L’ambiance est grave, ce lundi 26 janvier, alors que les membres du bureau
exécutif du projet “Jeux olympiques Alpes françaises 2030” sont réunis
virtuellement. Derrière leurs écrans, les participants — représentants de
l’Etat, direction du Cojop, présidents des collectivités concernées — écoutent,
concentrés, l’intervention du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Renaud Muselier. L’accent chantant de cet ancien médecin du sport, aux 35 ans de
carrière politique, ne masque pas la contrariété : ne serait-il pas temps
“d’arrêter le délire”, interroge-t-il au micro, avant d’inviter les uns et les
autres à unir leurs forces pour la réussite du projet. Fabrice Pannekoucke,
homologue de Muselier au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, prévient à son
tour : “Maintenant, il faut que ça délivre.”
Ce double rappel à l’ordre, quoiqu’il jette un léger froid, n’est pas tout à
fait une surprise, pour les membres du bureau exécutif, qui ne le savent que
trop bien : depuis son attribution par le CIO en 2024, le projet des Jeux
olympiques 2030, notamment porté par ces deux présidents de région, ne cesse
d’enchaîner les accrocs.
Dernière en date : le départ, annoncé vendredi 23 janvier, du directeur de la
communication du Cojop, Arthur Richer, qui a jeté l’éponge pour cause de
“désaccord sur la stratégie à mettre en place”. Mi-décembre, c’est la directrice
des opérations, Anne Murac, une ex de Paris 2024 — où, de l’avis général, elle a
excellé — qui a claqué la porte du Cojop. Deux défections qui ont poussé la
ministre des Sports, Marina Ferrari, à tirer la sonnette d’alarme, appelant, ce
même 23 janvier — soit trois jours avant la tenue du bureau exécutif — à “une
clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de
l’organisation”. Les Alpes 2030 “exigent une organisation exemplaire, structurée
et pleinement opérationnelle”, alertait-elle encore dans un communiqué — des
mots soupesés qui, a appris POLITICO, ont été validés par Matignon, acteur
discret mais présent dans ce dossier délicat.
Aux grands maux, les grands moyens : l’impasse est telle que les membres du
bureau exécutif ont pris la décision de confier une “mission flash” de quelques
semaines à Etienne Thobois, un homme qui n’est pas ce que l’on pourrait appeler
un débutant. Ex-directeur général des Jeux de Paris 2024, bras droit de Tony
Estanguet, Thobois est considéré comme l’un des meilleurs experts de
l’événementiel sportif. Sa feuille de route est claire : remettre le Cojop sur
les rails. Ou, selon le communiqué diffusé le lendemain de la réunion :
l’accompagner dans “une nouvelle phase de sa structuration” pour parvenir à “une
organisation plus lisible, stable, et opérationnelle”.
“FAIRE UN TRUC SÉRIEUX”
Si le président du Cojop, l’ancienne star du ski de bosses Edgar Grospiron,
préfère se rassurer en affirmant que les difficultés s’expliquent par son
“ambition des plus élevées”, le dossier des Alpes 2030 n’a rien de simple, tant
les acteurs sont multiples et les contraintes nombreuses. Le budget, déjà, est
limité, les instigateurs du projet s’étant engagés à organiser les Jeux les
“moins chers de l’histoire“. Soit une enveloppe qui ne doit pas dépasser les 2,1
milliards d’euros pour le budget du Cojop dont 74% doit être financé par des
ressources privées — à titre de comparaison, les derniers Jeux d’hiver, à Pékin
en 2022, ont officiellement coûté 3,9 milliards de dollars. Or, aucun sponsor ou
financeur privé ne s’est encore fait connaître, même si Edgar Grospiron continue
de promettre “des annonces avant le début des Jeux de Milan” (qui démarrent
vendredi), martelait-il dans Ouest France hier. “ Les partenaires privés voient
la mauvaise pub faite autour des Alpes 2030 et n’osent pas s’engager”, déplore
un acteur du dossier.
Malgré la promesse de Jeux “durables”, l’événement est contesté sur le plan
démocratique comme environnemental. Plusieurs associations et collectifs
citoyens ont ainsi saisi la justice — et même l’ONU — pour réclamer plus de
débat et de transparence sur “l’intérêt général du projet”, des demandes
auxquelles la justice a pour l’instant accédé.
