BRUXELLES — Si Donald Trump avait voulu que les Européens achètent plus de
pétrole et de gaz, il n’aurait peut-être pas dû bombarder l’Iran.
Bien que l’approvisionnement énergétique du Vieux Continent reste sûr, les prix
du carburant et de l’électricité ont grimpé en flèche depuis que les Etats-Unis
et Israël ont lancé des frappes sur Téhéran à la fin du mois de février.
Dans leur empressement à freiner cette hausse soudaine, certains gouvernements
ont vu une opportunité d’attaquer la législation environnementale de l’Union
européenne, tandis que d’autres ont saisi l’occasion de la hausse des prix des
énergies fossiles pour affirmer que l’UE doit redoubler d’efforts en matière de
lutte contre le changement climatique.
Mais le choc de coûts provoqué par la guerre a rappelé aux sceptiques et aux
partisans de l’écologie en Europe que leur continent pauvre en ressources est
vulnérable à la volatilité des prix à l’importation tant que le pétrole et le
gaz constituent une part essentielle de son mix énergétique.
De l’Espagne à la Pologne, les gouvernements se sont unis cette semaine autour
d’un même message : l’Europe doit accélérer sa transition en abandonnant les
énergies fossiles étrangères au profit d’une énergie propre domestique.
“Nous vivons dans un environnement géopolitiquement instable. Nous devons donc
réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés”, défend
auprès de POLITICO le ministre bulgare de l’Environnement, Julian Popov, qui
fait actuellement partie du gouvernement intérimaire du pays.
“Je veux dire, voulons-nous être un pétro-Etat, une pétro-Union ou un
pétro-continent sans ressources pétrolières ?” lance-t-il. “C’est totalement
ridicule. Nous devons accélérer notre électrification.”
La flambée des prix de l’énergie qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la
Russie en 2022 a entraîné une baisse systémique de la consommation de gaz en
Europe, et la situation actuelle pourrait bien avoir un effet similaire, a
anticipé la ministre néerlandaise du Climat, Stientje van Veldhoven, lors d’une
interview mardi.
La crise iranienne “crée une forte incitation pour tous les pays à évaluer
soigneusement leur utilisation du pétrole et du gaz et à voir comment ils
peuvent réduire non seulement leur dépendance géopolitique, mais aussi l’impact
qu’elle a sur leur économie et leur stabilité sociale”, a-t-elle estimé.
Pour les Etats-Unis, cela signifie que l’un de leurs meilleurs clients perd de
l’intérêt pour ses produits. Le Vieux Continent est en effet le principal
destinataire du gaz naturel liquéfié américain, et Donald Trump a cherché à
s’assurer que les Européens achètent encore plus de ses énergies fossiles.
Pourtant, par inadvertance, son attaque contre l’Iran a renforcé les appels à ce
que l’Europe prenne la direction opposée.
LE PRIX DE LA DÉPENDANCE
Le choc actuel est de bien plus faible magnitude que la crise énergétique de
2022, qui avait fait grimper les prix du gaz en Europe au-dessus de 300 euros le
mégawattheure. Cette semaine, le prix a oscillé autour de 50 euros, alors qu’il
était d’environ 30 euros avant la guerre en Iran.
La ministre du Climat et de la Croissance verte, Stientje van Veldhoven-van der
Meer, lors d’un débat sur le Conseil Energie de l’UE au Parlement néerlandais,
le 5 mars 2026 à La Haye. | John Beckmann/DeFodi Images/DeFodi via Getty Images
Pourtant, comme l’a écrit la présidente de la Commission européenne, Ursula von
der Leyen, dans une lettre adressée lundi aux dirigeants de l’UE,
“l’augmentation des prix des combustibles fossiles pèse déjà sur notre
économie”.
Depuis que les Etats-Unis et Israël ont commencé à bombarder l’Iran, ce qui a
incité Téhéran à bloquer la navigation dans le golfe Persique, l’Union a “déjà
dépensé 6 milliards d’euros supplémentaires en importations de combustibles
fossiles, ce qui nous rappelle directement le prix que nous payons pour notre
dépendance”, a-t-elle ajouté.
Lors d’un sommet qui se tiendra jeudi à Bruxelles, les chefs d’Etat et de
gouvernement européens débattront de la meilleure façon de lutter contre les
prix de l’énergie à court terme. En ce qui concerne la politique à long terme,
les gouvernements sont largement d’accord.
“Devenir indépendant du pétrole et du gaz est l’une des questions clés, comme le
montre une fois de plus la crise à laquelle nous sommes confrontés […] en raison
du conflit au Moyen-Orient”, a considéré le ministre allemand de
l’Environnement, Carsten Schneider, mardi, appelant à un développement plus
rapide des énergies renouvelables et des réseaux électriques.
Lundi, son collègue homologue Kaspars Melnis a avancé devant la presse : “Si
vous parlez des prix de l’énergie, ce que nous pouvons faire, c’est [produire]
de plus en plus notre propre énergie renouvelable.”
LEÇON RETENUE
Les efforts déployés par l’Europe pour développer les énergies renouvelables —
et, dans certains pays, l’énergie nucléaire — s’inspirent des leçons tirées de
la crise de 2022.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’adresse aux
médias au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, le 18 mars 2026 à
Bruxelles. | Thierry Monasse/Getty Images
“Il est important pour moi de souligner que la situation de l’UE est bien
meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était en 22. Pourquoi ? Parce que nous avons
plus de renouvelables dans notre système, parce que nous avons diversifié notre
approvisionnement en général de notre système énergétique, parce qu’il y a moins
d’heures où c’est le gaz qui fixe le prix de l’électricité”, a énuméré Dan
Jørgensen, le commissaire européen à l’Energie, lundi.
