PARIS — Le parquet de Paris a annoncé ce mardi 3 février qu’une perquisition
était diligentée dans les locaux français de X. Menée par la section de lutte
contre la cybercriminalité du parquet de Paris, avec l’Unité nationale Cyber de
la Gendarmerie et Europol, elle fait suite à l’enquête ouverte sur la plateforme
en janvier 2025.
Le parquet a précisé, dans un communiqué, que des convocations ont été envoyées
au propriétaire de la plateforme, le milliardaire Elon Musk, ainsi qu’à
l’ex-dirigeante de X, Linda Yacarino. D’autres salariés sont également convoqués
par le parquet la semaine du 20 au 24 avril 2026 pour être entendus en qualité
de témoins. “Les auditions libres des dirigeants
doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et, le cas échéant,
les mesures de mise en conformité envisagées”, précise la juridiction.
“La conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche
constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme
X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national”,
poursuit le parquet.
Les investigations portent sur une série d’infractions pénales, parmi lesquelles
: complicité de détention d’images de mineurs présentant un caractère
pédopornographique, contestation de crime contre l’humanité et administration
d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée.
L’enquête doit déterminer si l’algorithme de X a été manipulé à des fins
d’ingérences étrangères. Elle avait été ouverte après le signalement du député
Eric Bothorel (apparenté EPR) et d’un haut responsable d’une institution
publique française. Tous deux accusaient le réseau social de hiérarchiser les
informations disponibles sur la plateforme pour favoriser l’idéologie politique
d’Elon Musk.
Ces derniers mois, elle avait été élargie au fonctionnement de l’IA Grok, qui a
permis de générer, sur X, des contenus négationnistes et des deepfakes à
caractère sexuel.
Contacté, le bureau français de X n’a pas donné suite au moment de la
publication.
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L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau
exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis
virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de
l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent,
concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de
carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps
“d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les
autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke,
homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son
tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.”
Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à
fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que
trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux
olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse
d’enchaîner les accrocs.
Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la
communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de
“désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice
des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a
excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la
ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce
même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une
clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de
l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée
et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des
mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur
discret mais présent dans ce dossier délicat.
Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du
bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques
semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler
un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony
Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de
l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur
les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion :
l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une
organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.
“FAIRE UN TRUC SÉRIEUX”
Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron,
préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son
“ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant
les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est
limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les
“moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1
milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des
ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin
en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou
financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue
de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent
vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient
la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore
un acteur du dossier.
Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan
démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs
citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de
débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes
auxquelles la justice a pour l’instant accédé.
Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés
sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur
plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont
monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
“Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et
pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient,
sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des
étapes.
Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui,
toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc
sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à
Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent
Wauquiez.
L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite
quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a
un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un
élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune
dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par
exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la
communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien
porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron.
Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux
régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il
estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud
Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”,
affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais
elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après
plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ;
au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait
moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire,
chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois
qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.
Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un
autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été
identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le
Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou
plutôt en Savoie.
SYMBOLE
Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en
Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales
du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves
des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la
première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son
meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a
passé une partie de son enfance.
Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la
carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget
serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent
sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était
déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique)
qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour
que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors
considéré comme un cinquième pôle.
D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce
serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il,
sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des
principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur
ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les
équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.
Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure
pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même
conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel
Barnier.
L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée
à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de
garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire,
arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la
dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir
financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit
attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il
participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs
avec qui POLITICO a échangé.
C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin
Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain.
L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des
montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent
Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview
dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant
même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la
motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade,
c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et
qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de
s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.
Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il
présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids
politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet,
quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel.
Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée
l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est
devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les
valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de
temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026.
“Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a
tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier.
Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du
Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre,
de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en
interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de
“ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le
fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février
prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des
Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke
et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la
scène.
Et le plus dur, alors, commencera.
PARIS — “Vous savez que si vous êtes un homme, vous avez plus de chances de
tomber sur cette publication ?” Face caméra, la conseillère départementale
écologiste Elodie Jeanneteau dénonce l’algorithme à l’œuvre derrière Instagram
et Facebook qui, selon elle, propose ses vidéos à un public essentiellement
masculin.
Ce vendredi, l’élue doit se rendre à Paris, au siège de Meta, propriétaire des
deux réseaux sociaux. Elle n’a pas attendu d’être invitée pour s’y rendre, mais
elle a un but bien précis : obtenir des explications sur ce qu’elle estime être
un biais genré de leur outil technologique, indique-t-elle à POLITICO.
Un constat partagé par une centaine d’autres élues locales et nationales,
essentiellement écologistes, mais aussi socialistes et une poignée
d’ex-macronistes. Toutes ont signé une tribune pour alerter sur ce phénomène qui
les empêche de mener campagne sur les réseaux sociaux pour les municipales.
