PARIS — C’est un petit séisme rue de Montpensier, siège du Conseil
constitutionnel. Sa secrétaire générale, Aurélie Bretonneau, a été remerciée par
Richard Ferrand, a appris POLITICO auprès de quatre sources internes.
Dans un courriel envoyé en interne lundi 23 mars en fin de journée — et que
POLITICO a pu consulter — Aurélie Bretonneau indique : “Le président Ferrand m’a
annoncé avoir proposé au président de la République de mettre fin à mes
fonctions en raison de divergences de vues sur la conduite de l’institution.”
Ce limogeage inattendu doit désormais être officialisé par un décret en Conseil
des ministres.
Si les relations entre le président et sa secrétaire générale n’étaient pas au
beau fixe d’après deux sources internes, aucun signe avant-coureur ne laissait
présager une telle décision.
Celle-ci surprend d’autant plus que la nomination d’Aurélie Bretonneau, fin mars
2025, avait été validée par Richard Ferrand, tout juste installé à la tête du
Conseil constitutionnel.
DES TENSIONS SUR LES ORDONNANCES
Entre les deux, des “divergences” ont toutefois émergé ces derniers mois,
notamment “sur la place du droit”, d’après deux sources internes.
Selon l’une d’elles, des tensions sont apparues à la fin de l’année dernière. Le
gouvernement envisageait alors de recourir aux ordonnances pour faire adopter
son budget. Un débat entre spécialistes a rapidement émergé sur la compétence de
la Rue de Montpensier dans pareil cas. La secrétaire générale a détaillé sa
position dans une note, estimant d’une part que le contrôle du texte reviendrait
au Conseil d’Etat et non au Conseil constitutionnel et d’autre part que ces
ordonnances devaient se borner à la copie initiale présentée par le
gouvernement, et donc sans la possibilité de conserver des amendements. Deux
points dont le sens a déplu à Richard Ferrand.
“Aurélie Bretonneau n’est pas du genre à transiger sur la défense de l’Etat de
droit, ni sur la rigueur du raisonnement juridique, ni sur l’indépendance de
l’institution. Si c’est cela qui a dérangé, c’est un problème majeur”, confie
une haute fonctionnaire, qui dit son “immense perplexité”.
Après trois années comme numéro deux du Secrétariat général du gouvernement,
cette conseillère d’Etat avait succédé à Jean Maïa, qui avait épaulé Laurent
Fabius pendant près de huit ans comme secrétaire général. A ce poste
stratégique, elle pilotait le travail juridique de l’institution, supervisait
l’instruction des dossiers et veillait à la solidité des décisions rendues rue
de Montpensier.
Contacté lundi soir, Richard Ferrand n’a pas répondu à l’heure où nous publions
ces lignes. Aurélie Bretonneau n’a pas non plus souhaité commenter.
Tag - Paris
PARIS — Paris reste à gauche. Dimanche soir, Emmanuel Grégoire a filé en Vélib’
jusqu’à l’hôtel de ville une fois sa victoire proclamée. Anne Hidalgo l’y
attendait pour lui remettre les clefs de la ville.
UNE FRACTURE TOUJOURS VIVE ENTRE L’OUEST ET L’EST
Le candidat de la gauche unie (hors LFI) l’a emporté largement face à ses deux
adversaires avec 428 143 voix, soit un peu plus de la moitié des suffrages
exprimés. Il capitalise sur sa large avance au premier tour (309 693 voix contre
207 613 pour la candidate LR), gagnant plus de 118 000 voix au second tour.
Rachida Dati, malgré une fusion avec la liste Horizons-Renaissance de
Pierre-Yves Bournazel, ne parvient pas à remonter son écart, malgré 144 000
nouvelles voix.
L’Insoumise Sophia Chikirou régresse sur une semaine, perdant plus de 28 000
voix.
C’est dans les quartiers de l’est de la capitale qu’Emmanuel Grégoire enregistre
ses meilleurs scores, recevant plus de 75% des voix dans certains bureaux.
Les bureaux de vote où Pierre-Yves Bournazel a fait ses meilleurs scores au
premier tour se répartissent entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, en
fonction de ce même découpage géographique. Le nord du 17e arrondissement fait
la jonction entre les deux électorats.
Le candidat Horizons avait dépassé les 20% dans trois bureaux de vote du 18e
arrondissement, qui placent Emmanuel Grégoire largement en tête au second tour.
A contrario, dans les 6e, 8e et 15e arrondissements, Rachida Dati semble en
récolter les fruits.
103 CONSEILLERS DE PARIS POUR GRÉGOIRE
Grâce à son score important, l’équipe d’Emmanuel Grégoire comptera 103 sièges au
Conseil de Paris, soit un peu plus que la majorité de gauche sortante. Le
dernier élu de sa liste est Yvain Bourgeat-Lami, le collaborateur du député
socialiste Laurent Baumel.
