OLIVIER COLOM, LE “GRAND AMI” FRANÇAIS DE JEFFREY EPSTEIN
Pendant des années, un ancien conseiller diplomatique à l’Elysée a joué pour
Jeffrey Epstein l’intermédiaire entre politiques, hauts fonctionnaires et
personnalités du monde des affaires.
By PAUL DE VILLEPIN, MARION SOLLETTY
AND PAULINE DE SAINT REMY
Illustration par Natália Delgado/POLITICO
PARIS — “Est-ce que Sarkozy est dans les parages, j’aimerais le rencontrer si tu
crois que ça peut être marrant”, écrit Jeffrey Epstein à Olivier Colom, par
mail, en octobre 2013.
Le Français à qui le multimillionnaire américain s’adresse est un ancien membre
de la cellule diplomatique de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy. Son nom, jusque-là
inconnu du grand public, apparaît à plusieurs centaines de reprises parmi les
trois millions de documents publiés fin janvier par le ministère américain de la
Justice, baptisés “Epstein files”.
En remontant le fil de la correspondance entre ces deux hommes, qui s’étale sur
plusieurs années, POLITICO en a appris un peu plus cette relation. Celle-ci en
dit beaucoup sur la façon dont Epstein, condamné dès 2008 dans une procédure de
plaider-coupable pour avoir eu des relations sexuelles tarifées avec des
mineures, avant d’être inculpé en 2019 dans une procédure fédérale plus lourde
pour des faits de trafic sexuel sur mineurs, a tissé sa toile en France.
C’est en 2011 qu’Olivier Colom apparaît pour la première fois dans la boîte mail
jeevacation@gmail.com, l’une des principales adresses électroniques utilisées
par le financier.
Vingt mois après être sorti d’un centre de détention en Floride, Epstein est de
passage à Paris où il possède un appartement avenue Foch, dans le XVIe
arrondissement. Au cours de ce séjour, le diplomate et ex-ministère norvégien
Terje Roed-Larsen, proche d’Epstein, lui suggère dans un message de rencontrer
Colom. Cet énarque de 41 ans est alors conseiller diplomatique à l’Elysée, où il
est chargé des affaires globales et de la préparation des sommets internationaux
pour le président de la République Nicolas Sarkozy.
PANTOUFLAGE ET ENTREGENT
Parmi ceux qui ont côtoyé Colom au travail, plusieurs personnes dépeignent, sous
couvert d’anonymat, un “bon diplomate, très sociable” ou encore un homme “posé
et caustique”. “C’était quelqu’un de très gentil, très smart et très
professionnel, qui ne s’est jamais comporté de manière déplacée”, raconte une
cheffe d’entreprise, mise en relation avec lui par Epstein au milieu des années
2010. “Il était très imbu de lui-même”, nuance l’une des ses anciennes relations
de la banque.
De 2013 à 2018 au moins, Colom et Epstein seront en contact régulier. Après son
départ de l’Elysée en 2012, le Français nourrit un certain ressentiment à
l’égard de la Sarkozie, pour n’avoir pas hérité d’un poste à la hauteur de ses
espérances, d’après plusieurs ex-collègues au Palais. Il se reconvertit alors
dans le privé, rejoignant en 2013 le groupe bancaire Edmond de Rothschild.
Il y travaille avec la belle-fille du fondateur et membre du conseil
d’administration, Ariane de Rothschild. Une femme avec qui Jeffrey Epstein
lui-même entretenait de longue date des interactions fréquentes sur des
questions tant professionnelles que personnelles, comme l’attestent des
centaines de mails.
Contactée, celle qui est désormais patronne de l’établissement bancaire nous a
fait savoir, par un porte-parole, qu’elle n’avait “aucune connaissance de la
conduite et du comportement personnel de M. Epstein” à l’époque, et qu’elle a
été “profondément choquée par les agissements révélés ces dernières années”.
Elle “condamne sans ambiguïté ces comportements et les crimes dont il s’est
rendu coupable”.
EPSTEIN VEUT RENCONTRER SARKOZY
Dans toute la période, le Français joue ou prétend jouer le rôle d’ouvreur de
portes à Paris pour son “grand ami” américain. “Quand tu seras à Paris, quel
genre de personnes souhaites-tu rencontrer ?”, le questionne Colom le 24
septembre 2013. Réponse d’Epstein : “Des intellos, scientifiques… ou de très
très mignonnes vingtenaires”.
Les deux hommes prennent pour habitude de se voir à l’occasion de leurs allées
et venues respectives entre New York et Paris. Des morceaux de l’agenda
d’Epstein, qui figurent dans ses mails, attestent de rendez-vous réguliers.
Epstein propose à plusieurs reprises à Colom de séjourner sur son île privée,
située dans les Îles Vierges des Etats-Unis. Si Colom répond en août 2013 qu’il
“adorerait découvrir [l’] île un jour”, rien n’indique que ce dernier s’y soit
rendu. Les deux hommes échangent en revanche blagues douteuses et allusions à
caractère sexuel.
“Tu es où en ce moment ?”, demande par exemple Colom à Epstein le 17 juin 2013.
“Sur mon île dans les Caraïbes, avec un aquarium rempli de filles.” Dans la même
conversation, ils semblent ensuite évoquer, dans un double langage, leurs
préférences sexuelles, comparant les femmes à des poissons et crustacés.
Dans ses messages, Colom laisse penser qu’il se plie en quatre, fin 2013 et
début 2014, pour tenter d’organiser une rencontre entre Epstein et Nicolas
Sarkozy, dont il a été le sherpa-adjoint à l’Elysée, à la demande expresse du
multimillionnaire. Le 31 octobre 2013, le Français écrit : “Je déjeune avec lui
[Sarkozy] mardi prochain 5 novembre, je lui demanderai.”
Quelques semaines plus tard, Olivier Colom, qui indique à plusieurs occasions
être resté en contact avec l’ex-locataire de l’Elysée, demande à Epstein s’il
lui serait possible d’organiser un “rendez-vous discret entre Sarko et Hillary
Clinton à NY”.
Le 24 janvier 2014, Epstein propose à Colom de venir chez lui, avenue Foch, en
compagnie de Nicolas Sarkozy pour discuter de la situation au Moyen-Orient avec
Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien.
Les mails ne permettent néanmoins pas d’établir si ces entrevues ont finalement
eu lieu.
Interrogé par POLITICO, le cabinet de Nicolas Sarkozy, après recherche, confirme
qu’une rencontre publique avec Hillary Clinton a bien eu lieu en avril 2014,
mais n’a pas trouvé trace d’une aide d’Olivier Colom pour organiser l’entrevue.
Aucune trace non plus d’une rencontre avec Ehud Barak et Epstein, Olivier Colom
s’étant d’ailleurs, à partir 2012, peu à peu éloigné de l’ancien président, qui
avait ses propres conseillers diplomatiques.
RÉSEAUTAGE À TOUS LES ÉTAGES
Un autre homme politique français, Bruno Le Maire, a rencontré Jeffrey Epstein
par l’entremise d’Olivier Colom. En septembre 2013, le Français informe ainsi
l’Américain de son voyage imminent à New York et lui indique que son “ami” Bruno
Le Maire “ex-ministre de Sarkozy et futur candidat à l’élection présidentielle
sera également ‘en ville’”. Colom précise alors que celui qui fut aussi son
camarade de promotion à l’Ena, cherche à lever des fonds.
Contacté par POLITICO, l’entourage de Bruno Le Maire confirme qu’il s’est bien
rendu, lors d’un passage à New-York en septembre 2013, à la résidence
new-yorkaise d’Epstein dans le très chic Upper East Side, Colom lui ayant fait
savoir que des “responsables économiques” souhaitaient le rencontrer. Ce n’est
qu’en arrivant sur place que le futur patron de Bercy aurait découvert qu’il se
trouvait chez Epstein — il ne serait resté que quelques minutes avant de
“tourner les talons”.
