PARIS — Cette fois, c’est la bonne. Jeudi, Sébastien Lecornu, surplombant le
barrage hydraulique de Vouglans dans le Jura, officialisera la publication de la
programmation énergétique de la France pour les dix prochaines années.
Une mise en scène savamment pensée — ledit barrage est en soi un symbole de
compromis politique — pour, dans les mots d’une conseillère à Bercy, proposer
“un vrai temps de projection sur le monde énergétique de demain” et éviter une
sortie “en catimini” du décret, ce qui avait failli se produire l’été dernier.
Dit autrement : tourner enfin la page de plus de deux ans de tergiversations et
autant de consultations des citoyens, industriels et ONG ; une séquence pour le
moins mal vécue par les filières énergétiques.
Cette programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) grave dans le marbre les
ambitions de la France en matière énergétique, en formalisant la construction de
six nouvelles centrales nucléaires et en fixant les plafonds pour le soutien
public aux installations renouvelables ou à la production de biogaz.
Le décret devrait s’accompagner d’un plan d’électrification prévu pour le
printemps pour relancer la consommation électrique atone.
Alors que la programmation semblait bloquée dans les tuyaux depuis l’été
dernier, tout s’est accéléré après la longue et douloureuse adoption du budget
2026. Il aurait été difficile de faire plus tôt, retrace un ancien conseiller
ministériel : “C’est le genre de sujets crispants qui peut déplacer quelques
voix.”
N’empêche que d’ici à la publication du décret et de son annexe, prévue
vendredi, Matignon veille à ce que rien ne filtre, ou presque. Le gouvernement a
seulement distillé quelques indices, indiquant par exemple qu’il allait se
concentrer sur la remotorisation des éoliennes, sans que ça n’exclue de nouveaux
mâts, à indiqué Roland Lescure (Economie) sur France 2 — sans que le ministre de
l’Economie n’entre dans le détail des chiffres, afin de ne pas rouvrir le débat.
Le texte en lui-même n’aurait toutefois que peu changé depuis la version prête à
publier de l’été dernier, nous indiquent plusieurs personnes au fait de sa
préparation. Les modifications opérées depuis l’arrivée de Sébastien Lecornu
seraient “marginales”, indique une source gouvernementale.
“Sortir ce qu’il y avait en juillet, ce n’est pas prendre beaucoup de risques.
Il y aura potentiellement quelques gigawatts d’écart, mais pas grand-chose”,
anticipe le conseiller déjà cité, qui s’attend plus à “des signaux envoyés
qu’autre chose”. Le même souligne que les filières renouvelables attendent avant
tout de voir la PPE publiée afin que les appels d’offres puissent reprendre.
Le texte est non moins crucial pour l’industrie nucléaire, puisque la
programmation énergétique actuelle prévoit toujours la fermeture d’une dizaine
de réacteurs.
QUATRE MOIS POUR CONVAINCRE
Bien conscient de l’impatience des acteurs de l’énergie, Roland Lescure a
préparé le terrain. Depuis son retour à Bercy en septembre, cette fois en tant
que ministre de plein exercice, il assure que le dossier est en haut de la pile
et a consulté les parlementaires de tous bords — notamment le sénateur Daniel
Gremillet (LR), qui a dû faire le deuil d’une loi de programmation énergétique à
son nom.
Lescure a revu des parlementaires socialistes, du bloc central et des
Républicains mardi 9 février, à l’occasion d’un ultime dîner pour s’assurer de
leur soutien pour la suite.
“Ces quatre derniers mois, la vie parallèle au budget de Roland Lescure, c’était
de construire le compromis autour de la PPE”, assure la conseillère de Bercy
déjà citée.
Le gouvernement a également donné quelques gages à la droite, sceptique sur le
déploiement des éoliennes et des panneaux solaires. Sébastien Lecornu s’est
agacé des “rentes” dans le secteur énergétique, a ciblé les panneaux solaires
les plus anciens dans le budget et a confié à Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot
une mission sur le soutien publics aux ENR, en écho aux tribunes de Bruno
Retailleau, le patron de LR, sur le sujet.
Après le long automne-hiver budgétaire, le gouvernement est moins sur la
sellette, il était donc temps d’avancer.
