Tag - Tech France

Les locaux français de X perquisitionnés
PARIS — Le parquet de Paris a annoncé ce mardi 3 février qu’une perquisition était diligentée dans les locaux français de X. Menée par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris, avec l’Unité nationale Cyber de la Gendarmerie et Europol, elle fait suite à l’enquête ouverte sur la plateforme en janvier 2025. Le parquet a précisé, dans un communiqué, que des convocations ont été envoyées au propriétaire de la plateforme, le milliardaire Elon Musk, ainsi qu’à l’ex-dirigeante de X, Linda Yacarino. D’autres salariés sont également convoqués par le parquet la semaine du 20 au 24 avril 2026 pour être entendus en qualité de témoins. “Les auditions libres des dirigeants doivent leur permettre d’exposer leur position sur les faits et, le cas échéant, les mesures de mise en conformité envisagées”, précise la juridiction. “La conduite de cette enquête s’inscrit à ce stade dans une démarche constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises, dans la mesure où elle opère sur le territoire national”, poursuit le parquet. Les investigations portent sur une série d’infractions pénales, parmi lesquelles : complicité de détention d’images de mineurs présentant un caractère pédopornographique, contestation de crime contre l’humanité et administration d’une plateforme en ligne illicite en bande organisée. L’enquête doit déterminer si l’algorithme de X a été manipulé à des fins d’ingérences étrangères. Elle avait été ouverte après le signalement du député Eric Bothorel (apparenté EPR) et d’un haut responsable d’une institution publique française. Tous deux accusaient le réseau social de hiérarchiser les informations disponibles sur la plateforme pour favoriser l’idéologie politique d’Elon Musk. Ces derniers mois, elle avait été élargie au fonctionnement de l’IA Grok, qui a permis de générer, sur X, des contenus négationnistes et des deepfakes à caractère sexuel. Contacté, le bureau français de X n’a pas donné suite au moment de la publication.
Tech France
Intelligence artificielle
Réseaux sociaux
SONDAGE EXCLUSIF : à Paris, Grégoire en hausse, Dati stagne, Knafo qualifiée
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats. “Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille. Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point (26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen. L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters” types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote. “Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois] d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle n’avait pas ménagé jusqu’à présent. LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024. “Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat ‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ; c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen — cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert : “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à l’union.” (*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier 2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge, genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
Actualité
Energie et Climat France
Exclusive
Paris Influence
Tech France
Le gouvernement impose sa solution de visio dans l’État et bannit les outils américains
PARIS — Les agents publics vont dire adieu à leurs outils de visio préférés au profit d’un outil développé par l’Etat. Le Premier ministre a préparé une circulaire pour imposer le recours au sein de l’État à Visio, un logiciel de visioconférence conçu par la Direction interministérielle du numérique (Dinum) à partir du logiciel libre LiveKit. Il fonctionne sur les infrastructures SecNumCloud du français Outscale pour sécuriser les échanges. Cette circulaire sera publiée “dans les prochains jours”, confirme la Dinum à POLITICO. Elle fait suite aux annonces, dimanche dernier, du ministre de la Réforme de l’État David Amiel, et prévoit également de bannir l’utilisation d’autres outils, comme les américains Google Meet, Zoom, ou Teams. Il ne s’agit donc plus seulement de proposer une alternative aux outils américains, mais de les interdire, comme cela a déjà été fait l’été dernier pour imposer la messagerie instantanée Tchap face à WhatsApp et Telegram. Visio est déjà utilisé par 40 000 agents dans la plupart des ministères et certains de leurs opérateurs, comme le CNRS et l’Assurance maladie, et vise les 250 000 utilisateurs. La Dinum se chargera de veiller au respect de ces consignes et pourrait, dans les mois à venir, bloquer les flux issus d’autres outils de visio sur le réseau informatique de l’État, le RIE.
Tech France
Cybersécurité
Antéchrist, apocalypse : ce qu’a dit Peter Thiel devant l’Académie des sciences morales et politiques
PARIS — Qui sera l’Antéchrist du XXIe siècle ? La question a été au centre de l’intervention, lundi soir, du magnat de la tech américaine Peter Thiel, entre les boiseries de l’Académie des sciences morales et politiques. Selon le résumé écrit de l’intervention du fondateur de PayPal — dix pages, tout de même —, qui a été transmis aux participants et que POLITICO a pu consulter, Peter Thiel a présenté durant près d’une heure une “version élargie” de la première partie d’un cycle de conférences qu’il a donné ces derniers mois à San Francisco sur le sujet de l’Antéchrist. Cette figure de la théologie chrétienne, soit un usurpateur censé prendre la place de Jésus-Christ avant la fin du monde, est au cœur de la pensée de ce proche du vice-président américain JD Vance. “J’ai plus entendu parler de l’Antéchrist durant ces quarante-cinq minutes que durant tout le reste de ma vie”, sourit un participant à ce rendez-vous. Figure de la tech libertarienne, Peter Thiel est intervenu en anglais dans le cadre d’un groupe de travail consacré à l’“avenir de la démocratie”, a précisé l’Académie des sciences morales et politiques. Il était invité par la philosophe et membre de l’Académie Chantal Delsol, d’obédience conservatrice et défenseuse du principe de l’union des droites. UNE THÈSE SORTIE DU MOYEN ÂGE S’appuyant sur une présentation en 23 diapositives, Peter Thiel a multiplié les allers-retours entre les textes bibliques et l’actualité pour matérialiser le risque qu’émerge un Antéchrist durant le siècle. Selon le milliardaire, cet Antéchrist prendrait la forme d’une personne qui répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui donniez le contrôle sur la science” — que ces risques soient environnementaux ou technologiques, à l’image de ceux