Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo
atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux
municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second
tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en
exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible
quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats.
“Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national
aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate
Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête
progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois
de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille.
Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui
perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida
Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point
(26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de
campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen.
L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters”
types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée
sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo
capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa
gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie
importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard
Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote.
“Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois]
d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il
faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur
RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle
n’avait pas ménagé jusqu’à présent.
LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE
En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste
David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la
course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que
Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en
situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des
électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024.
“Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat
‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ;
c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen —
cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est
notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de
l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert
: “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à
l’union.”
(*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier
2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes
électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge,
genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes
antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge
d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
Tag - Elections municipales 2026
PARIS — “Vous savez que si vous êtes un homme, vous avez plus de chances de
tomber sur cette publication ?” Face caméra, la conseillère départementale
écologiste Elodie Jeanneteau dénonce l’algorithme à l’œuvre derrière Instagram
et Facebook qui, selon elle, propose ses vidéos à un public essentiellement
masculin.
Ce vendredi, l’élue doit se rendre à Paris, au siège de Meta, propriétaire des
deux réseaux sociaux. Elle n’a pas attendu d’être invitée pour s’y rendre, mais
elle a un but bien précis : obtenir des explications sur ce qu’elle estime être
un biais genré de leur outil technologique, indique-t-elle à POLITICO.
Un constat partagé par une centaine d’autres élues locales et nationales,
essentiellement écologistes, mais aussi socialistes et une poignée
d’ex-macronistes. Toutes ont signé une tribune pour alerter sur ce phénomène qui
les empêche de mener campagne sur les réseaux sociaux pour les municipales.
“Pour se faire connaître, les réseaux sociaux sont incontournables”, pointe la
conseillère départementale auprès de POLITICO. “Le problème, c’est que l’on se
fait cataloguer d’office par l’algorithme en tant que femme. Les hommes sont
donc 86% en moyenne à voir mes vidéos, non pas parce que j’aborde un sujet de
finance locale, mais parce que je suis une femme.”
Les conséquences ne se font pas attendre : sous ses publications, les
commentaires sur ses tenues ou de sa situation matrimoniale affluent. “C’est
comme si nous étions inscrites sur un site de rencontres, alors qu’il s’agit de
publications politiques”, s’insurge l’élue.
Ces dernières années, plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont documenté
les problèmes posés par ces biais technologiques. “Dans un contexte électoral,
ces fonctionnalités peuvent inciter à des menaces physiques ou sexuelles sous
des publications qui sont diffusées par l’algorithme à un certain public (ici
des hommes, NDLR) parce que l’outil pense que ça va générer des réactions et
donc du temps d’attention”, décrit ainsi à POLITICO Katia Roux, chargée de
plaidoyer Libertés à Amnesty France.
Malgré les obligations de transparence des algorithmes, imposées aux plateformes
par l’Union européenne, cette dernière s’inquiète d’un phénomène qui ne cesse de
s’amplifier.
“Meta ne fait pas exception, puisqu’on a vu récemment leur volonté de se séparer
d’une modération humaine pour rectifier ces erreurs algorithmiques”,
souligne-t-elle.
UN ENJEU DÉMOCRATIQUE
Le constat est partagé par l’eurodéputé écologiste David Cormand, qui porte ces
sujets à Bruxelles dans le cadre de la mise en œuvre du règlement sur les
services numériques (DSA).
“Le harcèlement en ligne, notamment des femmes politiques, provoqué par ces
leviers algorithmiques pèse d’autant plus sur les élus locaux qui n’ont pas
vraiment d’équipe de communication à disposition pour les aider”, rappelle-t-il.
Et de poursuivre : “Le risque, c’est que des internautes — certains le font déjà
— se servent de ces biais algorithmiques pour nuire aux candidates et candidats
d’une élection comme celle des municipales.”
