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Olivier Colom, le “grand ami” français de Jeffrey Epstein
OLIVIER COLOM, LE “GRAND AMI” FRANÇAIS DE JEFFREY EPSTEIN Pendant des années, un ancien conseiller diplomatique à l’Elysée a joué pour Jeffrey Epstein l’intermédiaire entre politiques, hauts fonctionnaires et personnalités du monde des affaires. By  PAUL DE VILLEPIN, MARION SOLLETTY AND PAULINE DE SAINT REMY Illustration par Natália Delgado/POLITICO PARIS — “Est-ce que Sarkozy est dans les parages, j’aimerais le rencontrer si tu crois que ça peut être marrant”, écrit Jeffrey Epstein à Olivier Colom, par mail, en octobre 2013. Le Français à qui le multimillionnaire américain s’adresse est un ancien membre de la cellule diplomatique de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy. Son nom, jusque-là inconnu du grand public, apparaît à plusieurs centaines de reprises parmi les trois millions de documents publiés fin janvier par le ministère américain de la Justice, baptisés “Epstein files”. En remontant le fil de la correspondance entre ces deux hommes, qui s’étale sur plusieurs années, POLITICO en a appris un peu plus cette relation. Celle-ci en dit beaucoup sur la façon dont Epstein, condamné dès 2008 dans une procédure de plaider-coupable pour avoir eu des relations sexuelles tarifées avec des mineures, avant d’être inculpé en 2019 dans une procédure fédérale plus lourde pour des faits de trafic sexuel sur mineurs, a tissé sa toile en France. C’est en 2011 qu’Olivier Colom apparaît pour la première fois dans la boîte mail jeevacation@gmail.com, l’une des principales adresses électroniques utilisées par le financier. Vingt mois après être sorti d’un centre de détention en Floride, Epstein est de passage à Paris où il possède un appartement avenue Foch, dans le XVIe arrondissement. Au cours de ce séjour, le diplomate et ex-ministère norvégien Terje Roed-Larsen, proche d’Epstein, lui suggère dans un message de rencontrer Colom. Cet énarque de 41 ans est alors conseiller diplomatique à l’Elysée, où il est chargé des affaires globales et de la préparation des sommets internationaux pour le président de la République Nicolas Sarkozy. PANTOUFLAGE ET ENTREGENT Parmi ceux qui ont côtoyé Colom au travail, plusieurs personnes dépeignent, sous couvert d’anonymat, un “bon diplomate, très sociable” ou encore un homme “posé et caustique”. “C’était quelqu’un de très gentil, très smart et très professionnel, qui ne s’est jamais comporté de manière déplacée”, raconte une cheffe d’entreprise, mise en relation avec lui par Epstein au milieu des années 2010. “Il était très imbu de lui-même”, nuance l’une des ses anciennes relations de la banque. De 2013 à 2018 au moins, Colom et Epstein seront en contact régulier. Après son départ de l’Elysée en 2012, le Français nourrit un certain ressentiment à l’égard de la Sarkozie, pour n’avoir pas hérité d’un poste à la hauteur de ses espérances, d’après plusieurs ex-collègues au Palais. Il se reconvertit alors dans le privé, rejoignant en 2013 le groupe bancaire Edmond de Rothschild. Il y travaille avec la belle-fille du fondateur et membre du conseil d’administration, Ariane de Rothschild. Une femme avec qui Jeffrey Epstein lui-même entretenait de longue date des interactions fréquentes sur des questions tant professionnelles que personnelles, comme l’attestent des centaines de mails. Contactée, celle qui est désormais patronne de l’établissement bancaire nous a fait savoir, par un porte-parole, qu’elle n’avait “aucune connaissance de la conduite et du comportement personnel de M. Epstein” à l’époque, et qu’elle a été “profondément choquée par les agissements révélés ces dernières années”. Elle “condamne sans ambiguïté ces comportements et les crimes dont il s’est rendu coupable”. EPSTEIN VEUT RENCONTRER SARKOZY Dans toute la période, le Français joue ou prétend jouer le rôle d’ouvreur de portes à Paris pour son “grand ami” américain. “Quand tu seras à Paris, quel genre de personnes souhaites-tu rencontrer ?”, le questionne Colom le 24 septembre 2013. Réponse d’Epstein : “Des intellos, scientifiques… ou de très très mignonnes vingtenaires”. Les deux hommes prennent pour habitude de se voir à l’occasion de leurs allées et venues respectives entre New York et Paris. Des morceaux de l’agenda d’Epstein, qui figurent dans ses mails, attestent de rendez-vous réguliers. Epstein propose à plusieurs reprises à Colom de séjourner sur son île privée, située dans les Îles Vierges des Etats-Unis. Si Colom répond en août 2013 qu’il “adorerait découvrir [l’] île un jour”, rien n’indique que ce dernier s’y soit rendu. Les deux hommes échangent en revanche blagues douteuses et allusions à caractère sexuel. “Tu es où en ce moment ?”, demande par exemple Colom à Epstein le 17 juin 2013. “Sur mon île dans les Caraïbes, avec un aquarium rempli de filles.” Dans la même conversation, ils semblent ensuite évoquer, dans un double langage, leurs préférences sexuelles, comparant les femmes à des poissons et crustacés. Dans ses messages, Colom laisse penser qu’il se plie en quatre, fin 2013 et début 2014, pour tenter d’organiser une rencontre entre Epstein et Nicolas Sarkozy, dont il a été le sherpa-adjoint à l’Elysée, à la demande expresse du multimillionnaire. Le 31 octobre 2013, le Français écrit : “Je déjeune avec lui [Sarkozy] mardi prochain 5 novembre, je lui demanderai.” Quelques semaines plus tard, Olivier Colom, qui indique à plusieurs occasions être resté en contact avec l’ex-locataire de l’Elysée, demande à Epstein s’il lui serait possible d’organiser un “rendez-vous discret entre Sarko et Hillary Clinton à NY”. Le 24 janvier 2014, Epstein propose à Colom de venir chez lui, avenue Foch, en compagnie de Nicolas Sarkozy pour discuter de la situation au Moyen-Orient avec Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien. Les mails ne permettent néanmoins pas d’établir si ces entrevues ont finalement eu lieu. Interrogé par POLITICO, le cabinet de Nicolas Sarkozy, après recherche, confirme qu’une rencontre publique avec Hillary Clinton a bien eu lieu en avril 2014, mais n’a pas trouvé trace d’une aide d’Olivier Colom pour organiser l’entrevue. Aucune trace non plus d’une rencontre avec Ehud Barak et Epstein, Olivier Colom s’étant d’ailleurs, à partir 2012, peu à peu éloigné de l’ancien président, qui avait ses propres conseillers diplomatiques. RÉSEAUTAGE À TOUS LES ÉTAGES Un autre homme politique français, Bruno Le Maire, a rencontré Jeffrey Epstein par l’entremise d’Olivier Colom. En septembre 2013, le Français informe ainsi l’Américain de son voyage imminent à New York et lui indique que son “ami” Bruno Le Maire “ex-ministre de Sarkozy et futur candidat à l’élection présidentielle sera également ‘en ville’”. Colom précise alors que celui qui fut aussi son camarade de promotion à l’Ena, cherche à lever des fonds. Contacté par POLITICO, l’entourage de Bruno Le Maire confirme qu’il s’est bien rendu, lors d’un passage à New-York en septembre 2013, à la résidence new-yorkaise d’Epstein dans le très chic Upper East Side, Colom lui ayant fait savoir que des “responsables économiques” souhaitaient le rencontrer. Ce n’est qu’en arrivant sur place que le futur patron de Bercy aurait découvert qu’il se trouvait chez Epstein — il ne serait resté que quelques minutes avant de “tourner les talons”.   