Tag - Réseaux électriques

Modernisation des rĂ©seaux Ă©lectriques : la France et la SuĂšde s’opposent au partage des revenus
La France et la SuĂšde souhaitent bloquer une proposition de la Commission europĂ©enne imposant le partage des coĂ»ts des grands travaux de modernisation du rĂ©seau Ă©lectrique de l’UE, affirmant qu’un tel mĂ©canisme leur imposerait une charge financiĂšre inĂ©quitable. AnnoncĂ© en dĂ©cembre dernier, le paquet sur les rĂ©seaux europĂ©ens vise Ă  Ă©tendre massivement les infrastructures Ă©lectriques du continent pour y transporter plus efficacement l’électricitĂ© produite Ă  partir de sources d’énergie renouvelables. Cette mesure est considĂ©rĂ©e comme essentielle pour atteindre les objectifs de neutralitĂ© carbone pour 2050. Le texte entend partager les revenus des rĂ©seaux nationaux dans un fonds commun Ă  l’échelle de l’UE. Les pays les plus riches, aux infrastructures plus dĂ©veloppĂ©s, aideraient ainsi Ă  financer les pays dont les rĂ©seaux le sont moins. Mais cette proposition, actuellement dĂ©battue par les Etats membres, s’est dĂ©jĂ  heurtĂ©e aux rĂ©ticences des plus grands exportateurs d’électricitĂ© . Parmi eux, la France et la SuĂšde, qui ne veulent pas renoncer Ă  des recettes qu’elles considĂšrent vitales pour leurs propres rĂ©seaux nationaux. La prĂ©sentation du projet en dĂ©cembre par le Commissaire europĂ©en Ă  l’Energie Dan JĂžrgensen “est trĂšs trĂšs mal passĂ©e [Ă  Paris]”, a dĂ©clarĂ© un ancien conseiller de l’exĂ©cutif français sous couvert d’anonymat. “Sur la forme et sur le fond, [cette prĂ©sentation] a Ă©tĂ© catastrophique”, a-t-il ajoutĂ©. Ce dossier est un nouvel exemple des crispations entre la Commission et certains Etats membres, qui craignent de donner trop de latitude Ă  l’exĂ©cutif europĂ©en pour redistribuer des fonds aux pays dont les besoins sont plus importants. Les tensions se concentrent autour des recettes de congestion, un terme qui dĂ©signe l’argent empochĂ© par les gestionnaires de rĂ©seau grĂące Ă  la diffĂ©rence entre le prix domestique de l’électricitĂ© et le prix appliquĂ© Ă  l’exportation via un systĂšme d’enchĂšres. En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, ces recettes sont investies dans le pays d’origine pour augmenter la capacitĂ© des parties du rĂ©seau les plus encombrĂ©es. Ce mĂ©canisme est essentiel pour Ă©viter une distorsion trop importante des marchĂ©s Ă  l’échelle nationale. Par exemple, la SuĂšde, premier exportateur d’électricitĂ© de l’Union europĂ©enne grĂące Ă  des investissements de longue date dans l’hydroĂ©lectricitĂ© et l’énergie Ă©olienne, est divisĂ©e en quatre zones de prix. Chacune prĂ©sente un tarif diffĂ©rent, qui reflĂšte les niveaux de demande rĂ©gionaux. Les opĂ©rateurs de rĂ©seau suĂ©dois utilisent leurs revenus de congestion pour Ă©quilibrer l’offre et la demande Ă  travers le territoire, suivant des rĂšgles locales soigneusement calculĂ©es. Dans son paquet lĂ©gislatif, la Commission propose que les pays prĂ©lĂšvent un quart des recettes de congestion non dĂ©pensĂ©es pour les rĂ©investir dans le renforcement des capacitĂ©s et le financement de projets d’interconnexion avec d’autres pays. Huit “autoroutes de l’énergie” destinĂ©es Ă  combler les lacunes dans les zones faiblement connectĂ©es feraient partie des projets bĂ©nĂ©ficiaires. Ce financement est nĂ©cessaire, d’aprĂšs Bruxelles, pour construire davantage de lignes de transport partant des lieux de productions, comme les parcs Ă©oliens en mer du Nord ou les parcs solaires dans le