Quelques années plus tard, le 24 novembre 2018, alors que Bruno Le Maire est
désormais ministre de l’Economie et des Finances d’Emmanuel Macron, Epstein
demande à Colom s’il a “gardé contact avec Bruno ?”.
Celui-ci lui répond “qu’il le voit régulièrement”, ainsi que “son directeur de
cabinet” — Emmanuel Moulin à l’époque. Dans une correspondance précédente, peu
après la nomination de Bruno Le Maire à Bercy, Colom se targue même d’être “l’un
des plus vieux amis” de celui qui est aujourd’hui secrétaire général de
l’Elysée.
Le prétendu entremetteur se pousse-t-il du col ? Oui, d’après Emmanuel Moulin,
qui a connu Olivier Colom du temps où tous deux travaillaient à l’Elysée.
Sollicité par POLITICO, celui-ci nous affirme ne l’avoir rencontré, dans les
années qui suivirent, qu’“une ou deux fois en 2017” tout au plus, dans un cadre
professionnel — depuis 2016, Colom, après avoir quitté Edmond de Rothschild,
travaille comme consultant à l’international via sa société de conseil “OC
Advisory”.
Grâce à son carnet d’adresses dans le corps diplomatique, Colom propose encore à
son ami américain, en 2013, de rencontrer le représentant permanent de la France
à l’ONU. Epstein sollicite aussi son aide pour obtenir un rendez-vous avec le
consul de France à New York — Bertrand Lortholary, aujourd’hui ambassadeur en
Chine —, afin de renouveler le visa Schengen de l’un de ses assistantes qu’il
présente également comme sa petite amie.
Dans un autre échange, daté de juillet 2013, les deux hommes spéculent sur le
nom du futur ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Epstein laisse entendre à Colom
qu’il pense savoir qu’Anna Wintour, encore puissante patronne de Vogue US, est
candidate, ce que la presse évoquait à l’époque.
Les échanges révèlent que Jeffrey Epstein, pourtant réputé pour son vaste réseau
de relations, comptait sur Olivier Colom pour constamment lui présenter des
personnalités marquantes lors de ses passages à Paris. “Es-tu dans le coin
aujourd’hui ? Je serais ravi de rencontrer toute personne dont tu penses qu’elle
me plairait”, lui écrit Epstein en juin 2013.
Colom s’exécute et propose à Epstein de rencontrer tout à tour un ami eurodéputé
(dont l’identité n’est pas citée), une star montante de la politique indienne ou
encore, en mai 2014, le “vice-ministre russe de l’économie” avec qui Colom dit
qu’il s’apprête à prendre un verre dans un bar parisien. Une autre fois, il lui
raconte un dîner chez Jean Todt [président de la fédération internationale de
l’automobile] en présence de l’ancien premier ministre du Qatar, Abdallah ben
Khalifa Al Thani et de Rachida Dati.
“Ça a l’air drôle, mais où sont les filles mignonnes”, rétorque Epstein. Réponse
de son correspondant français : “Nulle part… ennuyeux. Il faut vraiment que je
vienne te voir.”
RENVOI D’ASCENSEUR
En retour, le financier propose également à Colom de profiter de son réseau. En
septembre 2013, Epstein propose par exemple de le convier à un repas avec Ehud
Barak, dont Epstein était proche, ou encore avec Joshua Cooper Ramo, qu’il
présente comme le ‘bras droit de [Henry] Kissinger.
Au milieu de leurs échanges décousus, tantôt au sujet d’opportunités d’affaires,
de voyages ou de montages financiers, apparaissent des propositions plus
inattendues. “Tu veux acheter un vignoble à Margaux, j’ai une grosse propriété
qui n’attend que toi”, fait miroiter Colom en avril 2014. Quelques mois
auparavant, il s’enquiert des recherches de petit personnel d’Epstein : “Je me
renseigne pour ta future assistante, mais il faut que tu en embauches une pas
trop jolie…”, ose-t-il. Une autre fois, ayant eu vent — par Ariane de Rothschild
— de sa quête d’un majordome, il lui suggère le profil d’un homme “qui servait
Sarko à l’Elysée”.
Au gré de leurs correspondances se dessine entre les deux hommes une relation
allant au-delà de la sphère professionnelle. Dès 2013, ils sont suffisamment
proches pour échanger des remarques salaces, comme évoqué plus haut. Leur amitié
s’assortit aussi d’un soutien moral et matériel pour Colom lorsque, en 2014,
celui qui est alors banquier d’affaires traverse une mauvaise passe sur le plan
personnel.
L’ex-diplomate fait part au financier de ses problèmes conjugaux, trouvant chez
Epstein une oreille compatissante. “Merde alors [sic], tu es le bienvenu pour
venir te reposer sur l’île”, lui écrit ainsi ce dernier. Trois mois plus tard, à
en croire leurs échanges, il met à disposition de Colom son chauffeur ainsi
qu’un appartement, lors d’un voyage familial de ce dernier à New York.
L’été suivant, en 2015, Colom, manifestement frustré par sa situation
financière, demande conseil à Epstein : “Je ne gagne pas assez, j’adorerais
venir te voir”, confie-t-il, tout en informant Epstein de son divorce imminent.
“Tu peux venir me voir quand tu veux, où tu veux”, je suis toujours disponible
pour toi”, le rassure Epstein.
De fait, Epstein aidera manifestement Colom à négocier son départ du groupe
Edmond de Rothschild où il officie alors comme secrétaire général jusqu’à début
2016. A l’issue d’intenses échanges, Epstein l’informe en effet le 3 février
2016 qu’Ariane de Rothschild — qui est en copie du mail — est d’accord pour lui
accorder une indemnité de départ de 1,5 million d’euros étalé sur plusieurs mois
et que Colom est désormais soumis à un accord de confidentialité.
Contacté par différents canaux, Olivier Colom a décliné un échange téléphonique
et nous a invités à lui transmettre nos questions par écrit. Il n’a plus donné
suite malgré nos relances.
Tag - Paris Influence
PARIS — La loi de finances 2026 à peine envoyée au Conseil constitutionnel, les
députés s’apprêtent à enquêter sur “l’imposition des plus hauts patrimoines et
des revenus les plus élevés et
leur contribution au financement des services publics”, a appris POLITICO auprès
de deux sources parlementaires.
Le groupe d’élus indépendants Liot est à l’initiative de cette demande de
commission d’enquête, qui doit être entérinée mardi à l’issue de la conférence
des présidents de l’Assemblée nationale. L’ancien rapporteur général du budget
Charles de Courson, député depuis plus de trente ans, en est le signataire.
Les désaccords sur la taxe Zucman et ses variantes lors du budget 2026, le
faible rendement de la nouvelle contribution différentielle sur les hauts
revenus ou encore les récents propos de l’ex-ministre de l’Economie Eric
Lombard, sont à l’origine de ce choix, explique une source au sein du groupe
Liot, qui y voit une manière d’avoir un “débat dépassionné” avant le prochain
exercice budgétaire.
“Il demeure difficile d’apprécier de manière globale et objectivée le niveau
réel d’imposition supporté, compte tenu de la diversité des sources de revenus,
de la structure des patrimoines, de l’empilement des prélèvements et de
l’existence de mécanismes juridiques complexes”, soutient Charles de Courson
dans sa proposition de résolution. Le député ambitionne également de documenter
l’ampleur et les moyens de lutte contre l’évasion fiscale.
BERLIN — L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est de retour à la Conférence de
Munich sur la sécurité (MSC), retrouvant une place dans l’un des plus
prestigieux forums sur la sécurité au monde après en avoir été bannie trois
années de suite.
