BRUXELLES — Si Donald Trump avait voulu que les Européens achètent plus de
pétrole et de gaz, il n’aurait peut-être pas dû bombarder l’Iran.
Bien que l’approvisionnement énergétique du Vieux Continent reste sûr, les prix
du carburant et de l’électricité ont grimpé en flèche depuis que les Etats-Unis
et Israël ont lancé des frappes sur Téhéran à la fin du mois de février.
Dans leur empressement à freiner cette hausse soudaine, certains gouvernements
ont vu une opportunité d’attaquer la législation environnementale de l’Union
européenne, tandis que d’autres ont saisi l’occasion de la hausse des prix des
énergies fossiles pour affirmer que l’UE doit redoubler d’efforts en matière de
lutte contre le changement climatique.
Mais le choc de coûts provoqué par la guerre a rappelé aux sceptiques et aux
partisans de l’écologie en Europe que leur continent pauvre en ressources est
vulnérable à la volatilité des prix à l’importation tant que le pétrole et le
gaz constituent une part essentielle de son mix énergétique.
De l’Espagne à la Pologne, les gouvernements se sont unis cette semaine autour
d’un même message : l’Europe doit accélérer sa transition en abandonnant les
énergies fossiles étrangères au profit d’une énergie propre domestique.
“Nous vivons dans un environnement géopolitiquement instable. Nous devons donc
réduire notre dépendance à l’égard des combustibles fossiles importés”, défend
auprès de POLITICO le ministre bulgare de l’Environnement, Julian Popov, qui
fait actuellement partie du gouvernement intérimaire du pays.
“Je veux dire, voulons-nous être un pétro-Etat, une pétro-Union ou un
pétro-continent sans ressources pétrolières ?” lance-t-il. “C’est totalement
ridicule. Nous devons accélérer notre électrification.”
La flambée des prix de l’énergie qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la
Russie en 2022 a entraîné une baisse systémique de la consommation de gaz en
Europe, et la situation actuelle pourrait bien avoir un effet similaire, a
anticipé la ministre néerlandaise du Climat, Stientje van Veldhoven, lors d’une
interview mardi.
La crise iranienne “crée une forte incitation pour tous les pays à évaluer
soigneusement leur utilisation du pétrole et du gaz et à voir comment ils
peuvent réduire non seulement leur dépendance géopolitique, mais aussi l’impact
qu’elle a sur leur économie et leur stabilité sociale”, a-t-elle estimé.
Pour les Etats-Unis, cela signifie que l’un de leurs meilleurs clients perd de
l’intérêt pour ses produits. Le Vieux Continent est en effet le principal
destinataire du gaz naturel liquéfié américain, et Donald Trump a cherché à
s’assurer que les Européens achètent encore plus de ses énergies fossiles.
Pourtant, par inadvertance, son attaque contre l’Iran a renforcé les appels à ce
que l’Europe prenne la direction opposée.
LE PRIX DE LA DÉPENDANCE
Le choc actuel est de bien plus faible magnitude que la crise énergétique de
2022, qui avait fait grimper les prix du gaz en Europe au-dessus de 300 euros le
mégawattheure. Cette semaine, le prix a oscillé autour de 50 euros, alors qu’il
était d’environ 30 euros avant la guerre en Iran.
La ministre du Climat et de la Croissance verte, Stientje van Veldhoven-van der
Meer, lors d’un débat sur le Conseil Energie de l’UE au Parlement néerlandais,
le 5 mars 2026 à La Haye. | John Beckmann/DeFodi Images/DeFodi via Getty Images
Pourtant, comme l’a écrit la présidente de la Commission européenne, Ursula von
der Leyen, dans une lettre adressée lundi aux dirigeants de l’UE,
“l’augmentation des prix des combustibles fossiles pèse déjà sur notre
économie”.