De fait, l’eurodéputé aimerait que les plateformes soient réellement
responsables des contenus mis en avant par leurs algorithmes. Et de citer
Facebook qui reste, selon lui, le réseau social le plus plébiscité des
électeurs. “Facebook, c’est un peu l’équivalent d’un TF1. C’est là où les
familles se retrouvent à un moment, surtout au niveau local”, estime-t-il.
Reste que pour Elodie Jeanneteau, la seule application des textes européens ne
suffit pas. Et si son déplacement au siège de Meta relève surtout du symbole,
elle a tout de même préparé une petite liste de revendications : “je compte bien
leur demander de la transparence sur les critères de recommandation des contenus
politiques, une équité dans la diffusion des prises de paroles des élues et la
garantie d’un réel accès pluraliste aux idées pour les utilisateurs de leurs
services”, énumère-t-elle pour POLITICO.
Contacté par POLITICO, Meta renvoie à ses règles de classement des contenus. La
page indique que “des milliers de signaux” sont pris en compte dans la façon de
mettre en avant des contenus vers un utilisateur donné.
En faisant la lumière sur ce sujet, la conseillère départementale espère en tout
cas sensibiliser le grand public sur le très grand pouvoir des plateformes lors
d’événements démocratiques majeurs, comme les élections.
Cet article a été modifié pour ajouter la réponse de Meta.
Qui a dit qu’un maire sortant avait toutes les chances d’être réélu en mars
prochain, qui plus est quand son mandat a été marqué par un pas de côté de dix
mois à Matignon ? Certainement pas les Palois. Du moins ceux qui ont sifflé,
début janvier, leur édile François Bayrou, venu discourir au concert du Nouvel
An de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn.
Candidat pour s’offrir un troisième mandat à Pau, le président du MoDem aborde
peut-être sa campagne municipale la plus difficile, douze ans après sa première
victoire à cette élection — laquelle, si elle était perdue cette fois-ci,
pourrait tuer toute ambition nationale.
A 74 ans, l’ancien Premier ministre, tombé en septembre à la défaveur d’un vote
de confiance qu’il a lui-même provoqué, affrontera notamment le socialiste
Jérôme Marbot. Celui-ci n’avait manqué de ravir l’Hôtel de ville qu’à 1 851 voix
près au second tour, il y a six ans. Cette fois, le premier secrétaire de la
fédération des Pyrénées-Atlantiques a uni derrière lui les forces de gauche, à
l’exclusion de La France insoumise (et probablement de Lutte ouvrière), alors
que les Ecologistes avaient leur propre champion en 2020.
Autre motif d’inquiétude pour François Bayrou : cette année, le Rassemblement
national a toutes les chances de progresser, à en croire les acteurs locaux
interrogés par POLITICO. Aux dernières législatives, les représentants du parti
à la flamme ont glané plus de 30% des voix au second tour dans les deux
circonscriptions paloises. Leur candidate, Margaux Taillefer, qui n’a pas encore
30 ans, pourrait donc bien atteindre le seuil qualificatif au premier tour de
10% des suffrages exprimés, pariaient nos interlocuteurs ces dernières semaines.
Et se maintenir au second, picorant ainsi l’électorat bayrouiste.
UN ABSENT SI PRÉSENT
Le passage de François Bayrou Rue de Varenne aurait aussi laissé des traces 715
kilomètres plus loin, dans la préfecture béarnaise. Et pas en bien, à en croire
ses concurrents. Il aurait “fait apparaître au grand jour sa pratique du pouvoir
verticale”, attaque Jérôme Marbot, fustigeant un ex-chef du gouvernement
incapable de compromis ou de “prendre en compte les problèmes de fins de mois
des Français”.