posés par l’intelligence artificielle. Peter Thiel pointe aussi le risque d’un “gouvernement global totalitaire”. Parmi les figures qui agitent les peurs, Peter Thiel pointe dans sa présentation “Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA”. L’écrivain américain Eliezer Yudkowsky, qui appelle à une régulation de l’intelligence artificielle, est également pointé du doigt pour avoir mis en garde contre une IA qui pourrait devenir incontrôlable. S’appuyant sur des visuels apocalyptiques, comme le tableau Le Grand dragon rouge et la bête sortie de la mer de William Blake, Peter Thiel estime ainsi que son rôle est de convaincre que l’Antéchrist “n’est pas seulement un fantasme médiéval”. Le milliardaire a estimé au passage que l’Académie des sciences morales est “un des rares endroits au monde où une conférence comme celle-ci peut avoir lieu”. Cette présentation n’en a pas moins été jugée “décousue” par un autre participant à la rencontre, qui a requis l’anonymat pour parler librement de ce rendez-vous polémique. Une manifestation avait en effet été organisée devant l’Institut de France, durant l’intervention de Peter Thiel, pour dénoncer sa présence. DANS LE RESTE DE SON AGENDA PARISIEN Le conférencier de passage a en outre profité de son passage à Paris pour rencontrer lundi le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, lors d’un déjeuner. “Compte tenu du rôle qu’il a pu avoir dans la construction de la doctrine qui meut une partie de l’administration américaine, Jean-Noël Barrot l’a invité pour un échange sur nos différences d’appréciation s’agissant de plusieurs sujets majeurs : la régulation numérique, la démocratie libérale, la civilisation européenne, la relation transatlantique notamment”, précise l’entourage du ministre. Le cofondateur de Palantir a en outre des relations d’affaires à soigner en France, où l’entreprise spécialisée dans les logiciels et l’analyse de données fournit notamment la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ou encore le groupe Airbus.
Paris Influence
Tech France
Paris
Municipales : des candidates dénoncent une “bulle masculine” créée par les algorithmes des grandes plateformes
PARIS — “Vous savez que si vous êtes un homme, vous avez plus de chances de tomber sur cette publication ?” Face caméra, la conseillère départementale écologiste Elodie Jeanneteau dénonce l’algorithme à l’œuvre derrière Instagram et Facebook qui, selon elle, propose ses vidéos à un public essentiellement masculin.  Ce vendredi, l’élue doit se rendre à Paris, au siège de Meta, propriétaire des deux réseaux sociaux. Elle n’a pas attendu d’être invitée pour s’y rendre, mais elle a un but bien précis : obtenir des explications sur ce qu’elle estime être un biais genré de leur outil technologique, indique-t-elle à POLITICO. Un constat partagé par une centaine d’autres élues locales et nationales, essentiellement écologistes, mais aussi socialistes et une poignée d’ex-macronistes. Toutes ont signé une tribune pour alerter sur ce phénomène qui les empêche de mener campagne sur les réseaux sociaux pour les municipales.  “Pour se faire connaître, les réseaux sociaux sont incontournables”, pointe la conseillère départementale auprès de POLITICO. “Le problème, c’est que l’on se fait cataloguer d’office par l’algorithme en tant que femme. Les hommes sont donc 86% en moyenne à voir mes vidéos, non pas parce que j’aborde un sujet de finance locale, mais parce que je suis une femme.” Les conséquences ne se font pas attendre : sous ses publications, les commentaires sur ses tenues ou de sa situation matrimoniale affluent. “C’est comme si nous étions inscrites sur un site de rencontres, alors qu’il s’agit de publications politiques”, s’insurge l’élue.  Ces dernières années, plusieurs ONG, dont Amnesty International, ont documenté les problèmes posés par ces biais technologiques. “Dans un contexte électoral, ces fonctionnalités peuvent inciter à des menaces physiques ou sexuelles sous des publications qui sont diffusées par l’algorithme à un certain public (ici des hommes, NDLR) parce que l’outil pense que ça va générer des réactions et donc du temps d’attention”, décrit ainsi à POLITICO Katia Roux, chargée de plaidoyer Libertés à Amnesty France.  Malgré les obligations de transparence des algorithmes, imposées aux plateformes par l’Union européenne, cette dernière s’inquiète d’un phénomène qui ne cesse de s’amplifier.  “Meta ne fait pas exception, puisqu’on a vu récemment leur volonté de se séparer d’une modération humaine pour rectifier ces erreurs algorithmiques”, souligne-t-elle.  UN ENJEU DÉMOCRATIQUE  Le constat est partagé par l’eurodéputé écologiste David Cormand, qui porte ces sujets à Bruxelles dans le cadre de la mise en œuvre du règlement sur les services numériques (DSA).  “Le harcèlement en ligne, notamment des femmes politiques, provoqué par ces leviers algorithmiques pèse d’autant plus sur les élus locaux qui n’ont pas vraiment d’équipe de communication à disposition pour les aider”, rappelle-t-il. Et de poursuivre : “Le risque, c’est que des internautes — certains le font déjà — se servent de ces biais algorithmiques pour nuire aux candidates et candidats d’une élection comme celle des municipales.”  De fait, l’eurodéputé aimerait que les plateformes soient réellement responsables des contenus mis en avant par leurs algorithmes. Et de citer Facebook qui reste, selon lui, le réseau social le plus plébiscité des électeurs. “Facebook, c’est un peu l’équivalent d’un TF1. C’est là où les familles se retrouvent à un moment, surtout au niveau local”, estime-t-il. Reste que pour Elodie Jeanneteau, la seule application des textes européens ne suffit pas. Et si son déplacement au siège de Meta relève surtout du symbole, elle a tout de même préparé une petite liste de revendications : “je compte bien leur demander de la transparence sur les critères de recommandation des contenus politiques, une équité dans la diffusion des prises de paroles des élues et la garantie d’un réel accès pluraliste aux idées pour les utilisateurs de leurs services”, énumère-t-elle pour POLITICO.  Contacté par POLITICO, Meta renvoie à ses règles de classement des contenus. La page indique que “des milliers de signaux” sont pris en compte dans la façon de mettre en avant des contenus vers un utilisateur donné. En faisant la lumière sur ce sujet, la conseillère départementale espère en tout cas sensibiliser le grand public sur le très grand pouvoir des plateformes lors d’événements démocratiques majeurs, comme les élections. Cet article a été modifié pour ajouter la réponse de Meta.