Depuis que les Etats-Unis et Israël ont commencé à bombarder l’Iran, ce qui a
incité Téhéran à bloquer la navigation dans le golfe Persique, l’Union a “déjà
dépensé 6 milliards d’euros supplémentaires en importations de combustibles
fossiles, ce qui nous rappelle directement le prix que nous payons pour notre
dépendance”, a-t-elle ajouté.
Lors d’un sommet qui se tiendra jeudi à Bruxelles, les chefs d’Etat et de
gouvernement européens débattront de la meilleure façon de lutter contre les
prix de l’énergie à court terme. En ce qui concerne la politique à long terme,
les gouvernements sont largement d’accord.
“Devenir indépendant du pétrole et du gaz est l’une des questions clés, comme le
montre une fois de plus la crise à laquelle nous sommes confrontés […] en raison
du conflit au Moyen-Orient”, a considéré le ministre allemand de
l’Environnement, Carsten Schneider, mardi, appelant à un développement plus
rapide des énergies renouvelables et des réseaux électriques.
Lundi, son collègue homologue Kaspars Melnis a avancé devant la presse : “Si
vous parlez des prix de l’énergie, ce que nous pouvons faire, c’est [produire]
de plus en plus notre propre énergie renouvelable.”
LEÇON RETENUE
Les efforts déployés par l’Europe pour développer les énergies renouvelables —
et, dans certains pays, l’énergie nucléaire — s’inspirent des leçons tirées de
la crise de 2022.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’adresse aux
médias au Berlaymont, le siège de la Commission européenne, le 18 mars 2026 à
Bruxelles. | Thierry Monasse/Getty Images
“Il est important pour moi de souligner que la situation de l’UE est bien
meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était en 22. Pourquoi ? Parce que nous avons
plus de renouvelables dans notre système, parce que nous avons diversifié notre
approvisionnement en général de notre système énergétique, parce qu’il y a moins
d’heures où c’est le gaz qui fixe le prix de l’électricité”, a énuméré Dan
Jørgensen, le commissaire européen à l’Energie, lundi.
Dans sa lettre de lundi, Ursula von der Leyen note que la part des renouvelables
dans le mix électrique de l’UE est passée de 36% en 2021 à près de 50%
aujourd’hui.
Alors que le gaz coûteux tend à fixer le prix global de l’électricité dans le
système européen, plus la part d’électricité propre d’un pays est élevée, plus
ses coûts sont bas. Les recherches ont montré que les prix de l’énergie ont
beaucoup moins augmenté en Espagne, pays alimenté par les énergies
renouvelables, qu’en Italie, pays dépendant du gaz.
Mais l’Espagne et d’autres pays soucieux de l’environnement ne sont pas les
seuls à voir dans la guerre en Iran une raison de renoncer aux importations de
combustibles fossiles.
“Je constate que même des collègues qui, disons, lorsque le climat était la
raison d’aborder ce sujet, avaient des inquiétudes […] mais ils voient aussi que
le poids de ces conséquences [de la guerre en Iran] est une raison très
importante d’agir, parce que cela réduit ces coûts”, a déclaré Stientje van
Veldhoven, la ministre néerlandaise.
Même à Varsovie, où le climat a tendance à être un sujet politiquement
inflammable, le bond des coûts de l’énergie incite à développer les
renouvelables.
“Je tiens à préciser à tous les sceptiques que les sources d’énergie
renouvelables sont avant tout la source d’énergie la plus souveraine pour la
Pologne”, a souligné mardi le Premier ministre polonais Donald Tusk. “La guerre
en Iran montre clairement à quel point la dépendance à l’égard des sources
d’énergie externes peut être dangereuse.”
Cet article qui a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité
en français par Jean-Christophe Catalon.
Tag - Energies renouvelables
PARIS — Le ministre américain de l’Energie, Chris Wright, a menacé ce mardi de
retirer les Etats-Unis de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dont les
travaux sur le déploiement des renouvelables vont à rebours de la politique en
faveur des combustibles fossiles menée par l’administration Trump.