Cette décision marque un revirement important pour la MSC et une victoire
symbolique pour le parti d’extrême droite, désireux de se débarrasser de son
statut de paria en se frottant aux leaders mondiaux.
L’AfD a mis en place une campagne agressive depuis la fin de l’année dernière
pour retrouver l’accès à cette conférence. Elle a notamment mené des actions en
justice contre les organisateurs et a tenté de capitaliser sur ses relations
avec l’administration Trump.
Ces efforts semblent avoir porté leurs fruits, du moins en partie. Les
organisateurs de la MSC ont invité trois parlementaires de l’AfD à l’édition de
cette année, qui se tiendra mi-février. Toutefois, le parti poussait pour que
davantage de figures de premier plan — dont sa coprésidente nationale Alice
Weidel — soient conviées.
“Les invitations ont été lancées parce que nos contacts avec les Américains ont
fait de l’effet”, s’est réjoui auprès de POLITICO Heinrich Koch, l’un des trois
élus de l’AfD qui ont reçu une invitation.
Heinrich Koch, selon ses propres dires et ceux de l’un des représentants légaux
de l’AfD, a été missionné par le parti pour obtenir l’accès à la conférence.
Wolfgang Ischinger, le diplomate allemand qui préside la MSC cette année, réfute
que l’invitation de l’AfD résulte des pressions exercées par le parti ; il
estime qu’elle est plutôt le reflet d’une simple réalité politique : la
formation d’extrême droite est la plus grande force d’opposition en Allemagne.
“C’est une décision que nous avons prise en notre âme et conscience, si vous
voulez, en essayant de faire ce qu’il fallait pour être sûrs de pouvoir refléter
la réalité actuelle”, a-t-il justifié auprès de POLITICO. “Il serait très
difficile pour la Conférence de Munich sur la sécurité — qui rassemble tant de
points de vue opposés, d’adversaires, de personnes qui s’accusent mutuellement
[d’être] des meurtriers ou des génocidaires — de justifier l’exclusion
catégorique du plus grand parti d’opposition allemand.”
L’HÉRITAGE DE LA RÉSISTANCE CONTRE LES NAZIS
Cette année, ce ne sera pas la première fois que des responsables politiques de
l’AfD participeront à la conférence munichoise. Lors du précédent mandat de
Wolfgang Ischinger à la tête de la MSC, de 2008 à 2022, des membres du parti
spécialisés dans la défense y ont été invités.
Mais depuis, l’AfD fait l’objet d’une surveillance accrue de la part des
services de renseignement nationaux et régionaux allemands — chargés de suivre
les groupes jugés anticonstitutionnels —, qui ont classé le parti comme
mouvement extrémiste de droite.
Le successeur de Wolfgang Ischinger, Christoph Heusgen, lui aussi diplomate, a
refusé d’inviter les dirigeants de l’AfD lors des trois dernières conférences,
arguant qu’un parti considéré à l’époque comme étant au moins partiellement
extrémiste de droite par les services de renseignement n’y avait pas sa place.
Après tout, a-t-il fait valoir, la conférence a été fondée après la Seconde
Guerre mondiale par Ewald von Kleist, l’un des officiers de la Wehrmacht,
aujourd’hui admiré en Allemagne pour avoir participé au complot manqué de 1944
visant à assassiner Adolf Hitler.
“Je peux tout à fait imaginer qu’Ewald von Kleist aurait soutenu ma décision
contre l’AfD”, a-t-il défendu dans le journal allemand Tagesspiegel.
Wolfgang Ischinger s’exprimant lors de la Conférence de Munich sur la sécurité
de 2023. Il a nié que les organisateurs de la conférence aient invité l’AfD
cette année à la suite d’une campagne de lobbying. | Johannes Simon/EPA
Christoph Heusgen s’est retiré après la conférence de l’année dernière, et cette
année Wolfgang Ischinger est de nouveau à la barre. Mais c’est en réponse au
refus du premier que l’AfD a intenté une action en justice à la fin de l’année
dernière pour pouvoir participer à la conférence de ce mois de février. Le parti
s’est dit victime d’une “exclusion ciblée”, selon des documents du tribunal
régional de Munich vus par POLITICO.
“Le plaignant souhaite être impliqué dans les questions de politique étrangère
et de sécurité afin d’avoir son mot à dire en tant que groupe d’opposition”, a
indiqué le tribunal. Mais ce dernier a finalement rejeté la demande de l’AfD,
jugeant en décembre dernier que la MSC, en tant qu’organisation privée, était
libre de choisir ses invités.
Heinrich Koch, qui était présent au tribunal au nom du groupe parlementaire de
l’AfD, a affirmé avoir fait pression sur la MSC pendant la procédure pour
qu’elle convie des membres de son parti en menaçant de venir quand même à la
conférence en tant qu’invités de la délégation américaine. Peu après, son parti
a reçu trois invitations, a-t-il relaté.
Dans un e-mail envoyé à POLITICO, la MSC a nié que de telles menaces aient
conduit à l’envoi des invitations.
DES MENACES EN L’AIR ?
Les menaces de l’AfD n’étaient semble-t-il pas des plus consistantes. Heinrich
Koch a dit avoir contacté le bureau du sénateur américain Lindsey Graham, qui
doit participer à la conférence, mais n’avoir jamais eu de réponse. Contacté,
l’élu républicain n’a pas répondu à trois demandes de commentaires.
Elles illustrent néanmoins la manière dont l’AfD a cherché à utiliser le soutien
passé de l’administration Trump pour faire pression sur la MSC et, plus
largement, pour mettre fin à son ostracisation politique en Allemagne. Les
efforts de la formation d’extrême droite pour se rendre à la conférence peuvent
être considérés comme faisant partie d’une initiative plus large visant à
abattre le fameux “pare-feu” que les partis traditionnels ont érigé autour
d’elle, empêchant une coopération étroite en dépit de sa popularité croissante.
Dans ce combat, l’AfD a reçu le soutien des plus hautes sphères de
l’administration Trump. Lors de la conférence de l’année dernière, le
vice-président américain JD Vance a vivement critiqué les centristes européens
pour avoir exclu l’extrême droite, déclarant : “Il n’y a pas de place pour les
pare-feu.” Après son discours, JD Vance a rencontré Alice Weidel, codirigeante
nationale de l’AfD, dans un hôtel de Munich.
Heinrich Koch a fait savoir que l’AfD tenterait d’organiser une réunion de haut
niveau similaire cette année, bien que la participation de JD Vance à la
conférence ne soit pas certaine à ce stade. Le même a également indiqué qu’il
avait demandé une invitation pour Alice Weidel, mais que les organisateurs
avaient refusé. Wolfgang Ischinger, le président de la MSC, a précisé que son
équipe et lui-même n’enverraient plus d’invitations aux responsables politiques
de l’AfD.
Le porte-parole d’Alice Weidel, Daniel Tapp, a démenti que son parti ait utilisé
la perspective d’une nouvelle rencontre avec un haut responsable de
l’administration Trump pour faire pression et obtenir des invitations à la
conférence, mais il a déclaré qu’une “certaine pression” avait conduit à
l’invitation des trois parlementaires.
Les projets d’Alice Weidel pour la conférence demeurent flous. “Nous attendrons
de voir dans les prochains jours si cette affaire évolue”, a déclaré Daniel Tapp
à la fin du mois dernier. Vendredi, aucune réunion entre Alice Weidel et des
représentants des Etats-Unis n’avait été prévue dans le cadre du MSC, selon le
porte-parole.
Wolfgang Ischinger a souligné que les événements organisés par l’AfD en dehors
de la MSC n’avaient rien à voir avec la conférence.