Tech France
Réseaux sociaux
Elections municipales 2026
Algorithmes
Budget : dans la fabrique du 49.3, entre ajouts de “dernière minute” et risque de bourdes
PARIS — “Le 49.3 est un chemin assez périlleux”, remarquait Amélie de Montchalin lundi matin, quelques heures avant que Sébastien Lecornu ne se décide à l’enclencher. Au delà-du risque de censure, la ministre des Comptes publics n’est pas sans savoir qu’avant d’accoucher de la copie finale du projet de loi de finances, un vrai ballet politico-technique a lieu en coulisses. Et il n’est pas sans risque. Avant que le Premier ministre engage sa responsabilité à la tribune de l’Assemblée nationale mardi après-midi, ses services auront travaillé d’arrache-pied en tandem avec Bercy pour rédiger les documents recensant l’intégralité des amendements retenus dans la version finale du budget. D’abord un tableau sur la partie consacrée aux recettes, puis un autre, en fin de semaine, sur la partie dépenses. Grâce à l’alinéa 3 de l’article 49 – le fameux outil constitutionnel qu’il avait promis de ne pas utiliser – l’exécutif aura la liberté de choisir ou d’écarter les amendements de son choix, quel qu’ait été leur sort dans l’hémicycle. Dans un cadre toutefois contraint, Sébastien Lecornu s’étant à nouveau engagé à ce que l’objectif de 5% de déficit soit tenu à la fin. “Les tableaux vont être dévoilés au fur et à mesure dans la semaine”, a indiqué le Premier ministre. Un exercice compliqué, réalisé par une palanquée de hauts fonctionnaires chargés de rendre, en quelques heures, de nombreux arbitrages, dictés par des considérations politiques et des impératifs techniques pas toujours conciliables.  TRI SÉLECTIF SOUS HAUTE PRESSION En pratique, ce document, qui n’est ni plus ni moins qu’un tableau Excel rempli de numéros (comme dans cet exemple), doit être ficelé et transmis à l’Assemblée avant que le chef du gouvernement ne monte à la tribune du Palais-Bourbon. Avant cela, les équipes de la Direction du budget (DB) et de la Direction de la législation fiscale (DLF), en tandem avec le cabinet d’Amélie de Montchalin et les conseillers de Matignon, devront intégrer ligne à ligne des dizaines voire des centaines d’amendements, et parfois en rédiger de nouveaux. Ce travail préparatoire a déjà démarré à Bercy, avant même que le gouvernement tranche entre les ordonnances et le 49.3. Ces derniers jours, le cabinet de la ministre des Comptes publics a consigné dans les futurs tableaux les avancées et les compromis ébauchés lors des plusieurs réunions de négociations avec les députés. Les conseillers ministériels chargés de la négociation avec les groupes politiques sont épaulés par les hauts fonctionnaires de la DB, en particulier du bureau de la synthèse budgétaire et du bureau lois de finances. Pour les mesures fiscales, la DLF est à la manœuvre. A Matignon, les chefs des pôles comptes publics et entreprises de Matignon supervisent ce travail de fourmi et affinent le document, en lien avec le pôle parlementaire. Dans ce ping-pong infernal, le tableau passe de main en main, et celui qui en a le contrôle reçoit alors un torrent de sollicitations pour ajouter ou retirer une disposition. “On recevait à peu près un mail toutes les dix secondes”, se souvient un agent de Bercy impliqué dans la construction du tableau lors du budget 2024, sous Elisabeth Borne.  “C’est un énorme travail parce qu’il y a tout un texte où il faut passer des modifications dans tous les sens”, raconte un autre artisan du budget à cette époque. A ce tri s’ajoute un travail d’écriture, puisque les ajouts des parlementaires, parfois bancals, nécessitent souvent d’être rectifiés à la dernière minute. Car, outre les aspects techniques, l’élaboration du tableau doit intégrer des considérations politiques. Question de signal, l’exécutif donne “des victoires” aux différents groupes politiques en reprenant leurs amendements. “Il faut signifier que vous faites plaisir, par exemple à tel gars de chez LR ou que vous faites un geste envers Liot,  tout ça nécessite énormément de coordination”, se remémore un autre ancien artisan du budget. Ce qui n’est pas sans engendrer des tensions entre les conseillers techniques et les conseillers politiques. Sans oublier que chaque disposition, qu’elle engendre un coût ou génère une recette supplémentaire, fait mécaniquement bouger les compteurs, et requiert donc des ajustements du solde budgétaire pour éviter toute insincérité des comptes. GARE AUX BOURDES  Le processus est jugé particulièrement accidentogène par de nombreux acteurs de la procédure. “C’est un truc un peu bordélique de dernière minute”, résume un haut fonctionnaire. A Bercy, tout le monde garde un souvenir amer de la préparation chaotique du 49.3 déclenché par Elisabeth Borne sur le budget 2024. Si bien qu’à son issue Laurent Martel et Mélanie Joder, respectivement à la tête de la DLF et de la DB, avaient co-signé fin 2023, une note aux ministres visant à “alerter sur les conditions d’élaboration” et les “multiples défaillances”, qui avaient entaché “la procédure interministérielle”.  A l’époque, travaillant dans l’urgence, les conseillers avaient laissé passer des erreurs ayant conduit à l’adoption de quelques mesures dont le gouvernement ne voulait pourtant pas.  