LONDRES — Keir Starmer veut que le public sache qu’il va agir vite et réparer
les choses.
S’adressant à des jeunes le mois dernier, le Premier ministre britannique a
affirmé que, contrairement au gouvernement conservateur précédent, qui a mis
huit ans à adopter la loi sur la sécurité en ligne (Only Safety Act), le Parti
travailliste légiférera suffisamment vite pour suivre le rythme effréné de
l’évolution technologique et des effets néfastes qui en découlent.
“Nous avons pris les pouvoirs nécessaires pour être sûrs de pouvoir agir en
quelques mois, et non en quelques années”, a-t-il assuré.
Ces propos sont intervenus après que le gouvernement a critiqué la société X
d’Elon Musk pour avoir permis à des deepfakes dénudés d’inonder sa plateforme :
“Les mesures que nous avons prises à l’égard de Grok ont envoyé un message clair
: aucune plateforme n’a de passe-droit”, a lancé Keir Starmer.
Le Parti travailliste a présenté sa nouvelle approche audacieuse la semaine
dernière, en déposant deux amendements qui visent à accorder aux ministres des
pouvoirs considérables pour modifier le régime de sécurité en ligne du
Royaume-Uni sans avoir à passer par une loi au Parlement — ce qui signifie que
les élus des deux chambres n’auraient pratiquement aucune possibilité d’examen.
Alors que les travaillistes affirment que cette mesure est nécessaire pour faire
face à la vague de préjudices en ligne causés par la technologie — notamment
l’IA —, les militants des droits numériques et des libertés civiles craignent
que l’exécutif aille trop loin et affirment que les travaillistes confondent
vite agir et bien agir, en particulier lorsqu’ils envisagent la possibilité
d’interdire les réseaux sociaux pour les moins de 16 ans.
LE GOUVERNEMENT SE DOTE DE NOUVEAUX POUVOIRS
Le premier amendement, au projet de loi sur la criminalité et la police,
permettrait à tout ministre de haut rang de modifier unilatéralement la loi sur
la sécurité en ligne afin de “minimiser ou d’atténuer les risques de préjudice
pour les individus” présentés par les contenus illégaux générés par IA.
Le deuxième amendement, cette fois au projet de loi sur le bien-être des enfants
et les écoles, semble aller encore plus loin, en donnant aux ministres la
possibilité de modifier tout texte de loi afin de restreindre l’accès des
enfants à “certains services internet”.
Le ministère des Sciences, de l’Innovation et de la Technologie (DSIT) a déclaré
vouloir agir “rapidement” en réponse aux conclusions de sa consultation, dont le
“point central” est l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, une
idée politique qui a pris de l’ampleur dans de nombreux pays depuis que
l’Australie a introduit une interdiction à la fin de l’année dernière.
Les amendements tels que ceux déposés cette semaine sont communément appelés
“clauses Henry VIII”, qui permettent aux ministres de contourner largement le
Parlement. Ils ne sont pas tout à fait nouveaux : les gouvernements qui se sont
succédé depuis les années 1980 se sont de plus en plus appuyés sur des textes
réglementaires pour légiférer, selon l’Institute for Government.
Mais de telles clauses entraînent des problèmes qui pourraient durer longtemps
après le mandat de Keir Starmer. Le gouvernement peut avoir de bonnes intentions
en matière de sécurité en ligne, mais les mesures proposées “préparent des
problèmes pour les années à venir à un moment très inquiétant où les partis
antidémocratiques [partout dans le monde] gagnent du terrain”, estime auprès de
POLITICO Anna Cardaso, responsable des politiques et des campagnes de Liberty,
une organisation de défense des libertés civiles.
“Lorsque vous créez une loi, vous devez penser à ce qu’un futur gouvernement
pourrait faire avec ces pouvoirs. Un futur gouvernement pourrait ne pas être
motivé uniquement par la réduction des préjudices causés aux enfants, ou
pourrait avoir une vision très différente de ce qui constitue un préjudice”,
soulève James Baker, responsable du plaidoyer d’Open Rights Group, une
organisation de défense des droits numériques.
James Baker a rappelé les mesures prises par l’administration Trump aux
Etats-Unis pour cibler les sites hébergeant des contenus LGBTQ+ et des conseils
en matière de santé reproductive.
Il y a également des questions à poser sur la proportionnalité en vertu de la
loi sur les droits de l’homme, a-t-il fait valoir, notamment parce que les
études sur la façon dont les enfants sont affectés par les réseaux sociaux sont
au mieux confuses — une étude commandée par le DSIT et publiée en janvier a
trouvé peu de preuves robustes d’une corrélation entre le temps passé sur les
réseaux sociaux et une moins bonne santé mentale, par exemple.
Bien que le gouvernement espère que son recours aux pouvoirs d’Henri VIII
accélérera les choses, cette méthode est susceptible d’être contestée devant les
tribunaux, non seulement par les défenseurs des droits de l’homme inquiets de
l’impact sur la vie privée et la liberté d’expression, mais aussi par les
entreprises de la tech qui doivent s’y retrouver dans les nouvelles
réglementations.