“Ils peuvent organiser une grande conférence, vous savez, si vous voulez mon
avis”, a-t-il lancé. “Et ce n’est pas à moi de les en empêcher ou d’en discuter
avec eux. C’est leur affaire, mais cela n’a rien à voir avec la Conférence de
Munich sur la sécurité.”
POLITICO est un partenaire média officiel de la conférence de Munich sur la
sécurité de cette année.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo
atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux
municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second
tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en
exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible
quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats.
“Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national
aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate
Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête
progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois
de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille.
Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui
perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida
Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point
(26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de
campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen.
L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters”
types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée
sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo
capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa
gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie
importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard
Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote.
“Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois]
d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il
faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur
RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle
n’avait pas ménagé jusqu’à présent.
LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE
En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste
David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la
course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que
Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en
situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des
électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024.
“Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat
‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ;
c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen —
cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est
notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de
l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert
: “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à
l’union.”
(*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier
2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes
électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge,
genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes
antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge
d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau
exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis
virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de
l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent,
concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de
carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps
“d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les
autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke,
homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son
tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.”
Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à
fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que
trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux
olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse
d’enchaîner les accrocs.
Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la
communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de
“désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice
des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a
excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la
ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce
même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une
clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de
l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée
et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des
mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur
discret mais présent dans ce dossier délicat.
Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du
bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques
semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler
un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony
Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de
l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur
les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion :
l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une
organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.
“FAIRE UN TRUC SÉRIEUX”
Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron,
préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son
“ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant
les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est
limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les
“moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1
milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des
ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin
en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou
financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue
de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent
vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient
la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore
un acteur du dossier.
Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan
démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs
citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de
débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes
auxquelles la justice a pour l’instant accédé.
Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés
sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur
plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont
monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
“Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et
pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient,
sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des
étapes.
Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui,
toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc
sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à
Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent
Wauquiez.
L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite
quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a
un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un
élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune
dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par
exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la
communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien
porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron.
Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux
régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il
estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud
Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”,
affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais
elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après
plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ;
au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait
moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire,
chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois
qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.
Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un
autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été
identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le
Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou
plutôt en Savoie.
SYMBOLE
Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en
Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales
du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves
des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la
première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son
meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a
passé une partie de son enfance.
Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la
carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget
serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent
sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était
déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique)
qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour
que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors
considéré comme un cinquième pôle.
D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce
serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il,
sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des
principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur
ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les
équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.
Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure
pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même
conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel
Barnier.
L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée
à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de
garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire,
arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la
dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir
financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit
attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il
participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs
avec qui POLITICO a échangé.
C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin
Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain.
L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des
montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent
Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview
dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant
même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la
motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade,
c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et
qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de
s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.
Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il
présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids
politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet,
quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel.
Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée
l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est
devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les
valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de
temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026.
“Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a
tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier.
Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du
Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre,
de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en
interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de
“ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le
fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février
prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des
Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke
et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la
scène.
Et le plus dur, alors, commencera.
PARIS — Qui sera l’Antéchrist du XXIe siècle ? La question a été au centre de
l’intervention, lundi soir, du magnat de la tech américaine Peter Thiel, entre
les boiseries de l’Académie des sciences morales et politiques.
Selon le résumé écrit de l’intervention du fondateur de PayPal — dix pages, tout
de même —, qui a été transmis aux participants et que POLITICO a pu consulter,
Peter Thiel a présenté durant près d’une heure une “version élargie” de la
première partie d’un cycle de conférences qu’il a donné ces derniers mois à San
Francisco sur le sujet de l’Antéchrist. Cette figure de la théologie chrétienne,
soit un usurpateur censé prendre la place de Jésus-Christ avant la fin du monde,
est au cœur de la pensée de ce proche du vice-président américain JD Vance.
“J’ai plus entendu parler de l’Antéchrist durant ces quarante-cinq minutes que
durant tout le reste de ma vie”, sourit un participant à ce rendez-vous.
Figure de la tech libertarienne, Peter Thiel est intervenu en anglais dans le
cadre d’un groupe de travail consacré à l’“avenir de la démocratie”, a précisé
l’Académie des sciences morales et politiques. Il était invité par la philosophe
et membre de l’Académie Chantal Delsol, d’obédience conservatrice et défenseuse
du principe de l’union des droites.
UNE THÈSE SORTIE DU MOYEN ÂGE
S’appuyant sur une présentation en 23 diapositives, Peter Thiel a multiplié les
allers-retours entre les textes bibliques et l’actualité pour matérialiser le
risque qu’émerge un Antéchrist durant le siècle.
Selon le milliardaire, cet Antéchrist prendrait la forme d’une personne qui
répand “des rumeurs de guerres” et effraie les populations “pour que vous lui
donniez le contrôle sur la science” — que ces risques soient environnementaux ou
technologiques, à l’image de ceux posés par l’intelligence artificielle. Peter
Thiel pointe aussi le risque d’un “gouvernement global totalitaire”.
Parmi les figures qui agitent les peurs, Peter Thiel pointe dans sa présentation
“Greta [Thunberg]” ou encore “les altruistes anti-IA”. L’écrivain américain
Eliezer Yudkowsky, qui appelle à une régulation de l’intelligence artificielle,
est également pointé du doigt pour avoir mis en garde contre une IA qui pourrait
devenir incontrôlable.
S’appuyant sur des visuels apocalyptiques, comme le tableau Le Grand dragon
rouge et la bête sortie de la mer de William Blake, Peter Thiel estime ainsi que
son rôle est de convaincre que l’Antéchrist “n’est pas seulement un fantasme
médiéval”.
Le milliardaire a estimé au passage que l’Académie des sciences morales est “un
des rares endroits au monde où une conférence comme celle-ci peut avoir lieu”.
Cette présentation n’en a pas moins été jugée “décousue” par un autre
participant à la rencontre, qui a requis l’anonymat pour parler librement de ce
rendez-vous polémique. Une manifestation avait en effet été organisée devant
l’Institut de France, durant l’intervention de Peter Thiel, pour dénoncer sa
présence.
DANS LE RESTE DE SON AGENDA PARISIEN
Le conférencier de passage a en outre profité de son passage à Paris pour
rencontrer lundi le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël
Barrot, lors d’un déjeuner.
“Compte tenu du rôle qu’il a pu avoir dans la construction de la doctrine qui
meut une partie de l’administration américaine, Jean-Noël Barrot l’a invité pour
un échange sur nos différences d’appréciation s’agissant de plusieurs sujets
majeurs : la régulation numérique, la démocratie libérale, la civilisation
européenne, la relation transatlantique notamment”, précise l’entourage du
ministre.
Le cofondateur de Palantir a en outre des relations d’affaires à soigner en
France, où l’entreprise spécialisée dans les logiciels et l’analyse de données
fournit notamment la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ou
encore le groupe Airbus.
“A Bruxelles, personne ne vous entend crier” — Kasper Juul, spin doctor, dans la
série danoise Borgen.
Pour certains responsables politiques, Bruxelles est l’endroit où l’on est
envoyé quand on dérange dans son pays ou qu’on a fait son temps.
Pour d’autres, c’est la possibilité d’obtenir un poste prestigieux, au-delà de
leur rang ou de leur expérience.
On trouve aussi des bureaucrates qui se présentent chaque jour devant les
caméras en tant que porte-parole de la Commission européenne, bien qu’ils aient
peu ou pas d’expérience des médias. Ou encore des diplomates de carrière, qui se
retrouvent à gérer des dossiers ayant des conséquences majeures sur la politique
intérieure.
Toutes ces personnes sont unies par une croyance, dans une certaine mesure, dans
le projet européen. Mais travailler dans la capitale de l’UE peut virer au
cauchemar (malgré la visibilité, le salaire élevé et d’autres avantages).