“Pour se faire connaître, les réseaux sociaux sont incontournables”, pointe la
conseillère départementale auprès de POLITICO. “Le problème, c’est que l’on se
fait cataloguer d’office par l’algorithme en tant que femme. Les hommes sont
donc 86% en moyenne à voir mes vidéos, non pas parce que j’aborde un sujet de
finance locale, mais parce que je suis une femme.”
Les conséquences ne se font pas attendre : sous ses publications, les
commentaires sur ses tenues ou de sa situation matrimoniale affluent. “C’est
comme si nous étions inscrites sur un site de rencontres, alors qu’il s’agit de
publications politiques”, s’insurge l’élue.
Ces dernières années, plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont documenté
les problèmes posés par ces biais technologiques. “Dans un contexte électoral,
ces fonctionnalités peuvent inciter à des menaces physiques ou sexuelles sous
des publications qui sont diffusées par l’algorithme à un certain public (ici
des hommes, NDLR) parce que l’outil pense que ça va générer des réactions et
donc du temps d’attention”, décrit ainsi à POLITICO Katia Roux, chargée de
plaidoyer Libertés à Amnesty France.
Malgré les obligations de transparence des algorithmes, imposées aux plateformes
par l’Union européenne, cette dernière s’inquiète d’un phénomène qui ne cesse de
s’amplifier.
“Meta ne fait pas exception, puisqu’on a vu récemment leur volonté de se séparer
d’une modération humaine pour rectifier ces erreurs algorithmiques”,
souligne-t-elle.
UN ENJEU DÉMOCRATIQUE
Le constat est partagé par l’eurodéputé écologiste David Cormand, qui porte ces
sujets à Bruxelles dans le cadre de la mise en œuvre du règlement sur les
services numériques (DSA).
“Le harcèlement en ligne, notamment des femmes politiques, provoqué par ces
leviers algorithmiques pèse d’autant plus sur les élus locaux qui n’ont pas
vraiment d’équipe de communication à disposition pour les aider”, rappelle-t-il.
Et de poursuivre : “Le risque, c’est que des internautes — certains le font déjà
— se servent de ces biais algorithmiques pour nuire aux candidates et candidats
d’une élection comme celle des municipales.”
De fait, l’eurodéputé aimerait que les plateformes soient réellement
responsables des contenus mis en avant par leurs algorithmes. Et de citer
Facebook qui reste, selon lui, le réseau social le plus plébiscité des
électeurs. “Facebook, c’est un peu l’équivalent d’un TF1. C’est là où les
familles se retrouvent à un moment, surtout au niveau local”, estime-t-il.
Reste que pour Elodie Jeanneteau, la seule application des textes européens ne
suffit pas. Et si son déplacement au siège de Meta relève surtout du symbole,
elle a tout de même préparé une petite liste de revendications : “je compte bien
leur demander de la transparence sur les critères de recommandation des contenus
politiques, une équité dans la diffusion des prises de paroles des élues et la
garantie d’un réel accès pluraliste aux idées pour les utilisateurs de leurs
services”, énumère-t-elle pour POLITICO.
Contacté par POLITICO, Meta renvoie à ses règles de classement des contenus. La
page indique que “des milliers de signaux” sont pris en compte dans la façon de
mettre en avant des contenus vers un utilisateur donné.
En faisant la lumière sur ce sujet, la conseillère départementale espère en tout
cas sensibiliser le grand public sur le très grand pouvoir des plateformes lors
d’événements démocratiques majeurs, comme les élections.
Cet article a été modifié pour ajouter la réponse de Meta.
BRUXELLES — L’IA d’Elon Musk Grok a limité l’accès à son générateur de
deepfakes, disponible sur le réseau social X, après que ses utilisateurs ont
créé une déferlante d’images de nus non consenties.
Grok indique désormais que la création d’images “est actuellement limitée aux
abonnés payants”, ce qui “permet de garantir une utilisation responsable pendant
que nous continuons à affiner les choses”. Il cite “les problèmes récents et les
améliorations apportées aux mesures de protection”.
Le chatbot a attiré l’attention des autorités de régulation et des responsables
politiques de toute l’Europe après avoir permis à ses utilisateurs de manipuler
des photos publiées en ligne pour en faire une série de deepfakes, incluant des
représentations de mineurs et de personnalités publiques déshabillés.
La vice-première ministre suédoise Ebba Busch a été l’une des dernières victimes
les plus en vue. Le message n’est cependant plus visible des utilisateurs
européens. “Ce message de Grok a été bloqué dans l’Union européenne en vertu des
lois locales”, est-il désormais indiqué.