“La conséquence inévitable d’un pouvoir réglementaire discrétionnaire aussi
étendu est une explosion des litiges”, prédit Oliver Carroll, directeur
juridique du cabinet d’avocats Bird & Bird.
“LUTTER CONTRE LES INCENDIES”
Le gouvernement a renoncé à présenter une loi au Parlement consacrée à
l’intelligence artificielle, les ministres envisageant plutôt de réglementer
l’IA au point d’utilisation, secteur par secteur.
Une loi sur l’IA aurait permis aux parlementaires et aux autres parties
prenantes de “débattre et d’élaborer les principes fondamentaux et un cadre de
réglementation”, met en avant Anna Carsado, de Liberty. “Mais au lieu de cela,
ils ont esquivé le plus dur, et ils se contentent de lutter contre les
incendies, urgence par urgence, par le biais d’un texte réglementaire.”
L’amendement au projet de loi sur le bien-être des enfants et les écoles fait sa
première sortie à la Chambre des communes aujourd’hui, où il a de bonnes chances
de survivre grâce à la majorité de 158 sièges du Parti travailliste. Les deux
amendements devront également passer devant la Chambre des Lords, où ils
pourraient rencontrer une plus grande résistance.
Sollicité par POLITICO, le DSIT n’a pas répondu à nos demandes de commentaire.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Réseaux sociaux
PARIS — “On fait partie du paysage politique actuel. On fait partie du paysage
médiatique actuel. Donc composer sans nous, c’est encore s’exclure d’une partie
de la population.” Dans sa dernière vidéo, la créatrice de contenu Farah RK
débriefe avec ses abonnés la conférence de presse de La France insoumise,
organisée lundi avec une poignée de “nouveaux médias numériques”. Et savoure le
moment.
Il faut dire qu’après des années de dénigrement, les créateurs de contenu
spécialisés dans la politique sont entrés pour la première fois par la grande
porte. A ses côtés, figuraient la tiktokeuse Anna Baldy (Grande Bavardeuse) ou
encore le militant antifasciste Ilan Gabet, mais aussi quelques médias en ligne
comme Reporterre, le HuffPost, Blast et Médiapart. Le reste de la presse dite
traditionnelle n’a pas été conviée et les demandes d’accréditation de l’AFP,
Libération et Le Monde sont restées sans réponse.
Pour mettre en place ce format, Jean-Luc Mélenchon s’est en partie appuyé sur la
députée Alma Dufour et l’influenceuse Adelaïde Zoulika, afin d’identifier et
inviter des créateurs “d’horizons socialement différents et qui proposent
d’autres analyses” que les médias dits traditionnels, décrit la députée à
POLITICO.
“C’est un format en construction et qui a vocation à évoluer”, fait valoir à
POLITICO son collègue Louis Boyard.
De fait, ce nouveau rendez-vous, diffusé en direct sur les réseaux sociaux de La
France insoumise, aura un rythme mensuel. Et il existera “tout au long de la
présidentielle”, projette Louis Boyard.
Le lancement de ce rendez-vous survient dix jours après la déferlante médiatique
qui s’est abattue sur LFI à la suite de la mort du militant nationaliste Quentin
Deranque — deux collaborateurs parlementaires du député Raphaël Arnault sont mis
en cause. Un traitement médiatique que le parti a vigoureusement dénoncé.
JOURNALISTES CONTRE INFLUENCEURS
Louis Boyard décrit ce format comme un espace spécifique pour donner la parole à
de nouveaux relais de l’info : “Notre objectif n’est pas de restreindre la
liberté de la presse, mais de l’ouvrir.” Et le député de regretter “la réaction
de l’espace médiatique [traditionnel, NDLR]”, qui a “peur d’être remplacé”.
Le choix de s’adresser à des influenceurs triés sur le volet n’est pas sans
rappeler la stratégie adoptée par Donald Trump dans les derniers mois de sa
campagne présidentielle. Le candidat républicain avait réservé alors sa parole
aux seuls influenceurs d’extrême droite — ceux-là même sont toujours conviés à
la Maison-Blanche, quand les journalistes doivent batailler pour être invités.
LFI conteste le parallèle. “Si des partis font le choix de ne s’adresser qu’à
une seule catégorie d’influenceurs, d’extrême droite par exemple, alors les gens
verront qu’ils limitent leurs prises de parole. Ce ne sera pas notre cas”,
insiste Louis Boyard. Selon lui, des influenceurs de droite seront conviés aux
prochains rendez-vous, ceux ouvertement d’extrême droite resteront exclus.
“Je pars du principe qu’il n’y a pas d’étiquette politique dans mon travail et
si demain Bruno Retailleau fait le même format, j’y serai”, réagit
l’influenceuse Farah RK auprès de POLITICO.