Certes, Bayrou est un “maire bâtisseur”, concède-t-il, mais qui oublierait de
“se préoccuper de prendre soin de la vie quotidienne des habitants”. Le
fondateur du MoDem l’aurait-il entendu ? Dans son bureau de président du parti
centriste, à deux pas de l’Assemblée nationale à Paris, il nous a listé mercredi
21 janvier ses réalisations (comme la réfection du stade de la Section paloise
ou la rénovation des halles) comme autant d’assurances du rayonnement de Pau,
qui a renoué sous son règne avec la progression démographique. Le maire a promis
aussi, dans la foulée : “On a fait une ville unique à découvrir, on va faire une
ville unique à vivre”, en glissant par exemple ses envies de dispositif d’aide
aux jeunes des quartiers défavorisés pour trouver un stage.
Mais ses grands chantiers ont eu un coût, pointent les détracteurs du sortant.
Ils dénoncent un gestionnaire dépensier, à rebours de son mantra parisien : la
dette paloise a presque doublé sous les mandats de Bayrou, pourtant chevalier
autoproclamé du redressement des finances françaises à Matignon. “C’est une
blague, une stupidité !” s’est-il emporté devant nous à la mention de cette
attaque, arguant : “Si vous avez une dette de 10 000 euros et que vous êtes au
RSA, c’est une charge très lourde, mais si vous gagnez 5 000 euros par mois, ce
n’est pas du tout gênant ! C’est exactement la situation de Pau.”
Quant à son séjour Rue de Varenne : Premier ministre, Bayrou n’a eu de cesse de
mentionner sa ville, refusant toujours de quitter son fauteuil de maire — sinon
ses adversaires “auraient dit que la mairie n’était qu’un tremplin”, a-t-il jugé
mercredi, encore secoué par de violentes quintes de toux après son
hospitalisation pour une grippe en décembre.
Chef du gouvernement, il veillait à revenir présider les séances du conseil
municipal — même lorsque Mayotte était dévastée par un cyclone meurtrier — au
risque d’être accusé de négliger son job de Premier ministre. Ce qui n’a pas
empêché ses adversaires de pointer du doigt ses absences béarnaises, multipliées
selon eux par sa mission gouvernementale.
LE POISON DE BÉTHARRAM
Bien sûr, certains Palois se sont félicités que le premier d’entre eux gouverne
la France, reconnaît toutefois Jérôme Marbot, conscient que cette promotion
était parfois vue comme “une fierté pour Pau… jusqu’à Bétharram”, nuance-t-il
rapidement. Cette affaire, surnommée ainsi en référence à l’ancien nom d’un
collège-lycée catholique situé à 25 kilomètres de Pau, où auraient été commises
des violences physiques et sexuelles durant six décennies, a empoisonné le bail
à Matignon de François Bayrou, lui-même père d’une victime potentielle, et
accusé, l’an passé, d’avoir ignoré les alertes du temps où il était ministre de
l’Education nationale (1993-1997).
Si Marbot s’interdit d’en faire un argument de campagne, d’autres n’ont pas ces
pudeurs. Ainsi de La France insoumise, qui a investi Jean-François Blanco —
initialement tête de liste des Ecologistes, mais qui n’a pas supporté que ses
ouailles votent finalement en faveur d’un ralliement au socialiste —, l’avocat
de plusieurs anciens élèves de Bétharram se disant victimes.
Philippe Arraou ne compte visiblement pas s’en priver non plus. Lui qui fut un
compagnon de route de François Bayrou, et son binôme aux législatives de 2007 et
2012 (les deux hommes se répartissant les circonscriptions couvrant la ville), a
décidé de le défier aux municipales de mars. Selon cet expert-comptable, leurs
compatriotes auraient “du mal à pardonner” à Bayrou l’affaire Bétharram. Il nous
assurait, début décembre : “Tout le monde sait dans la région que les élèves se
faisaient redresser à Bétharram, qu’ils subissaient des sévices, pas sexuels,
mais corporels, c’est pour ça qu’on les envoyait là-bas. Pourquoi [Bayrou] ne
l’a-t-il pas reconnu ?”