Quelques années plus tard, le 24 novembre 2018, alors que Bruno Le Maire est désormais ministre de l’Economie et des Finances d’Emmanuel Macron, Epstein demande à Colom s’il a “gardé contact avec Bruno ?”.  Celui-ci lui répond “qu’il le voit régulièrement”, ainsi que “son directeur de cabinet” — Emmanuel Moulin à l’époque. Dans une correspondance précédente, peu après la nomination de Bruno Le Maire à Bercy, Colom se targue même d’être “l’un des plus vieux amis” de celui qui est aujourd’hui secrétaire général de l’Elysée. Le prétendu entremetteur se pousse-t-il du col ? Oui, d’après Emmanuel Moulin, qui a connu Olivier Colom du temps où tous deux travaillaient à l’Elysée. Sollicité par POLITICO, celui-ci nous affirme ne l’avoir rencontré, dans les années qui suivirent, qu’“une ou deux fois en 2017” tout au plus, dans un cadre professionnel — depuis 2016, Colom, après avoir quitté Edmond de Rothschild, travaille comme consultant à l’international via sa société de conseil “OC Advisory”. Grâce à son carnet d’adresses dans le corps diplomatique, Colom propose encore à son ami américain, en 2013, de rencontrer le représentant permanent de la France à l’ONU. Epstein sollicite aussi son aide pour obtenir un rendez-vous avec le  consul de France à New York — Bertrand Lortholary, aujourd’hui ambassadeur en Chine —, afin de renouveler le visa Schengen de l’un de ses assistantes qu’il présente également comme sa petite amie. Dans un autre échange, daté de juillet 2013, les deux hommes spéculent sur le nom du futur ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Epstein laisse entendre à Colom qu’il pense savoir qu’Anna Wintour, encore puissante patronne de Vogue US, est candidate, ce que la presse évoquait à l’époque. Les échanges révèlent que Jeffrey Epstein, pourtant réputé pour son vaste réseau de relations, comptait sur Olivier Colom pour constamment lui présenter des personnalités marquantes lors de ses passages à Paris. “Es-tu dans le coin aujourd’hui ? Je serais ravi de rencontrer toute personne dont tu penses qu’elle me plairait”, lui écrit Epstein en juin 2013. Colom s’exécute et propose à Epstein de rencontrer tout à tour un ami eurodéputé (dont l’identité n’est pas citée), une star montante de la politique indienne ou encore, en mai 2014, le “vice-ministre russe de l’économie” avec qui Colom dit qu’il s’apprête à prendre un verre dans un bar parisien. Une autre fois, il lui raconte un dîner chez Jean Todt [président de la fédération internationale de l’automobile] en présence de l’ancien premier ministre du Qatar, Abdallah ben Khalifa Al Thani et de Rachida Dati. “Ça a l’air drôle, mais où sont les filles mignonnes”, rétorque Epstein. Réponse de son correspondant français : “Nulle part… ennuyeux. Il faut vraiment que je vienne te voir.” RENVOI D’ASCENSEUR En retour, le financier propose également à Colom de profiter de son réseau. En septembre 2013, Epstein propose par exemple de le convier à un repas avec Ehud Barak, dont Epstein était proche, ou encore avec Joshua Cooper Ramo, qu’il présente comme le ‘bras droit de [Henry] Kissinger. Au milieu de leurs échanges décousus, tantôt au sujet d’opportunités d’affaires, de voyages ou de montages financiers, apparaissent des propositions plus inattendues. “Tu veux acheter un vignoble à Margaux, j’ai une grosse propriété qui n’attend que toi”, fait miroiter Colom en avril 2014. Quelques mois auparavant, il s’enquiert des recherches de petit personnel d’Epstein : “Je me renseigne pour ta future assistante, mais il faut que tu en embauches une pas trop jolie…”, ose-t-il. Une autre fois, ayant eu vent — par Ariane de Rothschild — de sa quête d’un majordome, il lui suggère le profil d’un homme “qui servait Sarko à l’Elysée”. Au gré de leurs correspondances se dessine entre les deux hommes une relation allant au-delà de la sphère professionnelle. Dès 2013, ils sont suffisamment proches pour échanger des remarques salaces, comme évoqué plus haut. Leur amitié s’assortit aussi d’un soutien moral et matériel pour Colom lorsque, en 2014, celui qui est alors banquier d’affaires traverse une mauvaise passe sur le plan personnel. L’ex-diplomate fait part au financier de ses problèmes conjugaux, trouvant chez Epstein une oreille compatissante. “Merde alors [sic], tu es le bienvenu pour venir te reposer sur l’île”, lui écrit ainsi ce dernier. Trois mois plus tard, à en croire leurs échanges, il met à disposition de Colom son chauffeur ainsi qu’un appartement, lors d’un voyage familial de ce dernier à New York. L’été suivant, en 2015, Colom, manifestement frustré par sa situation financière, demande conseil à Epstein : “Je ne gagne pas assez, j’adorerais venir te voir”, confie-t-il, tout en informant Epstein de son divorce imminent. “Tu peux venir me voir quand tu veux, où tu veux”, je suis toujours disponible pour toi”, le rassure Epstein.  De fait, Epstein aidera manifestement Colom à négocier son départ du groupe Edmond de Rothschild où il officie alors comme secrétaire général jusqu’à début 2016. A l’issue d’intenses échanges, Epstein l’informe en effet le 3 février 2016 qu’Ariane de Rothschild — qui est en copie du mail — est d’accord pour lui accorder une indemnité de départ de 1,5 million d’euros étalé sur plusieurs mois et que Colom est désormais soumis à un accord de confidentialité. Contacté par différents canaux, Olivier Colom a décliné un échange téléphonique et nous a invités à lui transmettre nos questions par écrit. Il n’a plus donné suite malgré nos relances.
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L’Assemblée nationale va enquêter sur la fiscalité des plus riches
PARIS — La loi de finances 2026 à peine envoyée au Conseil constitutionnel, les députés s’apprêtent à enquêter sur “l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et leur contribution au financement des services publics”, a appris POLITICO auprès de deux sources parlementaires. Le groupe d’élus indépendants Liot est à l’initiative de cette demande de commission d’enquête, qui doit être entérinée mardi à l’issue de la conférence des présidents de l’Assemblée nationale. L’ancien rapporteur général du budget Charles de Courson, député depuis plus de trente ans, en est le signataire. Les désaccords sur la taxe Zucman et ses variantes lors du budget 2026, le faible rendement de la nouvelle contribution différentielle sur les hauts revenus ou encore les récents propos de l’ex-ministre de l’Economie Eric Lombard, sont à l’origine de ce choix, explique une source au sein du groupe Liot, qui y voit une manière d’avoir un “débat dépassionné” avant le prochain exercice budgétaire. “Il demeure difficile d’apprécier de manière globale et objectivée le niveau réel d’imposition supporté, compte tenu de la diversité des sources de revenus, de la structure des patrimoines, de l’empilement des prélèvements et de l’existence de mécanismes juridiques complexes”, soutient Charles de Courson dans sa proposition de résolution. Le député ambitionne également de documenter l’ampleur et les moyens de lutte contre l’évasion fiscale.