Loin d’être convaincu, le Syndicat national des journalistes craint des dérives
et la multiplication de ce genre de pratiques. “Ce qui est moins légitime, et
plus inquiétant, c’est d’essayer de placer chaque journaliste dans un camp :
celui des bons, ou celui des mauvais. Et de réserver certaines conférences de
presse aux premiers”, écrit-il dans un communiqué. Il pointe aussi le manque de
nuance de Jean-Luc Mélenchon dans les critiques formulées à l’encontre des
journalistes.
Un positionnement que regrette Farah RK, qui a travaillé plusieurs années en
radio. “On arrive à une époque où le paysage médiatique ne peut plus faire sans
nous. Logiquement, on fait du travail complémentaire en donnant de la visibilité
au travail des médias traditionnels via nos réseaux sociaux”, théorise-t-elle.
“Il y a une forme de solidarité des jeunes journalistes avec les créateurs,
mais la génération du dessus semble nous craindre”, poursuit-elle.
UN STATUT À CONSTRUIRE
Les créateurs de contenu — en quête de légitimité — voient donc une opportunité
pour gagner en visibilité… et en reconnaissance.
“Dans les nouveaux médias, nous sommes très nombreux à ne pas avoir de carte de
presse, à ne pas avoir d’argent. Que comptez-vous faire ?”, a questionné
l’influenceuse Anna Baldy, lors de la conférence de presse. En réponse, Jean-Luc
Mélenchon a évoqué l’idée d’ouvrir les aides à la presse aux créateurs de
contenu d’information, tout en insistant sur la nécessité de fixer un cadre.
Une piste déjà explorée dans le rapport issu des Etats généraux de l’information
(EGI), qui se penchait sur le statut des influenceurs-journalistes et sur la
place des partenariats dans leur rémunération. Les conclusions suggéraient
également de soumettre les créateurs à certaines règles déontologiques et de
respect des temps de parole en période électorale.
La révision prochaine de la directive européenne sur les services de médias
audiovisuels (SMA), prévue pour 2026, sera l’occasion pour la France d’aborder
ces sujets.
Parmi les idées sur la table : proposer aux influenceurs qui prétendent informer
une charte de déontologie non contraignante. Dans le cas d’une interview
politique, cette charte permettrait d’indiquer au public que le contenu respecte
les règles de pluralisme en vigueur en France.
PARIS — Mardi 3 février, des enquêteurs des services français, accompagnés
d’Europol, lancent une opération inédite : une perquisition au sein des locaux
parisiens de la plateforme X. Un tournant dans cette enquête contre le réseau
social ouverte il y a presque un an, après les signalements du député Eric
Bothorel (affilié Ensemble pour la République) et d’un responsable public
tricolore.
Depuis, le dossier est devenu tentaculaire. Aux griefs initiaux
d’“administration d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée” et de
“falsification” du fonctionnement des algorithmes, le parquet de Paris a ajouté
des infractions liées aux récentes dérives de l’IA Grok : la diffusion de
deepfakes et d’images pédopornographiques.
L’étau de la justice se resserre aussi autour du patron de la plateforme, Elon
Musk, convoqué à une audition libre le 20 avril. Le milliardaire américain n’a
pas tardé à dénoncer une “attaque politique”. Une accusation à laquelle les
services diplomatiques français ont riposté en brandissant le principe de
séparation des pouvoirs.
L’extrême droite tricolore s’est à son tour emparée du sujet : partageant une
photo (générée par IA), l’ancien député RN Gilbert Collard a dénoncé un risque
pour “la liberté d’expression en France”, en chœur avec l’eurodéputée Marion
Maréchal.
L’enquête a également surpris des observateurs internationaux, qui ont découvert
une France à l’offensive face aux acteurs du numérique. La perquisition a aussi
mis en lumière une question centrale : un patron peut-il être poursuivi pour les
contenus illégaux diffusés sur sa plateforme ?
Pour la section cybercriminalité du parquet de Paris — dite J3 —, la réponse est
oui. Celle-ci, qui dépend de la Junalco (la juridiction nationale chargée de la
lutte contre la criminalité organisée), a multiplié ces dernières années les
enquêtes retentissantes sur des plateformes numériques et leurs dirigeants.
Elle a ainsi été à l’origine de l’arrestation de Pavel Durov, fondateur de
Telegram, à l’aéroport du Bourget en août 2024, mais aussi de l’ouverture d’une
enquête contre TikTok et Coco.gg, le site de messagerie au cœur de l’affaire des
viols de Mazan.
Créé en 2014 par le procureur de la République François Molins, le service a
d’abord eu pour but de gérer “l’explosion de la cybercriminalité”, avant que la
vice-procureure Johanna Brousse n’en prenne la tête en 2021.
Entourée d’une équipe d’une douzaine de personnes, la magistrate a
progressivement diversifié les dossiers traités, passant de simples arnaques en
ligne à des attaques cyber d’ampleur et, désormais, aux risques que font peser
les grandes plateformes du numérique.