Par exemple, la suppression d’une niche fiscale pour les locations meublées de type Airbnb, alors que le gouvernement souhaitait simplement la réduire, avait engendré un mini psychodrame. Le Conseil d’Etat avait dû ensuite se pencher sur le sujet et une plainte avait même été déposée par une députée écologiste contre Bercy. Un autre plantage, dont le gouvernement n’a jamais fait état, avait particulièrement fait suer le gouvernement. S’emmêlant les pinceaux, Matignon et Bercy avaient omis de faire disparaître un amendement sénatorial auquel il était farouchement opposé. Celui-ci permettait d’allouer une partie du produit de la taxe sur les infrastructures de transport longue distance, créée cette année-là budget 2024. Une erreur à 100 millions d’euros qui n’a jamais été gommée.
Energie et Climat France
Paris Influence
Tech France
Shein rencontre des représentants de l’UE à Bruxelles après avoir évité une suspension en France
BRUXELLES — Pour une entreprise qui s’est fait prendre à vendre des armes et des poupées sexuelles d’apparence enfantine sur le marché européen, Shein a toujours autant accès aux décideurs de l’Union européenne. Après avoir échappé le mois dernier à la suspension de sa plateforme en France, la marque chinoise d’ultra-fast-fashion s’est rendue dans la capitale de l’UE pour convaincre la Commission européenne qu’elle est respectueuse de l’environnement. Et Bruxelles est à l’écoute. Le président exécutif de Shein, Donald Tang, a rencontré mercredi la commissaire à l’Environnement, Jessika Roswall, pour parler des “priorités communes” de l’entreprise et l’UE en matière de développement durable et d’économie circulaire. La rencontre entre Donald Tang et Jessika Roswall intervient quelques semaines après que l’entreprise a évité de justesse une suspension totale de sa marketplace en France, et alors que les efforts de Paris pour aboutir à une réponse européenne contre Shein sont en perte de vitesse. “Cette réunion s’inscrit dans le cadre de nos échanges réguliers avec les décideurs européens sur des sujets concernant notre secteur”, expose Martin Reidy, porte-parole de l’entreprise, ajoutant que celle-ci reflète l’“engagement en faveur d’un dialogue constructif” de Shein. Les Etats membres ont accepté de taxer les petits colis entrant dans l’UE à partir de juillet prochain — une politique pour laquelle la France a beaucoup fait pression —, mais les activités commerciales de Shein en Europe ne montrent aucun signe de ralentissement. En décembre, l’entreprise a ouvert à Wrocław, en Pologne, une immense plateforme logistique comprenant un entrepôt de 740 000 mètres carrés, avec à la clé, selon le communiqué de presse, des milliers de créations d’emplois et la capacité de servir 100 millions d’acheteurs sur le continent. “Je suis impatient d’entendre Shein expliquer comment elle respecte la législation européenne et intègre des solutions durables et circulaires pour mieux protéger les consommateurs”, a déclaré Jessika Roswall avant la réunion, ajoutant que “l’ultra-fast-fashion est un défi de plus en plus important”. LE PARLEMENT N’EST PAS IMPRESSIONNÉ La nouvelle de la visite de Donald Tang a suscité des réactions parmi les parlementaires européens de gauche, qui, avec les Conservateurs, les libéraux et les Verts, ont adopté en novembre dernier une résolution appelant la Commission à “abandonner le dialogue pour passer aux mesures d’exécution décisives” des normes européennes de protection des consommateurs pour les plateformes en ligne. “J’attends des conséquences claires de cette réunion”, a prévenu Gabriele Bischoff, eurodéputée allemande et vice-présidente du groupe des Socialistes et démocrates. Selon elle, le scandale des poupées sexuelles “montre clairement que les plateformes d’e-commerce, comme Shein, tirent profit de manière répétée de produits illégaux et dangereux tout en ignorant les normes européennes”. La Commission devrait faire comprendre “sans équivoque [à Shein] que les règles de l’UE ne sont pas négociables et qu’elle est toujours prête à utiliser ses pouvoirs, y compris l’option d’exclure les plateformes du marché de l’UE”, a-t-elle défendu. “Lorsque la France a essayé d’interdire Shein du marché français, nous avons appris une chose : Shein ne réagit qu’aux mesures dures pour rendre son business model conforme à la législation européenne”, observe Anna Cavazzini, eurodéputée allemande des Verts. | Martin Bertrand/Hans Lucas/AFP via Getty images La pression s’est accrue sur Shein pour qu’elle réponde aux préoccupations des parlementaires face à l’afflux de petits colis en provenance de pays tiers, qui contiennent souvent des marchandises dangereuses et illégales, et à l’impact environnemental important. Les eurodéputés interrogeront Yinan Zhu, cadre de Shein, au Parlement européen le 27 janvier. “Lorsque la France a essayé d’interdire Shein du marché français, nous avons appris une chose : Shein ne réagit qu’aux mesures dures pour rendre son business model conforme à la législation européenne”, observe Anna Cavazzini, eurodéputée allemande des Verts et