La Commission européenne a ordonné à X jeudi de conserver “tous les documents et
données internes relatifs à Grok” — une escalade dans l’enquête en cours sur les
politiques de modération de contenus de X — après avoir qualifié les deepfakes
sexuellement explicites d’“illégaux”, “épouvantables” et “dégoûtants”.
X n’a pas répondu à notre demande de commentaire à l’heure où nous publions.
PARIS — La justice française va enquêter sur la prolifération, sur la plateforme
X, de deepfakes à caractère sexuel générés par l’intelligence artificielle (IA)
Grok, a indiqué le parquet de Paris à POLITICO.
Le parquet a en effet été saisi, ce 2 janvier, par les députés Arthur Delaporte
(PS) et Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) après que des
milliers de deepfakes non consentis à caractère sexuel ont été générés par Grok
et publiés sur X.
“Ces faits ont été joints à l’enquête déjà ouverte sur X, sur le fondement de
l’article 226-8-1 du code pénal”, précise le parquet, qui rappelle que ce délit
est puni de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende.
Les deux parlementaires ont confirmé à POLITICO avoir effectué des signalements
à la justice sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale.
Depuis deux jours, des centaines de femmes et d’adolescents témoignent du fait
que leurs photos, publiées sur les réseaux sociaux, sont “dénudées” à la demande
d’autres internautes par Grok, l’intelligence artificielle intégrée au réseau
social X.
Ces montages photographiques générés par IA portent atteinte “à la dignité des
personnes représentées” estime Arthur Delaporte dans son courrier à la
procureure, consulté par POLITICO.
Contacté par POLITICO, le cabinet de la ministre déléguée au numérique indique
se pencher sur les problèmes posés par Grok, sans plus de précision pour
l’instant. La haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry s’est dite
“scandalisée” par ces pratiques.
Plusieurs associations comme Stop Fisha et Respect Zone ainsi que le signaleur
de confiance Point de Contact ont en outre indiqué à POLITICO être en train de
récolter des contenus signalés par les utilisateurs pour les faire remonter aux
autorités.
Cette nouvelle affaire va étoffer l’enquête déjà ouverte par la section de lutte
contre la cybercriminalité contre la plateforme X. Une procédure déjà élargie en
novembre à des propos antisémites et négationnistes disséminés par Grok.
Eric Bothorel, qui avait obtenu l’ouverture de l’enquête judiciaire contre le
réseau X en février dernier, a également indiqué à POLITICO saisir conjointement
l’Arcom et la Commission européenne.
Sollicité par POLITICO, X n’a pas donné suite au moment de la publication.
BRUXELLES — La Commission européenne a infligé vendredi une amende de 120
millions d’euros à X, le réseau social d’Elon Musk. Il s’agit de la toute
première sanction prononcée en vertu du règlement européen sur les services
numériques (DSA).
Cette décision, qui risque d’exacerber les tensions avec les États-Unis, a
d’ores et déjà suscité des critiques de la part de J.D. Vance. Le vice-président
américain a ainsi jugé que cette amende était une sanction pour “absence de
censure”.
Le montant de l’amende est pourtant modéré par rapport aux sanctions infligées
précédemment par Bruxelles aux entreprises technologiques. Dans le cadre des
négociations commerciales, les États-Unis ont fait pression à plusieurs reprises
sur l’UE pour qu’elle assouplisse sa réglementation.
X a été reconnu coupable de manquement aux obligations de transparence qui lui
incombent en tant que très grande plateforme en ligne, au titre du règlement sur
les services numériques (DSA). La Commission a jugé le design de la coche bleue
de X “trompeur” après sa transformation en fonctionnalité payante.
L’exécutif européen a également déclaré que le répertoire publicitaire de X
manquait de transparence et ne permettait pas aux chercheurs d’accéder aux
données publiques, comme l’exige la loi.
Cette amende ne marque que la fin d’une partie de l’enquête menée par l’UE et
ouverte il y a près de deux ans. D’autres volets, portant sur les efforts
déployés par X pour lutter contre la diffusion de contenus illégaux et la
manipulation de l’information, sont toujours en cours.
Bruxelles subit une pression croissante de la part des dirigeants européens, des
eurodéputés et des organisations de défense des droits numériques pour conclure
l’enquête sur X, et prouver ainsi son engagement à protéger les citoyens en
ligne.
“Notre objectif n’est pas d’infliger les amendes les plus élevées, mais de
garantir l’application de notre législation numérique. Si vous respectez nos
règles, vous n’aurez pas d’amende”, a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente
exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté numérique, lors
d’un point de presse vendredi matin.
En vertu du DSA, les entreprises peuvent être condamnées à une amende pouvant
atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Si les revenus mondiaux
de X sont estimés à quelques milliards d’euros, ceux des entreprises de Musk
sont bien plus importants.
Répondant aux propos de Vance, Virkkunen a déclaré aux journalistes : « Le DSA
n’a rien à voir avec la censure ; cette décision concerne la transparence de X.