“Cela fait plusieurs années que l’on attend des actions concrètes de la part des
régulateurs, dont l’action est freinée par des enjeux géopolitiques. Le pouvoir
judiciaire, lui, est autonome et peut se permettre d’aller plus vite”, analyse
le chercheur David Chavalarias, directeur de l’Institut des systèmes complexes à
Paris.
Ce dernier avait, en juillet dernier, subi les foudres de X après avoir demandé
accès à son algorithme de recommandation. La démarche, permise par le règlement
européen sur les services numériques (ou DSA), avait reçu une fin de
non-recevoir — que David Chavalarias avait perçue comme un refus de collaborer
avec les autorités.
UN VIRAGE PLUS OFFENSIF
Avec ses enquêtes sur les grandes plateformes du numérique, le parquet cyber
amorce un changement de stratégie et s’affiche comme un moyen de riposte de
l’Etat.
“La justice française se singularise par son dynamisme, et permet de faire de la
régulation ex post [a posteriori, NDLR]. Cela atteint des niveaux
impressionnants aujourd’hui”, estime un responsable public au fait de la
procédure, qui a requis l’anonymat pour parler librement.
“Le parquet a réussi à construire une relation de confiance avec les régulateurs
nationaux. Et nous avons besoin de tous les instruments de politique publique
pour responsabiliser les plateformes, surtout lorsque nous faisons face à des
patrons qui sont plus sensibles au droit pénal qu’aux amendes” en raison de
leurs moyens importants, souligne le même.
En coulisses, ces coups de filet de la section J3 ont fait souffler un vent de
panique au sein des états-majors de certaines grandes entreprises
technologiques. “Nous avons échangé avec le parquet cyber pour mieux comprendre
leurs démarches”, notamment savoir qui pouvait être mis en cause par les
enquêtes, confie le représentant d’un grand réseau social sous couvert
d’anonymat.
La justice française n’a jusqu’ici ciblé que les plus hauts gradés des
plateformes. Dans le cadre de sa procédure contre X, ses salariés français ne
seront entendus qu’en qualité de témoins.
Car ces procédures ont surtout pour but de déterminer si les têtes pensantes des
plateformes numériques ont conscience des contenus illégaux qu’elles diffusent —
voire tolèrent. En ce sens, le parquet a établi cette semaine une première liste
d’éléments qui étayent ces soupçons. Par exemple, X aurait cessé, en 2025, de
payer le service SAFER, chargé de lutter contre les contenus
pédopornographiques.
“La prolifération d’images pédopornographiques fait craindre que la plateforme X
laisse délibérément prospérer [ces contenus] en contribuant à produire les
images en question”, considère le parquet, qui met aussi en doute la
confidentialité de sa messagerie privée, et le fait que le réseau social ait
réellement fait des efforts pour lutter contre les deepfakes illégaux générés
par son intelligence artificielle intégrée, Grok.
LE RÔLE DE BRUXELLES ?
Reste que la démarche de la France, qui cible le fonctionnement de l’algorithme
et de la modération de X, interroge certains juristes. Pour eux, c’est à
Bruxelles qu’il revient de réguler les géants du numérique.
Ces questionnements traversent également la Commission européenne, chargée de
ces enquêtes. “Les algorithmes sont dans notre domaine de compétence”, juge son
porte-parole, Thomas Regnier. “On est en train d’analyser les algorithmes de X,
auxquels la plateforme nous a donné accès dans le cadre du DSA. La justice
nationale peut avant tout se pencher sur les cas où ce sont des individus qui
posent des risques, car nous ne faisons pas d’enquêtes criminelles”,
précise-t-il.
Par contre, la France a davantage de marges de manœuvre pour sévir face à la
plateforme Telegram, puisque les conversations privées tombent entièrement sous
le coup du droit national. Le chemin pourrait toutefois être plus ténu pour
sanctionner Elon Musk. “La question centrale est de savoir si un PDG est
responsable de ce qui est diffusé sur sa plateforme”, soulève le porte-parole.
Or, “le DSA n’engage que la responsabilité de la plateforme”.
“La France peut, en revanche, agir si Musk partage lui-même des contenus
illégaux”, pointe Thomas Regnier.
La question de la compatibilité de ces enquêtes avec le droit européen devrait
s’inviter au cœur des procédures. Les avocats du cofondateur de Telegram et du
site Coco.gg ont d’ores et déjà fait valoir qu’ils contestaient la validité
d’une infraction — celle “d’administration de plateforme illicite” —, la mesure
aurait dû, selon eux, être notifiée à la Commission européenne.
Malgré ces frottements avec la législation de l’UE, l’hyperactivité de la
justice française à l’égard des plateformes illustre un phénomène plus large,
qui touche d’autres pays européens. A l’image du Premier ministre espagnol,
Pedro Sánchez, qui a annoncé cette semaine vouloir renforcer son arsenal pénal
pour que les dirigeants des plateformes soient responsables juridiquement des
infractions commises sur leurs sites.
PARIS — Le parquet de Paris a annoncé ce mardi 3 février qu’une perquisition
était diligentée dans les locaux français de X. Menée par la section de lutte
contre la cybercriminalité du parquet de Paris, avec l’Unité nationale Cyber de
la Gendarmerie et Europol, elle fait suite à l’enquête ouverte sur la plateforme
en janvier 2025.