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L’extrême droite allemande à nouveau la bienvenue à la conférence de Munich sur la sécurité
BERLIN — L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est de retour à la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC), retrouvant une place dans l’un des plus prestigieux forums sur la sécurité au monde après en avoir été bannie trois années de suite. Cette décision marque un revirement important pour la MSC et une victoire symbolique pour le parti d’extrême droite, désireux de se débarrasser de son statut de paria en se frottant aux leaders mondiaux. L’AfD a mis en place une campagne agressive depuis la fin de l’année dernière pour retrouver l’accès à cette conférence. Elle a notamment mené des actions en justice contre les organisateurs et a tenté de capitaliser sur ses relations avec l’administration Trump. Ces efforts semblent avoir porté leurs fruits, du moins en partie. Les organisateurs de la MSC ont invité trois parlementaires de l’AfD à l’édition de cette année, qui se tiendra mi-février. Toutefois, le parti poussait pour que davantage de figures de premier plan — dont sa coprésidente nationale Alice Weidel — soient conviées. “Les invitations ont été lancées parce que nos contacts avec les Américains ont fait de l’effet”, s’est réjoui auprès de POLITICO Heinrich Koch, l’un des trois élus de l’AfD qui ont reçu une invitation. Heinrich Koch, selon ses propres dires et ceux de l’un des représentants légaux de l’AfD, a été missionné par le parti pour obtenir l’accès à la conférence. Wolfgang Ischinger, le diplomate allemand qui préside la MSC cette année, réfute que l’invitation de l’AfD résulte des pressions exercées par le parti ; il estime qu’elle est plutôt le reflet d’une simple réalité politique : la formation d’extrême droite est la plus grande force d’opposition en Allemagne. “C’est une décision que nous avons prise en notre âme et conscience, si vous voulez, en essayant de faire ce qu’il fallait pour être sûrs de pouvoir refléter la réalité actuelle”, a-t-il justifié auprès de POLITICO. “Il serait très difficile pour la Conférence de Munich sur la sécurité — qui rassemble tant de points de vue opposés, d’adversaires, de personnes qui s’accusent mutuellement [d’être] des meurtriers ou des génocidaires — de justifier l’exclusion catégorique du plus grand parti d’opposition allemand.” L’HÉRITAGE DE LA RÉSISTANCE CONTRE LES NAZIS Cette année, ce ne sera pas la première fois que des responsables politiques de l’AfD participeront à la conférence munichoise. Lors du précédent mandat de Wolfgang Ischinger à la tête de la MSC, de 2008 à 2022, des membres du parti spécialisés dans la défense y ont été invités. Mais depuis, l’AfD fait l’objet d’une surveillance accrue de la part des services de renseignement nationaux et régionaux allemands — chargés de suivre les groupes jugés anticonstitutionnels —, qui ont classé le parti comme mouvement extrémiste de droite. Le successeur de Wolfgang Ischinger, Christoph Heusgen, lui aussi diplomate, a refusé d’inviter les dirigeants de l’AfD lors des trois dernières conférences, arguant qu’un parti considéré à l’époque comme étant au moins partiellement extrémiste de droite par les services de renseignement n’y avait pas sa place. Après tout, a-t-il fait valoir, la conférence a été fondée après la Seconde Guerre mondiale par Ewald von Kleist, l’un des officiers de la Wehrmacht, aujourd’hui admiré en Allemagne pour avoir participé au complot manqué de 1944 visant à assassiner Adolf Hitler. “Je peux tout à fait imaginer qu’Ewald von Kleist aurait soutenu ma décision contre l’AfD”, a-t-il défendu dans le journal allemand Tagesspiegel. Wolfgang Ischinger s’exprimant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité de 2023. Il a nié que les organisateurs de la conférence aient invité l’AfD cette année à la suite d’une campagne de lobbying. | Johannes Simon/EPA Christoph Heusgen s’est retiré après la conférence de l’année dernière, et cette année Wolfgang Ischinger est de nouveau à la barre. Mais c’est en réponse au refus du premier que l’AfD a intenté une action en justice à la fin de l’année dernière pour pouvoir participer à la conférence de ce mois de février. Le parti s’est dit victime d’une “exclusion ciblée”, selon des documents du tribunal régional de Munich vus par POLITICO. “Le plaignant souhaite être impliqué dans les questions de politique étrangère et de sécurité afin d’avoir son mot à dire en tant que groupe d’opposition”, a indiqué le tribunal. Mais ce dernier a finalement rejeté la demande de l’AfD, jugeant en décembre dernier que la MSC, en tant qu’organisation privée, était libre de choisir ses invités. Heinrich Koch, qui était présent au tribunal au nom du groupe parlementaire de l’AfD, a affirmé avoir fait pression sur la MSC pendant la procédure pour qu’elle convie des membres de son parti en menaçant de venir quand même à la conférence en tant qu’invités de la délégation américaine. Peu après, son parti a reçu trois invitations, a-t-il relaté. Dans un e-mail envoyé à POLITICO, la MSC a nié que de telles menaces aient conduit à l’envoi des invitations. DES MENACES EN L’AIR ? Les menaces de l’AfD n’étaient semble-t-il pas des plus consistantes. Heinrich Koch a dit avoir contacté le bureau du sénateur américain Lindsey Graham, qui doit participer à la conférence, mais n’avoir jamais eu de réponse. Contacté, l’élu républicain n’a pas répondu à trois demandes de commentaires. Elles illustrent néanmoins la manière dont l’AfD a cherché à utiliser le soutien passé de l’administration Trump pour faire pression sur la MSC et, plus largement, pour mettre fin à son ostracisation politique en Allemagne. Les efforts de la formation d’extrême droite pour se rendre à la conférence peuvent être considérés comme faisant partie d’une initiative plus large visant à abattre le fameux “pare-feu” que les partis traditionnels ont érigé autour d’elle, empêchant une coopération étroite en dépit de sa popularité croissante. Dans ce combat, l’AfD a reçu le soutien des plus hautes sphères de l’administration Trump. Lors de la conférence de l’année dernière, le vice-président américain JD Vance a vivement critiqué les centristes européens pour avoir exclu l’extrême droite, déclarant : “Il n’y a pas de place pour les pare-feu.” Après son discours, JD Vance a rencontré Alice Weidel, codirigeante nationale de l’AfD, dans un hôtel de Munich. Heinrich Koch a fait savoir que l’AfD tenterait d’organiser une réunion de haut niveau similaire cette année, bien que la participation de JD Vance à la conférence ne soit pas certaine à ce stade. Le même a également indiqué qu’il avait demandé une invitation pour Alice Weidel, mais que les organisateurs avaient refusé. Wolfgang Ischinger, le président de la MSC, a précisé que son équipe et lui-même n’enverraient plus d’invitations aux responsables politiques de l’AfD. Le porte-parole d’Alice Weidel, Daniel Tapp, a démenti que son parti ait utilisé la perspective d’une nouvelle rencontre avec un haut responsable de l’administration Trump pour faire pression et obtenir des invitations à la conférence, mais il a déclaré qu’une “certaine pression” avait conduit à l’invitation des trois parlementaires. Les projets d’Alice Weidel pour la conférence demeurent flous. “Nous attendrons de voir dans les prochains jours si cette affaire évolue”, a déclaré Daniel Tapp à la fin du mois dernier. Vendredi, aucune réunion entre Alice Weidel et des représentants des Etats-Unis n’avait été prévue dans le cadre du MSC, selon le porte-parole. Wolfgang Ischinger a souligné que les événements organisés par l’AfD en dehors de la MSC n’avaient rien à voir avec la conférence. “Ils peuvent organiser une grande conférence, vous savez, si vous voulez mon avis”, a-t-il lancé. “Et ce n’est pas à moi de les en empêcher ou d’en discuter avec eux. C’est leur affaire, mais cela n’a rien à voir avec la Conférence de Munich sur la sécurité.” POLITICO est un partenaire média officiel de la conférence de Munich sur la sécurité de cette année. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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SONDAGE EXCLUSIF : à Paris, Grégoire en hausse, Dati stagne, Knafo qualifiée
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats. “Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille. Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point (26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen. L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters” types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote. “Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois] d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle n’avait pas ménagé jusqu’à présent. LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024. “Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat ‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ; c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen — cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert : “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à l’union.” (*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier 2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge, genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
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Alpes 2030 : un an de tensions et de prises de bec
L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent, concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps “d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke, homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.” Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse d’enchaîner les accrocs.  Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de “désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur discret mais présent dans ce dossier délicat.  Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion : l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.  “FAIRE UN TRUC SÉRIEUX” Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron, préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son “ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les “moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1 milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore un acteur du dossier. Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes auxquelles la justice a pour l’instant accédé. Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. “Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient, sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des étapes.  Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui, toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent Wauquiez.  L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron. Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”, affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ; au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire, chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.  Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou plutôt en Savoie. SYMBOLE Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a passé une partie de son enfance.  Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique) qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors considéré comme un cinquième pôle. D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il, sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.  Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel Barnier.  L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire, arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs avec qui POLITICO a échangé. C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain. L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade, c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.  Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet, quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel. Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026. “Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier. Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre, de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de “ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la scène.  Et le plus dur, alors, commencera. 