Rachida Dati sauve 51 conseillers de Paris. Sylvain Maillard (Renaissance),
deuxième sur sa liste et artisan de la réforme du scrutin qui n’a finalement pas
fait son bonheur, arrive pour la première fois au conseil de Paris. Tout comme
le ministre chargé de l’Europe Benjamin Haddad (Renaissance) ou l’ancienne
ministre Marlène Schiappa, qui figurait initialement sur la liste de Pierre-Yves
Bournazel (Horizons).
Sophia Chikirou comptera 9 insoumis dans son groupe. Elle sera notamment
accompagnée par Rodrigo Arenas, député Insoumis parisien, ou Céline Verzeletti,
syndicaliste à la tête de l’Union fédérale des syndicats de l’Etat, qui avait
échoué face à Danielle Simonnet (ex-LFI) lors des élections législatives en
2024.
3 NOUVEAUX MAIRES D’ARRONDISSEMENT
Dans une déclaration teintée d’amertume, sans féliciter son adversaire ni même
prononcer son nom, Rachida Dati a reconnu ne pas avoir “réussi à convaincre que
le changement [était] non seulement possible mais nécessaire”. “Le poison de la
division a produit ses effets”, a ajouté la candidate LR, en se gardant de
désigner qui que ce soit.
Rachida Dati pourra se consoler avec la mairie du 7e, qu’elle avait remportée
dès le premier tour. Malgré le changement de scrutin, les arrondissements ne
basculent pas.
Trois arrondissements comptent cependant un nouveau maire à leur tête. Tête de
liste sur le fil, en remplacement de l’Ecologiste Emmanuelle Pierre-Marie,
accusée de “management toxique”, Lucie Castets est élue dans le 12e. David
Belliard, chef de file des écologistes dans la capitale, devient maire du 11e
arrondissement. Catherine Lécuyer (LR) l’emporte dans le 8e — elle remplace
Jeanne d’Hauteserre, candidate dissidente qui a défrayé la chronique pour ses
frais de représentation somptuaires.
Anthony Lattier et Jason Wiels ont contribué à cet article.
PARIS — En France, près de deux tiers des policiers municipaux sont équipés
d’une arme à feu, selon des chiffres obtenus auprès du ministère de l’Intérieur
par POLITICO, soit 17 800 sur les 28 400 agents en activité en 2024. Cinq ans
plus tôt, ils étaient 13 700 à être équipés.
A quelques jours des élections municipales, l’armement létal de ces policiers
figure dans de nombreux programmes. Dans les principaux partis, seule La France
insoumise milite clairement pour leur désarmement. Le parti conteste le
désengagement de l’Etat de son rôle régalien et appelle plutôt à un renforcement
de la police nationale et de la gendarmerie.
Modernisée en 1999, la police municipale, placée sous l’autorité du maire, s’est
développée par palier, surtout en milieu urbain. Et la tendance est à la hausse,
avec des édiles toujours tentés de recruter.
DES VARIATIONS SELON LES DÉPARTEMENTS
Sur l’ensemble du territoire, la proportion de policiers municipaux disposant
d’au moins une arme s’élève à 80%, qu’il s’agisse d’armes de poing, de pistolets
à impulsion électrique, de flash-balls ou d’armes de catégorie inférieure (bombe
lacrymogène, matraque), moins dangereuses. Mais des disparités existent.
Pour des raisons de sécurité, le ministère de l’Intérieur ne partage pas de
données par commune, mais seulement des agrégats par département.
Dans les départements du pourtour méditerranéen, près de 100% des policiers
municipaux sont ainsi armés. Longtemps, Nice a d’ailleurs été la ville avec la
plus grosse police municipale, avant d’être détrônée il y a quelques années par
Paris. La capitale comptait 1750 agents en 2024, selon un autre fichier publié
par le ministère de l’Intérieur après une demande de POLITICO.
Installée par Anne Hidalgo, la police municipale parisienne n’est armée que de
bombes lacrymogènes et de matraques. Les candidats de droite et d’extrême
droite, de Pierre-Yves Bournazel à Sarah Knafo en passant par Rachida Dati,
souhaiteraient l’équiper d’armes létales et gonfler encore ses rangs. Restant
opposé aux armes à feu, le socialiste Emmanuel Grégoire s’est dit prêt à “un
référendum”, si les missions de la police municipale étaient étendues.
A Bordeaux, 10e ville du classement avec 177 agents, la police municipale a
longtemps été non armée. L’année dernière, le maire écologiste a finalement
décidé de doter une soixantaine de policiers municipaux d’armes de poing.
Dans l’Ouest, très peu de policiers sont armés. Brest est la seule ville de plus
de 100 000 habitants sans police municipale. Cela pourrait changer : tous les
principaux candidats, dont le maire socialiste sortant et hormis celle de La
France insoumise, se sont exprimés en sa faveur de sa création. Son armement
fait néanmoins débat.
UN ARMEMENT PAR ÉTAPE, UNE LOI POUR DEMAIN
Il revient au maire de décider de quel armement dispose sa police. Si toutes les
polices ne sont pas équipées d’armes à feu, l’armement létal est aussi devenu un
argument mis en avant par les collectivités pour embaucher des agents.