Le parquet a précisé, dans un communiqué, que des convocations ont été envoyées
au propriétaire de la plateforme, le milliardaire Elon Musk, ainsi qu’à
l’ex-dirigeante de X, Linda Yacarino. D’autres salariés sont également convoqués
par le parquet la semaine du 20 au 24 avril 2026 pour être entendus en qualité
de témoins. “Les auditions libres des dirigeants
doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et, le cas échéant,
les mesures de mise en conformité envisagées”, précise la juridiction.
“La conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche
constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme
X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national”,
poursuit le parquet.
Les investigations portent sur une série d’infractions pénales, parmi lesquelles
: complicité de détention d’images de mineurs présentant un caractère
pédopornographique, contestation de crime contre l’humanité et administration
d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée.
L’enquête doit déterminer si l’algorithme de X a été manipulé à des fins
d’ingérences étrangères. Elle avait été ouverte après le signalement du député
Eric Bothorel (apparenté EPR) et d’un haut responsable d’une institution
publique française. Tous deux accusaient le réseau social de hiérarchiser les
informations disponibles sur la plateforme pour favoriser l’idéologie politique
d’Elon Musk.
Ces derniers mois, elle avait été élargie au fonctionnement de l’IA Grok, qui a
permis de générer, sur X, des contenus négationnistes et des deepfakes à
caractère sexuel.
Contacté, le bureau français de X n’a pas donné suite au moment de la
publication.
L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau
exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis
virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de
l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent,
concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de
carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps
“d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les
autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke,
homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son
tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.”
Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à
fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que
trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux
olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse
d’enchaîner les accrocs.
Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la
communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de
“désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice
des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a
excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la
ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce
même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une
clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de
l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée
et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des
mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur
discret mais présent dans ce dossier délicat.
Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du
bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques
semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler
un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony
Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de
l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur
les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion :
l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une
organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.
“FAIRE UN TRUC SÉRIEUX”
Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron,
préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son
“ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant
les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est
limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les
“moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1
milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des
ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin
en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou
financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue
de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent
vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient
la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore
un acteur du dossier.
Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan
démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs
citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de
débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes
auxquelles la justice a pour l’instant accédé.
Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés
sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur
plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont
monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
“Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et
pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient,
sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des
étapes.
Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui,
toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc
sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à
Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent
Wauquiez.
L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite
quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a
un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un
élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune
dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par
exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la
communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien
porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron.
Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux
régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il
estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud
Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”,
affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais
elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après
plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ;
au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait
moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire,
chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois
qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.
Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un
autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été
identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le
Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou
plutôt en Savoie.
SYMBOLE
Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en
Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales
du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves
des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la
première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son
meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a
passé une partie de son enfance.
Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la
carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget
serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent
sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était
déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique)
qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour
que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors
considéré comme un cinquième pôle.
D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce
serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il,
sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des
principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur
ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les
équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.
Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure
pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même
conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel
Barnier.
L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée
à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de
garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire,
arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la
dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir
financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit
attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il
participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs
avec qui POLITICO a échangé.
C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin
Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain.
L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des
montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent
Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview
dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant
même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la
motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade,
c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et
qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de
s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.
Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il
présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids
politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet,
quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel.
Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée
l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est
devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les
valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de
temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026.
“Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a
tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier.
Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du
Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre,
de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en
interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de
“ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le
fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février
prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des
Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke
et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la
scène.
Et le plus dur, alors, commencera.
PARIS — “Vous savez que si vous êtes un homme, vous avez plus de chances de
tomber sur cette publication ?” Face caméra, la conseillère départementale
écologiste Elodie Jeanneteau dénonce l’algorithme à l’œuvre derrière Instagram
et Facebook qui, selon elle, propose ses vidéos à un public essentiellement
masculin.
Ce vendredi, l’élue doit se rendre à Paris, au siège de Meta, propriétaire des
deux réseaux sociaux. Elle n’a pas attendu d’être invitée pour s’y rendre, mais
elle a un but bien précis : obtenir des explications sur ce qu’elle estime être
un biais genré de leur outil technologique, indique-t-elle à POLITICO.
Un constat partagé par une centaine d’autres élues locales et nationales,
essentiellement écologistes, mais aussi socialistes et une poignée
d’ex-macronistes. Toutes ont signé une tribune pour alerter sur ce phénomène qui
les empêche de mener campagne sur les réseaux sociaux pour les municipales.
“Pour se faire connaître, les réseaux sociaux sont incontournables”, pointe la
conseillère départementale auprès de POLITICO. “Le problème, c’est que l’on se
fait cataloguer d’office par l’algorithme en tant que femme. Les hommes sont
donc 86% en moyenne à voir mes vidéos, non pas parce que j’aborde un sujet de
finance locale, mais parce que je suis une femme.”