“Si une grande partie des agences de reporting de données se consacrent à ce
genre de fantasmes gauchistes […] cela ne fait que déformer leur mission”,
a-t-il clamé lors d’une conférence donnée en début de soirée à l’Institut
français des relations internationales à Paris.
Accusant l’AIE de se comporter comme une “organisation de défense du climat”,
Chris Wright l’a intimée de se concentrer sur la “sécurité énergétique”.
Fondée en 1974 à l’issue du premier choc pétrolier et basée à Paris, l’AIE
produit des scénarios de prospective documentant la transition énergétique qui
font référence dans le monde de l’énergie. C’est d’ailleurs pour assister à une
réunion ministérielle de l’agence, mercredi et jeudi, que Chris Wright est à
Paris.
“Nous n’avons pas besoin d’un scénario zéro émission nette, c’est ridicule, cela
n’arrivera jamais”, a poursuivi Chris Wright.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’instance internationale
est dans le collimateur de l’administration américaine, qui fait pression sur
ses dirigeants pour qu’elle abandonne ses travaux sur la transition énergétique.
Dans son dernier rapport annuel, en novembre, l’AIE a semblé tenir compte de ces
demandes. L’agence a en effet réintroduit un scénario fondé sur les tendances
actuelles. Elle a également mis de l’eau dans son vin s’agissant du pic
pétrolier : là où elle l’entrevoyait dans la décennie 2030, elle anticipe
désormais une demande toujours croissante jusqu’au mitan du siècle.
Ce n’est pas la première fois que Chris Wright menace de quitter l’instance.
“Nous allons modifier la façon dont l’AIE opère ou bien nous nous retirerons”,
avait-il averti dans une interview à Bloomberg en juillet dernier.
PARIS — Cette fois, c’est la bonne. Jeudi, Sébastien Lecornu, surplombant le
barrage hydraulique de Vouglans dans le Jura, officialisera la publication de la
programmation énergétique de la France pour les dix prochaines années.
Une mise en scène savamment pensée — ledit barrage est en soi un symbole de
compromis politique — pour, dans les mots d’une conseillère à Bercy, proposer
“un vrai temps de projection sur le monde énergétique de demain” et éviter une
sortie “en catimini” du décret, ce qui avait failli se produire l’été dernier.
Dit autrement : tourner enfin la page de plus de deux ans de tergiversations et
autant de consultations des citoyens, industriels et ONG ; une séquence pour le
moins mal vécue par les filières énergétiques.
Cette programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) grave dans le marbre les
ambitions de la France en matière énergétique, en formalisant la construction de
six nouvelles centrales nucléaires et en fixant les plafonds pour le soutien
public aux installations renouvelables ou à la production de biogaz.
Le décret devrait s’accompagner d’un plan d’électrification prévu pour le
printemps pour relancer la consommation électrique atone.
Alors que la programmation semblait bloquée dans les tuyaux depuis l’été
dernier, tout s’est accéléré après la longue et douloureuse adoption du budget
2026. Il aurait été difficile de faire plus tôt, retrace un ancien conseiller
ministériel : “C’est le genre de sujets crispants qui peut déplacer quelques
voix.”
N’empêche que d’ici à la publication du décret et de son annexe, prévue
vendredi, Matignon veille à ce que rien ne filtre, ou presque. Le gouvernement a
seulement distillé quelques indices, indiquant par exemple qu’il allait se
concentrer sur la remotorisation des éoliennes, sans que ça n’exclue de nouveaux
mâts, à indiqué Roland Lescure (Economie) sur France 2 — sans que le ministre de
l’Economie n’entre dans le détail des chiffres, afin de ne pas rouvrir le débat.
Le texte en lui-même n’aurait toutefois que peu changé depuis la version prête à
publier de l’été dernier, nous indiquent plusieurs personnes au fait de sa
préparation. Les modifications opérées depuis l’arrivée de Sébastien Lecornu
seraient “marginales”, indique une source gouvernementale.