“Je crois que les Palois me connaissent”, a balayé l’intéressé, toujours
convaincu que ce scandale n’était qu’une “manipulation politique” et qu’il a
“apporté toutes les preuves”. Les Palois, à entendre ses adversaires, en
auraient surtout “terminé” (dixit Arraou) avec ce maire “usé” (le mot de
Marbot), qui, veut croire un conseiller du candidat socialiste, “joue en partie
sa survie politique”.
Pas de quoi faire trembler le triple candidat à la présidentielle, dont la mort
politique a été annoncée plus d’une fois, et qui, toujours, en est revenu —
comme lorsqu’il parvint à prendre la ville, en 2014, après deux tentatives
ratées, et après une défaite brutale en 2012 aux élections législatives.
D’autant qu’il le jure ses grands dieux, et tant pis pour ceux qui doutent : il
n’a aucunement l’intention de renouer avec la compétition élyséenne en 2027.
PARIS — A quoi exactement ont servi les 9 000 euros de frais déclarés depuis
l’année dernière par le maire d’Angers, Christophe Béchu ?
“Les contribuables ont le droit de savoir”, estime Noam Leandri. Cet Angevin
devrait figurer en bonne place sur la liste de rassemblement de la gauche pour
reprendre l’Hôtel de ville à Béchu, lui-même un proche d’Edouard Philippe, lors
des élections municipales de mars. C’est ce qui l’a motivé à demander il y a un
mois à la mairie et à la métropole les justificatifs des frais de l’élu. Sans
réponse à ce stade, il a saisi la Commission d’accès aux documents
administratifs (Cada) et ira devant le tribunal si le refus persiste.
Le sujet a empoisonné le premier déplacement officiel du maire sortant, qui a
assuré n’avoir “rien à cacher” et indique que le retard dans la transmission de
ses notes de frais est dû à un problème d’adresses mail. “En 2024, j’ai déclaré
2 500 euros de frais. Moi, je ne me suis pas acheté des robes”, a grincé
Christophe Béchu, dans une allusion aux polémiques autour des notes de frais des
Parisiennes Jeanne d’Hauteserre et Anne Hidalgo (voir plus bas). Précisons
toutefois qu’en 2024, le maire d’Angers n’a été en poste que quatre mois cette
année-là, après sa sortie du gouvernement.
De fait, c’est la nouvelle mode : dans plusieurs villes, les notes de frais sont
utilisées par des opposants, certains s’interrogeant sur l’utilité de dépenses
en cravates ou sur le montant raisonnable d’un déjeuner entre un maire et ses
invités.
A Lyon, le candidat UDR-RN s’est par exemple plaint sur les réseaux sociaux que
“les Lyonnais paient les virées shopping de Grégory Doucet”, le maire de Lyon
écologiste, tickets de caisse à l’appui. Mais ces dépenses restent raisonnables
et dans les clous : si le maire peut utiliser jusqu’à 3 000 euros de frais de
représentation par an, il n’a dépensé que 4 000 euros en tout depuis son arrivée
à l’Hotel de ville en 2020.
A Leucate, une conseillère municipale d’opposition a déposé une plainte avec
Anticor contre le maire, qui dispose d’une enveloppe de 15 000 euros annuels et
la dépense sans conserver de justificatifs. “Mes frais correspondent
exclusivement aux déplacements liés aux responsabilités nationales que j’assume
au sein d’associations où se défendent les communes, le tourisme, le littoral et
le nautisme — donc Leucate”, a répondu le maire sur Facebook, qui critique “une
campagne d’une rare médiocrité”.
UNE TRANSPARENCE PRÉVUE PAR LA LOI
Aurore Granero, maître de conférences en droit public et membre de
l’Observatoire de l’éthique publique, salue le débat “légitime” sur le sujet,
expliquant que “chaque citoyen doit savoir comment est utilisé l’argent public”,
mais met en garde sur ses possibles dommages collatéraux.