présidente de la commission du Marché intérieur, auprès de POLITICO. “L’annulation de cette décision montre encore plus clairement que nous avons besoin d’une action forte et décisive au niveau de l’UE pour lutter contre les violations de nos lois. Il est donc grand temps que la Commission agisse avec fermeté, par exemple en suspendant ces plateformes à l’échelle de l’UE en cas d’infractions systémiques et répétées”, poursuit-elle. SHEIN A REMPORTÉ LA PREMIÈRE MANCHE En France, la marque sort presque indemne du scandale des poupées sexuelles, mis à part sa réputation qui en a pris un coup et des relations plus fraîches avec les autorités. En décembre, le tribunal judiciaire de Paris s’est prononcé en faveur de Shein, rejetant la tentative du ministère de l’Intérieur de suspendre la marketplace à la suite de la vente de marchandises illégales. Le gouvernement a fait valoir qu’avec Shein les problèmes risquaient de se reproduire, mais le juge a estimé que la suspension de la plateforme était trop sévère, car elle avait réagi rapidement à l’époque. Le tribunal a toutefois contraint Shein à mettre en place une vérification de l’âge au-delà de l’autodéclaration des utilisateurs sur sa plateforme avant de continuer à vendre des produits pornographiques. Shein s’est également engagée à respecter “toutes les lois françaises” et de poursuivre ses discussions avec les autorités — une demi-victoire pour le gouvernement, qui a déjà annoncé qu’il ferait appel. Le procès débutera le 5 février. “Nous n’en resterons pas là”, a promis le ministre du Commerce, Serge Papin. L’entreprise fait également l’objet d’une action en justice distincte de la part de marques françaises pour concurrence déloyale. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Actualité
Paris Influence
Tech France
Fast-fashion
“Pandoro gate” : comment cette affaire a eu raison du couple d’influenceurs le plus glamour et progressiste d’Italie
La chute du couple Instagram le plus influent de la scène politique italienne, à la suite d’un scandale de fraude sur des ventes de pandoro (un gâteau de Noël), émeut la Botte. Une histoire dans laquelle la présidente du Conseil des ministres Giorgia Meloni et son vice-président Matteo Salvini font partie des figurants. Chiara Ferragni, auparavant visage de la mode italienne sur les réseaux sociaux et coqueluche de la gauche, risque une peine de prison cette semaine dans l’affaire dite du “Pandoro gate”. Elle est accusée d’avoir trompé les consommateurs en 2023 en encourageant la vente, à des prix bien plus élevés que sur le marché, de ces brioches en forme d’étoile saupoudrées de sucre, et dont les bénéfices étaient censés soutenir les enfants malades. Son procès a débuté fin novembre à Milan et le verdict est attendu pour le 14 janvier. Les procureurs ont requis une peine de vingt mois de prison. Chiara Ferragni nie catégoriquement tout acte répréhensible. “Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait de bonne foi, aucun d’entre nous n’en a profité”, a-t-elle affirmé au tribunal le 25 novembre. Son ex-mari, le rappeur devenu activiste Federico Lucia, connu sous le nom de Fedez, n’a pas été inculpé dans cette affaire. Mais la pression médiatique a eu raison de leur mariage et Federico Luciail a opéré un virage à droite sur le plan politique qui n’est pas passé inaperçu. Avant même le début du procès, l’affaire était politique. Le couple glamour était célèbre pour son engagement dans des causes progressistes, s’opposant au courant catholique plus traditionaliste. Ils se sont attaqués aux discriminations, ont fait campagne pour les droits des personnes LGBTQ+ et ont collecté des fonds pour les unités de soins intensifs lors de la pandémie de Covid. Dès que le scandale a éclaté, Giorgia Meloni s’est empressée de qualifier Chiara Ferragni de mauvais exemple. “Les vrais modèles […] ne sont pas les influenceurs qui gagnent beaucoup d’argent en vantant les mérites de panettoni coûteux prétendument destinés à des œuvres de charité”, a-t-elle déclaré lors du rassemblement de l’extrême droite italienne, Atreju, en 2023. Chiara Ferragni et son mari Federico Leonardo Lucia, lors de la 76e Mostra de Venise, le 4 septembre 2019 au Lido de Venise. | Alberto Pizzoli/AFP via Getty Images Quelques mois plus tard, en 2024, Meloni a présenté un projet de loi — désormais appelé loi Ferragni — visant directement les influenceurs soupçonnés de tromper leurs fans avec des promotions marketing clinquantes. La proposition de loi n’est pas la base juridique sur laquelle s’appuient les poursuites engagées contre Chiara Ferragni — qui relèvent des lois existantes sur la protection des consommateurs et la fraude —, mais elle a été largement interprétée comme une réponse politique au scandale qui porte son nom. En revanche, Matteo Salvini, le leader du parti de la Ligue, a pris la défense de Chiara Ferragni, se disant “choqué” par la “méchanceté et la rancœur” dirigées contre l’influenceuse et sa famille. Il faut dire qu’un lien semble s’être tissé entre Fedez et Salvini à la suite du Pandoro gate. Autrefois provocateur progressiste et critique virulent de l’extrême droite italienne, Fedez est