Soucieux de “dépolitiser le débat et de montrer dans la dernière ligne droite
que [le gouvernement] a le soutien de tous les acteurs pour sortir le décret”,
selon un conseiller ministériel, Sébastien Lecornu et Roland Lescure ont convié
les filières renouvelables, puis les entreprises publiques du nucléaire,
vendredi 6 février. Très inquiets à leur entrée, leurs représentants sont sortis
rassurés, même s’ils attendent les objectifs chiffrés.
“C’est trop tôt pour se féliciter, on est quand même sur une trajectoire à la
baisse”, pointait de son côté une salarié d’un énergéticien qui manifestaient
mardi (une première !). A ses côtés dans la manifestation, un patron
d’entreprise ajoutait : “Nous avons mis quinze ans pour créer une filière
solaire. Du jour au lendemain, on peut courir à la catastrophe.” Et de
regretter, qu’en matière d’énergie, “Roland Lescure ne veuille parler qu’aux
boîtes du CAC40”.
LE MAIRE RETARDATAIRE
Si le patron de Bercy arrive à accoucher le texte, c’est lui aussi qui était aux
manettes en tant que ministre délégué à l’Industrie et l’Energie, lorsque le
décret a commencé à dérailler. Bruno Le Maire, son ministre de tutelle à
l’époque, “a bloqué une sortie de la PPE par décret en 2023, puis a planté le
sujet début 2024 car jugé trop risqué politiquement”, se souvient un
ex-conseiller ministériel du gouvernement Borne.
“Ce qui a bloqué, c’était Bruno Le Maire qui l’avait lue trois jours avant et
qui voulait la réécrire. Elle était prête”, enfonce un autre conseiller
ministériel de l’époque.
Lobbyistes et parlementaires militaient pour qu’une loi de programmation se
fasse — ne serait-ce que pour respecter la loi énergie et climat de 2019 qui
imposait qu’un tel texte soit adopté avant juillet 2023. Chacun espérant
grappiller un peu plus au Parlement que dans un décret à la seule main du
gouvernement. Si un projet de loi était bien dans les cartons début 2024, les
deux ministres du gouvernement Attal ont renoncé, pas sûr de pouvoir trouver une
vraie majorité à l’Assemblée.
Entre la réserve gouvernementale liée aux élections européennes de juin 2024, la
dissolution qui s’en est suivie et les négociations budgétaires compliquées du
gouvernement de Michel Barnier, il a fallu attendre novembre 2024 pour qu’Agnès
Pannier-Runacher, revenue aux affaires, lance la dernière consultation
obligatoire avant l’officialisation de la PPE.
Une fois la consultation terminée, le texte était prêt à sortir.
LA TROISIÈME FOIS EST LA BONNE
En août 2025, beaucoup y ont cru. Le feu vert avait même été donné aux ministres
concernés. Avant que François Bayrou ne recule à la dernière minute. Raison
officiellement invoquée : certains parlementaires de la majorité n’avaient pas
été prévenus.
En réalité, la main du Premier ministre aurait tremblé, au moment de publier ce
texte politiquement sensible, selon des conseillers et membres du gouvernement
au fait des événements. Par deux fois, le texte n’a attendu que sa signature.
“L’Elysée était furieux [qu’il] ne sorte pas le décret”, se souvient un membre
du gouvernement de l’époque, catégorique : “C’était toujours François Bayrou qui
bloquait, tout seul.”
Sur le fond du dossier, Bayrou a surtout parlé de géothermie. Sur le reste, il
était moins assertif. “Il n’a pas d’avis sur le sujet. Il n’a pas lu une note
sur le sujet”, pariait même à la rentrée le membre du gouvernement cité plus
haut.
Sur la forme, il craignait surtout la réaction du Rassemblement national, qu’il
ménageait par ailleurs, dans la perspective du débat budgétaire de l’automne
2024.
Il faut dire que le RN s’est mis dans la roue de plusieurs activistes anti-ENR,
inquiets de l’impact des énergies renouvelables sur le système électrique et les
centrales nucléaires. Dès mars 2025, ils associaient la sortie de la PPE à une
censure du gouvernement, répétant régulièrement la menace.
Dans un premier temps, le pari de François Bayrou avait été de passer d’abord
par le parlement, via la proposition de loi Gremillet de programmation
énergétique, qui, espérait alors le Premier ministre, aurait pu lui permettre de
trouver un compromis entre forces politiques. Avant d’ajuster éventuellement le
décret dans la foulée.