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Antéchrist, apocalypse : ce qu’a dit Peter Thiel devant l’Académie des sciences morales et politiques
PARIS — Qui sera l’Antéchrist du XXIe siècle ? La question a été au centre de l’intervention, lundi soir, du magnat de la tech américaine Peter Thiel, entre les boiseries de l’Académie des sciences morales et politiques. Selon le résumé écrit de l’intervention du fondateur de PayPal — dix pages, tout de même —, qui a été transmis aux participants et que POLITICO a pu consulter, Peter Thiel a présenté durant près d’une heure une “version élargie” de la première partie d’un cycle de conférences qu’il a donné ces derniers mois à San Francisco sur le sujet de l’Antéchrist. Cette figure de la théologie chrétienne, soit un usurpateur censé prendre la place de Jésus-Christ avant la fin du monde, est au cœur de la pensée de ce proche du vice-président américain JD Vance. “J’ai plus entendu parler de l’Antéchrist durant ces quarante-cinq minutes que durant tout le reste de ma vie”, sourit un participant à ce rendez-vous. Figure de la tech libertarienne, Peter Thiel est intervenu en anglais dans le cadre d’un groupe de travail consacré à l’“avenir de la démocratie”, a précisé l’Académie des sciences morales et politiques. Il était invité par la philosophe et membre de l’Académie Chantal Delsol, d’obédience conservatrice et défenseuse du principe de l’union des droites. UNE THÈSE SORTIE DU MOYEN ÂGE S’appuyant sur une présentation en 23 diapositives, Peter Thiel a multiplié les allers-retours entre les textes bibliques et l’actualité pour matérialiser le risque qu’émerge un Antéchrist durant le siècle. Selon le milliardaire, cet Antéchrist prendrait la forme d’une personne qui répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui donniez le contrôle sur la science” — que ces risques soient environnementaux ou technologiques, à l’image de ceux posés par l’intelligence artificielle. Peter Thiel pointe aussi le risque d’un “gouvernement global totalitaire”. Parmi les figures qui agitent les peurs, Peter Thiel pointe dans sa présentation “Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA”. L’écrivain américain Eliezer Yudkowsky, qui appelle à une régulation de l’intelligence artificielle, est également pointé du doigt pour avoir mis en garde contre une IA qui pourrait devenir incontrôlable. S’appuyant sur des visuels apocalyptiques, comme le tableau Le Grand dragon rouge et la bête sortie de la mer de William Blake, Peter Thiel estime ainsi que son rôle est de convaincre que l’Antéchrist “n’est pas seulement un fantasme médiéval”. Le milliardaire a estimé au passage que l’Académie des sciences morales est “un des rares endroits au monde où une conférence comme celle-ci peut avoir lieu”. Cette présentation n’en a pas moins été jugée “décousue” par un autre participant à la rencontre, qui a requis l’anonymat pour parler librement de ce rendez-vous polémique. Une manifestation avait en effet été organisée devant l’Institut de France, durant l’intervention de Peter Thiel, pour dénoncer sa présence. DANS LE RESTE DE SON AGENDA PARISIEN Le conférencier de passage a en outre profité de son passage à Paris pour rencontrer lundi le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, lors d’un déjeuner. “Compte tenu du rôle qu’il a pu avoir dans la construction de la doctrine qui meut une partie de l’administration américaine, Jean-Noël Barrot l’a invité pour un échange sur nos différences d’appréciation s’agissant de plusieurs sujets majeurs : la régulation numérique, la démocratie libérale, la civilisation européenne, la relation transatlantique notamment”, précise l’entourage du ministre. Le cofondateur de Palantir a en outre des relations d’affaires à soigner en France, où l’entreprise spécialisée dans les logiciels et l’analyse de données fournit notamment la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ou encore le groupe Airbus.