Dans sa lettre de lundi, Ursula von der Leyen note que la part des renouvelables
dans le mix électrique de l’UE est passée de 36% en 2021 à près de 50%
aujourd’hui.
Alors que le gaz coûteux tend à fixer le prix global de l’électricité dans le
système européen, plus la part d’électricité propre d’un pays est élevée, plus
ses coûts sont bas. Les recherches ont montré que les prix de l’énergie ont
beaucoup moins augmenté en Espagne, pays alimenté par les énergies
renouvelables, qu’en Italie, pays dépendant du gaz.
Mais l’Espagne et d’autres pays soucieux de l’environnement ne sont pas les
seuls à voir dans la guerre en Iran une raison de renoncer aux importations de
combustibles fossiles.
“Je constate que même des collègues qui, disons, lorsque le climat était la
raison d’aborder ce sujet, avaient des inquiétudes […] mais ils voient aussi que
le poids de ces conséquences [de la guerre en Iran] est une raison très
importante d’agir, parce que cela réduit ces coûts”, a déclaré Stientje van
Veldhoven, la ministre néerlandaise.
Même à Varsovie, où le climat a tendance à être un sujet politiquement
inflammable, le bond des coûts de l’énergie incite à développer les
renouvelables.
“Je tiens à préciser à tous les sceptiques que les sources d’énergie
renouvelables sont avant tout la source d’énergie la plus souveraine pour la
Pologne”, a souligné mardi le Premier ministre polonais Donald Tusk. “La guerre
en Iran montre clairement à quel point la dépendance à l’égard des sources
d’énergie externes peut être dangereuse.”
Cet article qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité
en français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Pétrole
LA GUERRE EN IRAN ET LA CRISE ÉNERGÉTIQUE BOUSCULENT LE PROGRAMME DU SOMMET
EUROPÉEN
Les dirigeants européens espéraient se concentrer sur les problèmes de
compétitivité à long terme de l’Union. Au lieu de cela, ils devront trouver des
solutions aux crises en cours.
Par NICHOLAS VINOCUR
à Brussels
Illustration par Natália Delgado/POLITICO
Les dirigeants européens s’étaient enfin mis d’accord sur la manière de relancer
l’économie chancelante du Vieux Continent et de tracer la voie de son
indépendance vis-à-vis de puissances comme la Chine et les Etats-Unis.
Mais Donald Trump avait d’autres projets.
Tout comme les menaces du président américain de s’emparer du Groenland avaient
dominé la réunion de janvier (et ses droits de douane avaient fait de l’ombre à
une précédente), la guerre américano-israélienne contre l’Iran a bousculé
l’ordre du jour du Conseil européen qui s’ouvrira jeudi, forçant les chefs
d’Etat et de gouvernement à se concentrer sur la crise énergétique à traiter à
court terme, alors que leur objectif initial était de parler de la compétitivité
à long terme.
“Il est essentiel de réduire l’impact sur les prix” de la guerre, a déclaré la
présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à l’approche du
sommet. “Nous devons apporter une aide dès maintenant […]. [Nous devons]
examiner de manière approfondie les moyens de réduire les factures d’énergie des
citoyens.”
Les prix du pétrole avoisinant les 100 dollars le baril, les dirigeants de l’UE
passeront une grande partie de leur réunion de jeudi à réfléchir à la manière de
compenser l’impact de la flambée des prix de l’énergie sur les entreprises et
les ménages européens, selon plusieurs diplomates à qui, comme d’autres
personnes dans cet article, l’anonymat a été accordé afin d’évoquer les
préparatifs du sommet.
Les prix élevés de l’énergie sont depuis des mois un thème récurrent des
discussions entre dirigeants européens, à l’image de leur rassemblement au
château d’Alden Biesen en Belgique le mois dernier. Mais la volatilité du cours
de l’or noir, résultant des attaques de drones et de missiles iraniens au
Moyen-Orient, a transformé une préoccupation en une urgence pour les chefs
d’Etat et de gouvernement, qui craignent qu’une inflation galopante n’alimente à
nouveau une poussée dans l’opinion des partis populistes et hostiles à l’Union.
“L’accent sera mis très fortement sur les prix de l’énergie ; nous attendons des
propositions de la part de la Commission européenne”, confie un haut diplomate
de l’UE. “La situation des prix de l’énergie existait déjà à Alden Biesen, mais
elle est aujourd’hui très préoccupante.”
Et puis il y a la guerre elle-même : l’Europe reste divisée sur la manière de
répondre à Donald Trump.
Un camp mené par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez fait pression pour
que l’Union européenne utilise les conclusions du Conseil (un texte, souvent
aride, livrant la position politique convenue par les 27 dirigeants à la fin du
sommet) pour appeler au respect du droit international, ce qui équivaudrait à
une réprimande indirecte de Donald Trump et du Premier ministre israélien
Benyamin Netanyahou.
Mais un autre groupe de pays, dont l’Allemagne, hésite à franchir cette étape
susceptible d’irriter le président américain et de mettre en péril l’accord
commercial entre l’UE et les Etats-Unis actuellement examiné par les
parlementaires européens.