Contrairement aux Jeux de Paris 2024 où la plupart des sites étaient concentrés
sur une zone géographique relativement restreinte, ceux des Alpes s’étendent sur
plus de 600 km, quatre départements et deux régions, celles-là mêmes qui ont
monté le dossier initial : Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
“Les Alpes 2030, c’est Renaud Muselier qui se réveille un matin et se dit ‘et
pourquoi on n’aurait pas les Jeux ?’. Et il s’engage à fond”, se souvient,
sourire aux lèvres, Arnaud Murgia, le maire de Briançon, qui a suivi chacune des
étapes.
Le projet recevra, à Paris, l’assentiment du président de la République qui,
toujours selon Murgia, demande alors à Renaud Muselier “de faire un truc
sérieux”. Commence donc une phase de discussions entre cet ex-LR, rallié à
Renaissance, et son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’époque Laurent
Wauquiez.
L’ancien président des Républicains, réputé autoritaire, provoquera bien vite
quelques dissensions — sollicité, il n’a pas répondu à nos questions. “Laurent a
un mode de gouvernance assez souple et doux”, ironise ainsi auprès de nous un
élu qui a pu éprouver ses méthodes et le concède, cette fois sans aucune
dérision : “C’est le patron chez lui.” Au printemps 2025, Wauquiez mettra par
exemple son grain de sel dans le processus de sélection d’un directeur de la
communication pour le Cojop, s’opposant à la candidature de Loïc Signor, ancien
porte-parole de Renaissance, jugé trop proche d’Emmanuel Macron.
Autre point de crispation : le partage des lieux de compétition entre les deux
régions. “Laurent était en mode ‘je veux tous les sites dans mes Alpes’, il
estimait que les Alpes du Sud ne les méritaient pas”, se remémore Renaud
Muselier auprès de POLITICO. A l’époque, les échanges sont “violents”,
affirme-t-il encore, entre ces deux élus maîtres en leurs territoires — mais
elles se sont depuis largement améliorées, jure l’élu marseillais. Après
plusieurs discussions, ils finissent par trouver un accord : au Nord, le ski ;
au Sud, le freestyle et la glace. “On s’est partagé en médailles et on a fait
moitié-moitié”, décryptera après-coup Muselier qui estime que, dans l’affaire,
chacun a été gagnant. “L’avantage de Wauquiez et Muselier, c’est qu’une fois
qu’ils se sont dit les choses, ça roule”, abonde Arnaud Murgia.
Si chaque région a son type de discipline, le partage entre stations est un
autre motif de frictions. Dans le projet initial, quatre pôles ont été
identifiés par les élus : la Savoie et la Haute-Savoie pour AURA, le
Briançonnais et Nice en PACA. Mais le diable se cache dans les détails. Ou
plutôt en Savoie.
SYMBOLE
Située à la frontière franco-italienne, dans le massif de la Vanoise en
Haute-Tarentaise, Val d’Isère est considérée comme l’une des capitales mondiales
du ski. C’est sur sa piste mythique que s’est déroulée une partie des épreuves
des Jeux d’Albertville en 1992 et où a lieu, chaque année, le Critérium de la
première neige (en décembre) et des épreuves de la Coupe du monde de ski. Son
meilleur ambassadeur ? Le triple champion olympique Jean-Claude Killy, qui y a
passé une partie de son enfance.
Au tout début du projet Alpes 2030, Val d’Isère ne figure pourtant pas sur la
carte des sites envisagés pour les épreuves de ski : contraints par leur budget
serré, les élus ont proposé que les courses des disciplines reines se tiennent
sur les sites de Courchevel et Méribel, plus proches géographiquement. “C’était
déjà difficile de faire accepter au CIO (le comité international olympique)
qu’il y aurait quatre pôles et non un seul, il y avait une vraie pression pour
que ça n’aille pas plus loin”, justifie Murgia — Val d’Isère étant alors
considéré comme un cinquième pôle.