»
Elle a également indiqué que le montant de l’amende avait été jugé
“proportionné” et calculé en tenant compte de “la nature de ces infractions, de
leur gravité pour les utilisateurs européens concernés et de leur durée”.
Interrogé sur la méthode de calcul de l’UE, un haut fonctionnaire de la
Commission a réaffirmé le principe de proportionnalité et précisé qu’il ne
pouvait être “réduit à une simple formule économique”.
De son côté, la ministre française déléguée à l’IA et au Numérique Anne Le
Hénanff a affirmé que la France “souten[ait] pleinement cette décision … qui
envoie un message clair à l’ensemble des plateformes”.
X n’a pas immédiatement répondu à notre demande de commentaires.
PARIS — “Aucune torture, même rémunérée, ne doit être encouragée.” Ces mots sont
ceux de Tibo Inshape, un des rares influenceurs à s’exprimer sur le sujet. Le
youtubeur le plus suivi de France a pris la parole sur X le 19 août, au
lendemain du décès tragique du streameur Raphaël Graven.
Connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, l’homme de 45 ans est mort en direct
sur la plateforme Kick, après avoir subi des mois durant des violences infligées
par deux autres streameurs, encouragés par des dons de leurs nombreux
spectateurs. Le parquet de Nice enquête sur les circonstances de cette mort,
quand le parquet de Paris a annoncé se pencher sur les pratiques de la
plateforme.
Désormais au centre de l’attention politico-médiatique, Kick fera l’objet d’un
sort particulier du député Arthur Delaporte (PS) et de l’ex-député Stéphane
Vojetta (EPR), dans le cadre de leur mission sur la régulation du secteur, a
annoncé mardi Clara Chappaz. Leur mission voit son périmètre élargi à la
monétisation des contenus violents ; les conclusions sont annoncées pour la fin
de l’année.
La ministre déléguée au Numérique a également assuré à POLITICO que “l’ensemble
des parties prenantes aux enjeux de cette mission seront sollicités, dont
l’Union des métiers de l’influence (Umicc)”, qui fédère les créateurs de
contenu.
Ceux-ci sont en effet partie prenante du problème, selon une partie des
internautes et les pouvoirs publics. La prise de conscience sur les dérives de
certaines tendances, imaginées avant tout pour ameuter des spectateurs, arrive
trop tard. Les agissements du Lokal, le collectif de streameurs dont faisait
partie Jean Pormanove, avaient été notamment documentés par Mediapart en
décembre dernier, sans guère susciter de réaction.
LE BUSINESS DU CHALLENGE EXTRÊME
Le silence d’une majorité des influenceurs peut s’expliquer par le
fonctionnement d’une partie de l’écosystème et l’aspect lucratif des
“challenges”. Soit des vidéos où le vidéaste réalise des défis, parfois
dangereux, pour capter l’attention d’un public sans cesse plus avide d’images
chocs.
Ceux qui se sont aventurés à condamner ces pratiques, et notamment les violences
subies par Raphaël Graven, ont reçu en retour des messages haineux. C’est le cas
de la streameuse Avamind sur X, après s’être prononcée en faveur de
l’interdiction de la chaîne du Lokal. Preuve, selon plusieurs observateurs,
d’une habitude du public à l’égard de ces contenus et d’une réticence des
influenceurs à condamner unanimement ces pratiques, de crainte de s’attirer les
foudres de leurs abonnés.
“Les challenges extrêmes sur les réseaux sociaux existent depuis un moment”,
rappelle également Stéphanie Laporte. La fondatrice de l’agence Otta et
spécialiste du secteur de l’influence prend pour exemple des figures populaires,
comme celles du youtubeur Inoxtag, qui a pour habitude de faire dans le contenu
sensationnel.
Le vidéaste de 23 ans a gravi il y a un an l’Everest avant de se lancer, il y a
quelques mois, dans la traversée de l’Atlantique en une dizaine de jours. Il a
commencé plus jeune par des “pranks” (canulars) destinés à se faire peur avec
son collègue Michou et à filmer leurs réactions parfois violentes.
S’il s’agit ici d’un contenu encadré, que le youtubeur a les moyens de financer,
d’autres plus précaires, comme le Lokal, vont plus loin dans les défis dangereux
afin de capter une audience en quête d’interdit.
“Pour les youtubeurs connus, il est donc difficile de venir faire la morale aux
plus petits influenceurs”, constate Stéphanie Laporte.
“La société et les influenceurs doivent poser eux-mêmes des limites à ce qui est
proposé sur le web”, renchérit Hervé Godechot, journaliste et ex-membre du
collège de l’Arcom, le régulateur du secteur.
RENFORCER LE CADRE ÉTHIQUE
De son côté, l’Umicc, qui rassemble une partie des créateurs de contenu et des
agences, donne pour preuve de sa bonne foi les chartes éthiques non
contraignantes qu’elle a élaborées pour sensibiliser ses adhérents. Mais renvoie
la balle aux plateformes pour limiter les contenus les plus extrêmes.