sud de l’Espagne, et pouvant parcourir des milliers de kilomĂštres Ă  travers le continent jusqu’aux destinations importatrices. Pour les SuĂ©dois, cette mesure va trop loin. “Cette proposition consiste en gros Ă  prendre 20% de notre argent pour rĂ©soudre des problĂšmes ailleurs alors que nous avons nos propres problĂšmes Ă  rĂ©gler”, a dĂ©clarĂ© Maja LundbĂ€ck, secrĂ©taire d’Etat suĂ©doise Ă  l’Energie, Ă  POLITICO. “Nous ne pouvons pas l’accepter parce qu’il s’agit de l’argent des SuĂ©dois, du revenu gĂ©nĂ©rĂ© par les entreprises dans notre pays.” Les exportations d’hydroĂ©lectricitĂ©, qui sont concentrĂ©es au nord de la SuĂšde, gĂ©nĂšrent ainsi des recettes qui sont dĂ©jĂ  employĂ©es pour rĂ©duire les goulets d’étranglement dans le sud du pays, oĂč les prix sont plus Ă©levĂ©s en raison d’une population et d’une consommation plus importante. Rien qu’en 2025, la SuĂšde a amassĂ© environ 2,5 milliards d’euros de revenus de congestion. Au total, la rĂ©serve de l’opĂ©rateur national Svenska kraftnĂ€t s’élĂšve autour de 7,5-8 milliards d’euros, d’aprĂšs son dernier rapport annuel. Au cours de l’annĂ©e passĂ©e, la SuĂšde a investi environ 200 millions d’euros dans des travaux visant Ă  rĂ©duire la congestion, deux milliards d’euros ayant dĂ©jĂ  Ă©tĂ© engagĂ©s. Les autoritĂ©s suĂ©doises craignent qu’une entremise de Bruxelles sur ce budget ne viennent perturber sa planification sur le long terme. Pour sa part, la France s’est plainte d’une disposition du paquet qui donnerait Ă  la Commission le pouvoir de dĂ©cider unilatĂ©ralement de quand et comment l’argent est dĂ©pensĂ©, selon plusieurs personnes au fait de la position française au sein des nĂ©gociations. MĂȘme si des modifications rĂ©centes du texte garantissent que l’argent sera dĂ©tenu par les pays membres, la disposition est toujours perçue comme une concession excessive Ă  la Commission, ont indiquĂ© ces sources. La France “risque d’ĂȘtre un pays plutĂŽt esseulĂ©â€ sur ce dossier, a dĂ©clarĂ© l’ex-conseiller de l’exĂ©cutif français dĂ©jĂ  citĂ©. ContactĂ© par POLITICO, un porte-parole du ministĂšre français de l’Energie n’a pas souhaitĂ© faire de commentaire. Les grands exportateurs ne sont pas les seuls Ă  s’inquiĂ©ter. Les lignes Ă©lectriques autrichiennes, par exemple, transportent une grande partie de l’électricitĂ© provenant de ses pays voisins Ă  des coĂ»ts relativement abordables. Il s’agit d’une source de revenus consĂ©quente, et la proposition de la Commission â€œĂ©limine l’utilisation de ces ressources pour s’occuper de la congestion interne”, a dĂ©clarĂ© Elisabeth Zehetner, secrĂ©taire d’État Ă  l’énergie du pays dans une interview. Les responsables de la Commission et l’exĂ©cutif chypriote, qui mĂšne les nĂ©gociations diplomatiques sur ce dossier dans le cadre de sa prĂ©sidence de l’UE, ont dĂ©jĂ  cherchĂ© Ă  rassurer la France et la SuĂšde en modifiant la proposition pour qu’elle n’entre pas en conflit avec les rĂ©glementations locales. Toutefois, ces efforts n’ont satisfait ni Paris ni Stockholm, selon deux personnes au fait du dossier. “Il s’agit d’un processus qui est toujours en cours et qui continuera Ă  Ă©voluer, mais notre obligation est que les [opĂ©rateurs] continuent Ă  financer des projets communs pour rĂ©soudre les problĂšmes posĂ©s par la congestion”, a dĂ©clarĂ© un porte-parole de la prĂ©sidence chypriote Ă  POLITICO. Cet article a d’abord Ă©tĂ© publiĂ© par POLITICO en anglais, puis a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en français par Jules Darmanin.