D’après un conseiller qui a suivi l’ébauche du projet presque pas à pas, ce
serait pourtant “Wauquiez [qui] a viré ‘Val’ de la carte des JO”, soutient-il,
sans réussir à réellement expliquer pourquoi… Avant d’en devenir l’un des
principaux promoteurs, encore récemment, comme lorsqu’il a posté une vidéo sur
ses réseaux sociaux, pour vanter “le boulot de dingue” qui est fait par les
équipes de la station et espérer “que ce sera bientôt les JO”.
Toujours est-il que lorsque Jean-Claude Killy constate que Val d’Isère ne figure
pas sur la carte des épreuves, il se montre “très ému et remonté” selon le même
conseiller. Le champion olympique s’en ouvre alors à l’un de ses amis, Michel
Barnier.
L’ordonnateur des Jeux de 92 a mis un pied dans le dossier 2030 dès son arrivée
à Matignon. C’est lui qui, peu de temps après sa nomination, signe la lettre de
garanties de l’Etat — ce que son prédécesseur Gabriel Attal se refusait à faire,
arguant du fait qu’étant en gestion des affaires courantes depuis la
dissolution, il n’était pas de son ressort d’engager l’Etat à soutenir
financièrement les Jeux. Après avoir quitté la Rue de Varenne, Barnier se voit
attribuer une “mission de préfiguration” pour le Cojop, pendant laquelle il
participe à “mettre de l’huile dans les rouages”, selon plusieurs interlocuteurs
avec qui POLITICO a échangé.
C’est lui qui, par exemple, et tout au long de l’hiver 2025, traitera Martin
Fourcade pour le convaincre d’accepter le job de président du Cojop. En vain.
L’adoubement d’Emmanuel Macron — qui le qualifiait de “Tony Estanguet des
montagnes” —, des sujets de sponsors, opportunément relevés par Laurent
Wauquiez, et quelques maladresses avec les élus locaux comme cette interview
dans L’Equipe dans laquelle Fourcade détaillait son projet pour les Jeux avant
même d’avoir été nommé, agaçant les politiques concernés, ont eu raison de la
motivation du sextuple champion olympique de biathlon. Exit Martin Fourcade,
c’est Edgar Grospiron qui hérite du poste prestigieux de président du Cojop. Et
qui, pendant quelques mois, cohabitera avec Michel Barnier qui ne cesse de
s’enraciner dans le projet Alpes 2030, raconte Le Parisien en mars 2025.
Sensible à la cause de Val d’Isère et aux souhaits de Jean-Claude Killy, qu’il
présente régulièrement comme son “frère”, Barnier met donc tout son poids
politique dans la balance pour remettre la station savoyarde dans le projet,
quand bien même cela se fait au détriment d’une autre station, celle de Méribel.
Alors que la carte officielle des sites olympiques devait être dévoilée
l’automne dernier, sa présentation a de nouveau été ajournée tant elle est
devenue un sac de nœuds. Arrivée au ministère des Sports en octobre, dans les
valises du gouvernement Lecornu, la Savoyarde Marina Ferrari a fait le choix de
temporiser et de reporter l’annonce officielle des sites au mois de juin 2026.
“Je ne suis pas inquiet, ce sujet ne représente pas un risque pour le projet”, a
tenté de rassurer Edgar Grospiron dans Ouest France hier.
Un énième exemple d’interventionnisme politique qui ne gêne pas le président du
Cojop qui s’accommode parfaitement, selon certains qui ont pu le voir à l’œuvre,
de la présence forte des élus. N’a-t-il d’ailleurs pas coutume de dire, en
interne, que “les chefs ce sont les politiques” lui qui avait aussi promis de
“ne pas faire de politique”, lors de sa candidature de dernière minute, après le
fiasco Fourcade ? De fait, le Cojop répond théoriquement aux élus. Le 22 février
prochain, lorsque l’organisation de Milan-Cortina transmettra le flambeau des
Jeux d’hiver à la France, ce n’est pas Edgar Grospiron mais Fabrice Pannekoucke
et Renaud Muselier, les représentants des collectivités hôtes, qui seront sur la
scène.
Et le plus dur, alors, commencera.
Tag - Transparence
LONDRES — Le gouvernement britannique envisage d’interdire les dons en
cryptomonnaies aux partis politiques, ce qui pourrait sonner l’alerte chez
Reform UK et son leader Nigel Farage.