Dans la foulée des attentats de 2015, qui ont notamment coûté la vie à Clarissa
Jean-Philippe, agente à Montrouge, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve
avait prêté des pistolets de l’Etat, développant fortement l’armement des
polices locales.
Entre 2021 et 2024, le nombre de policiers municipaux ayant des armes a feu a
ainsi augmenté de 50%, quand leur effectif global n’a crû que de 11%.
Toute la panoplie a également fait un bond : le recours aux pistolets à
impulsion électrique (les Tasers, principalement) et aux lanceurs de balles de
défense type flash-balls ont aussi augmenté de respectivement 47% et 70% entre
2021 et 2024.
Le gouvernement souhaite étendre à nouveau les pouvoirs des polices municipales
et des gardes champêtres via un projet de loi, déjà adopté par le Sénat par
l’ensemble des groupes à l’exception des communistes et des écologistes. Le
texte est programmé pour avril à l’Assemblée nationale.
Il prévoit notamment de faciliter la formation au port d’arme des agents et de
leur permettre d’utiliser des drones et des lecteurs automatiques de plaque
d’immatriculation pour verbaliser. Les sénateurs y ont ajouté la création d’une
autorisation nationale de port d’arme, qui permettrait à un agent de conserver
son droit même en cas de mutation.
PARIS — Le débat sur FranceInfo entre la plupart des têtes de liste aux
municipales à Paris, qui a eu lieu mercredi soir, devrait être le seul et unique
moment d’échange télévisuel entre les candidats avant le premier tour. LCI,
BFMTV et CNews ont annulé leurs propres débats, a appris POLITICO auprès des
équipes de deux candidats.
La raison : la décision de Rachida Dati (LR) de ne participer à aucun débat
avant l’entre-deux-tours. Un choix politiquement assumé, mais qui complique la
vie des chaînes d’information, soumises au respect des règles de temps de parole
fixées par l’Arcom. En l’absence de sa principale rivale, Emmanuel Grégoire (PS)
rechignait lui aussi à participer à ces émissions.
Sur FranceInfo mercredi, l’ex-ministre de la Culture s’était fait représenter
par l’un de ses colistiers, Grégory Canal. En conséquence, son adversaire
socialiste avait aussi fait le choix de sécher l’émission et d’envoyer une de
ses colistières, Lamia El Aaraje.
Pour assurer une couverture à l’antenne malgré tout, les chaînes réfléchissent
en urgence à d’autres formats. Sur LCI, les candidats pourraient être
interviewés par Darius Rochebin, à tour de rôle, la semaine du 9 mars. BFMTV
envisage aussi une série d’interviews.
PARIS — La vacance à la tête de Business France vit enfin à son épilogue. Le
conseil d’administration de l’agence chargée de l’internationalisation de
l’économie française a approuvé mardi, à l’unanimité, l’arrivée prochaine de
Louis Margueritte au poste de directeur général, a appris POLITICO.
Cet avis favorable, confirmé par deux sources internes, constitue la dernière
étape avant l’officialisation de sa nomination par décret dans les prochains
jours.
Choisi par l’exécutif, comme l’a révélé POLITICO, l’ex-député Renaissance devenu
directeur de cabinet adjoint à Matignon avait été retenu à l’issue d’un
processus de recrutement long de dix-sept mois, émaillé de rebondissements.
La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) avait ainsi
mis son grain de sel dans le processus afin d’éviter de possibles conflits
d’intérêts. Une première fois en opposant son veto à la désignation de la
conseillère élyséenne Victoire Vandeville, puis en mettant des bâtons dans les
roues de l’ex-ministre Laurent Saint-Martin, lui-même patron de Business France
entre 2023 et 2024, qui avait envisagé d’y faire son retour.
La question se posait donc de savoir si Louis Margueritte, en charge notamment
des sujets budgétaires et de simplification auprès de François Bayrou puis de
Sébastien Lecornu, avait pu connaître de dossiers relatifs à Business France —
comme les crédits de l’agence, en baisse, ou les réflexions gouvernementales sur
un éventuel rapprochement avec Atout France.
L’intéressé a assuré s’être strictement déporté de ces sujets.
Toulouse est un cas d’école. Celui d’une ville foncièrement à gauche (à la
présidentielle, aux législatives, aux européennes), mais qui élit un maire de
centre droit depuis 50 ans, à l’exception de la période 2008-2014. Notre
sondage* exclusif Cluster 17 pour POLITICO sur les municipales de mars prochain
dans la Ville rose ne dit pas l’inverse.
Au premier tour, Jean-Luc Moudenc, maire sortant anciennement LR (il a quitté le
parti en 2022), soutenu par Horizons, l’UDI, Renaissance et le Modem, est donné
en tête avec 34% des voix. Il est toutefois talonné par François Briançon,
candidat de la “gauche unie” (une coalition regroupant notamment le PS, le Parti
communiste et Les Ecologistes), crédité de 32% des voix.
Le candidat LFI François Piquemal complète le podium et recueille 19% des
suffrages. Un score qui le place nettement au-dessus du seuil de qualification
pour le second tour (10%), malgré son recul par rapport au précédent sondage
Cluster 17 à Toulouse, en novembre, quand il était alors crédité de 23,1% des
voix.