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Les 5 postes les plus difficiles à Bruxelles
“A Bruxelles, personne ne vous entend crier” — Kasper Juul, spin doctor, dans la série danoise Borgen. Pour certains responsables politiques, Bruxelles est l’endroit où l’on est envoyé quand on dérange dans son pays ou qu’on a fait son temps. Pour d’autres, c’est la possibilité d’obtenir un poste prestigieux, au-delà de leur rang ou de leur expérience. On trouve aussi des bureaucrates qui se présentent chaque jour devant les caméras en tant que porte-parole de la Commission européenne, bien qu’ils aient peu ou pas d’expérience des médias. Ou encore des diplomates de carrière, qui se retrouvent à gérer des dossiers ayant des conséquences majeures sur la politique intérieure. Toutes ces personnes sont unies par une croyance, dans une certaine mesure, dans le projet européen. Mais travailler dans la capitale de l’UE peut virer au cauchemar (malgré la visibilité, le salaire élevé et d’autres avantages). Voici les cinq personnes dont nous pensons qu’elles ont les métiers les plus difficiles à Bruxelles, et pourquoi. MARK RUTTE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OTAN Certes, on le surnomme “Teflon” — parce que tout glisse sur lui — aux Pays-Bas ou au sein de l’Otan, mais avec Donald Trump à la Maison-Blanche, la tâche de Mark Rutte est de toute évidence la plus difficile à Bruxelles. A l’heure actuelle, il semble que son rôle consiste moins à diriger l’alliance militaire qu’à essayer d’empêcher un homme — Donald Trump — de la démanteler entièrement. Et l’ancien Premier ministre néerlandais apparaît plutôt doué pour murmurer à l’oreille du président américain. Peu de temps après en avoir remis une couche sur le Groenland dans son discours à Davos la semaine dernière, le locataire de la Maison-Blanche a rencontré Mark Rutte et a annoncé à la surprise générale qu’ils avaient établi “le cadre d’un futur accord”. Reste que cela met le Néerlandais dans une situation étrange. En mars dernier, lorsque les deux hommes se sont rencontrés dans le Bureau ovale, Donald Trump a déclaré qu’il voulait annexer le Groenland, ce à quoi Mark Rutte n’a pu que répondre : “Je ne veux pas entraîner l’Otan” dans cette affaire, irritant les Danois. Aucune disposition du traité fondateur de l’Alliance de 1949 n’envisage qu’un allié en attaque un autre, et la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, comme d’autres, a averti qu’une invasion signifierait la fin de l’Otan. Mi-janvier, Mark Rutte assurait que l’Alliance n’était “pas du tout” en crise. Le secrétaire général en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé Donald Trump “daddy”, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir. Le cabinet de Mark Rutte n’a pas répondu à une demande de commentaire pour cet article. “Je comprends parfaitement la difficulté de sa tâche [maintenir l’unité de l’Otan], mais c’est tellement pénible de le regarder”, confie un diplomate chevronné de l’UE, sous couvert de l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement, comme d’autres personnes dans cet article. Le secrétaire général, Mark Rutte, en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé Donald Trump “daddy“, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir. | Mandel Ngan/AFP via Getty Images “Marcher sur une corde raide avec un vent contraire est plus facile que le travail du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte”, compare Nicolás Pascual de la Parte, ancien ambassadeur espagnol auprès de l’Alliance, aujourd’hui eurodéputé du Parti populaire européen et membre de la commission de la Sécurité et de la Défense. “Garder l’Alliance atlantique unie dans les circonstances actuelles exige un sens politique sans pareil pour tempérer la stratégie de l’abîme de Trump.” PAULA PINHO, PORTE-PAROLE EN CHEF DE LA COMMISSION Sous l’ère von der Leyen, la fonction de porte-parole en chef est devenue très difficile. Les responsables publics affirment que la présidente de la Commission travaille dans un bunker — au sens figuré —, avec seulement son chef de cabinet, Björn Seibert, dans la boucle, tandis que tous les autres sont soit laissés dans l’ignorance, soit au courant uniquement des informations strictement nécessaires — ce qui est très différent du style plus collégial de son prédécesseur, Jean-Claude Juncker. Cela fait du travail de la Portugaise Paula Pinho, nommée porte-parole en chef de la Commission en novembre 2024 et avocate de formation, l’un des plus difficiles à Bruxelles, puisqu’elle doit tous les jours faire face aux questions des journalistes devant les caméras. Mais souvent, Paula Pinho — une germanophone proche de Michael Hager, le chef de cabinet du commissaire Valdis Dombrovskis et considéré comme un allié de Björn Seibert — ne peut pas répondre, soit parce qu’elle n’y est pas autorisée, soit parce qu’elle n’a pas reçu la réponse, relatent des responsables publics et des diplomates. La Commission est ainsi plus fermée que jamais. En janvier dernier, lorsqu’Ursula von der Leyen a été hospitalisée pour une pneumonie, c’est l’agence de presse allemande DPA qui a annoncé la nouvelle. Alors que le mois suivant, même le Vatican, réputé pour son manque de transparence, n’a pas caché que le pape François avait été hospitalisé. Lors du départ d’Eric Mamer, le prédécesseur de Paula Pinho, les responsables européens ont plaisanté sur le nombre de bouteilles de champagne qu’il avait ouvertes pour fêter sa liberté. Au moins, le sacrifice d’Eric Mamer a été récompensé : il a ensuite été nommé directeur général de la DG Environnement. Paula Pinho a déclaré à POLITICO : “Je suis honoré d’occuper ce qui est l’un des emplois uniques à Bruxelles. Cela ne se mesure certainement pas au confort ou à la facilité des tâches, mais à la responsabilité et à la sobriété.” Elle a ajouté qu’une partie de son travail “consiste à faire la différence entre ce que le public a besoin de savoir et ce que certains médias aimeraient bien savoir”. KAJA KALLAS, LA CHEFFE DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE L’UE Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe diplomatique de l’Union européenne, a été créé en 2010 et la tâche du haut représentant qui le dirige a toujours été difficile, car les Etats membres, en particulier les plus grandes puissances, veulent garder la politique étrangère entre leurs mains. Les relations entre Ursula von der Leyen et l’ancien titulaire du poste, Josep Borrell, étaient très mauvaises, selon des responsables européens. C’est encore pire avec Kaja Kallas. La région méditerranéenne a été retirée du portefeuille de l’Estonienne, la Commission ayant créé l’année dernière un service consacré au Moyen-Orient, à l’Afrique du Nord et aux pays du Golfe (DG MENA). Dans le même temps, l’exécutif européen a travaillé activement sur des plans visant à réduire la taille du SEAE. Kajas Kallas a tenté de réagir en voulant nommer un secrétaire général adjoint puissant en la personne de Martin Selmayr, l’ancien chef de cabinet redouté de Jean-Claude Juncker, mais cette initiative a été bloquée par le cabinet d’Ursula von der Leyen. Kaja Kallas “se plaint en privé qu’elle [von der Leyen] est une dictatrice, mais elle ne peut rien y faire ou presque”, pointe un responsable européen chevronné. De plus, la haute représentante est originaire d’Estonie, un petit Etat, et son parti, les libéraux, n’est pas très puissant, ce qui rend sa position encore plus faible que celle de Josep Borrell (un socialiste espagnol). Le cabinet de Kaja Kallas n’a pas répondu à une demande de commentaire. BÁLINT ÓDOR, AMBASSADEUR DE HONGRIE Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán aime jouer les méchants avec sa ligne prorusse et pro-Trump, rendant le travail de l’ambassadeur du pays auprès de l’UE difficile. L’actuel occupant du poste, Bálint Ódor, est considéré comme proche du parti Fidesz de Viktor Orbán, contrairement à son prédécesseur, Tibor Stelbaczky, qui