En pleine ascension dans les sondages au Royaume-Uni, ce parti populiste a
ouvert la porte aux actifs numériques pour les dons au printemps dernier, dans
le cadre de la “révolution crypto” qu’il promet pour le Royaume-Uni. Et il en a
même déjà accepté.
Aucune mesure contre ce procédé ne figure dans le document décrivant les
contours du prochain projet de loi du gouvernement britannique sur les élections
(ou Elections Bill), présenté comme un plan visant à renforcer la démocratie du
pays. Mais les responsables publiques envisagent désormais d’interdire l’usage
des cryptomonnaies dans le financement des responsables politiques, selon trois
personnes au fait des discussions récentes sur ce projet de loi.
Le gouvernement n’a pas démenti qu’une telle mesure était à l’étude, et s’est
contenté d’indiquer qu’il “donnerait plus de détails dans [s]on Elections Bill”.
Cette année, Reform UK est devenu le premier parti politique britannique à
accepter des dons en cryptomonnaie. Nigel Farage a indiqué à Reuters en octobre
que sa formation avait reçu “quelques” dons sous forme de cryptoactifs après que
la Commission électorale — qui réglemente les dons aux partis politiques — a
confirmé qu’elle avait été informée du premier don en cryptomonnaie.
Reform UK a mis en place sa propre plateforme pour les dons en cryptomonnaies et
a promis des contrôles “renforcés” pour éviter tout abus.
Reform UK a mis en place sa propre plateforme pour les dons en cryptomonnaies et
a promis des contrôles “renforcés” pour éviter tout abus. | Dan Kitwood/Getty
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Nigel Farage, qui détient des cryptoactifs de long terme, s’est présenté au
secteur britannique des cryptos comme leur “seul espoir”. Il cherche ainsi à
imiter son allié de longue date, le président américain Donald Trump, qui a
largement adhéré aux monnaies numériques. Nigel Farage a souligné qu’il
soutenait publiquement la filière depuis “bien avant Trump”.
DIFFICILE À TRACER
Le plan initial de l’exécutif pour son Elections Bill comprend une série de
mesures allant de l’instauration du droit de vote à 16 ans au renforcement des
pouvoirs de la Commission électorale. Aucune mesure ne figure contre les dons en
cryptomonnaies, mais le gouvernement, dirigé par les travaillistes — qui sont
loin derrière Reform UK dans les sondages —, est sous pression pour instaurer
une interdiction.
Parmi ceux qui ont suggéré un durcissement figurent le ministre Pat McFadden, le
président du comité spécial des affaires économiques et du commerce à la Chambre
des communes, Liam Byrne, et le président du groupe parlementaire transpartisan
sur la lutte contre la corruption et l’équité fiscale, Phil Brickell.
Les experts en transparence ont alerté qu’il pouvait être difficile de tracer
l’origine des dons en cryptomonnaies. Cela fait craindre que les dons venus de
l’étranger aux partis politiques et aux candidats — interdits dans presque tous
les cas de figure par la loi au Royaume-Uni —, ainsi que les bénéfices tirés
d’activités criminelles et les opérations de blanchiment d’argent puissent
passer à travers les mailles du filet.
Le projet de loi électorale des travaillistes devrait également imposer de
nouvelles règles aux partis politiques et à leurs donateurs. Il devrait prévoir
un durcissement sur les dons provenant de sociétés-écrans et d’associations non
déclarées, et pourrait obliger les partis à enregistrer et à conserver une
évaluation des risques liés aux dons susceptibles de présenter un risque
d’ingérence étrangère.
Les cryptomonnaies sont un nouveau champ de bataille en matière d’ingérence
étrangère. Les services de renseignement russes adoptent de plus en plus les
monnaies numériques pour échapper aux sanctions et financer des actions de
déstabilisation — comme lors des élections en Moldavie — depuis que Moscou a été
coupé du système bancaire mondial à la suite de l’invasion de l’Ukraine.
La question de l’intervention du Kremlin dans la politique britannique a refait
surface ces derniers mois après que Nathan Gill — ancien chef de Reform au Pays
de Galles et ex-député européen du Brexit Party de Nigel Farage — a été condamné
à dix ans et demi de prison le mois dernier parce qu’il a été rémunéré pour
faire des déclarations prorusses au Parlement européen.