apparu plus récemment aux côtés de personnalités de droite, a invité Roberto Vannacci — qui fait partie de l’aile dure de la Ligue — à participer à son podcast, et a assisté au congrès des jeunes du parti conservateur Forza Italia. Dans ses mémoires, il a même fait l’éloge de Matteo Salvini, qui a été l’une des rares personnalités publiques à prendre de ses nouvelles régulièrement pendant la période difficile qui a suivi son divorce. “Il est le seul à m’avoir témoigné une véritable empathie. Et ce, malgré le fait que nous avions des idées très différentes et que nous avons dit toutes sortes de choses l’un sur l’autre dans le passé”, a-t-il écrit. POLITICO a contacté la société de l’influence, Chiara Ferragni Brand, ses avocats, ainsi que l’agence de relations publiques de Fedez, mais nos demandes de commentaires sont restées sans réponse. UN EMPIRE DE L’INFLUENCE Avant l’affaire, Chiara Ferragni, 38 ans, et Fedez, 36 ans, ont passé une décennie à bâtir quelque chose d’unique dans la vie publique italienne : un empire qui mélangeait la mode, l’entrepreneuriat, l’activisme et le divertissement en une seule machine d’influence très lucrative. Chiara Ferragni, ancienne étudiante en droit, a lancé le blog The Blonde Salad avec son partenaire de l’époque en 2009. En 2016, il s’est transformé en magazine lifestyle et en plateforme d’e-commerce, vendant des talons aiguilles, des bagages et des sweatshirts conçus par elle, avec son célèbre logo de l’œil aux longs cils brodé sur la poitrine. Les maisons de luxe l’ont remarquée. Elle est passée de la blogosphère aux premiers rangs des fashion weeks, a conclu des partenariats lucratifs et est devenue l’objet d’une étude publiée par la Harvard Business School. Le parcours de Fedez est différent. C’était maître dans l’art “d’intercepter les changements culturels en Italie”, retrace Francesco Oggiano, journaliste et expert en communication numérique et politique. Déjà connue en tant que rappeur au début des années 2010, Fedez s’est réinventé en trublion politique. Il a défié Giorgia Meloni en public, a écrit la chanson officielle des populistes du Mouvement 5 étoiles en 2014 et profité de ses apparitions télévisées au concours de chansons de Sanremo pour critiquer les responsables politiques de droite. Il donnait de la voix, se montrait combatif et n’hésitait pas à mêler sa célébrité à l’activisme. Le pandoro est un gâteau de Noël italien moelleux et beurré, en forme d’étoile à huit branches et saupoudré généreusement de sucre. | Fabio Sepe/Universal Images Group via Getty Images Lorsque Chiara Ferragni et Fedez se sont rencontrés en 2016, leur relation est rapidement devenue une marque partagée. Leur mariage en 2018 a été un événement médiatique saturé de sponsors. Leur vie de famille s’est déroulée comme une émission de téléréalité méticuleusement élaborée et très clinquante, suivie par des millions de personnes. Et cela a fonctionné. “L’Italie a toujours été orpheline de couples royaux”, interprète Francesco Oggiano. Le pays “s’est bercé de l’illusion que [Chiara Ferragni et Fedez] étaient le couple parfait” et a contribué à construire leur mythe en suivant leurs moindres faits et gestes. Ils ont pesé de tout leur poids sur la proposition de loi Zan, un texte visant à protéger les personnes contre la violence et les discriminations fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et le handicap, qui n’a jamais vu le jour. Ils ont également utilisé leur plateforme pour amplifier l’affaire Malika, en soutien à une jeune femme chassée de chez elle par sa famille parce qu’elle aimait une autre femme. Et ont collecté des millions pour les unités de soins intensifs pendant la pandémie de Covid. Le duo est devenu une sorte de projet de soft power, offrant une voix à l’Italie des millennials opposée aux cadres nationalistes et catholiques traditionnels. Ils n’étaient pas des politiciens, mais leur influence rivalisait avec celle des responsables politiques aux prises avec un paysage médiatique en pleine mutation. LES DESSOUS DU “GATE” Du fait des opinions et de l’activisme politique du couple, le Pandoro gate a provoqué une chute spectaculaire. Fin 2023, Chiara Ferragni s’est associé au confiseur Balocco pour commercialiser un pandoro en édition limitée dans une boîte rose afin de soutenir l’hôpital pour enfants Regina Margherita de Turin. Le message était simple : achetez un pandoro pour soutenir la recherche contre le cancer. Mais l’aide n’était pas liée aux ventes. Comme l’a révélé la journaliste Selvaggia Lucarelli, Balocco avait déjà fait don d’un montant fixe de 50 000 euros plusieurs mois auparavant, tandis que Chiara Ferragni recevait une commission commerciale pour la campagne. Au départ, même l’hôpital n’a pas compris le fonctionnement de l’offre. L’autorité italienne de la concurrence (AGCM) a par la suite confirmé ces informations, concluant que l’emballage, les communiqués de presse et les messages sur les réseaux sociaux donnaient l’impression trompeuse que les consommateurs soutenaient directement l’initiative caritative. En réalité, aucune part des ventes n’a été reversée, alors que les sociétés de Chiara Ferragni ont gagné