Actualité
Energie et Climat France
Réseaux électriques
La Commission réclame des nouveaux pouvoirs pour développer les réseaux électriques européens
Pour planifier l’expansion des rĂ©seaux Ă©lectriques europĂ©ens, la Commission europĂ©enne a propose qu’elle soit dotĂ©e d’un nouveau pouvoir contraignant. Une demande qui intervient alors qu’elle s’efforce de moderniser un rĂ©seau vieillissant pour rĂ©pondre aux exigences croissantes de la transition Ă©nergĂ©tique. Les modifications qu’elle propose sur le rĂšglement sur les rĂ©seaux transeuropĂ©ens pour l’énergie (RTE-E) donnerait Ă  la Commission le pouvoir de planifier des “scĂ©narios centraux” pour Ă©valuer les amĂ©liorations Ă  apporter au rĂ©seau. Cela constituerait un changement radical par rapport au systĂšme de planification actuel, complĂštement dĂ©centralisĂ©. Ces scĂ©narios seraient planifiĂ©s tous les quatre ans par la Commission — et celle-ci pourrait intervenir aux endroits oĂč aucun projet ne serait prĂ©vu. Cette proposition fait partie du paquet sur les rĂ©seaux europĂ©ens, un ensemble lĂ©gislatif prĂ©sentĂ© ce mercredi. L’accroissement de l’électrification, que ça soit pour les transports, les processus industriels ou le chauffage est nĂ©cessaire pour la dĂ©carbonation de l’Europe et le respect de ses engagements climatiques. Mais cette Ă©volution va peser sur les rĂ©seaux Ă©lectriques et la Commission souhaite avoir un rĂ©seau efficace pour supporter la demande, qui pourrait doubler d’ici Ă  2040. “Le paquet sur les rĂ©seaux europĂ©ens est davantage qu’une simple politique publique, a dĂ©clarĂ© mardi Teresa Ribera, vice-prĂ©sidente de la Commission en charge de la transition Ă©cologique. C’est notre engagement pour un avenir inclusif, oĂč chaque coin de l’UE bĂ©nĂ©ficiera de la rĂ©volution Ă©nergĂ©tique : des prix bas, une Ă©nergie dĂ©carbonĂ©e, une dĂ©pendance rĂ©duite vis-Ă -vis des combustiles fossiles importĂ©s, un approvisionnement sĂ©curisĂ© et un matelas contre les chocs des prix.” Outre la planification centralisĂ©e, le paquet lĂ©gislatif propose d’accĂ©lĂ©rer l’octroi de permis pour les rĂ©seaux et autres projets Ă©nergĂ©tiques afin de mettre plus rapidement en place l’infrastructure nĂ©cessaire, notamment en assouplissant les rĂšgles de planification environnementale. Actuellement, la planification et la construction de nouvelles infrastructures de rĂ©seau prennent environ dix ans. Pour ce faire, elle modifierait quatre textes lĂ©gislatifs : le rĂšglement RTE-E, la directive sur les Ă©nergies renouvelables, la directive sur les marchĂ©s de l’énergie et la directive sur le marchĂ© du gaz. Le paquet propose Ă©galement des modĂšles de financement “à frais partagĂ©s” afin que les pays qui bĂ©nĂ©ficient des projets contribuent Ă  leur financement, ainsi que l’accĂ©lĂ©ration d’un certain nombre de projets clĂ©s d’interconnexion Ă©nergĂ©tique Ă  travers l’Europe. Cet article a Ă©tĂ© initialement publiĂ© par POLITICO en anglais et adaptĂ© en français par Alexandre LĂ©chenet.
Actualité
Energie et Climat France
Electricité
Réseaux électriques