Les risques de froisser Donald Trump sont tout simplement trop importants,
pointe un deuxième diplomate européen d’un grand pays. “Nous ne voulons pas
d’escalade sur le plan commercial. Nous voulons que les Etats-Unis s’impliquent
en Ukraine. Nous voulons qu’ils soient impliqués dans l’Otan. Cela vaut-il la
peine de risquer ces objectifs pour s’exprimer sur l’Iran ? Jusqu’à présent, pas
vraiment.”
“Cela vaut-il la peine de dire : ‘Bande d’imbéciles, pourquoi avez-vous fait ça
?’ Non, parce que nous en paierons le prix fort”, ajoute le diplomate.
Il est peu probable que ce sommet soit une occasion manquée pour autant. Les
chefs d’Etat et de gouvernement devraient se mettre d’accord sur des échéances
ambitieuses pour alléger la bureaucratie de l’UE et jeter les bases d’un marché
financier européen plus intégré. Mais leur agenda est, une fois de plus, dicté
principalement par un dirigeant qui réside à Washington, et non en Europe.
ORBÁN, ENCORE
La récente envolée du cours du baril de pétrole a replongé l’Europe dans les
jours sombres de 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait
provoqué une augmentation massive des prix de l’énergie dans toute l’Union.
Ces hausses, bien que compensées par une injection massive de fonds européens,
ont néanmoins profité à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Viktor Orbán a
d’ailleurs axé sa campagne actuelle pour sa réélection sur l’idée que la guerre
en Ukraine a été trop coûteuse.
Viktor Orbán lui-même s’est montré ouvert à un accord, qui pourrait également
inclure le déblocage d’un 20e paquet de sanctions contre la Russie. | Attila
Kisbenedek/AFP via Getty Images
L’attitude du Premier ministre hongrois devrait à nouveau être au cœur de la
réunion de cette semaine : sa menace d’opposer son veto à un prêt européen de 90
milliards d’euros pour l’Ukraine risque d’être le grand dossier non résolu de ce
sommet, ce qui hérisse ses homologues. Leur exaspération est à son paroxysme,
selon le diplomate de haut rang précité, qui relate que les autres dirigeants
usent d’un ton “beaucoup plus direct, voire conflictuel” avec Budapest en
coulisses.
Viktor Orbán n’ayant pas tenu sa promesse de soutenir le prêt à Kiev, d’autres
pays ont pu l’attaquer devant la Cour européenne de justice pour violation du
principe de “coopération sincère” de l’UE, évoquent les deux diplomates.
Toutefois, ces derniers ont reconnu que toute procédure judiciaire prendrait des
mois, voire des années, avant d’aboutir, ce qui est beaucoup trop long pour
l’Ukraine, qui a besoin du prêt des Européens dans les mois à venir.
L’alternative serait de parvenir à un accord jeudi. Les deux mêmes diplomates
apparaissent optimistes, indiquant que Viktor Orbán lui-même s’est montré ouvert
à un accord, qui pourrait également inclure le déblocage d’un 20e paquet de
sanctions contre la Russie, actuellement bloqué par Budapest et Bratislava.
Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient également s’affronter sur
l’orientation à long terme des politiques énergétiques de l’Europe. Avant le
sommet, un groupe de pays nordiques et l’Espagne ont écrit à la Commission pour
défendre le marché carbone européen (de son nom, le système d’échange de quotas
d’émission, SEQE ou ETS en anglais), arguant qu’une plus grande utilisation des
énergies renouvelables rendrait l’UE plus autonome.
Mais ils se heurtent à l’Italienne Giorgia Meloni et au Polonais Donald Tusk,
qui poussent pour modifier le marché carbone afin de compenser les éventuelles
hausses de prix — leurs deux pays étant de grands consommateurs d’énergies
fossiles.
“Je ne sais pas si nous allons jusqu’à supprimer complètement l’ETS”, répond le
second diplomate de l’UE, interrogé sur les demandes de son pays pour le sommet
européen.
Avant de compléter : “Si vous avez une flambée [des prix] causée par un choc
externe, il doit y avoir un mécanisme par lequel l’ETS n’en rajoute pas
par-dessus ce choc.”
IRAN ET UKRAINE
Une autre préoccupation majeure est l’impact de la guerre en Iran sur l’Ukraine,
étant donné que la flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Moscou au
moment même où son armée perd le contrôle de la région de Dnipropetrovsk, dans
l’est de l’Ukraine. Les dirigeants européens craignent également que la demande
d’armes américaines pour la guerre contre l’Iran ne prive Kiev des armes dont il
a tant besoin et qui, dans de nombreux cas, sont achetées avec l’argent de l’UE.
Les diplomates estiment que ce pourrait être l’occasion pour l’industrie
européenne de la défense d’intervenir, tout en fournissant à l’Ukraine les
revenus dont elle a tant besoin, compte tenu de sa capacité de production. En
effet, Kiev a annoncé envoyer des opérateurs et des technologies antidrones pour
aider les Etats du Golfe.
La volonté de prendre l’avantage se reflète dans un projet de conclusions, daté
du 9 mars et vu par POLITICO, dans lequel les chefs d’Etat et de gouvernement
appellent à un “changement radical” dans le renforcement de l’industrie de la
défense de l’UE. Une version précédente n’incluait pas une formulation aussi
forte.
Mais il n’est pas certain que l’industrie européenne de la défense puisse
répondre à la demande.
