La police municipale se développe, armes au poing

POLITICO - Tuesday, March 10, 2026

PARIS — En France, près de deux tiers des policiers municipaux sont équipés d’une arme à feu, selon des chiffres obtenus auprès du ministère de l’Intérieur par POLITICO, soit 17 800 sur les 28 400 agents en activité en 2024. Cinq ans plus tôt, ils étaient 13 700 à être équipés.

A quelques jours des élections municipales, l’armement létal de ces policiers figure dans de nombreux programmes. Dans les principaux partis, seule La France insoumise milite clairement pour leur désarmement. Le parti conteste le désengagement de l’Etat de son rôle régalien et appelle plutôt à un renforcement de la police nationale et de la gendarmerie.

Modernisée en 1999, la police municipale, placée sous l’autorité du maire, s’est développée par palier, surtout en milieu urbain. Et la tendance est à la hausse, avec des édiles toujours tentés de recruter.

Des variations selon les départements

Sur l’ensemble du territoire, la proportion de policiers municipaux disposant d’au moins une arme s’élève à 80%, qu’il s’agisse d’armes de poing, de pistolets à impulsion électrique, de flash-balls ou d’armes de catégorie inférieure (bombe lacrymogène, matraque), moins dangereuses. Mais des disparités existent.

Pour des raisons de sécurité, le ministère de l’Intérieur ne partage pas de données par commune, mais seulement des agrégats par département.

Dans les départements du pourtour méditerranéen, près de 100% des policiers municipaux sont ainsi armés. Longtemps, Nice a d’ailleurs été la ville avec la plus grosse police municipale, avant d’être détrônée il y a quelques années par Paris. La capitale comptait 1750 agents en 2024, selon un autre fichier publié par le ministère de l’Intérieur après une demande de POLITICO.

Installée par Anne Hidalgo, la police municipale parisienne n’est armée que de bombes lacrymogènes et de matraques. Les candidats de droite et d’extrême droite, de Pierre-Yves Bournazel à Sarah Knafo en passant par Rachida Dati, souhaiteraient l’équiper d’armes létales et gonfler encore ses rangs. Restant opposé aux armes à feu, le socialiste Emmanuel Grégoire s’est dit prêt à “un référendum”, si les missions de la police municipale étaient étendues.

A Bordeaux, 10e ville du classement avec 177 agents, la police municipale a longtemps été non armée. L’année dernière, le maire écologiste a finalement décidé de doter une soixantaine de policiers municipaux d’armes de poing.

Dans l’Ouest, très peu de policiers sont armés. Brest est la seule ville de plus de 100 000 habitants sans police municipale. Cela pourrait changer : tous les principaux candidats, dont le maire socialiste sortant et hormis celle de La France insoumise, se sont exprimés en sa faveur de sa création. Son armement fait néanmoins débat.

Un armement par étape, une loi pour demain

Il revient au maire de décider de quel armement dispose sa police. Si toutes les polices ne sont pas équipées d’armes à feu, l’armement létal est aussi devenu un argument mis en avant par les collectivités pour embaucher des agents.

Dans la foulée des attentats de 2015, qui ont notamment coûté la vie à Clarissa Jean-Philippe, agente à Montrouge, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait prêté des pistolets de l’Etat, développant fortement l’armement des polices locales.

Entre 2021 et 2024, le nombre de policiers municipaux ayant des armes a feu a ainsi augmenté de 50%, quand leur effectif global n’a crû que de 11%.

Toute la panoplie a également fait un bond : le recours aux pistolets à impulsion électrique (les Tasers, principalement) et aux lanceurs de balles de défense type flash-balls ont aussi augmenté de respectivement 47% et 70% entre 2021 et 2024.

Le gouvernement souhaite étendre à nouveau les pouvoirs des polices municipales et des gardes champêtres via un projet de loi, déjà adopté par le Sénat par l’ensemble des groupes à l’exception des communistes et des écologistes. Le texte est programmé pour avril à l’Assemblée nationale.

Il prévoit notamment de faciliter la formation au port d’arme des agents et de leur permettre d’utiliser des drones et des lecteurs automatiques de plaque d’immatriculation pour verbaliser. Les sénateurs y ont ajouté la création d’une autorisation nationale de port d’arme, qui permettrait à un agent de conserver son droit même en cas de mutation.