Voici les cinq personnes dont nous pensons qu’elles ont les métiers les plus
difficiles à Bruxelles, et pourquoi.
MARK RUTTE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OTAN
Certes, on le surnomme “Teflon” — parce que tout glisse sur lui — aux Pays-Bas
ou au sein de l’Otan, mais avec Donald Trump à la Maison-Blanche, la tâche de
Mark Rutte est de toute évidence la plus difficile à Bruxelles.
A l’heure actuelle, il semble que son rôle consiste moins à diriger l’alliance
militaire qu’à essayer d’empêcher un homme — Donald Trump — de la démanteler
entièrement. Et l’ancien Premier ministre néerlandais apparaît plutôt doué pour
murmurer à l’oreille du président américain. Peu de temps après en avoir remis
une couche sur le Groenland dans son discours à Davos la semaine dernière, le
locataire de la Maison-Blanche a rencontré Mark Rutte et a annoncé à la surprise
générale qu’ils avaient établi “le cadre d’un futur accord”.
Reste que cela met le Néerlandais dans une situation étrange. En mars dernier,
lorsque les deux hommes se sont rencontrés dans le Bureau ovale, Donald Trump a
déclaré qu’il voulait annexer le Groenland, ce à quoi Mark Rutte n’a pu que
répondre : “Je ne veux pas entraîner l’Otan” dans cette affaire, irritant les
Danois. Aucune disposition du traité fondateur de l’Alliance de 1949 n’envisage
qu’un allié en attaque un autre, et la Première ministre danoise, Mette
Frederiksen, comme d’autres, a averti qu’une invasion signifierait la fin de
l’Otan. Mi-janvier, Mark Rutte assurait que l’Alliance n’était “pas du tout” en
crise.
Le secrétaire général en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé Donald Trump
“daddy”, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir.
Le cabinet de Mark Rutte n’a pas répondu à une demande de commentaire pour cet
article.
“Je comprends parfaitement la difficulté de sa tâche [maintenir l’unité de
l’Otan], mais c’est tellement pénible de le regarder”, confie un diplomate
chevronné de l’UE, sous couvert de l’anonymat pour pouvoir s’exprimer librement,
comme d’autres personnes dans cet article.
Le secrétaire général, Mark Rutte, en a fait tiquer plus d’un lorsqu’il a appelé
Donald Trump “daddy“, un commentaire sur lequel il a tenté de revenir. | Mandel
Ngan/AFP via Getty Images
“Marcher sur une corde raide avec un vent contraire est plus facile que le
travail du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte”, compare Nicolás Pascual de
la Parte, ancien ambassadeur espagnol auprès de l’Alliance, aujourd’hui
eurodéputé du Parti populaire européen et membre de la commission de la Sécurité
et de la Défense. “Garder l’Alliance atlantique unie dans les circonstances
actuelles exige un sens politique sans pareil pour tempérer la stratégie de
l’abîme de Trump.”
PAULA PINHO, PORTE-PAROLE EN CHEF DE LA COMMISSION
Sous l’ère von der Leyen, la fonction de porte-parole en chef est devenue très
difficile. Les responsables publics affirment que la présidente de la Commission
travaille dans un bunker — au sens figuré —, avec seulement son chef de cabinet,
Björn Seibert, dans la boucle, tandis que tous les autres sont soit laissés dans
l’ignorance, soit au courant uniquement des informations strictement nécessaires
— ce qui est très différent du style plus collégial de son prédécesseur,
Jean-Claude Juncker.
Cela fait du travail de la Portugaise Paula Pinho, nommée porte-parole en chef
de la Commission en novembre 2024 et avocate de formation, l’un des plus
difficiles à Bruxelles, puisqu’elle doit tous les jours faire face aux questions
des journalistes devant les caméras. Mais souvent, Paula Pinho — une
germanophone proche de Michael Hager, le chef de cabinet du commissaire Valdis
Dombrovskis et considéré comme un allié de Björn Seibert — ne peut pas répondre,
soit parce qu’elle n’y est pas autorisée, soit parce qu’elle n’a pas reçu la
réponse, relatent des responsables publics et des diplomates.
La Commission est ainsi plus fermée que jamais. En janvier dernier,
lorsqu’Ursula von der Leyen a été hospitalisée pour une pneumonie, c’est
l’agence de presse allemande DPA qui a annoncé la nouvelle. Alors que le mois
suivant, même le Vatican, réputé pour son manque de transparence, n’a pas caché
que le pape François avait été hospitalisé.
Lors du départ d’Eric Mamer, le prédécesseur de Paula Pinho, les responsables
européens ont plaisanté sur le nombre de bouteilles de champagne qu’il avait
ouvertes pour fêter sa liberté. Au moins, le sacrifice d’Eric Mamer a été
récompensé : il a ensuite été nommé directeur général de la DG Environnement.
Paula Pinho a déclaré à POLITICO : “Je suis honoré d’occuper ce qui est l’un des
emplois uniques à Bruxelles. Cela ne se mesure certainement pas au confort ou à
la facilité des tâches, mais à la responsabilité et à la sobriété.”
Elle a ajouté qu’une partie de son travail “consiste à faire la différence entre
ce que le public a besoin de savoir et ce que certains médias aimeraient bien
savoir”.
KAJA KALLAS, LA CHEFFE DE LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE L’UE
Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), l’organe diplomatique de
l’Union européenne, a été créé en 2010 et la tâche du haut représentant qui le
dirige a toujours été difficile, car les Etats membres, en particulier les plus
grandes puissances, veulent garder la politique étrangère entre leurs mains.
Les relations entre Ursula von der Leyen et l’ancien titulaire du poste, Josep
Borrell, étaient très mauvaises, selon des responsables européens. C’est encore
pire avec Kaja Kallas.
La région méditerranéenne a été retirée du portefeuille de l’Estonienne, la
Commission ayant créé l’année dernière un service consacré au Moyen-Orient, à
l’Afrique du Nord et aux pays du Golfe (DG MENA). Dans le même temps, l’exécutif
européen a travaillé activement sur des plans visant à réduire la taille du
SEAE.
Kajas Kallas a tenté de réagir en voulant nommer un secrétaire général adjoint
puissant en la personne de Martin Selmayr, l’ancien chef de cabinet redouté de
Jean-Claude Juncker, mais cette initiative a été bloquée par le cabinet d’Ursula
von der Leyen.
Kaja Kallas “se plaint en privé qu’elle [von der Leyen] est une dictatrice, mais
elle ne peut rien y faire ou presque”, pointe un responsable européen chevronné.
De plus, la haute représentante est originaire d’Estonie, un petit Etat, et son
parti, les libéraux, n’est pas très puissant, ce qui rend sa position encore
plus faible que celle de Josep Borrell (un socialiste espagnol).
Le cabinet de Kaja Kallas n’a pas répondu à une demande de commentaire.
BÁLINT ÓDOR, AMBASSADEUR DE HONGRIE
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán aime jouer les méchants avec sa ligne
prorusse et pro-Trump, rendant le travail de l’ambassadeur du pays auprès de
l’UE difficile. L’actuel occupant du poste, Bálint Ódor, est considéré comme
proche du parti Fidesz de Viktor Orbán, contrairement à son prédécesseur, Tibor
Stelbaczky, qui travaille désormais pour l’organe diplomatique de l’UE.
Bálint Ódor est considéré comme proche du parti Fidesz de Viktor Orbán. |
Thierry Monasse/Getty Images
Lorsque les ambassadeurs hongrois tentent d’adoucir certaines lignes dures de
leur gouvernement, cela crée des soupçons à Budapest quant à leur loyauté,
relate un diplomate hongrois. Un responsable public a décrit l’ambassadeur
hongrois comme “l’éléphant dans la pièce”, en raison des liens étroits du pays
avec le Kremlin.