“Sortir ce qu’il y avait en juillet, ce n’est pas prendre beaucoup de risques.
Il y aura potentiellement quelques gigawatts d’écart, mais pas grand-chose”,
anticipe le conseiller déjà cité, qui s’attend plus à “des signaux envoyés
qu’autre chose”. Le même souligne que les filières renouvelables attendent avant
tout de voir la PPE publiée afin que les appels d’offres puissent reprendre.
Le texte est non moins crucial pour l’industrie nucléaire, puisque la
programmation énergétique actuelle prévoit toujours la fermeture d’une dizaine
de réacteurs.
QUATRE MOIS POUR CONVAINCRE
Bien conscient de l’impatience des acteurs de l’énergie, Roland Lescure a
préparé le terrain. Depuis son retour à Bercy en septembre, cette fois en tant
que ministre de plein exercice, il assure que le dossier est en haut de la pile
et a consulté les parlementaires de tous bords — notamment le sénateur Daniel
Gremillet (LR), qui a dû faire le deuil d’une loi de programmation énergétique à
son nom.
Lescure a revu des parlementaires socialistes, du bloc central et des
Républicains mardi 9 février, à l’occasion d’un ultime dîner pour s’assurer de
leur soutien pour la suite.
“Ces quatre derniers mois, la vie parallèle au budget de Roland Lescure, c’était
de construire le compromis autour de la PPE”, assure la conseillère de Bercy
déjà citée.
Le gouvernement a également donné quelques gages à la droite, sceptique sur le
déploiement des éoliennes et des panneaux solaires. Sébastien Lecornu s’est
agacé des “rentes” dans le secteur énergétique, a ciblé les panneaux solaires
les plus anciens dans le budget et a confié à Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot
une mission sur le soutien publics aux ENR, en écho aux tribunes de Bruno
Retailleau, le patron de LR, sur le sujet.
Après le long automne-hiver budgétaire, le gouvernement est moins sur la
sellette, il était donc temps d’avancer.
Soucieux de “dépolitiser le débat et de montrer dans la dernière ligne droite
que [le gouvernement] a le soutien de tous les acteurs pour sortir le décret”,
selon un conseiller ministériel, Sébastien Lecornu et Roland Lescure ont convié
les filières renouvelables, puis les entreprises publiques du nucléaire,
vendredi 6 février. Très inquiets à leur entrée, leurs représentants sont sortis
rassurés, même s’ils attendent les objectifs chiffrés.
“C’est trop tôt pour se féliciter, on est quand même sur une trajectoire à la
baisse”, pointait de son côté une salarié d’un énergéticien qui manifestaient
mardi (une première !). A ses côtés dans la manifestation, un patron
d’entreprise ajoutait : “Nous avons mis quinze ans pour créer une filière
solaire. Du jour au lendemain, on peut courir à la catastrophe.” Et de
regretter, qu’en matière d’énergie, “Roland Lescure ne veuille parler qu’aux
boîtes du CAC40”.
LE MAIRE RETARDATAIRE
Si le patron de Bercy arrive à accoucher le texte, c’est lui aussi qui était aux
manettes en tant que ministre délégué à l’Industrie et l’Energie, lorsque le
décret a commencé à dérailler. Bruno Le Maire, son ministre de tutelle à
l’époque, “a bloqué une sortie de la PPE par décret en 2023, puis a planté le
sujet début 2024 car jugé trop risqué politiquement”, se souvient un
ex-conseiller ministériel du gouvernement Borne.
“Ce qui a bloqué, c’était Bruno Le Maire qui l’avait lue trois jours avant et
qui voulait la réécrire. Elle était prête”, enfonce un autre conseiller
ministériel de l’époque.