“Tout l’écosystème à un rôle à jouer et nous agissons sur la responsabilisation
des professionnels, mais les plateformes ont, elles aussi, une responsabilité
majeure dans la prévention des dérives”, a réagi par écrit un porte-parole de
l’Umicc questionné par POLITICO.
Le syndicat pousse pour que le gouvernement oblige les plateformes à modérer en
temps réel des contenus en direct et à un retrait plus rapide des publications
signalées par les associations. Ces pistes devraient être étudiées dans le cadre
de la mission parlementaire lancée par Clara Chappaz.
PARIS — Le parquet de Paris a annoncé ce mardi l’ouverture d’une enquête
préliminaire concernant le site de streaming Kick pour “fourniture en bande
organisée de plateforme en ligne illicite”.
Une semaine après le décès du streameur Jean Pormanove en plein direct, le
parquet cherche à savoir si le site australien “fournissait, en connaissance de
cause, des services illicites, notamment par la diffusion de vidéos d’atteintes
volontaires à l’intégrité de la personne”.
L’enquête, confiée à l’office anti-cybercriminalité (OFAC), devra également
déterminer si Kick respectait ses obligations au titre du règlement européen sur
les services numériques (DSA). Et notamment l’obligation “de signaler aux
autorités les risques d’atteintes à la vie ou à la sécurité des personnes”.
Sur sa chaîne, la plus suivie en France, Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël
Graven, subissait des actes de violences physiques et verbales de la part de ses
partenaires de stream depuis plus d’un an.
Cette enquête est ouverte “en concertation avec le parquet de Nice”, le parquet
de Paris ayant une compétence nationale sur les sujets cyber.
Le parquet de Nice a déjà ouvert deux enquêtes : l’une en décembre à la suite
des révélations de Mediapart, l’autre au lendemain de la mort de Raphaël Graven.
Elles se poursuivent. Pour l’heure, aucun lien direct n’a été identifié entre sa
mort et les violences qu’il a subies.
PARIS — Pourquoi les autorités compétentes, alertées depuis des mois des
violences subies en direct par Jean Pormanove, ne sont-elles pas intervenues
avant la mort du streamer ?
Ce lundi, Raphaël Gavren, alias Jean Pormanove, a été retrouvé mort dans son
lit, lors d’une diffusion en direct qui durait depuis plusieurs jours.
Cet ancien militaire était depuis plusieurs années l’un des protagonistes de la
chaîne JeanPormanove. Comptant plus de 160 000 abonnés, elle était hébergée par
la plateforme australienne Kick — un concurrent de Twitch, proposant des vidéos
en direct avec des règles de modération réputées moins strictes.
Or, plusieurs signalements avaient été réalisés ces derniers mois auprès de la
justice, mais aussi du gouvernement et de l’autorité de régulation de
l’audiovisuel et du numérique, l’Arcom.
Interrogée par POLITICO, Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de
l’Homme (LDH), estime que cette affaire interroge la réactivité des pouvoirs
publics sur une situation de violences “qui était connue”.
Animée par quatre streamers, la chaîne JeanPormanove s’était en effet
spécialisée dans les formats violents, dans lesquels Raphaël Gavren jouait
régulièrement le rôle de souffre-douleur.
Après sa mort, et malgré la suspension de la chaîne par la plateforme Kick, les
extraits de ces violences ont envahi les réseaux sociaux. On le voit subir des
coups, strangulations, insultes et humiliations répétées de la part de ses
costreamers, connus sous les pseudos Naruto et Safine. Ces violences étaient
encouragées par certains spectateurs de la chaîne, qui pouvaient effectuer des
dons aux vidéastes sur Kick.
La ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique a dénoncé une
“horreur absolue” et s’en est remise à l’enquête ouverte par le parquet de Nice
en “recherche des causes de la mort” de Raphaël Gavren.
De son côté, le député-streameur Denis Masséglia a demandé “l’ouverture d’une
enquête permettant d’identifier d’éventuels manquements” de la part de l’Arcom,
notamment “concernant la diffusion continue de contenus qui, à mon sens,
auraient dû être interdits”.
La plateforme Kick a quant à elle indiqué sur X s’engager “à collaborer
pleinement avec les autorités dans le cadre de ce processus”, tout en adressant
ses “sincères condoléances” aux proches de Raphaël Graven.
UNE PREMIÈRE ENQUÊTE EN DÉCEMBRE
Le parquet de Nice avait pourtant ouvert une enquête le 16 décembre 2024, après
la publication d’un article de Mediapart détaillant les sévices subis par
Raphaël Graven et par l’un de ses compagnons de streaming, Coudoux, en situation
de handicap et placé sous curatelle.