Au cours de la présidence hongroise du Conseil de l’UE l’année dernière, des
diplomates ont exprimé des inquiétudes quant au partage de certaines
informations avec les Hongrois en raison de la proximité de leur Premier
ministre avec la Russie (le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter
Szijjártó, rencontre régulièrement son homologue russe, Sergey Lavrov, qui est
sous sanctions européennes). “C’est un privilège de servir mon pays et de
représenter les intérêts hongrois”, a répondu Bálint Ódor à POLITICO.
MAROŠ ŠEFČOVIČ, COMMISSAIRE AU COMMERCE
Lorsqu’un dossier est difficile à résoudre, il faut faire appel au commissaire
slovaque formé à Moscou et surnommé “Mister Fix It“ pour sa capacité à résoudre
les problèmes.
Cet ex-membre du Parti communiste slovaque est commissaire depuis octobre 2009,
ce qui fait de lui le plus ancien commissaire en exercice, ayant servi sous José
Manuel Barroso, Jean-Claud Juncker et Ursula von der Leyen.
Maroš Šefčovič a été appelé à superviser la réponse de l’UE à des défis
extraordinaires (et compliqués) comme le Brexit et le Pacte vert européen, et
maintenant, à l’ère Trump, il est chargé du commerce. Mais il fait plus que
cela. Par exemple, lorsqu’Ursula von der Leyen n’a pas voulu se rendre au
Parlement européen à Strasbourg pour un débat sur l’opportunité de la censurer,
elle et son collège de commissaires (et donc lui), elle l’a envoyé à sa place.
Le cabinet de Maroš Šefčovič n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — “Le 49.3 est un chemin assez périlleux”, remarquait Amélie de Montchalin
lundi matin, quelques heures avant que Sébastien Lecornu ne se décide à
l’enclencher.
Au delà-du risque de censure, la ministre des Comptes publics n’est pas sans
savoir qu’avant d’accoucher de la copie finale du projet de loi de finances, un
vrai ballet politico-technique a lieu en coulisses. Et il n’est pas sans risque.
Avant que le Premier ministre engage sa responsabilité à la tribune de
l’Assemblée nationale mardi après-midi, ses services auront travaillé
d’arrache-pied en tandem avec Bercy pour rédiger les documents recensant
l’intégralité des amendements retenus dans la version finale du budget. D’abord
un tableau sur la partie consacrée aux recettes, puis un autre, en fin de
semaine, sur la partie dépenses.
Grâce à l’alinéa 3 de l’article 49 – le fameux outil constitutionnel qu’il avait
promis de ne pas utiliser – l’exécutif aura la liberté de choisir ou d’écarter
les amendements de son choix, quel qu’ait été leur sort dans l’hémicycle. Dans
un cadre toutefois contraint, Sébastien Lecornu s’étant à nouveau engagé à ce
que l’objectif de 5% de déficit soit tenu à la fin. “Les tableaux vont être
dévoilés au fur et à mesure dans la semaine”, a indiqué le Premier ministre.
Un exercice compliqué, réalisé par une palanquée de hauts fonctionnaires chargés
de rendre, en quelques heures, de nombreux arbitrages, dictés par des
considérations politiques et des impératifs techniques pas toujours
conciliables.
TRI SÉLECTIF SOUS HAUTE PRESSION
En pratique, ce document, qui n’est ni plus ni moins qu’un tableau Excel rempli
de numéros (comme dans cet exemple), doit être ficelé et transmis à l’Assemblée
avant que le chef du gouvernement ne monte à la tribune du Palais-Bourbon.
Avant cela, les équipes de la Direction du budget (DB) et de la Direction de la
législation fiscale (DLF), en tandem avec le cabinet d’Amélie de Montchalin et
les conseillers de Matignon, devront intégrer ligne à ligne des dizaines voire
des centaines d’amendements, et parfois en rédiger de nouveaux.
Ce travail préparatoire a déjà démarré à Bercy, avant même que le gouvernement
tranche entre les ordonnances et le 49.3. Ces derniers jours, le cabinet de la
ministre des Comptes publics a consigné dans les futurs tableaux les avancées et
les compromis ébauchés lors des plusieurs réunions de négociations avec les
députés.
Les conseillers ministériels chargés de la négociation avec les groupes
politiques sont épaulés par les hauts fonctionnaires de la DB, en particulier du
bureau de la synthèse budgétaire et du bureau lois de finances. Pour les mesures
fiscales, la DLF est à la manœuvre. A Matignon, les chefs des pôles comptes
publics et entreprises de Matignon supervisent ce travail de fourmi et affinent
le document, en lien avec le pôle parlementaire.
Dans ce ping-pong infernal, le tableau passe de main en main, et celui qui en a
le contrôle reçoit alors un torrent de sollicitations pour ajouter ou retirer
une disposition. “On recevait à peu près un mail toutes les dix secondes”, se
souvient un agent de Bercy impliqué dans la construction du tableau lors du
budget 2024, sous Elisabeth Borne.
“C’est un énorme travail parce qu’il y a tout un texte où il faut passer des
modifications dans tous les sens”, raconte un autre artisan du budget à cette
époque. A ce tri s’ajoute un travail d’écriture, puisque les ajouts des
parlementaires, parfois bancals, nécessitent souvent d’être rectifiés à la
dernière minute.
Car, outre les aspects techniques, l’élaboration du tableau doit intégrer des
considérations politiques. Question de signal, l’exécutif donne “des victoires”
aux différents groupes politiques en reprenant leurs amendements.
“Il faut signifier que vous faites plaisir, par exemple à tel gars de chez LR ou
que vous faites un geste envers Liot, tout ça nécessite énormément de
coordination”, se remémore un autre ancien artisan du budget. Ce qui n’est pas
sans engendrer des tensions entre les conseillers techniques et les conseillers
politiques.
Sans oublier que chaque disposition, qu’elle engendre un coût ou génère une
recette supplémentaire, fait mécaniquement bouger les compteurs, et requiert
donc des ajustements du solde budgétaire pour éviter toute insincérité des
comptes.
GARE AUX BOURDES
Le processus est jugé particulièrement accidentogène par de nombreux acteurs de
la procédure. “C’est un truc un peu bordélique de dernière minute”, résume un
haut fonctionnaire.
A Bercy, tout le monde garde un souvenir amer de la préparation chaotique du
49.3 déclenché par Elisabeth Borne sur le budget 2024. Si bien qu’à son issue
Laurent Martel et Mélanie Joder, respectivement à la tête de la DLF et de la DB,
avaient co-signé fin 2023, une note aux ministres visant à “alerter sur les
conditions d’élaboration” et les “multiples défaillances”, qui avaient entaché
“la procédure interministérielle”.
A l’époque, travaillant dans l’urgence, les conseillers avaient laissé passer
des erreurs ayant conduit à l’adoption de quelques mesures dont le gouvernement
ne voulait pourtant pas.
Par exemple, la suppression d’une niche fiscale pour les locations meublées de
type Airbnb, alors que le gouvernement souhaitait simplement la réduire, avait
engendré un mini psychodrame. Le Conseil d’Etat avait dû ensuite se pencher sur
le sujet et une plainte avait même été déposée par une députée écologiste contre
Bercy.
Un autre plantage, dont le gouvernement n’a jamais fait état, avait
particulièrement fait suer le gouvernement. S’emmêlant les pinceaux, Matignon et
Bercy avaient omis de faire disparaître un amendement sénatorial auquel il était
farouchement opposé. Celui-ci permettait d’allouer une partie du produit de la
taxe sur les infrastructures de transport longue distance, créée cette année-là
budget 2024.
Une erreur à 100 millions d’euros qui n’a jamais été gommée.