plus de 1 million d’euros grâce à la campagne. Les gendarmes de la concurrence ont infligé à Chiara Ferragni et Balocco une amende de plus de 1,4 million d’euros pour pratiques commerciales trompeuses, et ont pointé que des sociétés liées à l’influenceuse avaient profité du schéma. Les associations de consommateurs ont demandé aux procureurs d’enquêter sur les fraudes potentielles et d’envisager de geler les comptes des entreprises de Chiara Ferragni. En 2025, l’affaire s’est déplacé sur le terrain pénal. Les procureurs de Milan ont intégré les conclusions de l’AGCM dans leur dossier, accusant Chiara Ferragni de fraude aggravée pour avoir prétendument suscité de fausses attentes chez les acheteurs. Pour ses ennemis politiques, le Pandoro gate est un cas où un acte de philanthropie a été traité comme un accessoire de marketing. Le procureur général a déclaré, dans le décret qui a décidé que le procès se tiendrait à Milan, que l’influenceuse “utilisait” la charité “pour renforcer son image”. L’ATTENTION OU LA RÉPUTATION Le scandale n’a pas seulement porté atteinte à la marque commerciale du couple. Il a également terni l’image progressiste qu’ils se faisaient d’eux-mêmes. “Fedez a toujours été meilleur pour contrôler le récit”, estime Francesco Oggiano, ce qui explique peut-être pourquoi il a réussi à rester visible dans le paysage médiatique italien. Après le divorce, Fedez a repris le contrôle du récit public en écrivant une autobiographie. Il y décrit comment, déjà en difficulté après une opération du cancer, il est passé par des hospitalisations, des crises de panique, un traitement lourd et des périodes de comportement imprévisible, trouvant des soutiens improbables, notamment auprès de Matteo Salvini. Puis, s’en est suivi un repositionnement public. Fedez a lancé un nouveau podcast, dans lequel il reçoit souvent certaines des personnalités de droite les plus virulentes d’Italie, qu’il s’agisse de responsables politiques ou d’autres artistes et influenceurs. Il appelle cela le “dialogue” ; ses détracteurs parlent d’un virage politique. Son public a également changé : plus masculin, plus sceptique et de plus en plus attiré par une ambiance à la Joe Rogan — animateur américain de podcast, soutien de Donald Trump lors de la présidentielle de 2024 — qui attache plus d’importance aux discussions sans filtre qu’à la clarté idéologique. Chiara Ferragni a préféré le silence. Les problèmes juridiques, l’effondrement de sa réputation et le retrait des marques partenaires la poussent aujourd’hui à se retirer de la scène publique. Leur chute fait disparaître l’un des rares contrepoids avec une forte visibilité à l’actuel gouvernement nationaliste qui maîtrise désormais la communication numérique. Que reste-t-il de leur héritage ? Au niveau national, lorsqu’il s’agit de campagnes de marketing, “les marques sont certainement plus prudentes”, constate Francesco Oggiano. Chiara Ferragni doit désormais affronter une bataille juridique et la pente est raide pour retrouver la confiance du public. Fedez, lui, a troqué l’activisme contre des contenus de divertissement et d’opinion dans son podcast. Leur marque commune, faite d’optimisme entrepreneurial et de plaidoyer progressiste, s’est évaporée. Elle a payé un plus lourd tribut que Fedez, mais les deux carrières ont toujours été construites sur un compromis. Comme le dit Francesco Oggiano : “Il faut choisir entre l’attention et la réputation. Certains choisissent la réputation avant tout, et dès qu’il y a le moindre scandale, tout s’écroule.” Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Actualité
Tech France
Influenceurs
concurrence
Grok restreint l’accès à son générateur d’images qui déshabille les femmes
BRUXELLES — L’IA d’Elon Musk Grok a limité l’accès à son générateur de deepfakes, disponible sur le réseau social X, après que ses utilisateurs ont créé une déferlante d’images de nus non consenties. Grok indique désormais que la création d’images “est actuellement limitée aux abonnés payants”, ce qui “permet de garantir une utilisation responsable pendant que nous continuons à affiner les choses”. Il cite “les problèmes récents et les améliorations apportées aux mesures de protection”. Le chatbot a attiré l’attention des autorités de régulation et des responsables politiques de toute l’Europe après avoir permis à ses utilisateurs de manipuler des photos publiées en ligne pour en faire une série de deepfakes, incluant des représentations de mineurs et de personnalités publiques déshabillés. La vice-première ministre suédoise Ebba Busch a été l’une des dernières victimes les plus en vue. Le message n’est cependant plus visible des utilisateurs européens. “Ce message de Grok a été bloqué dans l’Union européenne en vertu des lois locales”, est-il désormais indiqué. La Commission européenne a ordonné à X jeudi de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok” — une escalade dans l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus de X — après avoir qualifié les deepfakes sexuellement explicites d’“illégaux”, “épouvantables” et “dégoûtants”. X n’a pas répondu à notre demande de commentaire à l’heure où nous publions.