travaille désormais pour l’organe diplomatique de l’UE. Bálint Ódor est considéré comme proche du parti Fidesz de Viktor Orbán. | Thierry Monasse/Getty Images Lorsque les ambassadeurs hongrois tentent d’adoucir certaines lignes dures de leur gouvernement, cela crée des soupçons à Budapest quant à leur loyauté, relate un diplomate hongrois. Un responsable public a décrit l’ambassadeur hongrois comme “l’éléphant dans la pièce”, en raison des liens étroits du pays avec le Kremlin. Au cours de la présidence hongroise du Conseil de l’UE l’année dernière, des diplomates ont exprimé des inquiétudes quant au partage de certaines informations avec les Hongrois en raison de la proximité de leur Premier ministre avec la Russie (le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, rencontre régulièrement son homologue russe, Sergey Lavrov, qui est sous sanctions européennes). “C’est un privilège de servir mon pays et de représenter les intérêts hongrois”, a répondu Bálint Ódor à POLITICO. MAROŠ ŠEFČOVIČ, COMMISSAIRE AU COMMERCE Lorsqu’un dossier est difficile à résoudre, il faut faire appel au commissaire slovaque formé à Moscou et surnommé “Mister Fix It“ pour sa capacité à résoudre les problèmes. Cet ex-membre du Parti communiste slovaque est commissaire depuis octobre 2009, ce qui fait de lui le plus ancien commissaire en exercice, ayant servi sous José Manuel Barroso, Jean-Claud Juncker et Ursula von der Leyen. Maroš Šefčovič a été appelé à superviser la réponse de l’UE à des défis extraordinaires (et compliqués) comme le Brexit et le Pacte vert européen, et maintenant, à l’ère Trump, il est chargé du commerce. Mais il fait plus que cela. Par exemple, lorsqu’Ursula von der Leyen n’a pas voulu se rendre au Parlement européen à Strasbourg pour un débat sur l’opportunité de la censurer, elle et son collège de commissaires (et donc lui), elle l’a envoyé à sa place. Le cabinet de Maroš Šefčovič n’a pas répondu à une demande de commentaire. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Budget : dans la fabrique du 49.3, entre ajouts de “dernière minute” et risque de bourdes
PARIS — “Le 49.3 est un chemin assez périlleux”, remarquait Amélie de Montchalin lundi matin, quelques heures avant que Sébastien Lecornu ne se décide à l’enclencher. Au delà-du risque de censure, la ministre des Comptes publics n’est pas sans savoir qu’avant d’accoucher de la copie finale du projet de loi de finances, un vrai ballet politico-technique a lieu en coulisses. Et il n’est pas sans risque. Avant que le Premier ministre engage sa responsabilité à la tribune de l’Assemblée nationale mardi après-midi, ses services auront travaillé d’arrache-pied en tandem avec Bercy pour rédiger les documents recensant l’intégralité des amendements retenus dans la version finale du budget. D’abord un tableau sur la partie consacrée aux recettes, puis un autre, en fin de semaine, sur la partie dépenses. Grâce à l’alinéa 3 de l’article 49 – le fameux outil constitutionnel qu’il avait promis de ne pas utiliser – l’exécutif aura la liberté de choisir ou d’écarter les amendements de son choix, quel qu’ait été leur sort dans l’hémicycle. Dans un cadre toutefois contraint, Sébastien Lecornu s’étant à nouveau engagé à ce que l’objectif de 5% de déficit soit tenu à la fin. “Les tableaux vont être dévoilés au fur et à mesure dans la semaine”, a indiqué le Premier ministre. Un exercice compliqué, réalisé par une palanquée de hauts fonctionnaires chargés de rendre, en quelques heures, de nombreux arbitrages, dictés par des considérations politiques et des impératifs techniques pas toujours conciliables.  TRI SÉLECTIF SOUS HAUTE PRESSION En pratique, ce document, qui n’est ni plus ni moins qu’un tableau Excel rempli de numéros (comme dans cet exemple), doit être ficelé et transmis à l’Assemblée avant que le chef du gouvernement ne monte à la tribune du Palais-Bourbon. Avant cela, les équipes de la Direction du budget (DB) et de la Direction de la législation fiscale (DLF), en tandem avec le cabinet d’Amélie de Montchalin et les conseillers de Matignon, devront intégrer ligne à ligne des dizaines voire des centaines d’amendements, et parfois en rédiger de nouveaux. Ce travail préparatoire a déjà démarré à Bercy, avant même que le gouvernement tranche entre les ordonnances et le 49.3. Ces derniers jours, le cabinet de la ministre des Comptes publics a consigné dans les futurs tableaux les avancées et les compromis ébauchés lors des plusieurs réunions de négociations avec les députés. Les conseillers ministériels chargés de la négociation avec les groupes politiques sont épaulés par les hauts fonctionnaires de la DB, en particulier du bureau de la synthèse budgétaire et du bureau lois de finances. Pour les mesures fiscales, la DLF est à la manœuvre. A Matignon, les chefs des pôles comptes publics et entreprises de Matignon supervisent ce travail de fourmi et affinent le document, en lien avec le pôle parlementaire. Dans ce ping-pong infernal, le tableau passe de main en main, et celui qui en a le contrôle reçoit alors un torrent de sollicitations pour ajouter ou retirer une disposition. “On recevait à peu près un mail toutes les dix secondes”, se souvient un agent de Bercy impliqué dans la construction du tableau lors du budget 2024, sous Elisabeth Borne.  “C’est un énorme travail parce qu’il y a tout un texte où il faut passer des modifications dans tous les sens”, raconte un autre artisan du budget à cette époque. A ce tri s’ajoute un travail d’écriture, puisque les ajouts des parlementaires, parfois bancals, nécessitent souvent d’être rectifiés à la dernière minute. Car, outre les aspects techniques, l’élaboration du tableau doit intégrer des considérations politiques. Question de signal, l’exécutif donne “des victoires” aux différents groupes politiques en reprenant leurs amendements. “Il faut signifier que vous faites plaisir, par exemple à tel gars de chez LR ou que vous faites un geste envers Liot,  tout ça nécessite énormément de coordination”, se remémore un autre ancien artisan du budget. Ce qui n’est pas sans engendrer des tensions entre les conseillers techniques et les conseillers politiques. Sans oublier que chaque disposition, qu’elle engendre un coût ou génère une recette supplémentaire, fait mécaniquement bouger les compteurs, et requiert donc des ajustements du solde budgétaire pour éviter toute insincérité des comptes. GARE AUX BOURDES  Le processus est jugé particulièrement accidentogène par de nombreux acteurs de la procédure. “C’est un truc un peu bordélique de dernière minute”, résume un haut fonctionnaire. A Bercy, tout le monde garde un souvenir amer de la préparation chaotique du 49.3 déclenché par Elisabeth Borne sur le budget 2024. Si bien qu’à son issue Laurent Martel et Mélanie Joder, respectivement à la tête de la DLF et de la DB, avaient co-signé fin 2023, une note aux ministres visant à “alerter sur les conditions d’élaboration” et les “multiples défaillances”, qui avaient entaché “la procédure interministérielle”.  A l’époque, travaillant dans l’urgence, les conseillers avaient laissé passer des erreurs ayant conduit à l’adoption de quelques mesures dont le gouvernement ne voulait pourtant pas.  Par exemple, la suppression d’une niche fiscale pour les locations meublées de type Airbnb, alors que le gouvernement souhaitait simplement la réduire, avait engendré un mini psychodrame. Le Conseil d’Etat avait dû ensuite se pencher sur le sujet et une plainte avait même été déposée par une députée écologiste contre Bercy. Un autre plantage, dont le gouvernement n’a jamais fait état, avait particulièrement fait suer le gouvernement. S’emmêlant les pinceaux, Matignon et Bercy avaient omis de faire disparaître un amendement sénatorial auquel il était farouchement opposé. Celui-ci permettait d’allouer une partie du produit de la taxe sur les infrastructures de transport longue distance, créée cette année-là budget 2024. Une erreur à 100 millions d’euros qui n’a jamais été gommée.