Une baisse “significative”, selon Jean-Luc Dormagen, président de Cluster 17,
qui s’explique selon lui par “la petite dynamique de vote utile à gauche”
produite par l’union entre le PS et Les Ecologistes (qui n’avait pas encore été
conclue lors du sondage de novembre, mais, qui, testés ensemble, réunissaient
30,3% des intentions de vote). Cette union “permet de ratisser plus large sur
l’espace progressiste”, ce qui de facto “tend à réduire l’espace de LFI”,
note-t-il encore, relevant que le score de Briançon est “comparable à celui du
maire en place”.
Les autres listes sont virtuellement sous la barre des 10%, le score minimal
pour se qualifier au second tour. Le représentant du RN, Julien Leonardelli, est
crédité de 8% des suffrages, quand Arthur Cottrel pour Reconquête obtiendrait 4%
des voix.
LE CHOIX DE LFI
L’élection s’annonce donc serrée. En cas de confirmation de ce scénario de
premier tour, l’attitude de LFI sera scrutée de près. “Tout va se jouer dans les
capacités ou non d’alliance” entre les listes de gauche dans l’entre-deux-tours,
anticipe Jean-Yves Dormagen.
Or, au plan national, les relations entre le Parti socialiste et La France
insoumise sont exécrables. Les premiers ont fait, dans plusieurs villes, le pari
de conclure des accords avec d’autres forces de gauche sans les mélenchonistes,
tandis que les seconds revendiquent de conquérir tout ce qu’ils peuvent, même si
ce sont des bastions socialistes.
A Toulouse, François Briançon et François Piquemal semblent pour l’instant faire
le choix de ne pas insulter l’avenir, en concentrant l’un comme l’autre leurs
attaques sur le maire sortant. “Il sera compliqué [pour le candidat LFI] de se
maintenir sachant que cela fait gagner la droite. Ce n’est pas ce que veulent
les électeurs de gauche, qui sont plutôt unionistes”, prédit le président de
Cluster 17.
LE POIDS DES MODÉRÉS
Ces divisions à gauche font en tout cas les affaires de Jean-Luc Moudenc. Le
maire sortant est à la tête d’une large coalition regroupant plusieurs partis de
centre droit et n’a pas de concurrent réellement sérieux sur sa droite.
Particularité toulousaine, là encore : “Le maire arrive à mordre sur des
électeurs de centre gauche”, indique Jean-Yves Dormagen. C’est ainsi que 32% des
électeurs appartenant, selon la méthodologie de l’institut, au cluster
“sociaux-démocrates et sociaux-républicains”, affirment voter pour Moudenc.
“Un tiers de la gauche modérée vote pour le maire”, insiste Dormagen qui y voit
là “sa condition de survie, ce qui lui permet d’être réélu”. En plus de l’union
de la gauche, la capacité des candidats à attirer l’électorat modéré sera
décisive dans cette élection.
(*) Étude réalisée par Cluster 17, du 2 au 5 février 2026, auprès d’un
échantillon de 657 Français représentatifs de la population de Toulouse âgée de
18 ans et plus, dont 588 inscrits sur les listes électorales à Toulouse.
L’échantillon est réalisé selon la méthode des quotas, au regard des critères de
genre, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle et d’arrondissement
d’habitation. L’enquête a fait l’objet d’un redressement sociodémographique
(données INSEE) et d’un redressement politique sur la base de la reconstitution
des votes suivants : premier tour de la présidentielle 2022, premier tour des
municipales 2020 et européennes de 2024. La marge d’erreur pour 588 personnes
est comprise entre 1,8 et 4,1 points.
PARIS — François Villeroy de Galhau va quitter la Banque de France début juin, a
appris POLITICO auprès de son entourage. Après plus d’une décennie en poste, le
gouverneur a fait connaître sa décision lundi matin à son comité de direction,
avant de partager la nouvelle à ses collaborateurs, dans une lettre obtenue par
POLITICO.
Le haut fonctionnaire va prendre la présidence de la Fondation Apprentis
d’Auteuil, afin de succéder à Jean-Marc Sauvé, dont le mandat se termine fin
mai.
“Cette décision importante, je l’ai prise naturellement en toute indépendance
personnelle”, a expliqué François Villeroy de Galhau dans sa missive aux agents
de la Banque de France, reconnaissant que sa démission puisse constituter “une
surprise”.
“Le délai d’ici début juin est suffisant pour organiser paisiblement ma
succession”, a-t-il pris la peine de préciser.
Entamé en 2021, son deuxième mandat à la tête de la banque centrale française
aurait dû se terminer en octobre 2027, soit quelques mois après la prochaine
échéance présidentielle. Son départ ouvre donc la voie à une nouvelle
nomination, prérogative du président de la République.
En rejoignant la Fondation Apprentis d’Auteil, François Villeroy de Galhau fait
“un choix qui correspond à ses valeurs, lui qui n’a jamais caché sa foi
catholique”, commente une porte-parole de la Banque de France. L’aide sociale à
l’enfance et la formation des jeunes en difficulté sont les principales missions
de l’organisation.