Nigel Farage a pris ses distances avec Nathan Gill, décrivant l’ancien député
européen comme une “pomme pourrie” qui l’avait trahi.
Cela n’a pas empêchait le Parti travailliste de passer à l’offensive : le
Premier ministre Keir Starmer demandant à Nigel Farage de lancer une enquête
interne sur les activités de Nathan Gill.
Selon un porte-parole du ministère du Logement, des Communautés et des
Collectivités locales, qui est responsable du projet de loi : “Le système de
financement politique dont nous avons hérité a rendu notre démocratie vulnérable
aux ingérences étrangères.”
“Nos nouvelles règles strictes en matière de dons en politique, telles que
définies dans notre stratégie électorale, protégeront les élections au
Royaume-Uni tout en veillant à ce que les partis puissent continuer à se
financer.”
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.
PARIS — Parmi les fleurs et couronnes autour du cercueil de Thierry Ardisson, le
17 juillet à Paris : une gerbe offerte par le président de la République et son
épouse, présente à la célébration, une autre au nom de Rachida Dati, ministre de
la Culture et tutelle des médias, une troisième venant de la Maire de Paris, où
il résidait.
Un ruban bleu-blanc-rouge détonne parmi toutes ces fleurs blanches. Une
inscription : Aurore Bergé, ministre. La gerbe a été payée 120 euros par
Matignon, dont dépend son ministère, selon des documents consultés par POLITICO.
Que la ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes honore
Thierry Ardisson peut surprendre, au regard de certaines interviews jugées
sexistes que l’animateur a pu mener par le passé. “Ce n’est pas très heureux”,
reconnaît un conseiller ministériel du gouvernement Bayrou, qui hasarde comme
explication les engagements d’Aurore Bergé sur les questions audiovisuelles
lorsqu’elle était députée.
“C’est à la limite de l’exercice du genre”, observe un ancien chef de cabinet
dans le gouvernement Borne. Le cabinet de la ministre déléguée, après s’être
étonné du “voyeurisme” de la requête de POLITICO, a confirmé l’envoi d’une gerbe
pour les obsèques de Thierry Ardisson, et a indiqué en avoir également fait
livrer pour “l’ancienne ministre Monique Pelletier ou au Cap 110 Martinique, en
mémoire de l’abolition de l’esclavage ou en hommage aux victimes des
LGBTphobies”
Rendre hommage à un défunt est toutefois une pratique républicaine somme toute
assez courante pour les ministres.
Si le président de la République ou le ministre des Armées sont ainsi des
habitués des cérémonies officielles, tous les membres du gouvernement n’y
prêtent pas la même attention. POLITICO a ainsi pu consulter des documents
répertoriant les dépenses relatives aux compositions florales de dix ministres
du gouvernement Bayrou.
Leur analyse révèle une absence de stratégie partagée sur l’utilisation de ces
gerbes, le peu de lien avec les portefeuilles des concernés, chaque ministre
ayant sa propre politique en la matière.
UNE CENTAINE DE GERBES, POUR AUTANT D’HOMMAGES
Dans ces documents, Aurore Bergé, Sophie Primas (porte parole) et Françoise
Gatel (Ruralité) sont sur le podium des ministres de notre échantillon ayant le
plus commandé de gerbes, entre décembre 2024 et août 2025.
Récemment, en plus de celle en hommage à Thierry Ardisson, la ministre de
l’Egalité entre les femmes et les hommes a également fait commander des fleurs
pour les obsèques du député Olivier Marleix (LR), mort le 7 juillet, ou pour
celles du président du conseil départemental de l’Yonne, Patrick Gendraud (div.
droite).
Aurore Bergé en a également commandé une à l’occasion d’un hommage à Shaïna
Hansye, une adolescente de 15 ans, assassinée en 2021 à Creil.
Dans ce classement des ministres portés sur les bouquets, suivent Bruno
Retailleau (Intérieur), Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique) et
François Bayrou. Les demandes de documents concernant Gérald Darmanin (Justice),
Sébastien Lecornu (Armées) et Rachida Dati n’ont pas encore reçu de réponse.