Cette enquête préliminaire, qui ne ciblait pas directement la plateforme Kick,
portait sur trois chefs d’accusation : “provocation publique par un moyen de
communication au public par voie électronique à la haine ou à la violence”,
“violences volontaires en réunion sur personnes vulnérables” et “diffusion
d’enregistrement d’images relatives à la commission d’infractions d’atteintes
volontaires à l’intégrité de la personne”.
Les costreamers Naruto et Safine avaient ainsi été interpellés le 9 janvier,
avant d’être relâchés et de reprendre leurs activités. “Tant les personnes
susceptibles d’être mises en cause que celles d’être victimes contestaient la
commission d’infractions”, avait alors communiqué le procureur de Nice.
“La difficulté du dossier est que les violences en question étaient présentées
comme consenties et scénarisées, et que la victime n’a pas déposé plainte”,
analyse l’avocat Alexandre Archambault.
Outre la justice, les autorités nationales avaient été alertées à l’époque.
Dans le cadre de son enquête, Mediapart avait en effet sollicité l’Arcom, ainsi
que le cabinet de la ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au
Numérique Clara Chappaz, sans recevoir de réponse de la part du ministère.
Sollicité par POLITICO, le cabinet de la ministre n’a pas donné suite au moment
de la publication de cet article.
En février, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) avait saisi l’Arcom. Sa
présidente Nathalie Tehio indique que cette saisine est “restée sans réponse”.
Elle précise cependant qu’il s’agit d’un délai “courant” pour l’Arcom, dont elle
estime le temps de réponse à environ six mois. “Il y a une question de moyens”
pour cette institution, regrette Nathalie Tehio.
ENTRE LES MAILLES DU FILET DES AUTORITÉS
C’est ainsi que la plateforme Kick semble avoir échappé au contrôle des
régulateurs du numérique.
Bien que l’Union européenne ait renforcé ces dernières années sa régulation des
plateformes, les autorités françaises et bruxelloises ont en effet tardé à
établir le contact avec Kick, et notamment à identifier si la plateforme avait
une représentation en Europe — comme le requiert le règlement européen sur les
services numériques (Digital Services Act).
Le détail est pourtant loin d’être anodin : les marges de manœuvre de l’Arcom
dépendent du pays où Kick a désigné son représentant légal. S’il est installé
dans un autre Etat membre de l’Union Européenne (UE), c’est alors le régulateur
de ce pays qui est chargé de superviser la plateforme.
Ce 20 août, la Commission européenne a finalement indiqué à POLITICO que Kick
lui avait signalé un représentant légal à Malte. En théorie, seule La Valette
peut donc enquêter sur Kick et l’enjoindre de faire le nécessaire pour modérer
les contenus illicites — ou même lui infliger une amende au titre du DSA.
Dans un communiqué daté du même jour, l’Arcom a indiqué avoir “contacté ce
représentant légal ainsi que le régulateur maltais […] afin d’obtenir des
informations détaillées sur les moyens dédiés par le service à la modération
francophone, ainsi que sur le cas spécifique de la chaîne Jeanpormanove”. Un
dialogue avec Kick.com a été engagé, assure l’Arcom.
Cette désignation de représentant semble en tout cas récente. Contactée par
POLITICO, l’autorité maltaise des télécommunications, la Malta Communications
Authority (MCA), indique ne pas avoir en avoir été notifiée à date du 20 août.
Les conditions générales de Kick indiquent d’ailleurs que le site, d’origine
australienne, est basé en Angleterre et donc sous sa juridiction, sans mention
d’un représentant au sein de l’UE.
La Commission européenne ne pourra pas non plus intervenir pour réguler Kick :
elle ne supervise que les très grandes plateformes (VLOP), qui comptent plus de
45 millions d’utilisateurs en Europe. Or les chiffres communiqués par la
plateforme sont bien en deçà de ce seuil.
“On est sur un cas qui, malheureusement, sera amené à être de plus en plus
fréquent si les pouvoirs publics n’interviennent pas et que les plateformes
restent passives”, estime auprès de POLITICO le député socialiste Arthur
Delaporte, qui travaille sur une proposition de loi de régulation de l’influence
en ligne.
Selon la ministre déléguée Clara Chappaz, Kick avait malgré tout la
“responsabilité légale de retirer les contenus manifestement illicites” dont ils
auraient eu connaissance. JeanPormanove était, jusqu’à sa suppression en début
de semaine, la chaîne la plus suivie sur Kick en France.
Sur les réseaux sociaux, Kick avait également utilisé des contenus mettant en
scène Raphaël Graven pour promouvoir la plateforme.
Contacté par POLITICO, Kick n’a pas souhaité préciser si la chaîne de Jean
Pormanove contrevenait à ses conditions d’utilisation au cours des mois passés.
Ces dernières interdisent pourtant explicitement “les contenus qui représentent
ou incitent à une violence abjecte, y compris les atteintes graves, la
souffrance ou la mort”.