Ladite PPL avait été adoptée au Sénat en octobre 2024, elle a été inscrite à
l’ordre du jour de l’Assemblée au mois de juin 2025. Mais son examen au
Palais-Bourbon a tourné à la débâcle, avec notamment l’adoption d’un moratoire
sur les énergies renouvelables — un amendement déposé par LR et adopté grâce aux
voix du RN — ce qui a conduit les députés à majoritairement repousser le texte.
Un refus qui signait pour de nombreux lobbyistes, ministres et conseillers
l’abandon d’une voie parlementaire.
DES PARLEMENTAIRES CONTOURNÉS ET DÉÇUS
Résultat, la PPE ne s’appuiera pas sur une proposition de loi, ce que regrettait
Daniel Gremillet mi-janvier, persuadé que le travail parlementaire aurait permis
“un atterrissage”. Il n’est pas le seul.
Le RN ne décolère pas non plus et compte utiliser “les leviers [à sa
disposition] une fois la copie révélée”, indique à POLITICO Renaud Labaye,
secrétaire général du groupe lepéniste au Parlement. “Si Sébastien Lecornu
s’obstine, on fera en sorte de jouer notre rôle d’opposition parce que ça nous
semble très important pour l’avenir du pays.”
“La programmation d’une politique énergétique n’est pas un texte technique parmi
d’autres”, grince à son tour Bruno Retailleau dans une tribune publiée le 11
février, appelant à ne pas publier le texte. Son collègue communiste au Sénat
Fabien Gay s’inquiète le même jour de la légitimité démocratique d’un décret
sans loi.
C’est “un crève-cœur” qu’il n’y ait pas de loi, regrette lui aussi le patron du
Parti socialiste Olivier Faure auprès de POLITICO, soulignant toutefois que le
décret permet de parer à l’urgence, puisque “sans visibilité” des filières
pourraient “crever”. “Le grand débat, ce sera 2027, abonde le sénateur
écologiste Yannick Jadot. Là, il faut absolument des décrets pour débloquer des
appels d’offres.”
Aux yeux de l’exécutif, la navette parlementaire sur le texte de Daniel
Gremillet, bien qu’inaboutie, aura eu le mérite de permettre de constater les
points d’accords aussi bien sur le nucléaire que sur les énergies
renouvelables — en plus des consensus déjà connus.
“Les débats auront permis de justifier les quelques légères évolutions par
rapport au texte mis en consultation l’année dernière”, remarque le conseiller
ministériel déjà cité, qui note aussi que ces évolutions reflètent un compromis
qui va des sénateurs LR aux députés socialistes.
C’est sur cette base que Roland Lescure et Sébastien Lecornu disent s’appuyer
pour dérouler jeudi midi leur texte et les objectifs énergétiques de la France
jusqu’aux rives de l’Ain, entre le barrage du Vouglans et celui du Saut-Mortier.
Sarah Paillou a contribué à cet article.
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PARIS — Rien de rien, il ne regrette rien. Invité au sommet POLITICO sur la
compétitivité, Bruno Retailleau a réitéré sa volonté de cesser les subventions
en faveur des énergies renouvelables. Le ministre de l’Intérieur démissionnaire
avait publié une tribune en ce sens cet été.
S’il indique que la France a “besoin d’énergies renouvelables”, il estime que
celles-ci “ont atteint un niveau de maturité économique” tel qu’il est temps de
réduire les subventions qui leur sont accordées.
“C’est un problème budgétaire”, tranche-t-il, estimant qu’il serait possible de
faire “des milliards d’économies” en mettant un terme aux subventions. Il s’est
par ailleurs inquiété des coûts des raccordements électriques induits par le
déploiement des renouvelables.
Il y a également un problème de surproduction selon lui, avec une consommation
électrique en berne depuis treize ans. “Cet été, on subventionnait un prix
négatif”, s’est plaint Bruno Retailleau, en référence aux nombreux épisodes
estivaux où l’offre d’électricité dépassait la demande, faisant chuter les prix.
“Je veux qu’on approche de façon cartésienne, rationnelle et économique ces
questions-là”, explique le ministre démissionnaire de l’Intérieur, qui indique
que la tribune n’était pas “le fruit d’un caprice”, mais la suite d’une longue
réflexion.