Lobbyistes et parlementaires militaient pour qu’une loi de programmation se
fasse — ne serait-ce que pour respecter la loi énergie et climat de 2019 qui
imposait qu’un tel texte soit adopté avant juillet 2023. Chacun espérant
grappiller un peu plus au Parlement que dans un décret à la seule main du
gouvernement. Si un projet de loi était bien dans les cartons début 2024, les
deux ministres du gouvernement Attal ont renoncé, pas sûr de pouvoir trouver une
vraie majorité à l’Assemblée.
Entre la réserve gouvernementale liée aux élections européennes de juin 2024, la
dissolution qui s’en est suivie et les négociations budgétaires compliquées du
gouvernement de Michel Barnier, il a fallu attendre novembre 2024 pour qu’Agnès
Pannier-Runacher, revenue aux affaires, lance la dernière consultation
obligatoire avant l’officialisation de la PPE.
Une fois la consultation terminée, le texte était prêt à sortir.
LA TROISIÈME FOIS EST LA BONNE
En août 2025, beaucoup y ont cru. Le feu vert avait même été donné aux ministres
concernés. Avant que François Bayrou ne recule à la dernière minute. Raison
officiellement invoquée : certains parlementaires de la majorité n’avaient pas
été prévenus.
En réalité, la main du Premier ministre aurait tremblé, au moment de publier ce
texte politiquement sensible, selon des conseillers et membres du gouvernement
au fait des événements. Par deux fois, le texte n’a attendu que sa signature.
“L’Elysée était furieux [qu’il] ne sorte pas le décret”, se souvient un membre
du gouvernement de l’époque, catégorique : “C’était toujours François Bayrou qui
bloquait, tout seul.”
Sur le fond du dossier, Bayrou a surtout parlé de géothermie. Sur le reste, il
était moins assertif. “Il n’a pas d’avis sur le sujet. Il n’a pas lu une note
sur le sujet”, pariait même à la rentrée le membre du gouvernement cité plus
haut.
Sur la forme, il craignait surtout la réaction du Rassemblement national, qu’il
ménageait par ailleurs, dans la perspective du débat budgétaire de l’automne
2024.
Il faut dire que le RN s’est mis dans la roue de plusieurs activistes anti-ENR,
inquiets de l’impact des énergies renouvelables sur le système électrique et les
centrales nucléaires. Dès mars 2025, ils associaient la sortie de la PPE à une
censure du gouvernement, répétant régulièrement la menace.
Dans un premier temps, le pari de François Bayrou avait été de passer d’abord
par le parlement, via la proposition de loi Gremillet de programmation
énergétique, qui, espérait alors le Premier ministre, aurait pu lui permettre de
trouver un compromis entre forces politiques. Avant d’ajuster éventuellement le
décret dans la foulée.
Ladite PPL avait été adoptée au Sénat en octobre 2024, elle a été inscrite à
l’ordre du jour de l’Assemblée au mois de juin 2025. Mais son examen au
Palais-Bourbon a tourné à la débâcle, avec notamment l’adoption d’un moratoire
sur les énergies renouvelables — un amendement déposé par LR et adopté grâce aux
voix du RN — ce qui a conduit les députés à majoritairement repousser le texte.
Un refus qui signait pour de nombreux lobbyistes, ministres et conseillers
l’abandon d’une voie parlementaire.
DES PARLEMENTAIRES CONTOURNÉS ET DÉÇUS
Résultat, la PPE ne s’appuiera pas sur une proposition de loi, ce que regrettait
Daniel Gremillet mi-janvier, persuadé que le travail parlementaire aurait permis
“un atterrissage”. Il n’est pas le seul.
Le RN ne décolère pas non plus et compte utiliser “les leviers [à sa
disposition] une fois la copie révélée”, indique à POLITICO Renaud Labaye,
secrétaire général du groupe lepéniste au Parlement. “Si Sébastien Lecornu
s’obstine, on fera en sorte de jouer notre rôle d’opposition parce que ça nous
semble très important pour l’avenir du pays.”
