PARIS — “Vous savez que si vous êtes un homme, vous avez plus de chances de
tomber sur cette publication ?” Face caméra, la conseillère départementale
écologiste Elodie Jeanneteau dénonce l’algorithme à l’œuvre derrière Instagram
et Facebook qui, selon elle, propose ses vidéos à un public essentiellement
masculin.
Ce vendredi, l’élue doit se rendre à Paris, au siège de Meta, propriétaire des
deux réseaux sociaux. Elle n’a pas attendu d’être invitée pour s’y rendre, mais
elle a un but bien précis : obtenir des explications sur ce qu’elle estime être
un biais genré de leur outil technologique, indique-t-elle à POLITICO.
Un constat partagé par une centaine d’autres élues locales et nationales,
essentiellement écologistes, mais aussi socialistes et une poignée
d’ex-macronistes. Toutes ont signé une tribune pour alerter sur ce phénomène qui
les empêche de mener campagne sur les réseaux sociaux pour les municipales.
“Pour se faire connaître, les réseaux sociaux sont incontournables”, pointe la
conseillère départementale auprès de POLITICO. “Le problème, c’est que l’on se
fait cataloguer d’office par l’algorithme en tant que femme. Les hommes sont
donc 86% en moyenne à voir mes vidéos, non pas parce que j’aborde un sujet de
finance locale, mais parce que je suis une femme.”
Les conséquences ne se font pas attendre : sous ses publications, les
commentaires sur ses tenues ou de sa situation matrimoniale affluent. “C’est
comme si nous étions inscrites sur un site de rencontres, alors qu’il s’agit de
publications politiques”, s’insurge l’élue.
Ces dernières années, plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont documenté
les problèmes posés par ces biais technologiques. “Dans un contexte électoral,
ces fonctionnalités peuvent inciter à des menaces physiques ou sexuelles sous
des publications qui sont diffusées par l’algorithme à un certain public (ici
des hommes, NDLR) parce que l’outil pense que ça va générer des réactions et
donc du temps d’attention”, décrit ainsi à POLITICO Katia Roux, chargée de
plaidoyer Libertés à Amnesty France.
Malgré les obligations de transparence des algorithmes, imposées aux plateformes
par l’Union européenne, cette dernière s’inquiète d’un phénomène qui ne cesse de
s’amplifier.
“Meta ne fait pas exception, puisqu’on a vu récemment leur volonté de se séparer
d’une modération humaine pour rectifier ces erreurs algorithmiques”,
souligne-t-elle.
UN ENJEU DÉMOCRATIQUE
Le constat est partagé par l’eurodéputé écologiste David Cormand, qui porte ces
sujets à Bruxelles dans le cadre de la mise en œuvre du règlement sur les
services numériques (DSA).
“Le harcèlement en ligne, notamment des femmes politiques, provoqué par ces
leviers algorithmiques pèse d’autant plus sur les élus locaux qui n’ont pas
vraiment d’équipe de communication à disposition pour les aider”, rappelle-t-il.
Et de poursuivre : “Le risque, c’est que des internautes — certains le font déjà
— se servent de ces biais algorithmiques pour nuire aux candidates et candidats
d’une élection comme celle des municipales.”
De fait, l’eurodéputé aimerait que les plateformes soient réellement
responsables des contenus mis en avant par leurs algorithmes. Et de citer
Facebook qui reste, selon lui, le réseau social le plus plébiscité des
électeurs. “Facebook, c’est un peu l’équivalent d’un TF1. C’est là où les
familles se retrouvent à un moment, surtout au niveau local”, estime-t-il.
Reste que pour Elodie Jeanneteau, la seule application des textes européens ne
suffit pas. Et si son déplacement au siège de Meta relève surtout du symbole,
elle a tout de même préparé une petite liste de revendications : “je compte bien
leur demander de la transparence sur les critères de recommandation des contenus
politiques, une équité dans la diffusion des prises de paroles des élues et la
garantie d’un réel accès pluraliste aux idées pour les utilisateurs de leurs
services”, énumère-t-elle pour POLITICO.
Contacté par POLITICO, Meta renvoie à ses règles de classement des contenus. La
page indique que “des milliers de signaux” sont pris en compte dans la façon de
mettre en avant des contenus vers un utilisateur donné.
En faisant la lumière sur ce sujet, la conseillère départementale espère en tout
cas sensibiliser le grand public sur le très grand pouvoir des plateformes lors
d’événements démocratiques majeurs, comme les élections.
Cet article a été modifié pour ajouter la réponse de Meta.