Eliza Gkritsi a contribué à cet article.
Les enfants et les adolescents ne peuvent s’empêcher de scroller sur les réseaux
sociaux et cela nuit à leur santé.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le temps de présence sur les réseaux
a plus que doublé depuis 2010, pour atteindre environ trois heures par jour. En
2022, plus d’un adolescent sur dix a montré des signes d’addiction.
“Tout le monde sait que cela crée une dépendance”, affirme à POLITICO Hanna
Kuźmitowicz, une lycéenne polonaise qui a travaillé avec la présidence polonaise
de l’UE sur ce sujet. “Je connais les dangers et les avantages et je l’utilise
encore”.
Sous l’impulsion d’experts en santé publique, les gouvernements européens
envisagent de nouveaux moyens pour empêcher les jeunes d’utiliser leur téléphone
: vérification de l’âge, campagnes de sensibilisation du public, voire
interdiction des réseaux sociaux.
Les pays ont depuis peu la liberté de fixer leurs propres restrictions, et ils
s’en emparent. Emmanuel Macron a ainsi appelé à une interdiction totale pour les
moins de 15 ans en France, tandis que le Danemark, la Grèce, l’Espagne,
l’Italie, les Pays-Bas et d’autres pays se sont ralliés à de nouvelles
limitations.
Entre-temps, les entreprises technologiques ont mis progressivement en place des
mesures de protection des mineurs allant de la restriction de certains contenus
en fonction de l’âge à la désactivation de plusieurs fonctionnalités. Des
dispositions que certains observateurs jugent encore insuffisantes.
PASSER LA MAIN
Plusieurs experts affirment pourtant que les réseaux sociaux n’ont pas que des
inconvénients et peuvent être positifs pour les jeunes.
“Certaines technologies sont en fait très bénéfiques pour lier et entretenir des
amitiés”, estime Jessica Piotrowski, présidente de l’Ecole de recherche en
communication de l’université d’Amsterdam et conseillère de YouTube en matière
de protection des mineurs, se faisant l’écho de plusieurs études.
Cependant, des preuves de plus en plus nombreuses établissent un lien entre les
réseaux sociaux et la dépression, les troubles du sommeil et des niveaux élevés
de consommation de substances.
“Il faut une régulation et une sorte de prise de conscience des entreprises
technologiques qui nuisent aux adolescents et aux enfants. Il faut faire quelque
chose”, affirme Kadri Soova, directeur de Mental Health Europe.
Le temps que les jeunes passent sur les réseaux sociaux a plus que doublé depuis
2010 pour atteindre environ trois heures par jour. | Loung Thai Linh/EPA
Elle estime qu’il est important de dialoguer avec les entreprises technologiques
plutôt que de s’opposer à elles. “Mais s’il n’y a pas d’autorégulation, ou si
les termes de la régulation ne sont pas assez stricts, alors il faut des
règles”.
De nombreux scandales survenus ces dernières années ont montré que les
entreprises technologiques n’ont pas toujours privilégié la sécurité de leurs
plus jeunes utilisateurs. En 2021, Frances Haugen, ancienne employée de Meta (à
l’époque Facebook), a divulgué des documents internes révélant que l’entreprise
était consciente des dommages causés à la santé mentale des adolescents et
n’avait pas fait grand-chose pour y mettre fin.
Les experts médicaux estiment que les outils réglementaires existants ne sont
pas suffisants. Ils souhaitent que les entreprises de la tech agissent
davantage, car elles conçoivent leurs plateformes de manière à créer une
dépendance.
Theo Compernolle, neuropsychiatre et ancien professeur à l’université libre
d’Amsterdam, qui préconise l’interdiction des réseaux sociaux pour les enfants,
estime que la régulation doit se concentrer sur les entreprises, faute de quoi
“c’est comme si on luttait contre une drogue sans rien faire contre les
producteurs”.
Les réseaux sociaux, comme les jeux d’argent, le tabac et l’alcool, “reposent
sur le déni des dangers”, selon Mark Petticrew, professeur de santé publique à
la School of Hygiene and Tropical Medicine de Londres. Ce n’est pas différent de
n’importe quel autre type de dépendance, estime-t-il.
En juin, les ministres de la Santé ont adopté des conclusions au Conseil de l’UE
appelant les pays à envisager des politiques préventives pour encadrer l’accès
des jeunes aux technologies numériques. Il s’agit notamment d’instaurer des
zones sans écran et des limites numériques dans les écoles, et d’inciter les
concepteurs de plateformes numériques à “prendre davantage leurs
responsabilités”.
UNE LOI HISTORIQUE ?
Le règlement sur les services numériques (DSA) est l’un des textes législatifs
les plus importants concernant les plateformes en ligne. Il demande aux réseaux
sociaux de mettre en place “des mesures appropriées et proportionnées pour
garantir un niveau élevé de confidentialité, de sûreté et de sécurité pour les
mineurs”.