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Comment Davos s’est trumpisé
DAVOS, Suisse — L’arrivée du président américain Donald Trump dans la station alpine de Davos, cette semaine, marque à la fois l’aboutissement d’un an d’efforts pour le courtiser et un tournant pour cet événement autrefois perçu comme le symbole de la mondialisation libérale. L’édition de cette année du Forum économique mondial (WEF en anglais), qui a démarré ce lundi, met en évidence un changement radical pour ce rendez-vous longtemps caricaturé comme un lieu de discussion “woke” : le climat et la diversité ont été relégués au second plan, l’intelligence artificielle et la croissance ont pris le dessus, et les Etats-Unis — avec la présence de Donald Trump et son cercle restreint — devraient monopoliser l’attention. Cette évolution coïncide avec une campagne de plusieurs mois visant à attirer le président américain et à réaffirmer la pertinence du WEF, qui s’essoufflait ces dernières années. “Post-Davos l’année dernière, j’ai entamé des discussions avec la Maison-Blanche et je me suis coordonné avec la cheffe de cabinet Susie Wiles”, a retracé Børge Brende, le patron du Forum économique mondial, à POLITICO lors d’un appel vidéo depuis son bureau à Genève la semaine dernière. “J’ai également visité Washington début décembre, j’ai eu des réunions à la Maison-Blanche, mais aussi avec les différents [membres du gouvernement], et maintenant nous sommes dans une situation où Trump vient, et nous avons également cinq secrétaires [équivalents de ministres, NDLR] de premier rang”, s’est-il réjoui. “Il y aura une forte présence américaine à Davos.” Børge Brende, ancien ministre norvégien des Affaires étrangères, s’est manifestement donné pour mission de trouver des orateurs de renom pour le sommet alpin de l’élite économique et politique mondiale. Après des éditions compliquées pendant la période Covid, une forte augmentation des coûts de participation et des turbulences au sein de la direction du WEF, la présence de Donald Trump, entouré des acteurs les plus puissants du mouvement MAGA (Make America Great Again), équivaut à un vote de confiance pour événement que certains avaient jugé dépassé ou en perte de vitesse. Cette année, l’administration Trump sera la vedette de Davos — et au centre d’une grande partie des négociations qui l’entourent. | Anna Moneymaker/Getty Images Cette domination américaine coïncide avec une évolution plus large du programme lui-même. Autrefois, Davos avait offert sa scène principal à une Greta Thunberg avertissant que “notre maison est en feu” en référence à la crise climatique, célébré un groupe de coprésidentes entièrement féminin dans le sillage de #MeToo, et poussé les gouvernements à suivre les progrès dans l’application de l’Accord de Paris et des objectifs de développement durable des Nations unies. Aujourd’hui, il fait place au programme MAGA de Trump à un moment où le président américain a une fois de plus bouleversé la diplomatie mondiale, en menaçant de droits de douane les pays européens parce qu’ils résistent à son ambition de s’emparer du Groenland. L’entourage de Donald Trump comprendra Marco Rubio (secrétaire d’Etat), Scott Bessent (Trésor), Howard Lutnick (Commerce), le représentant au Commerce Jamieson Greer, Chris Wright (Energie), l’envoyé spécial des Etats-Unis au Moyen-Orient Steve Witkoff, et le gendre du président, Jared Kushner. Des invités traités comme VIP, bien sûr. Børge Brende a interrompu l’interview à deux reprises pour prendre un appel de Jared Kushner. “Passez le bonjour à Ivanka”, a-t-il glissé, avant de couper son micro. AU REVOIR LE WOKISME, BONJOUR L’IA Cette année, le WEF a choisi un thème à l’intitulé des plus consensuels : “L’esprit de dialogue”. Les sujets précédemment à la mode, tels que l’écologie et la diversité, sont largement passés à la trappe et remplacés par des formulations telles que “construire la prospérité dans les limites de la planète” ou “investir dans les individus”. Les participants issus de l’élite mondiale assisteront à des débats sur les opportunités économiques de la nature (“Business case for nature”), l’impact de l’intelligence artificielle sur la hiérarchie dans les entreprises (“Corporate ladders, AI reshuffled”) ou la science comme moteur de la croissance (“Science as a growth engine”), avec l’industrie de l’IA et son potentiel de croissance économique au cœur du programme. Ce dernier a-t-il été conçu pour attirer l’administration Trump ? Le Forum est “indépendant et impartial”, a répondu Børge Brende, assurant que le programme est “tel que nous l’avions prévu et n’est pas modifié par des acteurs extérieurs”. Que ce soit intentionnel ou non, cette édition s’éloigne clairement des sujets “woke”, même si les habitués de Davos estiment qu’il s’agit plus d’un choix reflétant le contexte actuel plutôt que d’une stratégie délibérée. Il est “tout à fait raisonnable de se concentrer sur les questions d’environnement et de justice sociale, mais à l’heure actuelle, le monde est beaucoup plus préoccupé par les questions épineuses de géopolitique”, a soulevé Clayton Allen, responsable des Etats-Unis au sein de l’Eurasia Group. Pour Mike Rubino — ancien de la première administration Trump, aujourd’hui associé chez Forward Global et Ballard Partners —, ce changement de focale fait “en quelque sorte partie intégrante du nouvel ordre mondial”. “Ces questions sont passées de mode”, a-t-il acté, citant l’essor puis le déclin du sujet de l’énergie nucléaire à Davos, tout comme de l’attention accordée à la guerre en Ukraine. Les responsables européens ont estimé en privé que Davos était l’occasion de faire pression sur Donald Trump pour qu’il approuve personnellement les garanties de sécurité des Etats-Unis et discutées à Paris la semaine dernière. | Telmo Pinto/LightRocket via Getty Images Pendant ce temps, les milliardaires, hommes d’affaires et financiers, traditionnels invités du WEF, rencontreront des “hyperscalers” (des datacenters à grande échelle) de l’intelligence artificielle en portant un toast aux montants records de leur richesse personnelle. Le président du géant de l’IA Nvidia, Jensen Huang, fera aussi partie des orateurs vedettes, tandis que des cadres dirigeants de Microsoft, Meta, Palantir, Anthropic ou OpenAI se réuniront en marge de la conférence avec des financiers, comme JPMorgan, Goldman Sachs, BlackRock ou Salesforce. LES ETATS-UNIS ARRIVENT EN FORCE Cette année, l’administration Trump sera la vedette de Davos — et au centre d’une grande partie des négociations qui l’entourent. Clayton Allen racontait que ses clients sont “extrêmement intéressés par tout ce qui a trait à la façon dont Trump aborde le reste du monde. Tout ce que fait Trump, toute interaction qu’il a avec des dirigeants étrangers […] juste ça intéresse énormément.” Des dirigeants européens sont aussi attendus à Davos. Ils s’efforceront de négocier avec Donald Trump après sa menace de nouveaux droits de douane contre l’UE, liée à son ambition de prendre le contrôle du Groenland, et la suspension de l’accord commercial entre l’Europe et les Etats-Unis. Le président Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen figurent parmi les participants, aux côtés des dirigeants de l’Allemagne, de la Pologne, de l’Espagne et de plusieurs autres pays de l’Union, ainsi que du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est également attendu aux côtés de dirigeants qui espèrent profiter du Forum de Davos pour obtenir des engagements américains sur un éventuel cadre de paix en Ukraine, que ce soit en approuvant des garanties de sécurité des Etats-Unis ou en obtenant son soutien à un accord économique plus réduit lié à la reconstruction de l’Ukraine après-guerre. “Il y a beaucoup plus