Les conséquences ne se font pas attendre : sous ses publications, les
commentaires sur ses tenues ou de sa situation matrimoniale affluent. “C’est
comme si nous étions inscrites sur un site de rencontres, alors qu’il s’agit de
publications politiques”, s’insurge l’élue.
Ces dernières années, plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont documenté
les problèmes posés par ces biais technologiques. “Dans un contexte électoral,
ces fonctionnalités peuvent inciter à des menaces physiques ou sexuelles sous
des publications qui sont diffusées par l’algorithme à un certain public (ici
des hommes, NDLR) parce que l’outil pense que ça va générer des réactions et
donc du temps d’attention”, décrit ainsi à POLITICO Katia Roux, chargée de
plaidoyer Libertés à Amnesty France.
Malgré les obligations de transparence des algorithmes, imposées aux plateformes
par l’Union européenne, cette dernière s’inquiète d’un phénomène qui ne cesse de
s’amplifier.
“Meta ne fait pas exception, puisqu’on a vu récemment leur volonté de se séparer
d’une modération humaine pour rectifier ces erreurs algorithmiques”,
souligne-t-elle.
UN ENJEU DÉMOCRATIQUE
Le constat est partagé par l’eurodéputé écologiste David Cormand, qui porte ces
sujets à Bruxelles dans le cadre de la mise en œuvre du règlement sur les
services numériques (DSA).
“Le harcèlement en ligne, notamment des femmes politiques, provoqué par ces
leviers algorithmiques pèse d’autant plus sur les élus locaux qui n’ont pas
vraiment d’équipe de communication à disposition pour les aider”, rappelle-t-il.
Et de poursuivre : “Le risque, c’est que des internautes — certains le font déjà
— se servent de ces biais algorithmiques pour nuire aux candidates et candidats
d’une élection comme celle des municipales.”
De fait, l’eurodéputé aimerait que les plateformes soient réellement
responsables des contenus mis en avant par leurs algorithmes. Et de citer
Facebook qui reste, selon lui, le réseau social le plus plébiscité des
électeurs. “Facebook, c’est un peu l’équivalent d’un TF1. C’est là où les
familles se retrouvent à un moment, surtout au niveau local”, estime-t-il.
Reste que pour Elodie Jeanneteau, la seule application des textes européens ne
suffit pas. Et si son déplacement au siège de Meta relève surtout du symbole,
elle a tout de même préparé une petite liste de revendications : “je compte bien
leur demander de la transparence sur les critères de recommandation des contenus
politiques, une équité dans la diffusion des prises de paroles des élues et la
garantie d’un réel accès pluraliste aux idées pour les utilisateurs de leurs
services”, énumère-t-elle pour POLITICO.
Contacté par POLITICO, Meta renvoie à ses règles de classement des contenus. La
page indique que “des milliers de signaux” sont pris en compte dans la façon de
mettre en avant des contenus vers un utilisateur donné.
En faisant la lumière sur ce sujet, la conseillère départementale espère en tout
cas sensibiliser le grand public sur le très grand pouvoir des plateformes lors
d’événements démocratiques majeurs, comme les élections.
Cet article a été modifié pour ajouter la réponse de Meta.
BRUXELLES — L’IA d’Elon Musk Grok a limité l’accès à son générateur de
deepfakes, disponible sur le réseau social X, après que ses utilisateurs ont
créé une déferlante d’images de nus non consenties.
Grok indique désormais que la création d’images “est actuellement limitée aux
abonnés payants”, ce qui “permet de garantir une utilisation responsable pendant
que nous continuons à affiner les choses”. Il cite “les problèmes récents et les
améliorations apportées aux mesures de protection”.
Le chatbot a attiré l’attention des autorités de régulation et des responsables
politiques de toute l’Europe après avoir permis à ses utilisateurs de manipuler
des photos publiées en ligne pour en faire une série de deepfakes, incluant des
représentations de mineurs et de personnalités publiques déshabillés.
La vice-première ministre suédoise Ebba Busch a été l’une des dernières victimes
les plus en vue. Le message n’est cependant plus visible des utilisateurs
européens. “Ce message de Grok a été bloqué dans l’Union européenne en vertu des
lois locales”, est-il désormais indiqué.
La Commission européenne a ordonné à X jeudi de conserver “tous les documents et
données internes relatifs à Grok” — une escalade dans l’enquête en cours sur les
politiques de modération de contenus de X — après avoir qualifié les deepfakes
sexuellement explicites d’“illégaux”, “épouvantables” et “dégoûtants”.
X n’a pas répondu à notre demande de commentaire à l’heure où nous publions.
PARIS — La justice française va enquêter sur la prolifération, sur la plateforme
X, de deepfakes à caractère sexuel générés par l’intelligence artificielle (IA)
Grok, a indiqué le parquet de Paris à POLITICO.