DAVOS, Suisse — L’arrivée du président américain Donald Trump dans la station
alpine de Davos, cette semaine, marque à la fois l’aboutissement d’un an
d’efforts pour le courtiser et un tournant pour cet événement autrefois perçu
comme le symbole de la mondialisation libérale.
L’édition de cette année du Forum économique mondial (WEF en anglais), qui a
démarré ce lundi, met en évidence un changement radical pour ce rendez-vous
longtemps caricaturé comme un lieu de discussion “woke” : le climat et la
diversité ont été relégués au second plan, l’intelligence artificielle et la
croissance ont pris le dessus, et les Etats-Unis — avec la présence de Donald
Trump et son cercle restreint — devraient monopoliser l’attention. Cette
évolution coïncide avec une campagne de plusieurs mois visant à attirer le
président américain et à réaffirmer la pertinence du WEF, qui s’essoufflait ces
dernières années.
“Post-Davos l’année dernière, j’ai entamé des discussions avec la Maison-Blanche
et je me suis coordonné avec la cheffe de cabinet Susie Wiles”, a retracé Børge
Brende, le patron du Forum économique mondial, à POLITICO lors d’un appel vidéo
depuis son bureau à Genève la semaine dernière.
“J’ai également visité Washington début décembre, j’ai eu des réunions à la
Maison-Blanche, mais aussi avec les différents [membres du gouvernement], et
maintenant nous sommes dans une situation où Trump vient, et nous avons
également cinq secrétaires [équivalents de ministres, NDLR] de premier rang”,
s’est-il réjoui. “Il y aura une forte présence américaine à Davos.”
Børge Brende, ancien ministre norvégien des Affaires étrangères, s’est
manifestement donné pour mission de trouver des orateurs de renom pour le sommet
alpin de l’élite économique et politique mondiale.
Après des éditions compliquées pendant la période Covid, une forte augmentation
des coûts de participation et des turbulences au sein de la direction du WEF, la
présence de Donald Trump, entouré des acteurs les plus puissants du mouvement
MAGA (Make America Great Again), équivaut à un vote de confiance pour événement
que certains avaient jugé dépassé ou en perte de vitesse.
Cette année, l’administration Trump sera la vedette de Davos — et au centre
d’une grande partie des négociations qui l’entourent. | Anna Moneymaker/Getty
Images
Cette domination américaine coïncide avec une évolution plus large du programme
lui-même.
Autrefois, Davos avait offert sa scène principal à une Greta Thunberg
avertissant que “notre maison est en feu” en référence à la crise climatique,
célébré un groupe de coprésidentes entièrement féminin dans le sillage de
#MeToo, et poussé les gouvernements à suivre les progrès dans l’application de
l’Accord de Paris et des objectifs de développement durable des Nations unies.
Aujourd’hui, il fait place au programme MAGA de Trump à un moment où le
président américain a une fois de plus bouleversé la diplomatie mondiale, en
menaçant de droits de douane les pays européens parce qu’ils résistent à son
ambition de s’emparer du Groenland.
L’entourage de Donald Trump comprendra Marco Rubio (secrétaire d’Etat), Scott
Bessent (Trésor), Howard Lutnick (Commerce), le représentant au Commerce
Jamieson Greer, Chris Wright (Energie), l’envoyé spécial des Etats-Unis au
Moyen-Orient Steve Witkoff, et le gendre du président, Jared Kushner.
Des invités traités comme VIP, bien sûr. Børge Brende a interrompu l’interview à
deux reprises pour prendre un appel de Jared Kushner.
“Passez le bonjour à Ivanka”, a-t-il glissé, avant de couper son micro.
AU REVOIR LE WOKISME, BONJOUR L’IA
Cette année, le WEF a choisi un thème à l’intitulé des plus consensuels :
“L’esprit de dialogue”. Les sujets précédemment à la mode, tels que l’écologie
et la diversité, sont largement passés à la trappe et remplacés par des
formulations telles que “construire la prospérité dans les limites de la
planète” ou “investir dans les individus”.
Les participants issus de l’élite mondiale assisteront à des débats sur les
opportunités économiques de la nature (“Business case for nature”), l’impact de
l’intelligence artificielle sur la hiérarchie dans les entreprises (“Corporate
ladders, AI reshuffled”) ou la science comme moteur de la croissance (“Science
as a growth engine”), avec l’industrie de l’IA et son potentiel de croissance
économique au cœur du programme.
Ce dernier a-t-il été conçu pour attirer l’administration Trump ? Le Forum est
“indépendant et impartial”, a répondu Børge Brende, assurant que le programme
est “tel que nous l’avions prévu et n’est pas modifié par des acteurs
extérieurs”.
Que ce soit intentionnel ou non, cette édition s’éloigne clairement des sujets
“woke”, même si les habitués de Davos estiment qu’il s’agit plus d’un choix
reflétant le contexte actuel plutôt que d’une stratégie délibérée.
Il est “tout à fait raisonnable de se concentrer sur les questions
d’environnement et de justice sociale, mais à l’heure actuelle, le monde est
beaucoup plus préoccupé par les questions épineuses de géopolitique”, a soulevé
Clayton Allen, responsable des Etats-Unis au sein de l’Eurasia Group.
Pour Mike Rubino — ancien de la première administration Trump, aujourd’hui
associé chez Forward Global et Ballard Partners —, ce changement de focale fait
“en quelque sorte partie intégrante du nouvel ordre mondial”.
“Ces questions sont passées de mode”, a-t-il acté, citant l’essor puis le déclin
du sujet de l’énergie nucléaire à Davos, tout comme de l’attention accordée à la
guerre en Ukraine.
Les responsables européens ont estimé en privé que Davos était l’occasion de
faire pression sur Donald Trump pour qu’il approuve personnellement les
garanties de sécurité des Etats-Unis et discutées à Paris la semaine dernière. |
Telmo Pinto/LightRocket via Getty Images
Pendant ce temps, les milliardaires, hommes d’affaires et financiers,
traditionnels invités du WEF, rencontreront des “hyperscalers” (des datacenters
à grande échelle) de l’intelligence artificielle en portant un toast aux
montants records de leur richesse personnelle.
Le président du géant de l’IA Nvidia, Jensen Huang, fera aussi partie des
orateurs vedettes, tandis que des cadres dirigeants de Microsoft, Meta,
Palantir, Anthropic ou OpenAI se réuniront en marge de la conférence avec des
financiers, comme JPMorgan, Goldman Sachs, BlackRock ou Salesforce.
LES ETATS-UNIS ARRIVENT EN FORCE
Cette année, l’administration Trump sera la vedette de Davos — et au centre
d’une grande partie des négociations qui l’entourent.
Clayton Allen racontait que ses clients sont “extrêmement intéressés par tout ce
qui a trait à la façon dont Trump aborde le reste du monde. Tout ce que fait
Trump, toute interaction qu’il a avec des dirigeants étrangers […] juste ça
intéresse énormément.”
Des dirigeants européens sont aussi attendus à Davos. Ils s’efforceront de
négocier avec Donald Trump après sa menace de nouveaux droits de douane contre
l’UE, liée à son ambition de prendre le contrôle du Groenland, et la suspension
de l’accord commercial entre l’Europe et les Etats-Unis.
Le président Emmanuel Macron et la présidente de la Commission européenne Ursula
von der Leyen figurent parmi les participants, aux côtés des dirigeants de
l’Allemagne, de la Pologne, de l’Espagne et de plusieurs autres pays de l’Union,
ainsi que du secrétaire général de l’Otan Mark Rutte.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est également attendu aux côtés de
dirigeants qui espèrent profiter du Forum de Davos pour obtenir des engagements
américains sur un éventuel cadre de paix en Ukraine, que ce soit en approuvant
des garanties de sécurité des Etats-Unis ou en obtenant son soutien à un accord
économique plus réduit lié à la reconstruction de l’Ukraine après-guerre.