Il a rappelé avoir, en tant que président du département de la Vendée, accepté
le projet d’un parc éolien offshore entre l’Île d’Yeu et Noirmoutier. Mais il a
aussi fait un plaidoyer en faveur du nucléaire, permettant d’avoir
“l’électricité la plus décarbonée au monde”, et avec une filière à 95%
française.
“On a fermé Fessenheim pour ouvrir Saint-Avold”, a également regretté le
président des Républicains, en référence à la centrale nucléaire fermée en 2020
et à celle au charbon, fermée en 2022, mais réouverte en urgence quelques mois
plus tard à la suite de la crise énergétique découlant de la guerre en Ukraine.
BRUXELLES — La Commission européenne a dévoilé mercredi une législation visant à
réduire l’empreinte carbone de l’UE de 90 % d’ici à 2040 avec quelques
ajustements, réduisant l’ambition de départ.
L’exécutif européen, suivant les recommandations de ses conseillers
scientifiques, a proposé ce chiffre il y a plus d’un an, envisageant un objectif
ambitieux qui, comme pour les objectifs 2030 et 2050 de l’Union européenne,
devait être atteint uniquement grâce aux efforts déployés au sein de l’UE.
Cet objectif s’est toutefois heurté à une forte résistance de la part des
gouvernements, ce qui a incité la Commission à leur accorder une marge de
manœuvre sans précédent pour l’atteindre.
Une partie de l’objectif pourra être atteint grâce à des crédits carbone
internationaux, un mécanisme controversé qui externalise une partie des efforts
climatiques de l’Union européenne vers les pays en développement.
Par ce biais, les gouvernements de l’UE seraient en mesure de financer des
projets climatiques dans d’autres pays et de comptabiliser les réductions
d’émissions qui en résultent dans leurs propres objectifs. Les critiques, y
compris les conseillers scientifiques de l’Union, avertissent que cela risque de
saper les efforts nationaux de décarbonisation de l’UE.
Comme l’a rapporté POLITICO en début de semaine, la Commission propose de fixer
des limites strictes aux crédits, de conditionner leur utilisation à une étude
d’impact appropriée, d’exiger que les projets financés produisent des réductions
d’émissions significatives et suggère de les exclure du marché du carbone de
l’UE.
L’exécutif européen souhaite également qu’un maximum de 3 points de pourcentages
de l’objectif soit atteint grâce à des crédits, s’alignant ainsi sur la position
de l’Allemagne en la matière.
La proposition accorde également aux pays deux concessions supplémentaires pour
faciliter la réalisation de l’objectif : d’une part, l’intégration des
absorptions de CO2 dans le marché carbone de l’UE, ce qui permettrait d’alléger
la pression sur les industries énergo-intensives ; d’autre part, une plus grande
flexibilité entre les objectifs d’absorption du CO2 et les objectifs de
réduction des émissions des pays.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.
BRUXELLES — La France souhaite retarder l’accord sur le prochain objectif
climatique de l’Union européenne, a déclaré le président Emmanuel Macron à
l’issue du sommet des dirigeants européens qui s’est tenu jeudi.
La Commission européenne dévoilera la semaine prochaine une proposition
controversée visant à réduire de 90% les émissions de gaz à effet de serre de
l’Union européenne d’ici à 2040.
L’exécutif européen prévoit depuis longtemps d’associer à cet objectif
climatique celui pour 2035. Cet objectif n’est pas contraignant, mais il est
exigé de tous les pays dans le cadre de l’Accord de Paris avant la COP30 à
Belém, au Brésil.
L’ONU ayant fixé une échéance en septembre pour l’objectif 2035, la Commission
espère un accord rapide sur l’objectif 2040. Mais certains gouvernements se
rebellent.
POLITICO révélait mercredi que la France se rangeait du côté des traditionnels
retardataires de l’UE en matière de climat, la Pologne et la Hongrie, pour
demander à l’UE de découpler les deux objectifs.
À l’époque, des représentants du gouvernement français avaient vigoureusement
démenti ces informations. Mais à l’issue du Conseil européen de jeudi à
Bruxelles, Emmanuel Macron a confirmé qu’il souhaitait traiter l’objectif 2035
séparément. Et prendre plus de temps pour discuter de celui pour 2040.
“Ce qui nous est demandé pour Belém, ce sont des trajectoires nationales pour
2035,
c’est tout ; on le fera”, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en
réponse à une question de POLITICO. “Maintenant, il y a une volonté d’avoir des
objectifs en 2040, j’y suis favorable.”