Le parquet a en effet été saisi, ce 2 janvier, par les députés Arthur Delaporte
(PS) et Eric Bothorel (apparenté Ensemble pour la République) après que des
milliers de deepfakes non consentis à caractère sexuel ont été générés par Grok
et publiés sur X.
“Ces faits ont été joints à l’enquête déjà ouverte sur X, sur le fondement de
l’article 226-8-1 du code pénal”, précise le parquet, qui rappelle que ce délit
est puni de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende.
Les deux parlementaires ont confirmé à POLITICO avoir effectué des signalements
à la justice sur la base de l’article 40 du code de procédure pénale.
Depuis deux jours, des centaines de femmes et d’adolescents témoignent du fait
que leurs photos, publiées sur les réseaux sociaux, sont “dénudées” à la demande
d’autres internautes par Grok, l’intelligence artificielle intégrée au réseau
social X.
Ces montages photographiques générés par IA portent atteinte “à la dignité des
personnes représentées” estime Arthur Delaporte dans son courrier à la
procureure, consulté par POLITICO.
Contacté par POLITICO, le cabinet de la ministre déléguée au numérique indique
se pencher sur les problèmes posés par Grok, sans plus de précision pour
l’instant. La haut-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry s’est dite
“scandalisée” par ces pratiques.
Plusieurs associations comme Stop Fisha et Respect Zone ainsi que le signaleur
de confiance Point de Contact ont en outre indiqué à POLITICO être en train de
récolter des contenus signalés par les utilisateurs pour les faire remonter aux
autorités.
Cette nouvelle affaire va étoffer l’enquête déjà ouverte par la section de lutte
contre la cybercriminalité contre la plateforme X. Une procédure déjà élargie en
novembre à des propos antisémites et négationnistes disséminés par Grok.
Eric Bothorel, qui avait obtenu l’ouverture de l’enquête judiciaire contre le
réseau X en février dernier, a également indiqué à POLITICO saisir conjointement
l’Arcom et la Commission européenne.
Sollicité par POLITICO, X n’a pas donné suite au moment de la publication.
BRUXELLES — La Commission européenne a infligé vendredi une amende de 120
millions d’euros à X, le réseau social d’Elon Musk. Il s’agit de la toute
première sanction prononcée en vertu du règlement européen sur les services
numériques (DSA).
Cette décision, qui risque d’exacerber les tensions avec les États-Unis, a
d’ores et déjà suscité des critiques de la part de J.D. Vance. Le vice-président
américain a ainsi jugé que cette amende était une sanction pour “absence de
censure”.
Le montant de l’amende est pourtant modéré par rapport aux sanctions infligées
précédemment par Bruxelles aux entreprises technologiques. Dans le cadre des
négociations commerciales, les États-Unis ont fait pression à plusieurs reprises
sur l’UE pour qu’elle assouplisse sa réglementation.
X a été reconnu coupable de manquement aux obligations de transparence qui lui
incombent en tant que très grande plateforme en ligne, au titre du règlement sur
les services numériques (DSA). La Commission a jugé le design de la coche bleue
de X “trompeur” après sa transformation en fonctionnalité payante.
L’exécutif européen a également déclaré que le répertoire publicitaire de X
manquait de transparence et ne permettait pas aux chercheurs d’accéder aux
données publiques, comme l’exige la loi.
Cette amende ne marque que la fin d’une partie de l’enquête menée par l’UE et
ouverte il y a près de deux ans. D’autres volets, portant sur les efforts
déployés par X pour lutter contre la diffusion de contenus illégaux et la
manipulation de l’information, sont toujours en cours.
Bruxelles subit une pression croissante de la part des dirigeants européens, des
eurodéputés et des organisations de défense des droits numériques pour conclure
l’enquête sur X, et prouver ainsi son engagement à protéger les citoyens en
ligne.
“Notre objectif n’est pas d’infliger les amendes les plus élevées, mais de
garantir l’application de notre législation numérique. Si vous respectez nos
règles, vous n’aurez pas d’amende”, a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente
exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté numérique, lors
d’un point de presse vendredi matin.
En vertu du DSA, les entreprises peuvent être condamnées à une amende pouvant
atteindre 6 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Si les revenus mondiaux
de X sont estimés à quelques milliards d’euros, ceux des entreprises de Musk
sont bien plus importants.
Répondant aux propos de Vance, Virkkunen a déclaré aux journalistes : « Le DSA
n’a rien à voir avec la censure ; cette décision concerne la transparence de X.
»
Elle a également indiqué que le montant de l’amende avait été jugé
“proportionné” et calculé en tenant compte de “la nature de ces infractions, de
leur gravité pour les utilisateurs européens concernés et de leur durée”.
Interrogé sur la méthode de calcul de l’UE, un haut fonctionnaire de la
Commission a réaffirmé le principe de proportionnalité et précisé qu’il ne
pouvait être “réduit à une simple formule économique”.
De son côté, la ministre française déléguée à l’IA et au Numérique Anne Le
Hénanff a affirmé que la France “souten[ait] pleinement cette décision … qui
envoie un message clair à l’ensemble des plateformes”.