Ces gerbes coûtent généralement entre 100 et 150 euros. Celles achetées pour le
compte du Premier ministre coûtent le double.
Une bonne partie des gerbes déposées sont liées à des cérémonies officielles
auxquelles ils assistent — commémoration d’événement ou hommage à des agents du
ministères mort en fonction, par exemple.
Les chefs de cabinet s’occupent de cette tâche pour leur ministre. Parfois, les
gerbes sont prises en charge par la préfecture, se souvient l’ex-chef de cabinet
déjà cité, et d’autres fois, lorsque ça concerne leur vie privée, ils le font
avec leur propre argent. “Ce n’est pas clair dans les écrits”, ajoute-t-il,
expliquant qu’il s’agit dans ces cas de figure de “trouver la bonne ligne de
crête”, sachant que les vies privée, partisane ou officielle sont parfois
entremêlées.
DES DÉPÔTS OPPORTUNÉMENT LOCALISÉS
D’autres gerbes sont aussi livrées lors de cérémonies officielles dans les
terres d’élection de certaines ministres. Ainsi, Aurore Bergé, députée
macroniste des Yvelines depuis 2017, a fait fleurir trois communes de sa
circonscription pour célébrer la victoire du 8-Mai, mais aussi à Saint-Arnoult
pour la commémoration de l’Appel du 18 juin, et encore à Rambouillet pour le
14-Juillet ou la libération de la ville, le 23 août.
Sophie Primas, sénatrice LR des Yvelines et élue locale à Aubergenville, a
déposé une gerbe dans sa ville d’élection le 18 juin et a commandé quatre
coussins commémoratifs pour le 8-Mai à Aubergenville, Moisson et Lommoye,
toujours dans les Yvelines.
L’intégralité des dépenses pour des gerbes au nom de l’ex-porte-parole du
gouvernement concernaient son département — aussi bien pour des obsèques que des
cérémonies officielles. “Lors de mes déplacements , je n’ai pas fait de
cérémonies patriotiques officielles”, indique à POLITICO l’ancienne ministre,
ajoutant s’être “limitée” à des obsèques d’élus et “aux cérémonies patriotiques
auxquelles j’étais invitée… dans les Yvelines”.
Françoise Gatel, chargée de la Ruralité dans le gouvernement de François Bayrou
puis reconduite dans celui de Sébastien Lecornu, a également fleuri nombre de
cérémonies officielles ou privées — dont de nombreux élus — dans son fief
d’Ille-et-Vilaine, pour un montant représentant près des deux tiers des montants
engagés sur des couronnes. Contacté, son cabinet n’avait pas répondu à l’heure
du bouclage.
Ce n’est pas le cas de tous les ministres : aucune gerbe n’a été commandée dans
la circonscription électorale de Bruno Retailleau lorsqu’il était ministre de
l’Intérieur ou dans celle de François Bayrou lors de son passage à Matignon.
FUNÉRAILLES NATIONALES ET PARTISANES
En dehors des cérémonies officielles, les ministres ont régulièrement fait
porter des compositions florales pour des funérailles liées au ministère — un
agent, le parent d’un officier de sécurité ou le personnel d’un cabinet…
Le Premier ministre François Bayrou a de son côté majoritairement honoré des
anciens compagnons de route ou des personnalités politiques comme l’ancienne de
l’UDF, Anne-Marie Comparini, le journaliste, soutien politique et candidat MoDem
en 2009, Jean-François Kahn, ou encore Nicolas Florian, ancien maire LR de
Bordeaux.
Ces couronnes s’accompagnaient très souvent d’un déplacement et d’une prise de
parole du Premier ministre.
Cet article a été mis à jour pour intégrer la réaction du cabinet d’Aurore
Bergé, arrivée juste après la publication.
BRUXELLES — Les entreprises de la tech dépensent plus que jamais pour faire du
lobbying auprès de l’Union européenne, selon une nouvelle étude, à un moment où
elles s’opposent toujours plus à la réglementation européenne en matière de
numérique.
Les 733 groupes du secteur du numérique enregistrés à Bruxelles dépensent
désormais 151 millions d’euros annuels pour défendre leurs intérêts, contre 113
millions il y a deux ans, selon une étude réalisée par deux ONG à partir des
informations communiquées au registre de transparence de l’UE.