Le banquier, aussi passé par Bercy au tournant des années 2000 et par la
direction de BNP Paribas entre 2011 et2015, occupera cette activité de manière
bénévole.
OLIVIER COLOM, LE “GRAND AMI” FRANÇAIS DE JEFFREY EPSTEIN
Pendant des années, un ancien conseiller diplomatique à l’Elysée a joué pour
Jeffrey Epstein l’intermédiaire entre politiques, hauts fonctionnaires et
personnalités du monde des affaires.
By PAUL DE VILLEPIN, MARION SOLLETTY
AND PAULINE DE SAINT REMY
Illustration par Natália Delgado/POLITICO
PARIS — “Est-ce que Sarkozy est dans les parages, j’aimerais le rencontrer si tu
crois que ça peut être marrant”, écrit Jeffrey Epstein à Olivier Colom, par
mail, en octobre 2013.
Le Français à qui le multimillionnaire américain s’adresse est un ancien membre
de la cellule diplomatique de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy. Son nom, jusque-là
inconnu du grand public, apparaît à plusieurs centaines de reprises parmi les
trois millions de documents publiés fin janvier par le ministère américain de la
Justice, baptisés “Epstein files”.
En remontant le fil de la correspondance entre ces deux hommes, qui s’étale sur
plusieurs années, POLITICO en a appris un peu plus cette relation. Celle-ci en
dit beaucoup sur la façon dont Epstein, condamné dès 2008 dans une procédure de
plaider-coupable pour avoir eu des relations sexuelles tarifées avec des
mineures, avant d’être inculpé en 2019 dans une procédure fédérale plus lourde
pour des faits de trafic sexuel sur mineurs, a tissé sa toile en France.
C’est en 2011 qu’Olivier Colom apparaît pour la première fois dans la boîte mail
jeevacation@gmail.com, l’une des principales adresses électroniques utilisées
par le financier.
Vingt mois après être sorti d’un centre de détention en Floride, Epstein est de
passage à Paris où il possède un appartement avenue Foch, dans le XVIe
arrondissement. Au cours de ce séjour, le diplomate et ex-ministère norvégien
Terje Roed-Larsen, proche d’Epstein, lui suggère dans un message de rencontrer
Colom. Cet énarque de 41 ans est alors conseiller diplomatique à l’Elysée, où il
est chargé des affaires globales et de la préparation des sommets internationaux
pour le président de la République Nicolas Sarkozy.
PANTOUFLAGE ET ENTREGENT
Parmi ceux qui ont côtoyé Colom au travail, plusieurs personnes dépeignent, sous
couvert d’anonymat, un “bon diplomate, très sociable” ou encore un homme “posé
et caustique”. “C’était quelqu’un de très gentil, très smart et très
professionnel, qui ne s’est jamais comporté de manière déplacée”, raconte une
cheffe d’entreprise, mise en relation avec lui par Epstein au milieu des années
2010. “Il était très imbu de lui-même”, nuance l’une des ses anciennes relations
de la banque.
De 2013 à 2018 au moins, Colom et Epstein seront en contact régulier. Après son
départ de l’Elysée en 2012, le Français nourrit un certain ressentiment à
l’égard de la Sarkozie, pour n’avoir pas hérité d’un poste à la hauteur de ses
espérances, d’après plusieurs ex-collègues au Palais. Il se reconvertit alors
dans le privé, rejoignant en 2013 le groupe bancaire Edmond de Rothschild.
Il y travaille avec la belle-fille du fondateur et membre du conseil
d’administration, Ariane de Rothschild. Une femme avec qui Jeffrey Epstein
lui-même entretenait de longue date des interactions fréquentes sur des
questions tant professionnelles que personnelles, comme l’attestent des
centaines de mails.
Contactée, celle qui est désormais patronne de l’établissement bancaire nous a
fait savoir, par un porte-parole, qu’elle n’avait “aucune connaissance de la
conduite et du comportement personnel de M. Epstein” à l’époque, et qu’elle a
été “profondément choquée par les agissements révélés ces dernières années”.
Elle “condamne sans ambiguïté ces comportements et les crimes dont il s’est
rendu coupable”.
EPSTEIN VEUT RENCONTRER SARKOZY
Dans toute la période, le Français joue ou prétend jouer le rôle d’ouvreur de
portes à Paris pour son “grand ami” américain. “Quand tu seras à Paris, quel
genre de personnes souhaites-tu rencontrer ?”, le questionne Colom le 24
septembre 2013. Réponse d’Epstein : “Des intellos, scientifiques… ou de très
très mignonnes vingtenaires”.
Les deux hommes prennent pour habitude de se voir à l’occasion de leurs allées
et venues respectives entre New York et Paris. Des morceaux de l’agenda
d’Epstein, qui figurent dans ses mails, attestent de rendez-vous réguliers.
Epstein propose à plusieurs reprises à Colom de séjourner sur son île privée,
située dans les Îles Vierges des Etats-Unis. Si Colom répond en août 2013 qu’il
“adorerait découvrir [l’] île un jour”, rien n’indique que ce dernier s’y soit
rendu. Les deux hommes échangent en revanche blagues douteuses et allusions à
caractère sexuel.