“Il ne faut pas jeter l’opprobre sur l’ensemble des élus, alors que la plupart
effectuent leur mandat bénévolement. C’est jeter de l’huile sur le feu”,
prévient-elle. D’autant que la question des économies budgétaires revient sans
cesse dans le débat.
Pour la chercheuse, il faut bien sûr davantage de transparence pour “plus de
crédibilité”, mais il faut aussi davantage de pédagogie pour “montrer aux
citoyens la lourdeur et les responsabilités des mandats des élus locaux”.
Depuis la décision du Conseil d’Etat qui a obligé la maire de Paris à partager
ses notes de frais à un journaliste néerlandais, Stefan de Vries, après des
années de refus, il est juridiquement incontestable que ces documents doivent
être communiqués à tous ceux qui le réclament — et peuvent être aussi publiés.
Mais certains élus traînent encore des pieds. L’association Transparence
citoyenne, qui a demandé au printemps 2024 les notes de frais des maires de
toutes les villes de plus de 10 000 habitants, a dû engager des recours devant
les tribunaux dans une dizaine de cas, et si la quasi-totalité des communes se
sont depuis exécutées, deux villes résistent encore : Nice, dirigée par
Christian Estrosi (Horizons) et Perpignan, tenue par Louis Aliot (Rassemblement
national).
Nos confrères de Médiacités, qui ont demandé ces documents pour les présidents
de région, font encore face au refus de Carole Delga (PS) ou Laurent Wauquiez
(LR), obligeant le média local à se tourner vers le tribunal administratif, ou
le Conseil d’Etat, saisi — sans succès — par le président de la région
Auvergne-Rhône-Alpes, assez hostile à la transparence.
FRAIS MÉDIATIQUES, ENGAGEMENTS SYMBOLIQUES ?
L’action de Transparence citoyenne, et notamment son combat le plus médiatique
sur les notes de frais de la maire de Paris de ces dernières années, a permis
d’imposer le sujet des frais de mandat dans le débat médiatique et citoyen.
Les frais ont été obtenus de haute lutte par l’association pour Anne Hidalgo.
Dans la foulée, la mairie a décidé de partager les mêmes informations pour tous
les maires d’arrondissement, transformant les pages politiques des journaux en
litanie de marques de luxe et adresses de bonnes tables.
Beaucoup des conversations autour des notes de frais prennent leur source dans
l’action de Transparence citoyenne — une association fondée notamment par un
ancien militant LR et auteur pour le très droitier “Livre noir” (ancêtre de
“Frontières”), comme l’avait révélé POLITICO, mais qui se veut apolitique.
Les demandes en masse du printemps 2024 devaient alimenter une étude sur les
dépenses des élus avant les élections, explique à POLITICO Guillaume Leroy,
autre fondateur de l’association. Les refus trop fréquents des municipalités ont
cependant repoussé l’échéance.
Pour marquer le coup, l’association travaille à une charte autour de sept
engagements, à faire signer aux maires et candidats. Ceux-ci s’engageraient
entre autres à une publication automatique des notes de frais, à une limitation
des frais de bouche et à une transparence sur les invités, imagine Guillaume
Leroy.
L’association épluche les nombreuses réponses reçues — toutes accessibles en
ligne — en essayant de contacter les maires pour comprendre certaines
incongruités. Certains, confie encore Leroy, disent ne jamais avoir été
contrôlés, ne pas garder les justificatifs et ne pas savoir ce qu’il est
possible ou pas de se faire rembourser.
Les frais de représentation sont en effet peu encadrés. Ce qui relève ou non de
dépenses remboursables est souvent laissé à l’appréciation de l’élu. La Cour des
comptes recommande régulièrement aux conseils municipaux d’établir des listes
des dépenses acceptables pour poser un cadre. Et de mettre en place un contrôle
interne.
Le contrôle externe, lui, peut compter sur les candidats aux élections
municipales.