La flambée des prix du pétrole a rempli les caisses du Moscou, dirigé par le
président Vladimir Poutine, au moment même où son armée perd le contrôle de la
région de Dnipropetrovsk, dans l’est de l’Ukraine. | Gavriil Grigorov/AFP via
Getty Images
Après la guerre en Ukraine, il s’agit d’un nouveau défi pour l’industrie : les
conflits militaires prolifèrent si rapidement que le secteur ne peut pas
répondre à la demande de production, selon le PDG du géant italien de la défense
Leonardo, Roberto Cingolani.
“Un effort important est en cours” pour aider les pays du Golfe attaqués par
l’Iran, a déclaré Roberto Cingolani lors de la présentation du plan stratégique
de l’entreprise à Rome la semaine dernière.
Mais “pour être honnête”, a-t-il ajouté, “le nombre de guerres […] augmente
encore plus vite que notre programme Capacity Boost”, en référence à une
initiative de Leonardo visant à augmenter la capacité de production en réponse à
une demande croissante.
Jacopo Barigazzi a contribué à cet article, qui a d’abord été publié par
POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — Des pays, comptant parmi les plus grandes économies du monde, se sont
mis d’accord pour débloquer 400 millions de barils de pétrole, afin de contrer
la flambée des prix et le risque d’un choc d’offre dû à la guerre en Iran.
L’accord a été conclu mardi à la suite d’une réunion des 32 membres de l’Agence
internationale de l’énergie (AIE), dont les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne,
le Royaume-Uni et la France.
Il s’agit de la plus importante utilisation des réserves de l’histoire de l’AIE
; plus du double des 182 millions de barils de pétrole débloqués par les pays
membres de l’agence après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Cette décision historique reflète les craintes croissantes que les attaques
américaines et israéliennes contre cette région riche en pétrole ne dégénèrent
en une profonde crise énergétique mondiale.
“Les défis auxquels nous sommes confrontés sur le marché du pétrole sont d’une
ampleur sans précédent, et je suis donc très heureux que les pays membres de
l’AIE aient réagi par une action collective d’urgence d’une ampleur sans
précédent”, a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.
Le pétrole sera mis à disposition “dans un délai adapté à la situation nationale
de chaque pays membre”, précise un communiqué de l’AIE publié mercredi.
“ON ENVOIE UN SIGNAL”
En début de semaine, les pays du G7 avaient déjà manifesté leur soutien à cette
mesure, qui vise à maîtriser les prix du pétrole en augmentant l’offre.
Juste après l’annonce de l’AIE, Emmanuel Macron a présidé une réunion en
visioconférence des dirigeants du G7 pour discuter des conséquences économiques
de la guerre en Iran.
“Le G7 représente 70% de cette annonce”, a-t-il mis en avant en ouvrant la
réunion. Le président français a également exhorté les pays du G7 à examiner
“tout ce que nous pouvons faire pour augmenter notre production mondiale”.
“On envoie un signal de marché pour que les prix baissent”, a-t-il souligné à
l’issue de la réunion du G7.
Basée à Paris et créée après l’embargo pétrolier de 1973 pour permettre aux pays
riches de coordonner leurs approvisionnements en pétrole et en gaz, l’AIE avait
proposé cette mesure pour la première fois mardi en fin de journée, lors d’une
réunion extraordinaire de tous ses membres tenue après celle des ministres de
l’Energie du G7.
Ces derniers jours, les prix du pétrole avaient grimpé à plus de 100 dollars le
baril, l’Iran ayant tiré sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe
en réponse aux frappes aériennes américano-israéliennes, et fermé le détroit
d’Ormuz, l’étroite voie maritime par laquelle transite un cinquième du commerce
mondial de pétrole. Le prix du baril était ensuite retombé à environ 90 dollars
quand les pays du G7 indiquèrent leur soutien de principe au déblocage des
réserves de pétrole.
Au départ, ces Etats espéraient que le conflit serait de courte durée et
n’aurait qu’un impact limité sur l’approvisionnement en énergie. Mais les
craintes d’une crise prolongée s’accentuèrent, puisque le détroit d’Ormuz
restait fermé et que les bombardements des deux camps forçaient de nombreuses
installations pétrolières et gazières de la région à interrompre leur
production.
Les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud ont été les plus fervents partisans
du déblocage des réserves, selon deux responsables de l’UE au fait du dossier.
Les pays européens, qui importent une quantité relativement faible de pétrole du
Golfe, étaient plus réticents au départ, mais ont fini par être convaincus,
selon un autre responsable de l’UE chargé des questions énergétiques.
DES CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE À DÉFINIR
Le commissaire européen à l’Energie, Dan Jørgensen, s’est félicité de cette
décision dans un post publié sur les réseaux sociaux : “En ces temps difficiles,
l’unité et la coopération mondiale sont essentielles”, a-t-il écrit, annonçant
la tenue d’une réunion du groupe de coordination européen sur le pétrole pour
jeudi.
Les pays de l’UE, dont certains ne sont pas membres de l’AIE, discuteront de la
manière de coordonner le déblocage des réserves lors d’une réunion qui
rassemblera des ministres nationaux et des responsables de l’UE jeudi, suivie
d’une réunion des ministres de l’Energie lundi, selon un responsable de l’UE au
fait de la question.
Selon un responsable de l’UE et un responsable d’un Etat membre, il pourrait
s’avérer difficile de s’assurer que les stocks de pétrole soient reconstitués
rapidement pour respecter le niveau de réserves requis par l’Union avant
l’hiver, notamment si le blocage du détroit d’Ormuz venait à se prolonger.
