisque le détroit d’Ormuz restait fermé et que les bombardements des deux camps forçaient de nombreuses installations pétrolières et gazières de la région à interrompre leur production.
Les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont été les plus fervents partisans du déblocage des réserves, selon deux responsables de l’UE au fait du dossier. Les pays européens, qui importent une quantité relativement faible de pétrole du Golfe, étaient plus réticents au départ, mais ont fini par être convaincus, selon un autre responsable de l’UE chargé des questions énergétiques.
Des conditions de mise en œuvre à définir
Le commissaire européen à l’Energie, Dan Jørgensen, s’est félicité de cette décision dans un post publié sur les réseaux sociaux : “En ces temps difficiles, l’unité et la coopération mondiale sont essentielles”, a-t-il écrit, annonçant la tenue d’une réunion du groupe de coordination européen sur le pétrole pour jeudi.
Les pays de l’UE, dont certains ne sont pas membres de l’AIE, discuteront de la manière de coordonner le déblocage des réserves lors d’une réunion qui rassemblera des ministres nationaux et des responsables de l’UE jeudi, suivie d’une réunion des ministres de l’Energie lundi, selon un responsable de l’UE au fait de la question.
Selon un responsable de l’UE et un responsable d’un Etat membre, il pourrait s’avérer difficile de s’assurer que les stocks de pétrole soient reconstitués rapidement pour respecter le niveau de réserves requis par l’Union avant l’hiver, notamment si le blocage du détroit d’Ormuz venait à se prolonger.
L’AIE a indiqué qu’elle donnera plus de détails sur la mise en œuvre du déblocage des réserves de pétrole le moment venu. Certains pays membres ont déjà indiqué le montant de leur contribution, notamment le Royaume-Uni, qui a indiqué qu’il fournira 13,5 millions de barils sur un total de 76,6 millions de barils de réserves.
“Avec cette mesure, le Royaume-Uni joue son rôle en collaborant avec ses alliés internationaux pour faire face aux perturbations des marchés pétroliers”, a déclaré le ministre britannique de l’Energie, Ed Miliband, dans un communiqué. “Le Royaume-Uni dispose d’approvisionnements énergétiques solides et diversifiés, et le plafonnement des prix joue un rôle important dans la protection des factures d’énergie jusqu’en juillet.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.