Facebook et Instagram de Meta, ainsi que TikTok, font l’objet d’une enquête pour
violation des règles du DSA concernant les mineurs.
Comme ce texte n’attribuait que de vagues responsabilités aux plateformes,
l’exécutif européen a élaboré des lignes directrices — très controversées — afin
de préciser ce qu’il est attendu des plateformes.
Ces lignes directrices interdisent notamment d’utiliser les habitudes de
navigation des mineurs pour suggérer des contenus. Elles préconisent aussi de
désactiver dans les messageries les fonctions de discussions en série (streaks)
et les confirmations de lecture et de définir la confidentialité et la sécurité
par défaut dans les paramètres. Enfin, elles suggèrent de désactiver certaines
fonctionnalités, comme l’accès à l’appareil photo.
Cependant, ces lignes directrices ne sont pas contraignantes, et si les mineurs
mentent sur leur âge ou si leurs parents contournent les contrôles, elles n’ont
aucun effet. Le débat s’est donc déplacé vers la manière dont les plateformes
peuvent vérifier l’âge des utilisateurs.
SUR LES RÉSEAUX AVANT 13 ANS
En vertu du règlement général sur la protection des données (RGPD), les enfants
de moins de 13 ans ne peuvent pas consentir au traitement de leurs données par
des services en ligne. Des plateformes comme TikTok et Instagram affirment ainsi
que seuls les enfants de plus de 13 ans peuvent adhérer à leurs conditions
d’utilisation. Mais les régulateurs ont pris conscience que le simple fait de
cocher une case ne suffit pas à prouver son âge.
Selon un rapport de l’association locale Børns Vilkår, cité dans une étude
commandée par le gouvernement, 94 % des jeunes Danois ont créé un compte sur les
réseaux sociaux avant l’âge de 13 ans.
Facebook et Instagram de Meta, ainsi que TikTok, font l’objet d’une enquête pour
violation des règles de l’ASN concernant les mineurs. John Mabanglo/EPA
Le débat politique s’est donc orienté vers la mise en place de mesures
obligatoires de vérification de l’âge des utilisateurs. Certains affirment que
cette responsabilité incombe à la plateforme, mais des opérateurs comme Meta et
TikTok soutiennent que Google et Apple, qui développent les systèmes
d’exploitation des appareils, devraient être se charger de vérifier l’âge.
Pour Helen Charles, directrice des politiques publiques, des produits et de la
monétisation chez Meta, la nouvelle législation devrait en effet cibler la
vérification de l’âge et l’approbation parentale au niveau du système
d’exploitation et du magasin d’applications. Cela “sera plus facile pour les
parents” et “protégera la vie privée”.
Mais Google et Apple ne pensent pas qu’il faille s’en remettre uniquement à eux.
“Nous pensons qu’il s’agit d’une responsabilité partagée (…). Il n’y a pas de
solution unique ou de solution miracle : une seule entreprise ne peut résoudre
le problème pour tout le monde”, juge Vinay Goel, directeur de la garantie de
l’âge chez Google. Et d’ajouter : “Les développeurs sont les mieux placés pour
savoir ce qui est potentiellement risqué”.
L’INTERDICTION EN DÉBAT
Les plus fervents partisans d’une action stricte — et les adolescents eux-mêmes
! — doutent d’ailleurs de l’efficacité d’une telle interdiction.
“Une vérification de l’âge rigoureuse, des outils parentaux et des programmes
d’éducation numérique”, par exemple, pourraient donner de meilleurs résultats
que les interdictions, selon Natasha Azzopardi-Muscat, directrice de la sécurité
sanitaire à l’OMS.
D’autres, comme Kuźmitowicz, craignent qu’il existe toujours des moyens de
contourner les interdictions et les restrictions, les rendant ainsi inefficaces.
En attendant, les ministres de la Santé estiment qu’il n’y a pas suffisamment de
preuves pour justifier une interdiction totale.
“Comment fait-on respecter ces règles ?”, s’interroge ainsi Michael Damianos, le
ministre chypriote de la Santé, interrogé par POLITICO. Pour lui, le “plus gros
problème” est de s’assurer que les politiques fonctionnent dans la pratique.
Interdire les réseaux sociaux “serait vraiment se lancer dans l’inconnu. Une
telle politique n’est pas étayée par des preuves”, affirme de son côté le
ministre maltais de la Santé, Jo Etienne Abela, auprès de POLITICO. “Mais d’un
autre côté, nous savons qu’il y a un problème. Le manque de preuves doit-il nous
paralyser et nous condamner à ne rien faire ?”
Giedre Peseckyte a contribué à cet article. Il a d’abord été publié par POLITICO
en anglais et a été édité en français par Tiphaine Saliou.