L’AIE a indiqué qu’elle donnera plus de détails sur la mise en œuvre du
déblocage des réserves de pétrole le moment venu. Certains pays membres ont déjà
indiqué le montant de leur contribution, notamment le Royaume-Uni, qui a indiqué
qu’il fournira 13,5 millions de barils sur un total de 76,6 millions de barils
de réserves.
“Avec cette mesure, le Royaume-Uni joue son rôle en collaborant avec ses alliés
internationaux pour faire face aux perturbations des marchés pétroliers”, a
déclaré le ministre britannique de l’Energie, Ed Miliband, dans un communiqué.
“Le Royaume-Uni dispose d’approvisionnements énergétiques solides et
diversifiés, et le plafonnement des prix joue un rôle important dans la
protection des factures d’énergie jusqu’en juillet.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — Les ministres des Finances des pays du G7 discuteront lundi de la
possibilité d’utiliser les réserves pétrolières d’urgence dans un contexte de
flambée des prix de l’énergie déclenchée par la guerre des Etats-Unis et
d’Israël contre l’Iran.
“Le recours aux réserves stratégiques est une option envisagée”, a déclaré lundi
un conseiller de l’exécutif français.
Le ministre français des finances, Roland Lescure, qui assure la présidence
tournante du groupe des finances du G7, présidera la réunion virtuelle prévue à
13h30.
Les discussions sur l’utilisation des réserves stratégiques de pétrole — de
l’ordre de 300 à 400 millions de barils — ont d’abord été rapportées par le
Financial Times, qui a ajouté que l’Agence internationale de l’énergie se
joindrait aux discussions.
Les prix du pétrole ont dépassé 100 dollars le baril dans la nuit, atteignant
leur niveau le plus élevé depuis que la Russie a lancé son invasion à grande
échelle de l’Ukraine en 2022.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le président américain Donald
Trump a déclaré que les prix “chuteraient rapidement lorsque la destruction de
la menace nucléaire iranienne serait terminée” et a ajouté qu’un pétrole plus
cher était “un très petit prix à payer pour la sécurité et la paix aux
Etats-Unis et dans le monde”.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS — Le secrétaire d’Etat à l’Energie de Donald Trump a critiqué jeudi son
homologue européen et indiqué que Washington n’instrumentalisera “jamais” ses
exportations d’énergie. Il répondait à son homologue européen qui suggérait un
peu plus tôt que l’Europe devait réduire sa dépendance au gaz naturel liquéfié
américain.
Fin janvier, après les menaces de l’administration Trump de prendre le contrôle
du Groenland, un pays constitutif du Danemark, Dan Jørgensen avait expliqué que
l’UE avait l’intention de réduire sa consommation de GNL américain.
“Les commentaires du commissaire Jørgensen sont très regrettables. Les
Etats-Unis sont un fournisseur d’énergie solide comme le roc. On ne peut pas
avoir de meilleur partenaire”, a déclaré Chris Wright aux journalistes à l’issue
de discussions à huis clos avec d’autres ministres à l’Agence internationale de
l’énergie (AIE) à Paris.
“Nous n’avons jamais utilisé l’énergie comme une arme politique. Jamais”, a-t-il
déclaré.
Chris Wright a fait valoir que les gouvernements européens avaient affaibli leur
propre sécurité énergétique en réduisant la production nationale de pétrole et
de gaz tout en restant dépendants des hydrocarbures. Les exportations
américaines, a-t-il souligné, sont assurées par des entreprises privées liées
par des contrats, et non par le gouvernement qui chercherait à exercer une
influence géopolitique.
Un jour plus tôt, Chris Wright avait intensifié ses critiques américaines à
l’encontre de l’AIE, l’accusant de s’éloigner, en adoptant des objectifs de
décarbonation, de ce qu’il considère être son mandat principal : la sécurité
énergétique. Selon lui, l’agence s’est orientée vers un programme “anti-énergie”
qui risque de faire grimper les prix et de limiter l’offre.
Mardi, il a averti que les États-Unis pourraient se retirer de l’AIE si celle-ci
ne changeait pas de cap — une évolution rejetée par plusieurs pays, dont le
Royaume-Uni, l’Autriche et la France.
Jeudi, Chris Wright a toutefois adouci son ton. “Nous ne voulons absolument pas
nous retirer… Nous voulons simplement revenir à la réalité. Nous ne voulons pas
partir”, a-t-il déclaré.
Il a affirmé que les efforts déployés par Washington pour réorienter les
objectifs de l’agence avaient bénéficié d’un soutien significatif, bien que
principalement privé. “Le soutien est assez important. La plupart sont discrets
dans les coulisses”, a assuré Chris Wright, qui s’est engagé à utiliser “toute
la pression dont nous disposons” pour réorienter l’agence vers la sécurité
énergétique et “l’ajout d’énergie” davantage que la substitution.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS — Le ministre américain de l’Energie, Chris Wright, a menacé ce mardi de
retirer les Etats-Unis de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dont les
travaux sur le déploiement des renouvelables vont à rebours de la politique en
faveur des combustibles fossiles menée par l’administration Trump.
“Si une grande partie des agences de reporting de données se consacrent à ce
genre de fantasmes gauchistes […] cela ne fait que déformer leur mission”,
a-t-il clamé lors d’une conférence donnée en début de soirée à l’Institut
français des relations internationales à Paris.