X n’a pas immédiatement répondu à notre demande de commentaires.
PARIS — “Aucune torture, même rémunérée, ne doit être encouragée.” Ces mots sont
ceux de Tibo Inshape, un des rares influenceurs à s’exprimer sur le sujet. Le
youtubeur le plus suivi de France a pris la parole sur X le 19 août, au
lendemain du décès tragique du streameur Raphaël Graven.
Connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, l’homme de 45 ans est mort en direct
sur la plateforme Kick, après avoir subi des mois durant des violences infligées
par deux autres streameurs, encouragés par des dons de leurs nombreux
spectateurs. Le parquet de Nice enquête sur les circonstances de cette mort,
quand le parquet de Paris a annoncé se pencher sur les pratiques de la
plateforme.
Désormais au centre de l’attention politico-médiatique, Kick fera l’objet d’un
sort particulier du député Arthur Delaporte (PS) et de l’ex-député Stéphane
Vojetta (EPR), dans le cadre de leur mission sur la régulation du secteur, a
annoncé mardi Clara Chappaz. Leur mission voit son périmètre élargi à la
monétisation des contenus violents ; les conclusions sont annoncées pour la fin
de l’année.
La ministre déléguée au Numérique a également assuré à POLITICO que “l’ensemble
des parties prenantes aux enjeux de cette mission seront sollicités, dont
l’Union des métiers de l’influence (Umicc)”, qui fédère les créateurs de
contenu.
Ceux-ci sont en effet partie prenante du problème, selon une partie des
internautes et les pouvoirs publics. La prise de conscience sur les dérives de
certaines tendances, imaginées avant tout pour ameuter des spectateurs, arrive
trop tard. Les agissements du Lokal, le collectif de streameurs dont faisait
partie Jean Pormanove, avaient été notamment documentés par Mediapart en
décembre dernier, sans guère susciter de réaction.
LE BUSINESS DU CHALLENGE EXTRÊME
Le silence d’une majorité des influenceurs peut s’expliquer par le
fonctionnement d’une partie de l’écosystème et l’aspect lucratif des
“challenges”. Soit des vidéos où le vidéaste réalise des défis, parfois
dangereux, pour capter l’attention d’un public sans cesse plus avide d’images
chocs.
Ceux qui se sont aventurés à condamner ces pratiques, et notamment les violences
subies par Raphaël Graven, ont reçu en retour des messages haineux. C’est le cas
de la streameuse Avamind sur X, après s’être prononcée en faveur de
l’interdiction de la chaîne du Lokal. Preuve, selon plusieurs observateurs,
d’une habitude du public à l’égard de ces contenus et d’une réticence des
influenceurs à condamner unanimement ces pratiques, de crainte de s’attirer les
foudres de leurs abonnés.
“Les challenges extrêmes sur les réseaux sociaux existent depuis un moment”,
rappelle également Stéphanie Laporte. La fondatrice de l’agence Otta et
spécialiste du secteur de l’influence prend pour exemple des figures populaires,
comme celles du youtubeur Inoxtag, qui a pour habitude de faire dans le contenu
sensationnel.
Le vidéaste de 23 ans a gravi il y a un an l’Everest avant de se lancer, il y a
quelques mois, dans la traversée de l’Atlantique en une dizaine de jours. Il a
commencé plus jeune par des “pranks” (canulars) destinés à se faire peur avec
son collègue Michou et à filmer leurs réactions parfois violentes.
S’il s’agit ici d’un contenu encadré, que le youtubeur a les moyens de financer,
d’autres plus précaires, comme le Lokal, vont plus loin dans les défis dangereux
afin de capter une audience en quête d’interdit.
“Pour les youtubeurs connus, il est donc difficile de venir faire la morale aux
plus petits influenceurs”, constate Stéphanie Laporte.
“La société et les influenceurs doivent poser eux-mêmes des limites à ce qui est
proposé sur le web”, renchérit Hervé Godechot, journaliste et ex-membre du
collège de l’Arcom, le régulateur du secteur.
RENFORCER LE CADRE ÉTHIQUE
De son côté, l’Umicc, qui rassemble une partie des créateurs de contenu et des
agences, donne pour preuve de sa bonne foi les chartes éthiques non
contraignantes qu’elle a élaborées pour sensibiliser ses adhérents. Mais renvoie
la balle aux plateformes pour limiter les contenus les plus extrêmes.
“Tout l’écosystème à un rôle à jouer et nous agissons sur la responsabilisation
des professionnels, mais les plateformes ont, elles aussi, une responsabilité
majeure dans la prévention des dérives”, a réagi par écrit un porte-parole de
l’Umicc questionné par POLITICO.
Le syndicat pousse pour que le gouvernement oblige les plateformes à modérer en
temps réel des contenus en direct et à un retrait plus rapide des publications
signalées par les associations. Ces pistes devraient être étudiées dans le cadre
de la mission parlementaire lancée par Clara Chappaz.