“La programmation d’une politique énergétique n’est pas un texte technique parmi
d’autres”, grince à son tour Bruno Retailleau dans une tribune publiée le 11
février, appelant à ne pas publier le texte. Son collègue communiste au Sénat
Fabien Gay s’inquiète le même jour de la légitimité démocratique d’un décret
sans loi.
C’est “un crève-cœur” qu’il n’y ait pas de loi, regrette lui aussi le patron du
Parti socialiste Olivier Faure auprès de POLITICO, soulignant toutefois que le
décret permet de parer à l’urgence, puisque “sans visibilité” des filières
pourraient “crever”. “Le grand débat, ce sera 2027, abonde le sénateur
écologiste Yannick Jadot. Là, il faut absolument des décrets pour débloquer des
appels d’offres.”
Aux yeux de l’exécutif, la navette parlementaire sur le texte de Daniel
Gremillet, bien qu’inaboutie, aura eu le mérite de permettre de constater les
points d’accords aussi bien sur le nucléaire que sur les énergies
renouvelables — en plus des consensus déjà connus.
“Les débats auront permis de justifier les quelques légères évolutions par
rapport au texte mis en consultation l’année dernière”, remarque le conseiller
ministériel déjà cité, qui note aussi que ces évolutions reflètent un compromis
qui va des sénateurs LR aux députés socialistes.
C’est sur cette base que Roland Lescure et Sébastien Lecornu disent s’appuyer
pour dérouler jeudi midi leur texte et les objectifs énergétiques de la France
jusqu’aux rives de l’Ain, entre le barrage du Vouglans et celui du Saut-Mortier.
Sarah Paillou a contribué à cet article.
PARIS — Rien de rien, il ne regrette rien. Invité au sommet POLITICO sur la
compétitivité, Bruno Retailleau a réitéré sa volonté de cesser les subventions
en faveur des énergies renouvelables. Le ministre de l’Intérieur démissionnaire
avait publié une tribune en ce sens cet été.
S’il indique que la France a “besoin d’énergies renouvelables”, il estime que
celles-ci “ont atteint un niveau de maturité économique” tel qu’il est temps de
réduire les subventions qui leur sont accordées.
“C’est un problème budgétaire”, tranche-t-il, estimant qu’il serait possible de
faire “des milliards d’économies” en mettant un terme aux subventions. Il s’est
par ailleurs inquiété des coûts des raccordements électriques induits par le
déploiement des renouvelables.
Il y a également un problème de surproduction selon lui, avec une consommation
électrique en berne depuis treize ans. “Cet été, on subventionnait un prix
négatif”, s’est plaint Bruno Retailleau, en référence aux nombreux épisodes
estivaux où l’offre d’électricité dépassait la demande, faisant chuter les prix.
“Je veux qu’on approche de façon cartésienne, rationnelle et économique ces
questions-là”, explique le ministre démissionnaire de l’Intérieur, qui indique
que la tribune n’était pas “le fruit d’un caprice”, mais la suite d’une longue
réflexion.
Il a rappelé avoir, en tant que président du département de la Vendée, accepté
le projet d’un parc éolien offshore entre l’Île d’Yeu et Noirmoutier. Mais il a
aussi fait un plaidoyer en faveur du nucléaire, permettant d’avoir
“l’électricité la plus décarbonée au monde”, et avec une filière à 95%
française.
“On a fermé Fessenheim pour ouvrir Saint-Avold”, a également regretté le
président des Républicains, en référence à la centrale nucléaire fermée en 2020
et à celle au charbon, fermée en 2022, mais réouverte en urgence quelques mois
plus tard à la suite de la crise énergétique découlant de la guerre en Ukraine.
PARIS — Antoine Vermorel-Marques a décidé de prendre les choses en main. Alors
que son parti, Les Républicains, s’est fait remarquer pour avoir voté un
moratoire sur les renouvelables et que son patron, Bruno Retailleau, a proposé
de ne plus les subventionner dans une tribune au Figaro, le député de la Loire,
connu pour sa fibre écolo, organise une visioconférence en milieu de semaine
prochaine avec ses collègues de même sensibilité. L’idée : s’organiser pour
peser.