Tech France
Intelligence artificielle
Réseaux sociaux
Les deepfakes de Grok mettent à l’épreuve la détermination de l’Europe à tenir tête à la tech américaine
BRUXELLES — Le réseau social X d’Elon Musk est dans le viseur des autorités à travers l’Europe après que son intelligence artificielle Grok a produit une série de deepfakes de nus, dont des représentations de mineurs dévêtus. L’affaire devient rapidement le dernier test en date pour l’Europe, qui doit déterminer si elle ose sévir contre Elon Musk et d’autres plateformes des géants américains, sachant qu’elle s’attirerait les foudres Donald Trump, dans un contexte de crise de confiance transatlantique majeure et de menaces sur le Groenland. Il y a tout juste un mois, Bruxelles a infligé une amende de 120 millions d’euros à X pour avoir enfreint la législation phare de l’Union européenne pour réguler les plateformes, le règlement sur les services numériques (DSA). Cette sanction a suscité une vive réaction de la part de Washington, l’administration américaine imposant une interdiction de séjour à l’ancien commissaire européen chargé des questions numériques et architecte du DSA, Thierry Breton, ainsi qu’à quatre militants de la lutte contre la désinformation. Lorsque Grok a commencé à produire à tour de bras des deepfakes sexuellement explicites et non consentis la semaine dernière, les autorités de régulation à Paris, Bruxelles, Londres, Dublin et dans d’autres capitales de l’UE ont lancé des enquêtes. Lundi, Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne pour les questions numériques, a qualifié cette pratique d’“illégale”, d’“épouventable” et de “dégoûtante”. Jeudi, l’exécutif européen a annoncé avoir ordonné à X de conserver “tous les documents et données internes relatifs à Grok”, intensifiant l’enquête en cours sur les politiques de modération de contenus du réseau social. Le DSA prévoit des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires annuel mondial. En principe, il permet également à l’UE d’imposer une interdiction temporaire de X dans toute l’Europe, mais cela est considéré comme une “mesure de dernier recours”. Reste que les enquêtes prennent de nombreux mois et doivent avoir l’aval de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. “Ces incidents sont profondément troublants, totalement inacceptables et soulèvent des questions urgentes quant au respect et à l’application des règles européennes existantes”, a écrit Regina Doherty, eurodéputée irlandaise du Parti populaire européen, dans une nouvelle lettre adressée à Henna Virkkunen, la commissaire européenne aux Technologies numériques, qui supervise les services de l’UE chargés d’enquêter sur X. MISE EN GARDE Plusieurs gouvernements et régulateurs européens ont déjà fait savoir qu’ils ne laisseraient pas l’affaire Grok se dérouler sans réagir. Le parquet de Paris a annoncé vendredi dernier qu’il allait enquêter sur la prolifération de deepfakes à caractère sexuel non consentis générés par Grok et publiés sur X. Le gendarme des communications au Royaume-Uni, l’Ofcom, a indiqué être en “contact urgent” avec l’entreprise. Dublin, où se trouve le siège européen de X, est également à l’affût. “Partager des images intimes non consenties est illégal, et générer des contenus pédopornographiques est illégal”, a insisté mardi le régulateur irlandais des médias, Coimisiún na Meán, dans un communiqué adressé à POLITICO. L’autorité a précisé qu’elle collaborait avec la Commission européenne sur Grok, et a appelé les utilisateurs à lui signaler à elle et à la plateforme les contenus illégaux qu’ils ont vus. La loi irlandaise sur la sécurité en ligne exige que les plateformes donnent suite à ces signalements. X a également reçu une mise en garde de Berlin. “Nous observons avec une grande inquiétude cette tendance à utiliser des outils d’IA tels que Grok pour représenter des femmes et même des mineurs dans des poses sexualisées”, a énoncé mardi un porte-parole du ministère allemand du Numérique à POLITICO. “Toute personne qui crée ou diffuse de telles images sans consentement porte gravement atteinte aux droits de la personne et peut, dans de nombreux cas, commettre une infraction pénale”, a-t-il ajouté. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. | Michael Nguyen/NurPhoto via Getty Images Certaines autorités nationales pourraient agir seules, en particulier si l’outil est utilisé pour générer du contenu illégal passible de poursuites pénales, comme du contenu pédopornographique ou, dans certaines juridictions, du contenu pornographique non consenti. CE QUE PEUT L’UE Les autorités ont invoqué le règlement européen sur les services numériques ainsi que celui sur l’intelligence artificielle, comme outils juridiques pour mettre fin à la diffusion de ces images de nus non consenties et de contenus pédopornographiques. Mais le règlement sur l’IA et son mécanisme coercitif sont encore en cours de déploiement, ce qui fait reposer principalement la charge de sévir contre Grok sur les épaules de l’équipe de la Commission chargée de faire respecter les règles relatives aux plateformes. En juillet dernier, l’exécutif européen a convoqué les représentants de X après que Grok a généré des commentaires antisémites. Dans le cadre de la procédure confidentielle, la société a répondu à une nouvelle demande d’informations à ce sujet pendant les vacances de Noël. La question des deepfakes de Grok s’est depuis invitée dans ces échanges. La Commission “examine très sérieusement cette affaire”, a assuré Thomas Regnier lors d’un point presse lundi. Cela ne signifie pas que l’enquête soit sur le point d’aboutir. Après avoir publié ses conclusions préliminaires dans l’affaire X, la Commission avait encore besoin de dix-huit mois pour la clore et fixer une amende. Puis, toute action de Bruxelles risque d’entraîner une réaction de Washington. Mais les parlementaires européens continuent de faire pression sur la Commission pour qu’elle applique dans tous les cas les lois de l’UE. “La petite amende infligée à X est un bon début, mais elle arrive vraiment trop tard et n’est absolument pas suffisante”, a réagi Alexandra Geese, députée européenne allemande des Verts, à propos de l’amende de 120 millions d’euros. X n’a pas répondu à une demande de commentaire avant la publication de cet article. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
Actualité
Tech France
Intelligence artificielle