Accusant l’AIE de se comporter comme une “organisation de défense du climat”,
Chris Wright l’a intimée de se concentrer sur la “sécurité énergétique”.
Fondée en 1974 à l’issue du premier choc pétrolier et basée à Paris, l’AIE
produit des scénarios de prospective documentant la transition énergétique qui
font référence dans le monde de l’énergie. C’est d’ailleurs pour assister à une
réunion ministérielle de l’agence, mercredi et jeudi, que Chris Wright est à
Paris.
“Nous n’avons pas besoin d’un scénario zéro émission nette, c’est ridicule, cela
n’arrivera jamais”, a poursuivi Chris Wright.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’instance internationale
est dans le collimateur de l’administration américaine, qui fait pression sur
ses dirigeants pour qu’elle abandonne ses travaux sur la transition énergétique.
Dans son dernier rapport annuel, en novembre, l’AIE a semblé tenir compte de ces
demandes. L’agence a en effet réintroduit un scénario fondé sur les tendances
actuelles. Elle a également mis de l’eau dans son vin s’agissant du pic
pétrolier : là où elle l’entrevoyait dans la décennie 2030, elle anticipe
désormais une demande toujours croissante jusqu’au mitan du siècle.
Ce n’est pas la première fois que Chris Wright menace de quitter l’instance.
“Nous allons modifier la façon dont l’AIE opère ou bien nous nous retirerons”,
avait-il averti dans une interview à Bloomberg en juillet dernier.
Le géant français de l’énergie TotalEnergies a annoncé jeudi qu’il redémarrait
son projet controversé d’exploitation de gaz naturel au Mozambique. Le projet
avait été arrêté en 2021 après une attaque djihadiste à proximité, qui a conduit
la major a être poursuivie pour homicide involontaire en novembre.
“Je suis heureux d’annoncer le redémarrage complet du projet Mozambique LNG (…)
Le cas de force majeure est levé”, a déclaré Patrick Pouyanné, PDG de
TotalEnergies, lors d’une cérémonie à laquelle assistait le président
mozambicain Daniel Chapo.
Le projet, présenté comme la plus grande exploitation de gaz naturel liquéfié
d’Afrique, a été suspendu en 2021 à la suite d’une attaque meurtrière de
rebelles liés à l’Etat islamique. Une enquête menée par POLITICO en 2024 a
révélé que des soldats mozambicains établis sur la concession de TotalEnergies,
juste au sud de la frontière tanzanienne, ont ensuite brutalisé, affamé,
étouffé, exécuté ou fait disparaître environ 200 hommes dans sa guérite entre
juin et septembre 2021.
En décembre 2025, les gouvernements britannique et néerlandais ont retiré leur
soutien au projet, à hauteur de 2,2 milliards de dollars, les Néerlandais
publiant un rapport qui corrobore de nombreux éléments de l’enquête de POLITICO.
TotalEnergies a nié ces allégations, déclarant que ses propres “recherches
approfondies” n’ont pas permis d’identifier “d’informations ou de preuves qui
pourraient corroborer les allégations d’abus graves et de torture”. Le
gouvernement mozambicain a également rejeté les accusations de crimes de guerre
contre ses forces armées.
Ces révélations ont néanmoins interrogé plusieurs parlementaires français et
déclenché des critiques à l’égard des mesures de sécurité prises par
TotalEnergies dans les zones de conflit. Le site du Mozambique est en proie à
une insurrection islamiste.
“Les entreprises et leurs dirigeants ne sont pas des acteurs neutres lorsqu’ils
opèrent dans des zones de conflit”, a déclaré Clara Gonzales, codirectrice du
programme sur les entreprises et les droits humains pour l’ECCHR, une
association berlinoise d’avocats, spécialisée en droit international. “S’ils
permettent ou alimentent des crimes, ils peuvent être complices et doivent être
tenus pour responsables.”
S’exprimant ce jeudi au Mozambique, Patrick Pouyanné a déclaré que l’activité
autour du site allait maintenant s’accélérer. “Vous verrez une augmentation
massive de l’activité dans les mois à venir (…) Un premier navire offshore a
déjà été mobilisé”, s’est-il réjouit.
Selon un communiqué de l’entreprise, la construction a repris sur terre et en
mer, avec environ 4 000 travailleurs actuellement mobilisés. Le projet est
achevé à environ 40% et la première production de GNL est prévue pour 2029.
Les Amis de la Terre et Reclaim Finance ont dénoncé dans un communiqué “une
décision irresponsable et dangereuse” et appellent les banques françaises
soutenant le projet à retirer leur financement.
TotalEnergies détient une participation de 26,5% dans le consortium Mozambique
LNG. Une relance ouvre la voie à des milliards de dollars d’exportations de gaz.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été adapté en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS — Dans la dernière saison de la série danoise Borgen, l’ancienne Première
ministre Birgitte Nyborg, de retour au gouvernement en tant que ministre des
Affaires étrangères, est confrontée à un dilemme après la découverte d’une vaste
réserve de pétrole au Groenland. Tentée, un temps, de soutenir un “pétrole vert”
made in Danemark, elle finit par convaincre les Groenlandais de garder leurs
ambitions climatiques intactes.
C’est un exercice similaire auquel s’est essayé aujourd’hui le gouvernement
français, en s’opposant à une proposition de loi visant à réautoriser les
forages pétrogaziers dans les territoires ultramarins — sans toutefois parvenir
à convaincre les sénateurs, qui l’ont adopté d’une large majorité de 227 voix
pour et 105 contre.