Cette hausse intervient alors que la filière s’attaque à des textes européens,
tels que le règlement sur les marchés numériques (DMA) et celui sur les services
numériques (DSA) — considérés par l’administration Trump comme discriminatoires
envers les entreprises américaines —, et que la Commission européenne se prépare
à un effort massif pour assouplir ses règles en matière de numérique.
Les dépenses de lobbying sont concentrées entre les mains des géants de la tech,
principalement américains, selon l’étude de Corporate Europe Observatory et
LobbyControl, deux ONG spécialisées sur les actions d’influence des entreprises.
Les 10 entreprises du numérique qui dépensent le plus — parmi lesquelles Meta,
Microsoft, Apple, Amazon, Qualcomm et Google — ont dépensé plus que les 10
premières entreprises des secteurs pharmaceutique, financier et automobile
réunis.
Amazon, Microsoft et Meta ont “nettement” augmenté leurs dépenses depuis 2023,
de plus de 4 millions d’euros pour Amazon et de 2 millions pour Microsoft et
Meta, selon l’étude. L’organisation professionnelle Digital Europe, basée à
Bruxelles, qui compte parmi ses membres de nombreux géants américains de la
tech, a augmenté de plus de 1 million d’euros son budget de lobbying.
Meta, avec un budget de plus de 10 millions d’euros, est l’entreprise qui
dépense le plus en lobbying dans l’UE.
Il s’agit d’un “moment précaire”, a qualifié Bram Vranken, chercheur au
Corporate Observatory Europe, estimant que des années de progrès dans la
limitation des effets néfastes de la technologie et du pouvoir des grandes
entreprises du secteur risquent d’être réduites à néant.
Avec la poussée de déréglementation à Bruxelles et le fort soutien de
Washington, “les Big Tech saisissent cette nouvelle réalité politique pour
effacer une décennie de progrès dans la réglementation du secteur numérique”,
a-t-il relevé.
Les entreprises soutiennent que le lobbying ne consiste pas seulement à exercer
une influence, mais aussi à veiller à ce que les parlementaires comprennent les
réalités complexes du secteur afin d’éclairer leurs décisions sur les règles.
“Amazon s’engage sur des questions qui sont importantes pour nos clients, nos
vendeurs et les diverses entreprises que nous opérons”, a déclaré un
porte-parole de la société américaine dans un communiqué. “Cela signifie que
nous travaillons avec des organisations, telles que des organisations
professionnelles et des think tanks, et que nous communiquons avec des
responsables des institutions européennes.”
PLUS DE LOBBYISTES, PLUS DE RÉUNIONS
Ce regain d’activité se traduit non seulement par une augmentation des dépenses,
notamment pour les sociétés de conseil et d’expertise engagées pour influencer
la politique numérique, mais aussi par une augmentation des effectifs inscrits
au registre européen de la transparence.
On estime aujourd’hui à 890 le nombre de lobbyistes — calculés en équivalents
temps plein — qui travaillent à dessiner les contours de l’agenda politique sur
le numérique, contre 699 en 2023.
Parmi eux, 437 possèdent un badge leur permettant d’accéder librement au
Parlement européen. L’accès à l’institution s’est durci ces dernières années en
réaction à une série de scandales de corruption, dont les enquêtes sur Huawei
qui ont vu l’entreprise être interdite d’accès au Parlement et de rencontres
avec la Commission en mars.
Au cours du premier semestre 2025, les représentants des entreprises de la tech
ont déclaré 146 réunions avec le personnel de la Commission. L’intelligence
artificielle était le principal sujet abordé, notamment le très contesté code de
bonnes pratiques.
Concernant les parlementaires, les lobbyistes de la tech ont déclaré 232
réunions.
Les règles de transparence en matière de déclaration des réunions entre les
lobbyistes et les responsables de la Commission et du Parlement se sont élargies
ces dernières années, mais les défenseurs de la transparence estiment qu’elles
ne sont pas assez fermes et contraignantes.
Cet article a d’abord été publié par POLITICO en anglais, puis a été édité en
français par Jean-Christophe Catalon.