“Tu es où en ce moment ?”, demande par exemple Colom à Epstein le 17 juin 2013.
“Sur mon île dans les Caraïbes, avec un aquarium rempli de filles.” Dans la même
conversation, ils semblent ensuite évoquer, dans un double langage, leurs
préférences sexuelles, comparant les femmes à des poissons et crustacés.
Dans ses messages, Colom laisse penser qu’il se plie en quatre, fin 2013 et
début 2014, pour tenter d’organiser une rencontre entre Epstein et Nicolas
Sarkozy, dont il a été le sherpa-adjoint à l’Elysée, à la demande expresse du
multimillionnaire. Le 31 octobre 2013, le Français écrit : “Je déjeune avec lui
[Sarkozy] mardi prochain 5 novembre, je lui demanderai.”
Quelques semaines plus tard, Olivier Colom, qui indique à plusieurs occasions
être resté en contact avec l’ex-locataire de l’Elysée, demande à Epstein s’il
lui serait possible d’organiser un “rendez-vous discret entre Sarko et Hillary
Clinton à NY”.
Le 24 janvier 2014, Epstein propose à Colom de venir chez lui, avenue Foch, en
compagnie de Nicolas Sarkozy pour discuter de la situation au Moyen-Orient avec
Ehud Barak, ancien Premier ministre israélien.
Les mails ne permettent néanmoins pas d’établir si ces entrevues ont finalement
eu lieu.
Interrogé par POLITICO, le cabinet de Nicolas Sarkozy, après recherche, confirme
qu’une rencontre publique avec Hillary Clinton a bien eu lieu en avril 2014,
mais n’a pas trouvé trace d’une aide d’Olivier Colom pour organiser l’entrevue.
Aucune trace non plus d’une rencontre avec Ehud Barak et Epstein, Olivier Colom
s’étant d’ailleurs, à partir 2012, peu à peu éloigné de l’ancien président, qui
avait ses propres conseillers diplomatiques.
RÉSEAUTAGE À TOUS LES ÉTAGES
Un autre homme politique français, Bruno Le Maire, a rencontré Jeffrey Epstein
par l’entremise d’Olivier Colom. En septembre 2013, le Français informe ainsi
l’Américain de son voyage imminent à New York et lui indique que son “ami” Bruno
Le Maire “ex-ministre de Sarkozy et futur candidat à l’élection présidentielle
sera également ‘en ville’”. Colom précise alors que celui qui fut aussi son
camarade de promotion à l’Ena, cherche à lever des fonds.
Contacté par POLITICO, l’entourage de Bruno Le Maire confirme qu’il s’est bien
rendu, lors d’un passage à New-York en septembre 2013, à la résidence
new-yorkaise d’Epstein dans le très chic Upper East Side, Colom lui ayant fait
savoir que des “responsables économiques” souhaitaient le rencontrer. Ce n’est
qu’en arrivant sur place que le futur patron de Bercy aurait découvert qu’il se
trouvait chez Epstein — il ne serait resté que quelques minutes avant de
“tourner les talons”.
Quelques années plus tard, le 24 novembre 2018, alors que Bruno Le Maire est
désormais ministre de l’Economie et des Finances d’Emmanuel Macron, Epstein
demande à Colom s’il a “gardé contact avec Bruno ?”.
Celui-ci lui répond “qu’il le voit régulièrement”, ainsi que “son directeur de
cabinet” — Emmanuel Moulin à l’époque. Dans une correspondance précédente, peu
après la nomination de Bruno Le Maire à Bercy, Colom se targue même d’être “l’un
des plus vieux amis” de celui qui est aujourd’hui secrétaire général de
l’Elysée.
Le prétendu entremetteur se pousse-t-il du col ? Oui, d’après Emmanuel Moulin,
qui a connu Olivier Colom du temps où tous deux travaillaient à l’Elysée.
Sollicité par POLITICO, celui-ci nous affirme ne l’avoir rencontré, dans les
années qui suivirent, qu’“une ou deux fois en 2017” tout au plus, dans un cadre
professionnel — depuis 2016, Colom, après avoir quitté Edmond de Rothschild,
travaille comme consultant à l’international via sa société de conseil “OC
Advisory”.
Grâce à son carnet d’adresses dans le corps diplomatique, Colom propose encore à
son ami américain, en 2013, de rencontrer le représentant permanent de la France
à l’ONU. Epstein sollicite aussi son aide pour obtenir un rendez-vous avec le
consul de France à New York — Bertrand Lortholary, aujourd’hui ambassadeur en
Chine —, afin de renouveler le visa Schengen de l’un de ses assistantes qu’il
présente également comme sa petite amie.
Dans un autre échange, daté de juillet 2013, les deux hommes spéculent sur le
nom du futur ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Epstein laisse entendre à Colom
qu’il pense savoir qu’Anna Wintour, encore puissante patronne de Vogue US, est
candidate, ce que la presse évoquait à l’époque.