Presque dix ans après la loi Hulot mettant fin à l’exploration d’hydrocarbures,
une première dans le monde, les élus de la Chambre haute ont donc voté en faveur
d’un texte proposant une dérogation, porté par le sénateur macroniste de Guyane,
Georges Patient.
ESPOIRS EN GUYANE
Le plateau des Guyanes, qui s’étend, outre le territoire français, sur le
Suriname, le Guyana, une partie du Brésil, de la Colombie et du Venezuela, voit
son activité pétrolière prospérer ces derniers temps. L’intervention américaine
dans ce dernier pays est d’ailleurs en partie liée aux enjeux énergétiques.
De nombreux Guyanais, dont le territoire figure parmi les plus défavorisés de
France, avec un taux de pauvreté atteignant 53%, regrettent de ne pas profiter
de cette manne pétrolière contrairement à leurs voisins. Et tous les
parlementaires, quel que soit leur parti, soutiennent une recherche
d’hydrocarbures.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, soutenait les ambitions guyanaises.
Elle jugeait possible une exploitation “avec nos normes environnementales” et
appelait à “ne pas tout décider depuis Paris”.
D’autant que le gouvernement a récemment mis en avant la notion de souveraineté
économique et le besoin de se libérer des hydrocarbures russes ou américains,
plutôt que la question climatique, pour justifier la décarbonation du pays. Un
ressort sur lequel joue Georges Patient, en appelant à la production de pétrole
made in France.
“ECOCOLONIALISME”
Pour le sénateur, la France fait preuve d’hypocrisie en refusant d’exploiter des
ressources nationales tout en achetant du pétrole au Guyana.
Il a aussi mis en avant les promesses de développement non tenues pour les
outre-mer : “Comment refuser que ces territoires utilisent leurs ressources
naturelles comme moteur de leur développement économique ? L’Etat a-t-il un plan
B ?” a-t-il interrogé à la tribune.
“Le ministère de la Transition écologique voit la Guyane comme un sanctuaire
figé à maintenir sous cloche à tout prix, et ce prix, ce sont les Guyanais qui
le paient”, a-t-il accusé, évoquant un “écocolonialisme”.
Mais c’est finalement le respect des obligations climatiques de la France qui
l’a emporté. Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, s’est
fortement opposée au texte, au nom de la protection des écosystèmes et de la
lutte contre le dérèglement climatique, l’exploitation de nouveaux champs
pétroliers n’étant pas compatible avec l’Accord de Paris sur le climat.
“Cette proposition de loi n’offre pas un avenir à la Guyane, elle offre des
illusions à court terme et des risques bien réels pour sa biodiversité et son
développement économique”, a estimé la ministre dans une déclaration transmise
par son cabinet mercredi 28 janvier.
“Ce serait engager des coûts importants, pour des résultats très incertains, au
prix de risques environnementaux majeurs”, et tout cela pour une exploitation
qui, au mieux, “ne pourrait voir le jour avant vingt ans”, a développé le
ministre de l’Economie, Roland Lescure, à la tribune. Il a préféré mettre en
avant les emplois que pourraient créer les énergies renouvelables.
UN PÉTROLE TROP CHER À FORER
Ce texte cible essentiellement la Guyane, les autres territoires ultramarins
français n’affichant qu’un potentiel limité en matière d’hydrocarbures. Et, bien
que l’existence de ressources pétrolières dans le territoire sud-américain soit
établie, la possibilité d’exploiter un gisement reste incertaine.
La géologie y est différente du Suriname et du Guyana voisins. Après avoir mené
plusieurs forages infructueux dans les années 2010, le groupe TotalEnergies a
jeté l’éponge. De quoi faire dire à son PDG, Patrick Pouyanné, qu’“il n’y a pas
d’hydrocarbures en France”.
Il n’est “pas acquis qu’une entreprise pétrolière sollicite la délivrance d’un
permis pour explorer les eaux guyanaises”, évalue le rapporteur du texte dans
son compte-rendu. Ce, “en raison du coût élevé d’une exploration dans cette zone
— dû à la profondeur — et des risques économiques qu’une telle campagne suppose
dans un contexte de prix du baril bas”.
Pour les partisans du texte, si aucun gisement viable n’a été trouvé, c’est par
manque de recherche.
L’adoption définitive de la proposition de loi est encore loin d’être acquise.
Il faudrait pour cela que le texte soit inscrit à l’ordre du jour et recueille
une majorité des votes à l’Assemblée nationale, qui est plus attachée à la loi
Hulot que le Sénat. Georges Patient mise sur les deux députés de Guyane pour
prendre le relais.
LONDRES — Le gouvernement britannique de Keir Starmer a une décision à prendre :
faut-il ou non continuer à chauffer une grande partie des bâtiments publics
britanniques via TotalEnergies, qui continue à opérer en Russie.
Dans le cadre d’un contrat existant avec le secteur public, TotalEnergies Gas &
Power, filiale du groupe pétrogazier français, fournit le gaz utilisé pour
chauffer la résidence du Premier ministre, le ministère des Finances et d’autres
bâtiments accueillant le gouvernement britannique.
Ce contrat, d’une valeur de 8 milliards de livres sterling (9,2 milliards
d’euros), expire au début de l’année prochaine. Les autorités préparent un appel
d’offres public pour son remplacement, qui sera attribué dans le courant de
l’année et portera sur la période de 2027 à 2030.