d’enthousiasme cette année”, a observé Mike Rubino. “On voit des CEO se ruer, non seulement pour tenter d’accéder à la réception que [Trump] donnera, mais aussi pour entrer dans la Maison des Etats-Unis”, a-t-il ajouté, faisant référence à la petite église qui accueille les représentants de l’administration américaine et les chefs d’entreprise tout au long de la semaine et qui est sponsorisée à prix d’or par Microsoft et McKinsey. Un patron américain a joué un rôle essentiel dans le redressement du WEF : Larry Fink, de BlackRock. Celui-ci a été nommé coprésident par intérim après la démission du fondateur du Forum de Davos, Klaus Schwab, à la suite d’accusations portées par un lanceur d’alerte concernant sa gestion (une enquête interne n’a trouvé “aucune preuve de faute grave”). Après son départ, l’Allemand avait affirmé avoir discuté avec Christine Lagarde de raccourcir son mandat à la présidente de la Banque centrale européenne pour qu’elle prenne son poste au WEF, ce que la Française avait ensuite démenti. Cette “période difficile” passée, la direction du WEF a “agi rapidement” pour consolider les choses, a tempéré Børge Brende. Larry Fink et le milliardaire suisse André Hoffmann lui ont apporté leur poids financier et économique, et utilisé leur carnet d’adresses pour attirer des conférenciers de renom. Cette manière de procéder fonctionne “très bien”, a assuré Børge Brende. “Je leur parle presque tous les jours et c’est une équipe formidable.” Selon un initié, le fondateur du WEF, Klaus Schwab, ne devrait pas participer au sommet de cette année. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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Shein rencontre des représentants de l’UE à Bruxelles après avoir évité une suspension en France
BRUXELLES — Pour une entreprise qui s’est fait prendre à vendre des armes et des poupées sexuelles d’apparence enfantine sur le marché européen, Shein a toujours autant accès aux décideurs de l’Union européenne. Après avoir échappé le mois dernier à la suspension de sa plateforme en France, la marque chinoise d’ultra-fast-fashion s’est rendue dans la capitale de l’UE pour convaincre la Commission européenne qu’elle est respectueuse de l’environnement. Et Bruxelles est à l’écoute. Le président exécutif de Shein, Donald Tang, a rencontré mercredi la commissaire à l’Environnement, Jessika Roswall, pour parler des “priorités communes” de l’entreprise et l’UE en matière de développement durable et d’économie circulaire. La rencontre entre Donald Tang et Jessika Roswall intervient quelques semaines après que l’entreprise a évité de justesse une suspension totale de sa marketplace en France, et alors que les efforts de Paris pour aboutir à une réponse européenne contre Shein sont en perte de vitesse. “Cette réunion s’inscrit dans le cadre de nos échanges réguliers avec les décideurs européens sur des sujets concernant notre secteur”, expose Martin Reidy, porte-parole de l’entreprise, ajoutant que celle-ci reflète l’“engagement en faveur d’un dialogue constructif” de Shein. Les Etats membres ont accepté de taxer les petits colis entrant dans l’UE à partir de juillet prochain — une politique pour laquelle la France a beaucoup fait pression —, mais les activités commerciales de Shein en Europe ne montrent aucun signe de ralentissement. En décembre, l’entreprise a ouvert à Wrocław, en Pologne, une immense plateforme logistique comprenant un entrepôt de 740 000 mètres carrés, avec à la clé, selon le communiqué de presse, des milliers de créations d’emplois et la capacité de servir 100 millions d’acheteurs sur le continent. “Je suis impatient d’entendre Shein expliquer comment elle respecte la législation européenne et intègre des solutions durables et circulaires pour mieux protéger les consommateurs”, a déclaré Jessika Roswall avant la réunion, ajoutant que “l’ultra-fast-fashion est un défi de plus en plus important”. LE PARLEMENT N’EST PAS IMPRESSIONNÉ La nouvelle de la visite de Donald Tang a suscité des réactions parmi les parlementaires européens de gauche, qui, avec les Conservateurs, les libéraux et les Verts, ont adopté en novembre dernier une résolution appelant la Commission à “abandonner le dialogue pour passer aux mesures d’exécution décisives” des normes européennes de protection des consommateurs pour les plateformes en ligne. “J’attends des conséquences claires de cette réunion”, a prévenu Gabriele Bischoff, eurodéputée allemande et vice-présidente du groupe des Socialistes et démocrates. Selon elle, le scandale des poupées sexuelles “montre clairement que les plateformes d’e-commerce, comme Shein, tirent profit de manière répétée de produits illégaux et dangereux tout en ignorant les normes européennes”. La Commission devrait faire comprendre “sans équivoque [à Shein] que les règles de l’UE ne sont pas négociables et qu’elle est toujours prête à utiliser ses pouvoirs, y compris l’option d’exclure les plateformes du marché de l’UE”, a-t-elle défendu. “Lorsque la France a essayé d’interdire Shein du marché français, nous avons appris une chose : Shein ne réagit qu’aux mesures dures pour rendre son business model conforme à la législation européenne”, observe Anna Cavazzini, eurodéputée allemande des Verts. | Martin Bertrand/Hans Lucas/AFP via Getty images La pression s’est accrue sur Shein pour qu’elle réponde aux préoccupations des parlementaires face à l’afflux de petits colis en provenance de pays tiers, qui contiennent souvent des marchandises dangereuses et illégales, et à l’impact environnemental important. Les eurodéputés interrogeront Yinan Zhu, cadre de Shein, au Parlement européen le 27 janvier. “Lorsque la France a essayé d’interdire Shein du marché français, nous avons appris une chose : Shein ne réagit qu’aux mesures dures pour rendre son business model conforme à la législation européenne”, observe Anna Cavazzini, eurodéputée allemande des Verts et présidente de la commission du Marché intérieur, auprès de POLITICO. “L’annulation de cette décision montre encore plus clairement que nous avons besoin d’une action forte et décisive au niveau de l’UE pour lutter contre les violations de nos lois. Il est donc grand temps que la Commission agisse avec fermeté, par exemple en suspendant ces plateformes à l’échelle de l’UE en cas d’infractions systémiques et répétées”, poursuit-elle. SHEIN A REMPORTÉ LA PREMIÈRE MANCHE En France, la marque sort presque indemne du scandale des poupées sexuelles, mis à part sa réputation qui en a pris un coup et des relations plus fraîches avec les autorités. En décembre, le tribunal judiciaire de Paris s’est prononcé en faveur de Shein, rejetant la tentative du ministère de l’Intérieur de suspendre la marketplace à la suite de la vente de marchandises illégales. Le gouvernement a fait valoir qu’avec Shein les problèmes risquaient de se reproduire, mais le juge a estimé que la suspension de la plateforme était trop sévère, car elle avait réagi rapidement à l’époque. Le tribunal a toutefois contraint Shein à mettre en place une vérification de l’âge au-delà de l’autodéclaration des utilisateurs sur sa plateforme avant de continuer à vendre des produits pornographiques. Shein s’est également engagée à respecter “toutes les lois françaises” et de poursuivre ses discussions avec les autorités — une demi-victoire pour le gouvernement, qui a déjà annoncé qu’il ferait appel. Le procès débutera le 5 février. “Nous n’en resterons pas là”, a promis le ministre du Commerce, Serge Papin. L’entreprise fait également l’objet d’une action en justice distincte de la part de marques françaises pour concurrence déloyale. Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en français par Jean-Christophe Catalon.
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