De tête, il cite les intéressés potentiels : Vincent Jeanbrun, Sébastien Martin,
Elisabeth de Maistre et Virginie Duby-Muller, parmi les députés. Marta de
Cidrac, Christine Lavarde, Agnès Evren, Didier Mandelli et Jean-Baptiste Blanc,
parmi les sénateurs. Pour ne citer qu’eux.
Initialement, les choses devaient se dérouler autrement. Le 8 juillet, les
parlementaires qui le souhaitaient étaient conviés à un dîner avec l’ingénieur
Jean-Marc Jancovici. Les propos pronucléaires du président du Shift Project
auraient sans doute étaient digestes, son credo décroissant un peu moins.
Antoine Vermorel-Marques comptait sur la fin des agapes afin de jeter quelques
idées pour structurer la rentrée. Mais le suicide, la veille, du député Olivier
Marleix a entraîné l’annulation du dîner.
UNE INITIATIVE ENCOURAGÉE PAR LAURENT WAUQUIEZ
Etonnamment, tant il est peu connu pour sa passion pour l’écologie, le feu vert
et même l’impulsion pour constituer cette petite escouade verte sont venus de
Laurent Wauquiez. A la fin de la réunion de groupe qui a suivi le vote du
moratoire sur les renouvelables proposé par l’un des leurs, Jérôme Nury, le
président des députés Droite républicaine a enjoint à ceux qui le voulaient de
se mettre au travail.
“En réponse à certaines voix du groupe qui prenaient leur distance avec Jérôme
Nury, Laurent Wauquiez a dit que c’était très bien qu’une sensibilité existe,
mais qu’il ne fallait pas le faire en opposition à Jérôme”, détaille un cadre
LR. Cette même source reconnaît que son camp “bute depuis des années” sur la
définition d’une ligne écolo de droite.
S’il y a des propositions “qui ne sont pas des interdictions tous azimuts” et
qui “ne sont pas une fuite en avant sur les dépenses publiques”, le groupe
pourra s’y retrouver, veut croire ce cadre LR. Bref, le message de Laurent
Wauquiez est passé : organisez-vous à l’avenir pour des propositions positives.
“Structurer, j’avais déjà ça en tête et Laurent a ouvert la porte en grand”, se
réjouit Antoine Vermorel-Marques, qui est un proche de Michel Barnier — ce
dernier est d’ailleurs “furieux” de la tribune cosignée par Bruno Retailleau
d’après France Inter. Le but, assure le député, n’est pas d’être un courant
minoritaire, mais que “la ligne officielle prenne en compte la ligne
environnementale”. Un beau challenge, alors que sur ce sujet LR votent de plus
en plus comme le RN.
NE PAS “LAISSER CETTE THÉMATIQUE À LA GAUCHE”
Engagée dans cette aventure, Virginie Duby-Muller se félicite qu’il puisse y
avoir “une autre voix”, car elle ne se sent “pas forcément à l’aise avec la
position du groupe” sur le moratoire sur les renouvelables, ni sur la
suppression des zones à faibles émissions lors de l’examen du projet de loi de
simplification de la vie économique.
“Il faut une écologie de droite, il ne faut pas qu’on laisse cette thématique à
la gauche”, poursuit-elle en citant comme référence Jacques Chirac, Michel
Barnier ou Nathalie Kosciusko-Morizet. La droite, dit-elle, ne doit pas se
positionner “que sur le régalien et l’immigration”.
A la veille du vote solennel de la proposition de loi de programmation
énergétique, elle a signé, avec Antoine Vermorel-Marques et Sébastien Martin,
une tribune dans L’Opinion pour rappeler que l’histoire de leur famille
politique ne les condamnait pas “à aligner des slogans ou des formules toutes
faites sur l’écologie punitive et à vouloir appuyer sur la pédale de frein”. Une
sorte de manifeste avant l’heure.