Mais TotalEnergies reste lié au commerce des combustibles fossiles avec la
Russie de Vladimir Poutine. Aujourd’hui, des militants et des parlementaires
pro-ukrainiens — dont le président travailliste du groupe parlementaire informel
et transpartisan sur l’Ukraine — veulent que les ministres empêchent sa filiale
de remporter le nouveau contrat.
Dans une lettre adressée à Nick Thomas-Symonds, le ministre qui supervise
l’organisme chargé des marchés publics, le Service commercial de la Couronne,
ils avertissent que “la poursuite d’un contrat avec des entreprises impliquées
dans le secteur énergétique russe est incompatible” avec l’objectif maintes fois
annoncé par le Royaume-Uni de saper les revenus tirés des combustibles fossiles
de la Russie, qui sont utilisés pour financer sa guerre contre l’Ukraine.
“Compte tenu de l’escalade des attaques hybrides russes contre le Royaume-Uni et
des attaques brutales en cours en Ukraine, les marchés publics doivent s’aligner
non seulement sur les sanctions, mais aussi sur la politique étrangère du
gouvernement, y compris les efforts visant à dissuader et à perturber
l’agression russe”, écrivent-ils.
La lettre, coordonnée par les groupes de campagne Razom We Stand et B4 Ukraine,
est cosignée par le député travailliste Alex Sobel, qui préside le groupe
parlementaire informel sur l’Ukraine, ainsi que par des députées écologistes
Carla Denyer et Siân Berry, toutes deux anciennes codirectrices du parti.
Alex Sobel, qui s’est rendu sept fois en Ukraine depuis l’invasion totale, a
appelé le mois dernier à “exercer une pression maximale sur la Russie”.
DANS LE FROID
Svitlana Romanko, directrice exécutive de Razom We Stand, a rappelé que “les
attaques brutales de la Russie contre les systèmes énergétiques” ukrainiens
avaient mis hors service “les systèmes d’énergie et de chauffage dans toute
l’Ukraine par une température de -20°C”.
“Nous implorons le gouvernement britannique de mettre fin à son contrat avec
TotalEnergies”, a-t-elle déclaré.
Dans le cadre du contrat actuel, les bâtiments publics de Whitehall et d’autres
bâtiments du secteur public au Royaume-Uni, y compris les hôpitaux du NHS, sont
approvisionnés en gaz pour le chauffage et la cuisine par TotalEnergies Gas &
Power.
Bien que le contrat lui-même soit conforme à l’interdiction des importations de
gaz russe imposée par le Royaume-Uni, il a été condamné par des ONG soutenant
l’Ukraine et des députés travaillistes en raison de l’approvisionnement continu
de TotalEnergies en combustibles fossiles russes.
L’entreprise détient une participation de 20% dans l’installation de gaz naturel
liquéfié Yamal en Sibérie, d’où elle continue d’importer du gaz russe vers
l’Europe dans le cadre de contrats à long terme qu’elle affirme ne pas pouvoir
rompre.
Un porte-parole de TotalEnergies a déclaré que la société “condamnait
l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine [et qu’elle] opérait
légalement dans le cadre de la politique énergétique et de sanctions définie par
les autorités de l’Union européenne et de ses Etats membres”.
TotalEnergies est le fournisseur de gaz privilégié du secteur public britannique
depuis 2019, dans le cadre des deux contrats d’approvisionnement successifs
passés avec le Service commercial de la Couronne.
Le nouveau contrat — connu sous le nom de Supply of Energy 3 — est en cours de
préparation. Un avis d’appel d’offres devrait être publié en juin et le contrat
attribué en décembre.
Un porte-parole du bureau du Cabinet a refusé de commenter une procédure de
passation de marché en cours.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
PARIS — La marine française a arraisonné jeudi au large de la Méditerranée un
navire qu’elle soupçonne d’appartenir à la flotte fantôme russe qui défie
l’embargo européen sur le pétrole et le gaz russes.
“La Marine nationale a arraisonné ce matin un navire pétrolier en provenance de
Russie, sous sanctions internationales et suspecté d’arborer un faux pavillon”,
a écrit le président Emmanuel Macron sur X.
Précédemment, en octobre dernier, les forces françaises ont arrêté deux membres
d’équipage d’un pétrolier soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme au large de
la côte atlantique.
Depuis 2022, des centaines de navires russes naviguent dans les eaux
internationales, en violation des sanctions internationales, pour vendre du
pétrole afin de financer la guerre contre l’Ukraine ou pour transporter du
matériel militaire. Ils arborent généralement des pavillons trompeurs et leurs
transpondeurs sont éteints pour éviter d’être détectés.
Plus de 600 d’entre eux font actuellement l’objet d’une sanction de la part de
l’UE.
Le navire intercepté, le Grinch, venait du port de Mourmansk, dans le nord-ouest
de la Russie, a indiqué la préfecture maritime de la Méditerrannée dans un
communiqué. Il a été arraisonné lors d’une opération conjointe avec le
Royaume-Uni près du détroit de Gibraltar.
“L’opération a été menée en haute mer, en Méditerranée, avec le soutien de
plusieurs de nos alliés. Elle a été menée dans le strict respect de la
Convention des Nations unies sur le droit de la mer”, a ajouté Emmanuel Macron,
précisant qu’une enquête judiciaire a été ouverte.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.