Mais il a insisté : “Les objectifs pour 2040 [ne peuvent pas être] un débat
technique fait en quelques semaines. Ça doit être un débat démocratique à 27.”
Le découplage des objectifs risque d’aboutir à un objectif pour 2035 plus bas
que prévu, inquiétant sur le rôle de leader mondial du bloc en matière de climat
à un moment où beaucoup attendent de l’UE qu’elle comble le vide laissé par le
retrait des États-Unis de l’Accord de Paris.
Toutefois, Emmanuel Macron ne pense pas qu’il faille précipiter la discussion.
“C’est formidable si on l’a pour Belém, mais ce n’est pas ça qui est attendu de
nous pour Belém, la COP à venir. C’est les [objectifs pour] 2035. Ce n’est pas
d’avoir des objectifs européens en 2040. Donc, ne nous surcontraignons pas.”
“On va arrêter de se tirer une balle dans le pied. Ce n’est pas un objectif pour
Belém. Si on l’a pour Belém, super. Si ça doit prendre plus de temps, prenons
plus de temps pour bien le faire.”
DÉBAT ANIMÉ
Le président de la République a également déclaré que l’objectif pour 2040
devait être “compatible avec notre compétitivité” et a insisté sur le fait que
les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire devaient être traitées de la
même manière dans le cadre des futurs plans climatiques de l’Union européenne.
Les pays ont également besoin de davantage de marge de manœuvre pour atteindre
l’objectif, et davantage d’investissements, a-t-il fait valoir.
Si ces différentes demandes sont prises en comptes dans le paquet législatif de
la Commission, il pourra soutenir l’objectif, a encore suggéré Emmanuel Macron.
De nombreux gouvernements ont envoyé de longues listes de demandes pour accepter
l’objectif de 2040, et la Commission devrait déjà accorder aux pays une grande
flexibilité pour atteindre l’objectif, afin de rallier une majorité de pays.
Les dirigeants de l’UE ont discuté des objectifs climatiques au cours d’un dîner
jeudi soir, un débat que le Premier ministre belge Bart De Wever a qualifié de
“houleux”.
L’initiative d’Emmanuel Macron a été soutenue par le président polonais Donald
Tusk. La Hongrie a déjà exprimé son soutien au découplage des deux objectifs.
En revanche, le Danemark, qui prendra la présidence tournante du Conseil de l’UE
la semaine prochaine, souhaite s’en tenir au calendrier de la Commission et
fixer les deux objectifs en septembre.
LES AMBITIONS EN QUESTION
La Commission souhaite fixer un objectif pour 2035 à mi-chemin entre l’objectif
actuel de l’UE pour 2030 et la prochaine étape de 2040, ce qui correspondrait à
une réduction de 72,5% des émissions par rapport à 1990.
Sans l’objectif de 2040, il n’y a pas de voie claire à suivre. Une trajectoire
linéaire entre 2030 et l’échéance de la neutralité climatique de l’Union en 2050
— une option soutenue par la Pologne — aboutirait à un objectif inférieur à 2035
d’environ 66%.
La France se présente souvent comme la protectrice de l’Accord de Paris, qui
célèbre son dixième anniversaire cette année, et la pression française pour un
report a été froidement accueillie par les défenseurs du climat et les pays les
plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique.
Tina Stege, envoyée des Îles Marshall pour le climat, a déclaré lors du sommet
des Nations unies sur les océans qui s’est tenu à Nice au début du mois que les
dirigeants des îles du Pacifique s’étaient entretenus avec Emmanuel Macron et
lui avaient dit que le plus grand risque pour la sécurité du Pacifique était la
crise climatique.
“Nous l’avons exhorté à guider l’UE vers un [objectif 2035] ambitieux. Si la
France renonce maintenant à cette ambition, il s’agirait d’un revirement majeur
et nous serions extrêmement inquiets de ce que cela signifie pour leur
engagement en faveur de la sécurité du Pacifique”, a-t-elle ajouté.
L’eurodéputée autrichienne Lena Schilling, ancienne activites de Fridays for
Future, le mouvement initié par Greta Thunberg, a rappelé à Emmanuel Macron que
“l’action climatique internationale est née à Paris”, ajoutant : “Ne soyez pas
celui qui la tue.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais et a été édité en
français par Alexandre Léchenet.