“Il y a beaucoup plus d’enthousiasme cette année”, a observé Mike Rubino.
“On voit des CEO se ruer, non seulement pour tenter d’accéder à la réception que
[Trump] donnera, mais aussi pour entrer dans la Maison des Etats-Unis”, a-t-il
ajouté, faisant référence à la petite église qui accueille les représentants de
l’administration américaine et les chefs d’entreprise tout au long de la semaine
et qui est sponsorisée à prix d’or par Microsoft et McKinsey.
Un patron américain a joué un rôle essentiel dans le redressement du WEF : Larry
Fink, de BlackRock.
Celui-ci a été nommé coprésident par intérim après la démission du fondateur du
Forum de Davos, Klaus Schwab, à la suite d’accusations portées par un lanceur
d’alerte concernant sa gestion (une enquête interne n’a trouvé “aucune preuve de
faute grave”). Après son départ, l’Allemand avait affirmé avoir discuté avec
Christine Lagarde de raccourcir son mandat à la présidente de la Banque centrale
européenne pour qu’elle prenne son poste au WEF, ce que la Française avait
ensuite démenti.
Cette “période difficile” passée, la direction du WEF a “agi rapidement” pour
consolider les choses, a tempéré Børge Brende. Larry Fink et le milliardaire
suisse André Hoffmann lui ont apporté leur poids financier et économique, et
utilisé leur carnet d’adresses pour attirer des conférenciers de renom.
Cette manière de procéder fonctionne “très bien”, a assuré Børge Brende. “Je
leur parle presque tous les jours et c’est une équipe formidable.”
Selon un initié, le fondateur du WEF, Klaus Schwab, ne devrait pas participer au
sommet de cette année.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
BRUXELLES — Pour une entreprise qui s’est fait prendre à vendre des armes et des
poupées sexuelles d’apparence enfantine sur le marché européen, Shein a toujours
autant accès aux décideurs de l’Union européenne.
Après avoir échappé le mois dernier à la suspension de sa plateforme en France,
la marque chinoise d’ultra-fast-fashion s’est rendue dans la capitale de l’UE
pour convaincre la Commission européenne qu’elle est respectueuse de
l’environnement. Et Bruxelles est à l’écoute.
Le président exécutif de Shein, Donald Tang, a rencontré mercredi la commissaire
à l’Environnement, Jessika Roswall, pour parler des “priorités communes” de
l’entreprise et l’UE en matière de développement durable et d’économie
circulaire.
La rencontre entre Donald Tang et Jessika Roswall intervient quelques semaines
après que l’entreprise a évité de justesse une suspension totale de sa
marketplace en France, et alors que les efforts de Paris pour aboutir à une
réponse européenne contre Shein sont en perte de vitesse.
“Cette réunion s’inscrit dans le cadre de nos échanges réguliers avec les
décideurs européens sur des sujets concernant notre secteur”, expose Martin
Reidy, porte-parole de l’entreprise, ajoutant que celle-ci reflète l’“engagement
en faveur d’un dialogue constructif” de Shein.
Les Etats membres ont accepté de taxer les petits colis entrant dans l’UE à
partir de juillet prochain — une politique pour laquelle la France a beaucoup
fait pression —, mais les activités commerciales de Shein en Europe ne montrent
aucun signe de ralentissement.
En décembre, l’entreprise a ouvert à Wrocław, en Pologne, une immense plateforme
logistique comprenant un entrepôt de 740 000 mètres carrés, avec à la clé, selon
le communiqué de presse, des milliers de créations d’emplois et la capacité de
servir 100 millions d’acheteurs sur le continent.
“Je suis impatient d’entendre Shein expliquer comment elle respecte la
législation européenne et intègre des solutions durables et circulaires pour
mieux protéger les consommateurs”, a déclaré Jessika Roswall avant la réunion,
ajoutant que “l’ultra-fast-fashion est un défi de plus en plus important”.
LE PARLEMENT N’EST PAS IMPRESSIONNÉ
La nouvelle de la visite de Donald Tang a suscité des réactions parmi les
parlementaires européens de gauche, qui, avec les Conservateurs, les libéraux et
les Verts, ont adopté en novembre dernier une résolution appelant la Commission
à “abandonner le dialogue pour passer aux mesures d’exécution décisives” des
normes européennes de protection des consommateurs pour les plateformes en
ligne.
“J’attends des conséquences claires de cette réunion”, a prévenu Gabriele
Bischoff, eurodéputée allemande et vice-présidente du groupe des Socialistes et
démocrates.
Selon elle, le scandale des poupées sexuelles “montre clairement que les
plateformes d’e-commerce, comme Shein, tirent profit de manière répétée de
produits illégaux et dangereux tout en ignorant les normes européennes”.
La Commission devrait faire comprendre “sans équivoque [à Shein] que les règles
de l’UE ne sont pas négociables et qu’elle est toujours prête à utiliser ses
pouvoirs, y compris l’option d’exclure les plateformes du marché de l’UE”,
a-t-elle défendu.
“Lorsque la France a essayé d’interdire Shein du marché français, nous avons
appris une chose : Shein ne réagit qu’aux mesures dures pour rendre son business
model conforme à la législation européenne”, observe Anna Cavazzini, eurodéputée
allemande des Verts. | Martin Bertrand/Hans Lucas/AFP via Getty images
La pression s’est accrue sur Shein pour qu’elle réponde aux préoccupations des
parlementaires face à l’afflux de petits colis en provenance de pays tiers, qui
contiennent souvent des marchandises dangereuses et illégales, et à l’impact
environnemental important.
Les eurodéputés interrogeront Yinan Zhu, cadre de Shein, au Parlement européen
le 27 janvier.
“Lorsque la France a essayé d’interdire Shein du marché français, nous avons
appris une chose : Shein ne réagit qu’aux mesures dures pour rendre son business
model conforme à la législation européenne”, observe Anna Cavazzini, eurodéputée
allemande des Verts et présidente de la commission du Marché intérieur, auprès
de POLITICO.
“L’annulation de cette décision montre encore plus clairement que nous avons
besoin d’une action forte et décisive au niveau de l’UE pour lutter contre les
violations de nos lois. Il est donc grand temps que la Commission agisse avec
fermeté, par exemple en suspendant ces plateformes à l’échelle de l’UE en cas
d’infractions systémiques et répétées”, poursuit-elle.
SHEIN A REMPORTÉ LA PREMIÈRE MANCHE
En France, la marque sort presque indemne du scandale des poupées sexuelles, mis
à part sa réputation qui en a pris un coup et des relations plus fraîches avec
les autorités.
En décembre, le tribunal judiciaire de Paris s’est prononcé en faveur de Shein,
rejetant la tentative du ministère de l’Intérieur de suspendre la marketplace à
la suite de la vente de marchandises illégales. Le gouvernement a fait valoir
qu’avec Shein les problèmes risquaient de se reproduire, mais le juge a estimé
que la suspension de la plateforme était trop sévère, car elle avait réagi
rapidement à l’époque.
Le tribunal a toutefois contraint Shein à mettre en place une vérification de
l’âge au-delà de l’autodéclaration des utilisateurs sur sa plateforme avant de
continuer à vendre des produits pornographiques. Shein s’est également engagée à
respecter “toutes les lois françaises” et de poursuivre ses discussions avec les
autorités — une demi-victoire pour le gouvernement, qui a déjà annoncé qu’il
ferait appel. Le procès débutera le 5 février.
“Nous n’en resterons pas là”, a promis le ministre du Commerce, Serge Papin.
L’entreprise fait également l’objet d’une action en justice distincte de la part
de marques françaises pour concurrence déloyale.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.