Les échanges révèlent que Jeffrey Epstein, pourtant réputé pour son vaste réseau
de relations, comptait sur Olivier Colom pour constamment lui présenter des
personnalités marquantes lors de ses passages à Paris. “Es-tu dans le coin
aujourd’hui ? Je serais ravi de rencontrer toute personne dont tu penses qu’elle
me plairait”, lui écrit Epstein en juin 2013.
Colom s’exécute et propose à Epstein de rencontrer tout à tour un ami eurodéputé
(dont l’identité n’est pas citée), une star montante de la politique indienne ou
encore, en mai 2014, le “vice-ministre russe de l’économie” avec qui Colom dit
qu’il s’apprête à prendre un verre dans un bar parisien. Une autre fois, il lui
raconte un dîner chez Jean Todt [président de la fédération internationale de
l’automobile] en présence de l’ancien premier ministre du Qatar, Abdallah ben
Khalifa Al Thani et de Rachida Dati.
“Ça a l’air drôle, mais où sont les filles mignonnes”, rétorque Epstein. Réponse
de son correspondant français : “Nulle part… ennuyeux. Il faut vraiment que je
vienne te voir.”
RENVOI D’ASCENSEUR
En retour, le financier propose également à Colom de profiter de son réseau. En
septembre 2013, Epstein propose par exemple de le convier à un repas avec Ehud
Barak, dont Epstein était proche, ou encore avec Joshua Cooper Ramo, qu’il
présente comme le ‘bras droit de [Henry] Kissinger.
Au milieu de leurs échanges décousus, tantôt au sujet d’opportunités d’affaires,
de voyages ou de montages financiers, apparaissent des propositions plus
inattendues. “Tu veux acheter un vignoble à Margaux, j’ai une grosse propriété
qui n’attend que toi”, fait miroiter Colom en avril 2014. Quelques mois
auparavant, il s’enquiert des recherches de petit personnel d’Epstein : “Je me
renseigne pour ta future assistante, mais il faut que tu en embauches une pas
trop jolie…”, ose-t-il. Une autre fois, ayant eu vent — par Ariane de Rothschild
— de sa quête d’un majordome, il lui suggère le profil d’un homme “qui servait
Sarko à l’Elysée”.
Au gré de leurs correspondances se dessine entre les deux hommes une relation
allant au-delà de la sphère professionnelle. Dès 2013, ils sont suffisamment
proches pour échanger des remarques salaces, comme évoqué plus haut. Leur amitié
s’assortit aussi d’un soutien moral et matériel pour Colom lorsque, en 2014,
celui qui est alors banquier d’affaires traverse une mauvaise passe sur le plan
personnel.
L’ex-diplomate fait part au financier de ses problèmes conjugaux, trouvant chez
Epstein une oreille compatissante. “Merde alors [sic], tu es le bienvenu pour
venir te reposer sur l’île”, lui écrit ainsi ce dernier. Trois mois plus tard, à
en croire leurs échanges, il met à disposition de Colom son chauffeur ainsi
qu’un appartement, lors d’un voyage familial de ce dernier à New York.
L’été suivant, en 2015, Colom, manifestement frustré par sa situation
financière, demande conseil à Epstein : “Je ne gagne pas assez, j’adorerais
venir te voir”, confie-t-il, tout en informant Epstein de son divorce imminent.
“Tu peux venir me voir quand tu veux, où tu veux”, je suis toujours disponible
pour toi”, le rassure Epstein.
De fait, Epstein aidera manifestement Colom à négocier son départ du groupe
Edmond de Rothschild où il officie alors comme secrétaire général jusqu’à début
2016. A l’issue d’intenses échanges, Epstein l’informe en effet le 3 février
2016 qu’Ariane de Rothschild — qui est en copie du mail — est d’accord pour lui
accorder une indemnité de départ de 1,5 million d’euros étalé sur plusieurs mois
et que Colom est désormais soumis à un accord de confidentialité.
Contacté par différents canaux, Olivier Colom a décliné un échange téléphonique
et nous a invités à lui transmettre nos questions par écrit. Il n’a plus donné
suite malgré nos relances.
Son entrée tonitruante dans la campagne a déjà produit des effets : Sarah Knafo
atteint pour la première fois la barre des 10% d’intentions de vote aux
municipales de mars à Paris (soit le seuil de qualification pour le second
tour), dans un sondage* réalisé par l’institut Cluster 17 que POLITICO publie en
exclusivité. Le score de la candidate de Reconquête ouvre la voie à une possible
quinquangulaire, avec le maintien de cinq candidats.
“Sarah Knafo récupère un tiers des électeurs qui ont voté Rassemblement national
aux européennes et un quart de ceux qui ont voté Les Républicains”, constate
Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17. La candidate de Reconquête
progresse de quatre points par rapport à la dernière étude de l’institut au mois
de novembre, où elle ne s’était pas encore lancée dans la bataille.
Cette dynamique se fait au détriment du candidat du RN, Thierry Mariani, qui
perd deux points d’intentions de vote (il chute à 4%) mais aussi de Rachida
Dati. La ministre de la Culture, pourtant en campagne active, recule d’un point
(26%) par rapport à novembre. “Dati n’est pas sur une bonne dynamique de
campagne, elle est prise en tenaille”, ajoute Dormagen.
L’analyse des intentions de vote en fonction de l’appartenance à des “clusters”
types que réalise l’institut de sondages montre que Dati est “concurrencée
sévèrement sur plusieurs espaces”, selon Dormagen. A sa droite, Sarah Knafo
capte une partie de l’électorat étiqueté “conservateur” par Cluster 17. A sa
gauche, Pierre-Yves Bournazel, le représentant d’Horizons, séduit une partie
importante des électeurs “centristes” et “libéraux”. Ce proche d’Edouard
Philippe, soutenu par Renaissance, se maintient à 14% d’intentions de vote.
“Pour Dati, il est quasiment impossible de gagner en cas de maintien [à la fois]
d’une liste plus à droite et d’une liste plus au centre”, estime le sondeur. “Il
faudra qu’on rassemble tout le monde”, a admis la ministre de la Culture sur
RTL, dimanche, adoptant un ton plus mesuré à l’égard de Bournazel qu’elle
n’avait pas ménagé jusqu’à présent.
LES ECOLOGISTES FONT GRIMPER GRÉGOIRE
En face, Emmanuel Grégoire marque des points avec le ralliement de l’écologiste
David Belliard et du communiste Ian Brossat, mi-décembre : le socialiste fait la
course en tête et gagne trois points (33%) par rapport à novembre, tandis que
Sophia Chikirou (La France insoumise) en perd deux (12%), mais reste en
situation de se maintenir. A noter que le député de Paris séduit 27% des
électeurs de l’Insoumise Manon Aubry lors des européennes de 2024.
“Comme l’avait fait Anne Hidalgo, Grégoire est en train de prendre l’électorat
‘multiculturaliste‘ (63% des intentions de vote), un groupe décisif à Paris ;
c’est un vrai problème pour Sophia Chikirou”, remarque Jean-Yves Dormagen —
cette catégorie d’électorat, surreprésentée dans les grandes villes, est
notamment sensible aux enjeux sociaux et environnementaux, selon la typologie de
l’institut. Il y voit une conséquence de l’alliance passée avec le candidat Vert
: “Cette gauche a beaucoup de sympathie pour les écolos et accorde une prime à
l’union.”
(*) Sondage réalisé par Cluster 17 pour POLITICO entre le 28 et le 31 janvier
2026 sur un échantillon de 1201 Français dont 1104 inscrits sur les listes
électorales à Paris, et représentatifs de la population parisienne, par âge,
genre, catégorie socioprofessionnelle, arrondissements d’habitation et votes
antérieurs (Présidentielle 2022, Européennes 2024 et Municipales 2020). La marge
d’erreur pour 1104 personnes est comprise entre 1,5 et 2,8 points.
L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau
exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis
virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de
l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent,
concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de
carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps
“d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les
autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke,
homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son
tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.”
Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à
fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que
trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux
olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse
d’enchaîner les accrocs.
Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la
communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de
“désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice
des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a
excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la
ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce
même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une
clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de
l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée
et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des
mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur
discret mais présent dans ce dossier délicat.
Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du
bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques
semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler
un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony
Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de
l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur
les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion :
l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une
organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.
“FAIRE UN TRUC SÉRIEUX”
Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron,
préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son
“ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant
les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est
limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les
“moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1
milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des
ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin
en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou
financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue
de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent
vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient
la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore
un acteur du dossier.
Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan
démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs
citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de
débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes
auxquelles la justice a pour l’instant accédé.
Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés
sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur
plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont
monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
“Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et
pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient,
sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des
étapes.
Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui,
toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc
sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à
Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent
Wauquiez.
L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite
quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a
un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un
élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune
dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par
exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la
communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien
porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron.
Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux
régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il
estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud
Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”,
affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais
elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après
plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ;
au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait
moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire,
chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois
qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.
Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un
autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été
identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le
Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou
plutôt en Savoie.
SYMBOLE
Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en
Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales
du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves
des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la
première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son
meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a
passé une partie de son enfance.
Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la
carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget
serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent
sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était
déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique)
qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour
que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors
considéré comme un cinquième pôle.
D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce
serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il,
sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des
principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur
ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les
équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.
Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure
pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même
conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel
Barnier.
L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée
à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de
garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire,
arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la
dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir
financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit
attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il
participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs
avec qui POLITICO a échangé.
C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin
Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain.
L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des
montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent
Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview
dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant
même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la
motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade,
c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et
qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de
s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.
Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il
présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids
politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet,
quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel.
Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée
l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est
devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les
valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de
temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026.
“Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a
tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier.
Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du
Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre,
de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en
interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de
“ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le
fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février
prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des
Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke
et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la
scène.
Et le plus dur, alors, commencera.